Matthieu 25:14-30 parabole des talents – dimanche 13 novembre 2011

Posté par jeanbesset le 30 octobre 2011

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La parabole des talents

14 Il en sera comme d’un homme qui, sur le point de partir en voyage, appela ses esclaves et leur confia ses biens. 15 Il donna cinq talents à l’un, deux à l’autre, et un au troisième, à chacun selon ses capacités, et il partit en voyage. Aussitôt 16 celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla les faire valoir et en gagna cinq autres. 17 De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. 18 Celui qui n’en avait reçu qu’un alla faire un trou dans la terre et cacha l’argent de son maître. 19 Longtemps après, le maître de ces esclaves arrive et leur fait rendre compte. 20 Celui qui avait reçu les cinq talents vint apporter cinq autres talents et dit : Maître, tu m’avais confié cinq talents ; en voici cinq autres que j’ai gagnés. 21 Son maître lui dit : C’est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître. 22 Celui qui avait reçu les deux talents vint aussi et dit : Maître, tu m’avais confié deux talents, en voici deux autres que j’ai gagnés. 23 Son maître lui dit : C’est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître. 24 Celui qui n’avait reçu qu’un talent vint ensuite et dit : Maître, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes où tu n’as pas semé, et tu récoltes où tu n’as pas répandu ; 25 j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre : le voici ; prends ce qui est à toi. 26 Son maître lui répondit : Esclave mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé et que je récolte où je n’ai pas répandu ? 27 Alors tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon arrivée j’aurais récupéré ce qui est à moi avec un intérêt. 28 Enlevez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. 29— Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on enlèvera même ce qu’il a. — 30 Et l’esclave inutile, chassez-le dans les ténèbres du dehors ; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents.

 

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Il arrive parfois que notre générosité naturelle nous amène à défendre des causes qui n’ont pas lieu d’être. Les apparences sont parfois trompeuses et ne doivent pas retenir captive notre attention au risque de faire une erreur de jugement. Ce cas risquerait de se produire si nous nous avisions de considérer que la cause désespérée du troisième serviteur méritait toute notre attention et qu’il bénéficiait par avance de notre indignation. En effet, alors qu’il n’a rien demandé, il se trouve chargé d’une mission qu’il a remplie avec satisfaction car il a conservé intact le talent qu’il avait reçu. Pourtant en fin de compte, il est condamné pour n’avoir pas fait ce qu’on ne lui avait pas demandé de faire !

Il croyait que le talent qu’on lui avait remis lui avait été confié en dépôt par son maître et qu’il devait le lui restituer intact. C’est là que le bât le blesse car ce talent, comme ceux remis aux deux autres, lui avait été donné et il en avait pleine jouissance, mais il ne l’avait pas compris. Devant la tournure que prennent les événements à la fin, il craque, c’est alors qu’il ose sortir de sa réserve naturelle pour dire sa peur à la face de son maître et lui exprimer les quatre vérités qu’il conserve enfouies au plus profond de lui-même. Sont-elles justifiées ? C’est ce que nous verrons.
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Pour le moment, nous partageons son indignation et nous aimerions lui prêter notre voix pour dire à Jésus qui rapporte cette histoire, qu’il se trompe, que Dieu n’est pas comme ce maître. Il n’est ni versatile, ni dur ni méchant, nous ne croyons pas qu’il moissonne où il n’a pas semé. Ce Dieu serait-il alors le produit de notre imagination, celui que l’on redoute sans le nommer, celui dont on craint les jugements, celui que l’on célèbre dans les « te deum » quand la victoire est de notre côté et devant lequel les peuples s’humilient en cas de défaite, ce Dieu qui dirige le monde en sous-main d’une manière arbitraire ?

Ce Dieu irréel n’existe pas puisqu’il est irréel. Si ce Dieu n’existe pas, croyez vous que ce serviteur ait raison de se plaindre de lui ? Non, car lui non plus, n’a pas plus d’existence que le Dieu dont on parle, il est inexistant lui aussi. Nous avions alors envisagé de prendre la défense d’un homme qui n’existe pas mais auquel notre logique avait donné vie. On verra plus loin, dans la logique de cette parabole que cet homme ne prend de réalité que pour mettre en cause notre propre imagination sur Dieu.

En fait ici Dieu est présenté sous deux aspects contradictoires. Nous revenons maintenant au début de la parabole. Dans le premier cas, si on identifie Dieu au maître de la parabole, il est bon et généreux, puisqu’il distribue avec largesse ses biens à ses serviteurs. Il connaît bien ses serviteurs puisqu’il donne à chacun selon ses capacités. Cette manière d’agir peut paraître injuste, mais nous savons que dans la nature les dons sont inégalement répartis entre les individus. L’un est fort, l’autre est faible. L’un aime le sport et l’autre n’aime pas l’effort physique et apprécie la musique. L’un est doué pour les chiffres, l’autre pour les lettres. Le maître, ou Dieu qui se cache dans le personnage, en tient compte sans aucun commentaire, c’est un état de fait qu’il ne remet pas en cause pour le moment

Chacun reçoit un don conséquent, même celui qui n’a reçu qu’un talent, car un seul talent lui permettrait de vivre plusieurs années sans rien faire. (1) Les deux premiers avec audace se lancent dans l’aventure, le troisième cache l’argent dans la terre. Il n’avait pas compris que cet argent lui avait été donné. Cette méprise nous montre qu’il ne connaît ni son maître ni Dieu. Le don du maître lui aurait permis de vivre comme un homme libre; en ne s’en servant pas, il a agi comme s’il ne vivait pas. Ainsi le lecteur avait cru que ce personnage existait vraiment alors qu’il n’existait pas ! A quoi bon se soucier de son sort ? S’il a enfoui dans la terre ce qui pouvait le faire vivre, c’est qu’il ne vivait pas. La terre n’est-elle pas le lieu où on dépose les morts ? Son trésor devenait alors pour le troisième serviteur porteur de mort. S’il n’avait pas compris que son maître lui donnait une nouvelle vie, comment aurait-il pu comprendre Dieu dont il était l’image ? Il a considéré que la vie qui lui était donnée était une trop lourde charge à porter. C’est à partir de ce moment qu’il est mort avant d’avoir commencé à exister.

S’il ne comprend pas le don de vie qui lui est fait, il ne comprend pas non plus son maître dont il fait un portrait qui ne correspond pas à la réalité. Il en va de même pour Dieu. Le maître vint alors, est-il dit. Non pas il revint, mais il vint, non pas pour réclamer son du, mais pour partager sa joie avec ceux qu’il a comblé de vie. Là aussi la traduction selon laquelle il leur fait rendre compte est mauvaise, le texte original ne dit pas cela, il dit : « il vint et ils parlèrent de comptes », et c’est effectivement ce qu’ils ont fait.
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En fait les deux serviteurs ne rapportent pas l’argent donné, ils apportent simplement l’argent gagné, non pas pour le donner au maître, mais pour le lui montrer et se réjouir avec lui de leur bonne fortune. Voila le maître tel que Jésus nous le décrit et qui lui sert d’exemple pour parler de Dieu. Dieu vient vers les hommes et se réjouit avec eux de la vie qu’il transforme par sa présence. Certes cette vie transformée n’est pas parfaite, elle comporte des injustices, mais ce n’est pas ici que l’on pourra disserter sur les injustices de ce monde, ce n’est pas le sujet. La réalité de l’injustice n’est cependant pas escamotée, elle est même présentée avec réalisme.

En effet les deux hommes n’ont pas reçu des dons à part égale. L’un serait-il plus doué pour les affaires que l’autre ? Ce n’est pas dit. Le premier reçoit 5 talents et le deuxième 2. La différence est de 3. Mais en doublant la mise la différence double également et passe de 3 à 6. La question de l’injustice est donc vraiment posée, mais ce n’est pas tout. Le troisième serviteur rapporte son talent, ce n’était sans doute pas prévu mais ce talent qui aurait du lui rester, échoit au premier.

Chose curieuse, à ce moment précis du récit le maître change de casquette, Dieu devient différent et se fait complice de l’injustice. Il devient selon les dire du troisième personnage dur et injuste. Pire que cela il accepte sans broncher les reproches qui lui sont faits comme s’ils étaient des vérités et il envoie le serviteur malheureux dans les ténèbres de la mort où il était déjà depuis le début de l’histoire, et pour en rajouter une couche, il récupère le talent qu’il avait donné au troisième pour le remettre au plus riche.

Si, pour un temps, nous nous sommes appesantis sur le sort de ce troisième personnage, c’est que nous nous sentions, nous aussi victimes d’un destin qui nous accable où l’injustice est dominante et où on prend aux pauvres pour donner aux riches. Les plus chanceux supplantent les autres et les plus démunis sont la proie des nantis. Il est difficile d’être plus pertinent et plus réaliste. Mais, la parabole nous a rassurés car Dieu n’est en rien lié à ce monde là.

La Parabole n’a pas nié la réalité de notre monde, mais elle nous a invités à discerner le rôle que Dieu y joue. Elle nous a invité à le reconnaître dans le maître des deux premiers serviteurs. Même s’il n’enlève pas les injustices, il cherche cependant à rendre les hommes heureux. Il va à contre temps du monde apparent et partage avec les hommes les parcelles de bonheur qui peuvent leur incomber.talents5.jpg

Si nous identifiions Dieu au maître du troisième serviteur qui pactise avec l’injustice, nous entrerions dans le domaine de la mort où l’espérance est vaine où la seule réalité est dans les ténèbres du dehors. Toute réalité de Dieu qui ne s’identifierait pas à la première image qui nous en est donnée n’a pas lieu d’être. Quant à l’homme qui a peur et qui n’y croit pas, comme le troisième personnage, il doit s’efforcer de se convertir à ce Dieu bon, qui accepte d’intervenir dans ce monde d’injustice pour donner aux humains le goût de la vie. Si la fin de parabole nous est donnée comme insupportable, c’est pour que nous la réfutions au nom même de Dieu.

 

1. Le talent valait 60 mines, c’est-à-dire 6000 deniers, environ 5 500 francs or ( note de la Bible à la Colombe)

 

 

 

 

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Matthieu 25:1-13 la parabole des dix vierges dimanche 6 novembre 2011

Posté par jeanbesset le 16 octobre 2011

 

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Matthieu 25:

 


1 Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui prirent leurs lampes pour aller à la rencontre de l’époux. 2 Cinq d’entre elles étaient folles, et cinq sages. 3 Les folles en prenant leurs lampes, ne prirent pas d’huile avec elles ; 4 mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l’huile dans des vases. 5 Comme l’époux tardait, toutes s’assoupirent et s’endormirent. 6 Au milieu de la nuit, il y eut un cri : Voici l’époux, sortez à sa rencontre ! 7 Alors toutes ces vierges se levèrent et préparèrent leurs lampes. 8 Les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. 9 Les sages répondirent : Non, il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez ceux qui en vendent et achetez-en pour vous. 10 Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui au (festin) de noces, et la porte fut fermée. 11 Plus tard, les autres vierges arrivèrent aussi et dirent : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous. 12 Mais il répondit : En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas.
13 Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure.

 

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Il était une fois un beau jeune homme qui épousa une belle jeune fille. Tel pourrait-être le début de l’histoire mise en scène ici par Jésus pour nous parler du Royaume des cieux. Imaginons qu’il s’agisse d’un mariage princier, admirons au passage les belles toilettes et la foule des invitées qui piétinent dans les allées du parc du château en attendant que s’ouvrent les portes. Mais ce sera tout, car contrairement aux contes de fée, l’histoire finit mal. On ne nous parle, ni de la fiancée, ni de son père, ni de sa mère et si on nous parle du marié c’est pour nous dire qu’il ne se comporte pas comme un prince charmant puisqu’il claque la porte au nez d’une partie des invités. Quel est donc ce malappris qui invite des gens pour mal les recevoir ? Horreur, il se pourrait bien que cet odieux personnage soit une figure du Messie, autant dire de Jésus. C’est une histoire où rien de correspond à ce qui par ailleurs pourrait nous faire rêver.

On n’a dit qu’il s’agissait d’un mariage, mais il n’y a pas de parents. Si c’est Jésus qui tient le rôle principal, qu’en est-il de son père ? Puisque toutes ces choses nous laissent insatisfaits, les commentateurs ont cherché des réponses dans les allégories. Ils se sont penchés sur la nature de l’huile dont l’absence provoque la fin tragique de l’histoire. Cette huile n’est pas rare, puisqu’on peut se la procurer dans le premier magasin venu si bien que ceux qui pensent qu’il peut s’agir de la foi font fausse route car la foi ne peut se négocier en aucun cas.
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Pour les contemporains de Jésus cette parabole pouvait résonner bien autrement que sur le ton de dénigrement que j’ai employé jusqu’à maintenant. Ils attendaient instamment la venue du Messie. Jésus lui-même a laissé entendre que ce pouvait être lui, mais il a déçu ceux qui espéraient restaurer la grandeur d’Israël parce qu’il prétendait apporter le salut à tous. En fait le Messie qui était attendu par des juifs pour le mieux être d’Israël n’avait aucune prétention universelle, et la parabole colle parfaitement avec un tel personnage.

Nous avons ici l’époux dans le rôle du Messie. Il se fait attendre. Il ne se sent concerné que par les juifs de pure souche, qui sont représentés par les vierges sages, celles qui ont de l’huile. Quant aux juifs qui ne le sont pas vraiment, les prosélytes et craignant Dieu, bien qu’ils aient acquis leur l’huile, ne peuvent entrer. Il s’agit des vierges folles. Si cette lecture est la bonne on est en droit de se demander ce que cette parabole fait dans l’Evangile.

Certains chrétiens cependant regrettent qu’une telle situation ne puisse se réaliser pour eux. Ils sont tentés de s’approprier cette parabole en tant que Chrétiens. Ils font de l’huile l’apanage des convertis et des pratiquants. Combien d’églises, de courants religieux, ou de sectes n’ont-ils pas rêvé de rassembler des communautés formées de l’élites de leurs membres composées de purs chrétiens, séparés des autres et promis aux meilleures places du royaume. Ils adoptent à leur profit les thèses des contemporains de Jésus qui attendaient un Messie qui les distingueraient de la masse de l’humanité.

Mais cette lecture de la parabole ne convient pas aux autres chrétiens, à ceux qui comprennent le ministère de Jésus d’une autre façon. Ils n’ont pas oublié sa prédication dans une autre parabole, qui encourage les serviteurs à aller chercher les invités à la noce dans les bas quartiers des cités. Ils savent aussi qu’il a dit que les prostitués et les malhonnêtes devanceront dans le Royaume les meilleurs d’entre eux. Comment concilier cette image de Jésus qui dans certains textes fait un tri sélectif entre les invités et qui ailleurs appelle tout le monde à le rejoindre ?

En fait si cette parabole nous pose de vrais problèmes de compréhension, elle n’est pas unique dans son genre. L’Evangile en contient d’autres qui vont dans le même sens. Vous connaissez certainement la parabole du jugement des nations qui fait suite à celle-ci dans le même Evangile où le divin juge sépare les brebis des boucs et envoie ceux qui ont manqué d’altruisme dans le feu éternel. Cette parabole des dix vierges n’est donc pas la seule où on ne reconnaît pas Jésus dans le mauvais rôle qu’il se donne. Mais il y a cependant une différence frappante avec cette parabole. Si dans les autres paraboles certains sont rejetés, c’est qu’ils l’ont bien mérité, en tout cas selon nos critères de morale, alors qu’on ne trouve pas de vraies raisons au rejet des pauvvierge3.jpgres jeunes filles en manque d’huile car elles n’ont fait de tort à personne.

En fait, nous nous accommodons bien de ces récits qui nous rapportent des histoires où les coupables sont victimes d’un jugement sévère. Nous les lisons à la lumière de notre logique humaine et nous trouvons toujours une explication pour justifier les jugements qui frappent ceux qui ont mal agi. Pourtant ces récits, nous donnent une autre image de Jésus que celle à laquelle nous sommes habitués, mais nous nous en accommodons parce que nous réagissons, comme si Jésus, malgré sa grande bonté avait les mêmes critères de justice que nous.

Tout en nous accommodant de ses jugements sévères sur ceux qui n’aiment pas leurs prochains comme eux-mêmes, nous n’hésitons pas à parler de grâce pour tous et de salut universel à condition que les futurs convertis formulent un repentir sincère et authentique. En fait nous avons du mal à imaginer un Evangile qui n’ait pas conservé une partie de la rigidité de la loi de Moïse dont nous suspendons les aspects contraignants, tels le repos du sabbat et les règles alimentaires, mais nous réclamons cependant avec vigueur des démarches de repentir en vue de l’acquisition du pardon. En fait nous considérons que Jésus a accepté de mourir pour édulcorer la Loi et instaurer une religion au rabais.

Heureusement qu’il y a cette histoire des 10 jeunes filles qui nous reste en travers de la gorge. Elle va nous permettre de comprendre les choses autrement. Si cette histoire est inacceptable pour nous, parce qu’elle semble condamner celles qui n’ont fait de tort à personne, elle ne s’accorde pas non plus avec ceux qui ont réfléchi au sens de la mort de Jésus. En effet, ce récit ne nous aide pas à comprendre comment, en mourant sur une croix à cause de ses idées, Jésus il a pu réconcilier l’humanité avec Dieu. Par contre, si nous lisons ce récit en faisant abstraction de la mort de Jésus nous nous cantonnons dans un judaïsme édulcoré comme on l’a dit.

Si nous considérons que Jésus a accepté la mort pour donner aux hommes une autre image de Dieu, que celle que nous a transmis la tradition, les choses prendront une autre allure. En mourant Jésus a anéanti l’image traditionnelle de Dieu. Il a détruit l’idée selon laquelle Dieu avait des comptes à régler avec l’humanité. Il a détruit tout ce qui nous choque en Dieu, à commencer par l’idée du Dieu qui condamne les hommes à vivre dans la crainte de l’avoir offensé si bien que ce n’est donc pas lui qui envoie les maladies pour punir les humains, ce n’est pas lui qui provoque les tremblements de terres et autres catastrophes pour affirmer sa puissance. Ce n’est pas lui non plus qui pousse les hommes à faire la guerre pour l’honneur de son nom, ce ne sera pas lui non plus qui claquera la porte au nez des jeunes filles en manque d’huile.

Jésus s’est laissé condamner à mort pour accréditer une autre réalité de Dieu selon laquelle Dieu accompagne les hommes et leur envoie son Esprit pour les dynamiser, pour leur donner de l’audace et leur permettre d’affronter les périls de la vie avec courage. Ils peuvent ainsi surmonter les épreuves qu’ils subissent sans savoir pourquoi elles arrivent. Il leur donne l’audace de la foi pour vivre dans l’espérance et regarder la mort avec sérénité.

La parabole des dix vierges devient alors inacceptable pour celui qui croit en ce Dieu que la mort et la Résurrection de Jésus lui donne de découvrir. Il y avait mal-donne dès le début. En fait personne n’avait demandé aux vierges de faire ce qu’elles ont fait. Ce sont les vierges entre elles qui avaient décidé qu’il fallait de l’huile en réserve pour entrer, et qu’elles ne pouvaient rien partager. Les vierges sages étaient tout aussi folles que les autres, car elles n’avaient rien compris. Les vierges folles, elles aussi avaient cru à un autre messie que celui qui est venu et elles ne l’ont ni reconnu , ni suivi.vierge%2B2

Si cette histoire apparaît comme désespérante, elle n’a pourtant pas lieu de l’être, car le marié qui ferme la porte n’est pas le vrai messie. Il est la fausse image d’une réalité dépassée. La porte ne peut pas se refermer sur cinq jeunes filles et les laisser dehors, car personne ne leur avait interdit d’entrer au moment où les portes s’étaient ouvertes. C’est l’idée qu’elles en avaient qui les a jetées dehors. C’est leur fausse idée de Dieu et du Messie qui les a amenées à cette situation si bien que la conclusion désespérante appartient à une autre réalité qui n’est pas celle de l’Evangile.

 

Les images sont de He Qi
Les statues représentent les vierges folles et les vierges sages : cathédrale de Strasbourg

 

 

 

 

 

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Matthieu 23:1-12 – indignez-vous dimanche 30 octobre 2011

Posté par jeanbesset le 10 octobre 2011

Indignez-vous dimanche 30 octobre 2011


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Matthieu 23 :1-12

 

 

Jésus met en garde contre les scribes et les pharisiens

 

1 Alors Jésus dit aux foules et à ses disciples : 2 Les scribes et les pharisiens se sont assis dans la chaire de Moïse. 3 Faites et observez donc tout ce qu’ils vous diront, mais n’agissez pas selon leurs œuvres, car ils disent et ne font pas. 4 Ils lient des charges lourdes, difficiles à porter, pour les mettre sur les épaules des gens, mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. 5 Toutes leurs œuvres, ils les font pour être vus des gens. Ainsi, ils élargissent leurs phylactères et ils agrandissent les houppes de leurs vêtements ; 6 ils se plaisent à avoir la première place dans les dîners et les premiers sièges dans les synagogues, 7 être salués sur les places publiques et être appelés Rabbi par les gens.

8 Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre maître, et vous, vous êtes tous frères. 9 Et n’appelez personne sur la terre « père », car un seul est votre père, le Père céleste. 10 Ne vous faites pas appeler docteurs, car un seul est votre docteur, le Christ. 11 Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. 12 Qui s’élèvera sera abaissé, et qui s’abaissera sera élevé.

 

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Indignez-vous, tel semble être le mot d’ordre que le philosophe Stéphane Hessel ait lancé à l’intention de la jeunesse en révolte sur tous les continents du monde en ce début de vingt et unième siècle. Il s’agit de s’indigner parce qu’on n’y trouve pas son compte et parce que l’on ne trouve pas sa place en ce monde en cours de mutation. Il s’agit de s’indigner parce que les vraies valeurs sont bafouées, que les jeunes diplômés ne trouvent pas d’emplois à la mesure de leurs études, et que les classes privilégiées continuent à l’être au détriment de celles qui ne le sont pas.

Ce mouvement des indignés a fait tâche d’huile et continue à se répandre sur toute la planète, il provoque des mouvements contestataires et s’en prend pacifiquement aux gouvernements en place qui s’en émeuvent. Il déclenche la sympathie des uns, inquiète les autres. Très vite il nous vient à l’idée de créer un amalgame entre le mouvement que Jésus a suscité il y a vingt siècle et celui dont je viens de parler. On imagine volontiers Jésus, descendant dans les rues, occupant pacifiquement l’espace publique et dénonçant comme il avait l’habitude de le faire l’attitude insupportable des privilégiées de son temps. N’était-ce pas d’ailleurs ce qu’il était en train de faire quand il s’en prenait aux pharisiens qui se prévalaient de leurs privilèges pour donner des leçons aux autres.

Jésus s’indignait au nom de préceptes divins dont les directives étaient malmenées par ceux là même qui étaient chargés de les enseigner et de les faire respecter. Il proclamait haut et fort que la justice était dans son camp et s’attirait de nombreuses sympathies.

Mais avant de vous indigner à votre tour à la suite de mon propos à cause des libertés que je m’autorise à prendre en ce début de sermon, prenez quelques instants pour savourer les propos de Jésus. Vous constaterez sans doute, avec le décalage nécessaire du temps qu’ils collent à l’actualité. Il s’en prend aux pharisiens et aux scribes qui sont les intellectuels de cette époque qui ont accaparés des privilèges et qui se justifient du droit, en cours à l’époque, pour les conserver. Ils ne se rendent pas compte que c’est le droit qu’ils utilisent pour se légitimer qui les condamne.

Certes le droit est de leur côté en dépit des sarcasmes de Jésus. Ils payent l’impôt ecclésiastique sans rechigner. Ils sont moralement vertueux. Ils respectent tous les préceptes religieux. Tout en s’opposant au pouvoir de l’occupant romain, ils ne font cependant pas de troubles dans les rues, si bien qu’un semblant de paix a cours dans leurs cités. Citoyens soumis et contestataires à la fois, ils vivent assez mal le procès d’intention que leur fait Jésus.

S’ils sont hypocrites, ils le sont honorablement. Ils acceptent de se mettre en cause si on le leur fait remarquer courtoisement selon les règles qui ont cours dans les débats rabbiniques de leur temps. Mais ils n’acceptent pas les provocations telles que Jésus les pratiquait en les interpelant dans les lieux publiques. Si tout bon lecteur de l’Evangile prend ici partie pour Jésus, il doit se méfier de ne pas mettre en cause tous les indignés de notre temps et tout ceux qui se réclament de leur bon droit en se drapant dans le respect des droits de l’homme.

En effet, nous nous indignons volontiers contre ceux qui abusent de la situation qui les favorisent. Nous souhaiterions que les privilégiés le soient moins et surtout que d’autres soient reconnus à leur tour dans les privilèges qu’ils ont acquis. Nous voudrions que les diplômes ouvrent la voie à des professions qui leurs correspondent. Nous voudrions que l’on reconnaisse aux indignés les privilèges auxquels ils n’ont pas encore accès mais auxquels ils aspirent justement croient-ils.

Privilégiés avons-nous dit, serviteurs répond Jésus. L’’image du service est au cœur même de son Evangile et prend la place centrale de son propos que nous recevons aujourd’hui, « car le plus grand parmi-vous sera votre serviteur ».

Qu’on ne se méprenne cependant pas, Jésus parle bien de service et non d’esclavage. Ce n’est pas le même mot et Jésus ne pratique pas la confusion des genres. Il utilise bien le mot de serviteur et il fait référence à une fonction de service pour porter son indignation. En dépit de ce que les grammairiens ou les linguistes pourront dire, il y a une distinction qu’il faut faire entre serviteur et esclave. Nous n’envisagerons pas ici le problème des esclaves, nés comme tels, ni des mauvais maîtres qui les maltraitent, c’est un autre sujet contre lequel Jésus nous laissera le soin de nous indigner plus tard. Nous mettrons 17 siècles à le faire.

Nous nous écarterons aussi de la notion moderne du service, selon laquelle nous ne devrions être en tant qu’hommes et femmes libres les serviteurs de personne, alors que nous sommes tous au service de quelqu’un ou de quelque chose.

Nous resterons un peu sur une notion archaïque du service. Le serviteur a passé un contrat avec celui qui l’emploie. Les clauses de ce contrat peuvent se résumer en une seule. Le serviteur est embauché pour que le patron trouve dans son service un mieux être. Plus le patron trouve de satisfaction dans le service donné, mieux il se porte. Si Jésus envisage pour nous la fonction de serviteur, c’est pour que celui au service duquel nous sommes attachés se porte mieux.

Il s’agit maintenant de savoir de qui on est appelé à être le serviteur. De Dieu, allons-nous dire ! Jésus dit bien que ce n’est pas le cas. C’est ce que croyaient les pharisiens, il leur donne tort. Il s’agit ici d’être le serviteur des autres. C’est à n’y rien comprendre. Si Jésus participe à notre indignation face aux injustices qui nous sont faites, pourquoi nous ramène-t-il dans une nouvelle situation de dépendance et de service ? Sommes-nous installés par lui dans la fonction de serviteurs de la cause pour laquelle nous contestons ?

Mais quelle cause défendons-nous donc ? Défendons-nous la cause de ceux qui n’ont pas de privilèges mais que nous cherchons à acquérir pour eux. Dans ce cas nous acceptons que le fait d’être privilégiés est un principe incontournable puisque nous nous efforçons d’y faire entrer ceux qui n’y sont pas encore

Vu sous cet angle là l’Evangile ne nous paraît-il pas un peu réducteur? J’ai fortement l’impression que Jésus ne nous suivrait pas dans cette voie. En fait Jésus ne précise pas au service de quelle cause nous sommes appelés, car nous sommes les serviteurs des autres, c’est-à-dire de l’humanité. En effet, nous est-il venu un jour à l’idée que si Dieu a été reconnu comme le créateur de l’humanité, c’est pour le bonheur des hommes et pour leur bien être. Si nous reconnaissons que Dieu donne du sens à l’humanité, ce n’est pas pour établir des catégories parmi les êtres humains, ni pour créer des castes de privilégiés en fonction de leurs diplômes ou de leurs lieux d’origine, mais pour établir un mouvement général selon lequel tous les hommes ont droit au bonheur. C’est pour accomplir ce projet que nous sommes embauchés par Dieu comme serviteurs.

Sans doute le bonheur se définit-il différemment suivant les lieux où l’on habite ou selon la culture à laquelle nous appartenons, mais tous les humains ont droit au bonheur et à la satisfaction de vivre. Si ce n’était pas le cas, Dieu n’aurait plus sa place parmi nous en tant que créateur.

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Nous sommes donc mis par Dieu au service du mieux être de l’humanité, et si cela passe par la défense des privilèges de certains non reconnus pour le moment, ce ne peut être que provisoire, car tout ne peut être fait en un seul mouvement, mais il faut donner du temps au temps pour que le vaste monde se mette à l’unisson de Dieu qui réclame nos services pour que l’harmonie du monde s’approche le plus possible de sa perfection.

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Matthieu 22: 34-40 Aimer Dieu de tout son coeur et son prochain comme soi-même. dimanche 23 octobre 2011

Posté par jeanbesset le 3 octobre 2011

Matthieu 22: 34-40 Aimer Dieu de tout son coeur et son prochain comme soi-même. dimanche 23 octobre 2011 dans sermon chagall-marc-amoureux-de-vence

Aimer Dieu de tout son cœur

Aimer son prochain comme soi-même

 

Matthieu 22:34 Les pharisiens apprirent qu’il avait réduit au silence les sadducéens. Ils se rassemblèrent 35 et l’un d’eux, un spécialiste de la loi, lui posa cette question pour le mettre à l’épreuve : 36 Maître, quel est le grand commandement de la loi ? 37 Il lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence. 38 C’est là le grand commandement, le premier. 39Un second cependant lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 40 De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes.

 

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Il n’y a pas de slogan plus porteur, ni d’idée plus séduisante que d’affirmer que c’est l’amour qui doit mener le monde. Il doit être le moteur de nos relations avec Dieu et avec les hommes. Quiconque nie une telle affirmation fait figure d’irresponsable archaïque et rigide, mais à l’inverse, quiconque défend une telle idée sera très vite taxé d’utopiste irréaliste. Les sages, comme toujours vont se situer dans le juste milieu : un peu d’amour mettra de l’huile dans les rouages, mais trop d’amour nous entraînera à la dérive et ne nous apportera que des déboires.

Pourtant Jésus se positionne clairement dans une pratique de l’amour sans réserve. Ce n’est pas lui, par ailleurs qui est l’auteur de ces deux préceptes. Il est allé les prendre à leur source dans deux livres au cœur de l’Ecriture : le Livre du Lévitique et celui du Deutéronome. Il s’agit donc là d’une vérité qui habite toute la Bible depuis ses origines.

Soyons réalistes pour un temps, et rejoignons le camp des sages dont je viens de parler. En effet, la position de Jésus semble insoutenable. Comment aimer Dieu sans restriction alors que l’Ecriture nous enseigne à le craindre ? Il est certes lent à la colère et prompt à la miséricorde, mais certaines de ses colères restent mémorables.

La Bible, dans les deux Testaments ne manque pas d’exemples à commencer par la destruction de Jérusalem que Dieu a laissée faire, voire même provoquée. Jésus lui-même ne nous met-il pas en garde en nous disant que certaines de nos positions seront sanctionnées par des pleurs et des grincements de dents. Certes, les commentateurs les plus optimistes ont dit que Jésus utilisait des formules stéréotypées qui avaient cours en son temps. Il n’empêche qu’il les a quand même utilisées.

Dans notre relation personnelle avec Dieu, nous éprouvons parfois du ressentiment à son égard et quand on éprouve un tel sentiment on ne peut aimer sans réserve celui qui nous l’inspire. Inutile d’énumérer toutes ces prières sans réponse faites dans la foi, elles sont encore dans notre mémoire. On ne fera pas non plus la liste de ces catastrophes naturelles où l’absence de Dieu s’est faite douloureusement sentir. Il nous arrive aussi d’être à l’écoute des propos selon lesquels il n’y aurait pas tant de malheurs dans le monde si Dieu y était vraiment présent. Des questions lancinantes reviennent à notre pensée, bien que nous essayions de les écarter : pourquoi ceux qui ont donné leur vie à Dieu sont-ils victimes d’injustices, de violences, de famines et de maladies ?

Compte tenu de toutes les réserves que je viens de faire, on peut certainement concevoir que l’on puisse avoir un élan d’amour vers le créateur de toutes choses qui a fait tant de beautés et qui a organisé le monde avec tant de subtilité, mais peut-on pour autant lui réserver un amour total et sans réserve ? Cela nous paraît bien impossible.
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Même si on se forçait à aimer Dieu par obéissance ou par intérêt, un tel amour n’aurait pas grande valeur puisqu’il ne serait pas le résultat d’un élan du cœur qui ne se démontre pas mais qui jaillirait de nous-mêmes après avoir transformé tout notre être.

Pour qu’une telle chose soit possible, il nous faudrait changer radicalement notre relation à Dieu. Il faudrait la penser en d’autres termes que ceux que nous avons utilisés jusqu’à maintenant et essayer de trouver une autre approche de Dieu. C’est sur ce point que nous rejoignons l’enseignement de Jésus, car il a essayé toute sa vie de nous apprendre à voir Dieu autrement que ce que la tradition nous a appris de lui. Il nous faut donc opérer une transformation radicale en nous-mêmes pour nous permettre d’avoir un autre regard sur Dieu et sur les autres au point de les aimer eux-aussi sans aucune restriction.

Il ne nous est pas plus facile d’aimer les autres. Si chacun faisait un examen de conscience attentif sur lui-même, il découvrirait bien vite que ceux auxquels il accorde son amour se réduisent à un tout petit nombre. L’amour, nous l’avons dit est un élan du cœur qui ne se commande pas. Le sentiment que nous éprouvons pour ceux que nos aimons vraiment est d’une toute autre nature que celui que nous réservons à tous les autres. Car l’amour ne se commande pas. On peut se contraindre à être aimable, on peut forcer sa nature en approchant les autres avec respect. On peut même leur donner une partie de nos biens. On peut leur consacrer beaucoup plus de temps que raisonnable mais tout cela n’est pas de l’amour, c’est de l’altruisme.

Alors comment aimer vraiment Dieu, et par voie de conséquence comment aimer son prochain ? Jésus part d’une approche que nous connaissons bien. Il considère avant tout Dieu comme un Père dont de nombreuses paraboles nous donne l’exemple. Il est un Père tellement aimant que son comportement, s’il était celui d’un Père humain, pourrait être considéré comme laxiste. C’est ce que nous pourrions retenir de la parabole des deux fils par exemple. C’est ce Père admirable qui cherche son fils, qui vient vers lui, et quand il l’a trouvé et réconforté, c’est à l’autre qu’il consacre le reste de son temps. Ce Dieu à l’image duquel iésus nous renvoie ne provoque personne, mais il attend patiemment que chacun soit prêt à entrer en relation avec lui. Sa patience est telle qu’elle peut durer toute une vie et ne jamais obtenir le résultat espéré.

Nous réalisons que sa présence est effective en nous quand nous en ressentons du bien et que ce contact produit comme une sorte de bonheur en nous. Nous découvrons alors que la place de Dieu était prévue dans notre inconscient depuis toujours, comme si nous étions conçus pour vivre avec lui, mais jamais il ne revendique cette place qui lui est due, si bien que sa présence est perçue comme un vide qui se comble, une absence qui devient présence, une soif d’absolu,e un désir qui ne saurait se dire.

Une telle présence en nous qui crée des états d’âme heureux, qui apporte apaisement et délivrance est totalement différence de celle que l’on nous a appris toutes les fois que l’on nous a parlé de Dieu. Cette quiétude qui nous envahit par sa présence devient la seule réalité de Dieu que le Père de Jésus voulait établir en nous. Jésus nous a préparé lui-même à cette rencontre en faisant jaillir en nous le désir d’un Dieu qui soit différent de celui dont les hommes témoignent et que sans lui on n’aurait jamais pu imaginer.

Le Dieu qui apparaît comme un maître arbitraire pour les hommes et pour le monde, qui conduit ses projets jusqu’à leur aboutissement sans les partager est en dehors de la pensée de Jésus Christ. Un Dieu qui jugerait et condamnerait, un Dieu qui ne serait compatissant qu’après avoir reçu le repentir et qui n’accorderait son amour qu’après avoir sanctionné les coupables, même faiblement, ce Dieu là n’est pas celui avec lequel nous pourrions avoir une total relation d’amour. Il nous faut donc oublier tout ce que l’on a appris sur Dieu et ne retenir de lui que ce que nous en avons perçu quand nous avons senti sa présence en nous, cœur à cœur. C’est alors que Dieu prendra un autre visage et que nous pourrons nous mettre à l’aimer en totalité

L’amour que nous manifesterons à notre prochain deviendra alors le reflet de l’amour divin qui désormais nous habite. Ce sera un mouvement naturel qui se fera sans que nous cédions aux exigences que la bonté nous impose. Les choses se feront alors d’une manière tellement naturelle que c’est en considérant les actes que nous avons faits que nous reconnaîtrons que c’est l’amour de Dieu qui agit en nous comme conséquence inconsciente de l’amour que nous avons pour lui.
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Pour répondre à l’injonction de Jésus en aimant Dieu de tout notre cœur et notre prochain comme nous-mêmes, il nous faut tout oublier de ce que nous avons appris sur Dieu et nous préparer intérieurement à le laisser agir en nous. C’est alors que tout ce que la Bible nous a dit sur Dieu se tintera d’une autre couleur et prendra des reflets inattendus, car nous comprendrons que dans toutes les situations dont l’Ecriture témoigne, l’amour était premier en toute chose, si bien que fort de cette expérience, nous lirons notre Bible autrement. S’il reste encore des zones d’ombre en nous, c’est par la prière, c’est-à-dire par une relation encore plus approfondie avec Dieu qu’elles s’éclaireront.

 

Illustrations Marc Chagall : l’amour

 

 

 

 

 

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Esaïe 45:1-6 Un Messie pour Israël – dimanche 16 octobre 2011

Posté par jeanbesset le 24 septembre 2011


Esaïe 45:1-6

 

1 Ainsi parle l’Éternel à son messie, à Cyrus, Qu’il saisit par la main droite,
Pour terrasser les nations devant lui

Et pour déboucler la ceinture des rois,

Pour ouvrir devant lui les deux battants,
Et que les portes ne soient plus fermées :
2 Je marcherai devant toi,
J’aplanirai les pentes,

Je briserai les portes de bronze Esaïe 45:1-6 Un Messie pour Israël - dimanche 16 octobre 2011 dans sermon Cyrus%2B1

Et je mettrai en pièces les verrous de fer.
3 Je te donnerai des trésors enfouis,

Des richesses dissimulées,

Afin que tu reconnaisses

Que je suis l’Éternel qui t’appelle par ton nom,
Le Dieu d’Israël.
4 A cause de mon serviteur Jacob

Et d’Israël, mon élu,

Je t’ai appelé par ton nom,

Je t’ai paré d’un titre,
Sans que tu me connaisses.
5 Je suis l’Éternel,

Et il n’y en a point d’autre,

A part moi il n’y a point de Dieu ;

Je t’ai pourvu d’une ceinture,

Sans que tu me connaisses.

6 C’est afin que l’on reconnaisse,

Du soleil levant au couchant,
Qu’en dehors de moi il n’y a que néant :
Je suis l’Éternel,
Et il n’y en a pas d’autre
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Edit de Cyrus

Y a-t-il un autre roi sur terre qui fut salué par Dieu de la même manière que le fut Cyrus, dans ce chapitre 45 du livre du prophète Esaïe qui le qualifie de Messie, lui, un roi païen ? Ce titre était conféré en Israël aux descendants du roi David. Mais à l’époque où nous sommes, il n’y a plus de roi depuis cinquante ans. Les notables d’Israël étaient partis en exil avec le dernier souverain vaincu par Nabukodonosor. Jérusalem était en ruines et les scorpions habitaient le temple dévasté.

Etait-il possible qu’un prince païen soit appelé par Dieu pour relever le trône renversé et restaurer un royaume qui avait disparu depuis deux générations ? Pourtant les paroles du prophète n’ont pas résonné dans le vide puisqu’elles ont été conservées dans les livres sacrées : « Ainsi parle l’Eternel à son Messie Cyrus qu’il a saisi par la main droite… »

A connaissance humaine, Cyrus ne s’est jamais vu signifier une telle prophétie ! Jamais le prophète Esaïe n’a approché le roi pour lui délivrer le message ! Alors comment un tel prodige a-t-il pu prendre corps dans la Bible et devenir réalité ? La chose s’est bien produite, Israël est bien revenu de son lointain exil, le temple fut rebâti et les murs de la ville relevés sur ordre de Cyrus.

Telle une vague de fond parcourant le croissant fertile au quatrième siècle avant notre ère, les armées de Cyrus avaient renversé les souverains et réorganisé les royaumes. Le nouveau conquérant s’empara même de Babylone et rien ne put arrêter l’armée de Cyrus qui vola de conquêtes en conquêtes. A la différence des autres envahisseurs, il ne sema pas la désolation sur son passage. Cyrus%2B2Les rois détrônés ne perdirent pas la vie et ne furent pas envoyés en exil, mais se trouvèrent rétrogradés au rang de gouverneur. Les peuples ne furent pas déplacés comme cela avait été le cas auparavant, et ceux qui l’avaient été jadis retrouvèrent leurs anciennes patries. Un Edit publié par Cyrus précisa alors le droit des peuples. Ce document est considéré par les historiens modernes comme une première déclaration des droits de l’homme.

En exil à Babylone le prophète Esaïe assistait à ce grand bouleversement politique et social. Il avait vu le roi du moment détrôné, mais son sang n’avait pas coulé, il était devenu un gouverneur provincial. Le culte du Dieu Mardouk avait subsisté et ses statues n’avaient pas été renversées. Un mieux être semblait s’installer et l’espérance d’un retour prochain devenait une réalité. Il était clair que pour le prophète ce nouvel état des choses correspondait aux prophéties formulées par ses prédécesseurs : le premier Esaïe et Jérémie.

Le prophète Esaïe mentionné ici est un prophète anonyme qui vivait à l’époque de l’exil et dont les écrits ont été publiés à la suite de ceux du prophète Esaïe, c’est pourquoi il est convenu de l’appeler le second Esaïe. Il vivait donc 150 ans après le premier. Les prophètes qui l’avaient précédé se réclamaient d’un Dieu bon, prompt à la justice, lent à la colère, qui récusait la force. Il espérait que le roi soit pour lui un instrument de paix et assure le bonheur de ses peuples. Un seul roi, Josias avait correspondu à cet idéal et avait entrepris une grande réforme qui allait dans ce sens.

Les autres par contre avaient continué à voir en Dieu un Dieu fier et autoritaire qui se satisfaisait dans la soumission des peuples et trouvait sa gloire dans les victoires des armés royales. Le clergé du Temple soutenait cette position et organisait la persécution de ces prophètes semeurs de troubles.

L’histoire donna raison aux prophètes contre les rois. Entêtés dans leur vision des choses ils conduisirent leur peuple à la ruine et à la destruction. Contrairement à l’habitude qui veut que les dieux des peuples vaincus disparaissent après la défaite, le Dieu d’Israël et son culte subsista en exil, sans roi, sans clergé et sans temple. La vision de Dieu qu’avaient donnée les prophètes avait subsisté alors que l’image de Dieu imposée, par le clergé et les rois s’était effacée. Ainsi sur la terre de l’exil, le culte du Dieu unique, Dieu de miséricorde et de bienveillance, s’imposa, mais d’une toute autre manière qu’auparavant.

Cyrus surgit donc sur la scène politique au moment où ce nouveau courant de pensée concernant Dieu s’imposait et redonnait de l’espoir au peuple en exil. Il n’est pas étonnant alors qu’on considéra le conquérant comme celui qui allait relever le peuple d’Israël vaincu et restaurer le culte de son Dieu. Bien que païen il portait en lui les qualités du souverain tel que les prophètes les avaient décrites. Tolérant vis à vis des vaincus, il le fut aussi vis-à-vis des religions qui n’étaient pas la sienne. Il ne s’opposa à aucun culte et favorisa même les cultes bafoués, c’est ainsi qu’il ordonna le retour des juifs à Jérusalem et la reconstruction du Temple. Mais il n’ordonna pas davantage. Ce ne fut ni une restauration de la souveraineté ni une restauration de l’état. Cela n’advint que beaucoup plus tard.
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Les juifs exilés avaient retrouvé espoir parce qu’ils avaient conforté leur foi en ce Dieu de miséricorde qui favorise la justice et qui s’oppose à la violence, c’est pourquoi la période de l’exil fut vécue comme une Réforme théologique radicale qui ne s’appuyait plus sur la monarchie de droit davidique, ni même sur les solennités du temple démoli, mais sur le culte en esprit et sur la sagesse que Dieu inspire au cœur des hommes.

Dans cet esprit on entreprit alors la rédaction des textes fondateurs de cette nouvelle pensée. Les écrits des prophètes furent repris, le Deutéronome fut actualisé et tous les textes que la tradition avait conservés furent écrits ou réécrits. Au contact des autres religions, la pensée théologique des juifs fut approfondie. Elle fut amenée à se préciser et à se radicaliser. Les courants théologiques rivalisèrent entre eux et s’exprimèrent en diverses écoles dont on trouve encore la trace dans les Bibles actuelles.

Toute cette effervescence intellectuelle et spirituelle a été dominée par cette image de Dieu héritée des prophètes. Stimulée par la perspective d’un retour prochain elle produisit beaucoup de textes conservés aujourd’hui dans nos Bibles. Même les textes bibliques qui nous paraissent porteurs des violences du passé portent la trace de cette nouvelle vision des choses. Le Dieu qui préconisait les conquêtes s’est fondu dans l’image de celui qui réclamait la justice et la miséricorde.

Pourtant l’histoire passant, les événements se succédant, c’est toujours cette image du Dieu violent qui transparaît encore aujourd’hui. Les textes qui nous en parlent sont bien réels. Il ne faut pas les écarter, mais il faut apprendre à les lire en considérant que les anciens qui nous les ont transmis n’ont pas voulu les réécrire de peur de les défigurer, car ils faisaient partie de l’héritage qu’ils avaient reçu. Mais malgré la violence qu’ils décrivent, ils parlent aussi de la tendresse de Dieu.

Par contre, si nous retenons trop souvent, à partir des Ecritures, l’image de ce dieu violent que nous contestons, c’est sans doute parce que nous avons la nostalgie d’un Dieu tout puissant et victorieux qui nous conforterait dans nos positions. Mais le culte de ce Dieu avait déjà été rejeté 4 siècles avant notre ère par ceux qui ont produit la dernière rédaction de nos Bibles. Les peuples n’ont jamais renoncé à justifier leur propre violence en s’appuyant sur lui. Pourtant son culte a apporté tant de désastres sur cette terre que la sagesse humaine aurait du le rejeter depuis longtemps.Cyrus%2B4

Nous sommes encore réticents à adopter la vision de Dieu que nous ont transmis les prophètes et que Jésus a retenue pour sa part. Cette image du Dieu des prophètes a cependant imprégnée tous les écrits. C’est eux qui au cours des siècles ont ouvert la voie à Jésus Christ qui a d’abord été perçu comme l’un d’entre eux avant que l’on voit en lui l’image du Messie et du fils de Dieu.

 

                                                                                                               le tombeau de Cyrus

 


 


 

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Matthieu 22:1-14 la parabole des noces dimanche 9 octobre 2011

Posté par jeanbesset le 11 septembre 2011

Matthieu 22: 1-14:    reprise pour le dimanche  12 octobre 2014

 
Matthieu 22:1-14 la parabole des noces dimanche 9 octobre 2011 dans sermon le%2Bgrand%2Bfestin%2B1%2B16%2Beme%2Bsi%25C3%25A8cle

Matthieu 22 :1-14  La parabole des noces

1 Jésus leur parla encore en paraboles ; il dit : 2 Il en va du règne des cieux comme d’un roi qui faisait les noces de son fils. 3 Il envoya ses esclaves appeler ceux qui étaient invités aux noces ; mais ils ne voulurent pas venir. 4 Il envoya encore d’autres esclaves en leur disant : Allez dire aux invités : « J’ai préparé mon déjeuner, mes bœufs et mes bêtes grasses ont été abattus, tout est prêt ; venez aux noces ! » 5 Ils ne s’en soucièrent pas et s’en allèrent, celui-ci à son champ, celui-là à son commerce ; 6 les autres se saisirent des esclaves, les outragèrent et les tuèrent. 7 Le roi se mit en colère ; il envoya son armée pour faire disparaître ces meurtriers et brûler leur ville. 8 Alors il dit à ses esclaves : Les noces sont prêtes, mais les invités n’en étaient pas dignes. 9 Allez donc aux carrefours, et invitez aux noces tous ceux que vous trouverez. 10 Ces esclaves s’en allèrent par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, mauvais et bons, et la salle des noces fut remplie de convives. 11 Le roi entra pour voir les convives, et il aperçut là un homme qui n’avait pas revêtu d’habit de noces. 12 Il lui dit : Mon ami, comment as-tu pu entrer ici sans avoir un habit de noces ? L’homme resta muet. 13 Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les pieds et les mains, et chassez-le dans les ténèbres du dehors ; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. 14 Car beaucoup sont appelés, mais peu sont choisis.

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Qu’aurait-on dit, siau mariage du prince William un des invités était venu en blue-jeans et polo avec des savates aux pieds ?L’humour britannique aurait peut être trouvé une telle attitude courageuse, géniale ou choquante. Il y a fort à parier que les services du protocole auraientréagi fermementet auraient opté pourune attitude conforme à celle de la parabole. Cependant, à part le fait que dans les deux cas, il s’agissait de noces royales, la situation n’était pas la même.

Dans le contexte de la parabole, il ne s’agissait pas de pousser vers la sortie un lord provoquant ou arrogant, il s’agissait d’exclure un va-nu-piedsramassé dans les faux bourgs mal famés et contraint par les forces de l’ordre de se joindre aux invités qui étaient tous comme lui, des marginaux que l’on n’avait pas prévu d’inviter et qui se trouvaient contraints et forcés d’entrer dans la salle du banquet.

Tout nous choque dans cette affaire, à commencer par l’attitude du roi. Il s’en est d’abord pris à ses invités indélicats qu’il a fait tuer, puis il a bouté hors de sa salle à manger ce pauvre bougre qui n’avait pas le vêtement requis. Il n’avait sans doute pas les moyens ni la possibilité de se changer tant l’affaire avait été mené rondement.Ses co-invités étaient Le%2BGrand%2Bfestin%2BClermont-Ferrand.%2B3%2Bjpgdans la même situation, semble-t-il, et pourtant il ne leur est rien arrivé de fâcheux, c’est bien là le problème ! Comment alors expliquer l’attitude du roi qui nous parait inconvenante ?

Quand on veut, on peut, dira-t-on. Malgré ses haillons,il avait sans doute les moyens de faire apparaître ouvertement qu’il était à la fête. C’est ce que les autres avaient certainement fait. Mais comment s’y étaient-ils pris ?A nous de l’imaginer : une fleur des champs à la boutonnière, une plume d’oiseau au chapeau, un simple coup de brosse sur la poussière de leur pantalon, que sais-je encore ? Il y a, en tout cas, un minimum qu’il aurait pu faire et qu’il n’a pas fait.

Mais prenons un peu de distance avec cette parabole que nous avons de la peine à expliquer et essayons de percer l’intention de Jésus. Il est clair que Jésus veut signifier que les invités, c’est-à-dire lesdignitaires juifs, pharisiens, scribes et consorts n’auraient pas leur place dans le Royaume que Jésus était venu annoncer. C’est là un constat récurant pour qui a un peu de pratique dans la lecture des paraboles du Royaume. Ceuxà qui était destiné la bonne nouvelle de Jésus l’ayant refusée, ce sont d’autres moins dignes que les premiers qui devaient les remplacer.

Bon nombre des premiers chrétiens faisaient partie de ces gens marginaliséspar les scribes et les pharisiens, certains même dans la toute première génération ont été recrutés parmi les païens. Ils ont du se reconnaître dans ces invités de la dernière heure. Plus aucune contrainte n’était désormais exigée pour faire partie de ce nouveau peuple de Dieu.Mais cette parabole, dans un contexte aussi farouche nous apprend que tous nesont pas les biens venus et que malgré l’invitation générale, tous ne sont pas invités.

L’exclusion de cet homme, sans vêtement de fête, apporte un démentifâcheux à notre espérance et jette le trouble dans notre esprit.Voila que notre théorie sur la gratuité du salut se trouve malmenée. Elle est même remise en cause et nous nous demandons ce qu’il en est de notre théologie de la grâce.

On remarquera que cette parabole ne figue pas dans l’Evangile de Marc qui est le plus ancien des Evangiles. Par contre cette même parabole est rapportée dans l’Evangile de Luc sous une forme qui pourrait nous paraître édulcorée. Luc l’a simplifiée. Dans le texte qu’il transmet, Il n’y a plus de roi, c’est un riche bourgeois qui le remplace. Les invités qui refusent de venir s’excusent poliment et on ne leur fait aucun mal.Personne n’est exclu de la salle du banquet. Luc a-t-il adouci volontairement les rugosités d’une parabole, venue d’une autre tradition que Marc ne connaissait pas et que Matthieu auraittrouvée ailleurs et aurait conservée dans toute sa dureté ? On peut même se demander si Jésus n’a pas raconté cette parabole dans deux situations différentes, ce quiexpliquerait la différence des textes transmis par les deux évangiles. Nul ne le sait. La seule chose que l’on sait, c’est que Matthieu a rapporté quant à lui, un détail navrant dontLe%2BGrand%2Bfestin%2BClermont-Ferrand.%2B5%2Bjpg il nous faut ici rendre compte.

Comme dans toutes les paraboles, il y a des incohérences. Outre l’histoire de l’habit de noce,dont on n’a toujours pas trouvé d’explication, il y a la violence du roi qui fait tuer et assassiner les invités indélicats et détruire leurs villes si bien qu’on a du mal à reconnaître dans ce roi le Père dont Jésus se réclame. On verrait plutôt en lui ce Dieu autoritaire et jaloux qui faute d’être aimé et respecté préfère détruire et tuer tout ce qui ne se soumet pas à sa volonté. Il agit comme le Dieu qui décida du déluge et de la destruction de l’humanité insoumise.

Selon certains chrétiens c’est ce même Dieu qui présiderait encore à la destinée de chacun.Aprèsavoir rejeté son peuple élu qui n’aurait pas reconnu en Jésus le Messie, il exigerait de son nouveau peuple, la même obéissanceet quiconque ne se soumettrait pas à sa loi serait passible d’un jugement encore plus sévère que par le passé. Quiconque n’aurait pas la bonne confession de foi se verrait rejeté dans les ténèbres du dehors. Voila l’inquisitionet les guerres de religions à nouveau justifiées. Tous ceux qui sont adeptes d’un évangile pur et dur où la justicedevance le pardonse trouvent ici confortés dans leur intégrisme.

Cette parabole dans laquelle nous ne reconnaissons pas Dieu dans le personnage du roi et dont nous contestons la conclusion nous a-t-elle été donnée comme un contre évangile qui par voie de déduction nous amèneraità trouver en opposition le vrai évangile? C’est sansdoute la tentation dans laquelle je suis en train de vous entraîner, comme si Jésus se permettait de prêcher le faux pour qu’on découvre le vrai.Mais tel n’est pas le fonctionnement habituel de sa pensée. Serait-ce alors un procédé littéraire propre à Matthieu ?Pas davantage ! Mais pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

Revenons donc à cette histoire de vêtement qui n’est pas conforme à ce qu’il devrait être. Ce n’est pas la première fois que la Bible accorde une valeur symbolique au vêtement. Le vêtement prend parfois une signification particulière dans la relation de l’homme à Dieu.

Dans le jardin d’Eden, une fois leur faute commise, Adam et Eve ne veulent plus paraître nus devant Dieu. Ils se bricolent alors des pagnes en feuillage. C’est Dieu lui-même qui leur confectionne un vêtement décent pour qu’ils puissent paraître devant lui. Le Grand prêtre lui-même devait porter un vêtement spécial pour assurer ses fonctions devant Dieu dans le Temple. Dans l’Evangile on nous raconte l’histoire de ce jeune homme qui laissa son vêtement aux mains des soldats et partit tout nu pour ne pas se faire arrêter en même temps que Jésus. Ilperdit son vêtement pour prix de son infidélité. Inversement, dans l’Evangile de Jean c’est Pierre qui était nualors qu’il était à la pêche et qui se revêtit pour se rendre acceptabllegrandfestinclermontferrand2.jpge devant Jésus.

Malgré la réalité d’une société violente et injuste, malgré l’arbitraire des pouvoirs enplace, malgré la fausse image de Dieu que l’on essaye de nous asséner,Jésus nous demande d’afficher notre sérénité face aux événements et notre confiance en ce Dieu qui n’est pas nommé ici mais qui est l’objet de notre espérance. C’est l’espéranceaffichéequi doit révéler notre foi. Il nous faut donc manifester ouvertement que nous croyons possible la venue de ce Royaume de paix annoncé par Jésus. Nous devons donc rendre visible notre sérénitécomme on le ferait d’un vêtement de noce. Espérance et sérénité, voila ce qui se cache derrière ce vêtementmystérieux.

Les images viennent du Musée de Clermont-Ferrand

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Matthieu 21: 33- 43 – la parabole des vignerons dimanche 2 octobre 2011

Posté par jeanbesset le 3 septembre 2011

 

Matthieu 21 :33 -46

 

Matthieu 21: 33- 43 - la parabole des vignerons dimanche 2 octobre 2011 dans sermon vignerons%2B5%2B%25282%2529

 

La parabole des vignerons

 

 

Matthieu 21 : 33-46

 

Ecoutez une autre parabole. Il y avait un maître de maison qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir et y construisit une tour, puis il la loua à des vignerons et partit en voyage. 34 A l’approche des vendanges, il envoya ses esclaves chez les vignerons, pour recevoir les fruits de la vigne. 35 Les vignerons prirent ses esclaves ; l’un, ils le battirent ; un autre, ils le tuèrent ; un autre encore, ils le lapidèrent.

 36 Il envoya encore d’autres esclaves, en plus grand nombre que les premiers ; les vignerons les traitèrent de la même manière. 37 Enfin il leur envoya son fils, en disant : « Ils respecteront mon fils ! » 38 Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent : « C’est l’héritier ! Venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. »39 Ils le prirent, le chassèrent hors de la vigne et le tuèrent.

40 Lorsque le maître de la vigne viendra, comment traitera-t-il doncvignerons%2B6%2B%25282%2529 dans sermon ces vignerons ? 41 Ils lui répondirent : Ces misérables, il les fera disparaître misérablement, et il louera la vigne à d’autres vignerons qui lui donneront les fruits en leur temps.42 Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures :C’est la pierre que les constructeurs ont rejetéequi est devenue la principale, celle de l’angle ;cela est venu du Seigneur,c’est une chose étonnante à nos yeux.43 C’est pourquoi, je vous le dis, le règne de Dieu vous sera enlevé et sera donné à une nation qui en produira les fruits.

44 Quiconque tombera sur cette pierre s’y brisera, et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera.45 Après avoir entendu ses paraboles, les grands prêtres et les pharisiens comprirent que c’était d’eux qu’il parlait ; 46 ils cherchaient à le faire arrêter, mais ils eurent peur des foules, parce qu’elles le tenaient pour un prophète.

 

 

 

 

Si on cherche à trouver le sens de cette parabole en regardant seulement le titre qu’en donnent les traductions les plus usuelles de nos Bibles, on constatera que les éditeurs nous engagent à lire ce texte comme si les ouvriers qui travaillent dans la vigne étaient mauvais. vignerons4.jpg

En effet les titres qui sont donnés à ce passage dans les Bibles sont les suivants:

- parabole des vignerons ( Colombe)

- parabole des vignerons homicides ( Jérusalem)

- parabole des vignerons mauvais ( Chouraqui)

- Les métayers révoltés ( TOB)

Un seul de ces titres est neutre par rapport aux vignerons. Les autres ont déjà formulé un jugement négatif sur eux.

Avant même d’avoir commencé la lecture du textes, les vignerons sont désignés comme des méchants, si bien que notre opinion est déjà faite avant d’avoir commencé à lire. Il n’est pourtant pas évident que les vignerons soient coupables. Cela dépend du regard que l’on porte sur le droit en vigueur. Les éditeurs font intervenir dans les titres qu’ils ont donnés les reflets du droit de notre société occidentale orientée vers le respect absolu de la propriété. Si nous lisions cette parabole dans une autre société que la nôtre, celle où la maffia par exemple règne en maître on donnera d’autres titres que ceux que j’ai cité: on aura par exemple:

- histoire d’une révolution avortée ou

- échec de la libération.

N’oublions pas qu’un des textes fondateurs de la Bible nous parle de la révolte des esclaves égyptiens conduits par Moïse avec la bénédiction de Dieu. Pour Moïse l’aventure a réussi, pour les vignerons, elle a échoué.

Concentrons-nous sur l’attitude du propriétaire. Il se comporte d’une manière irresponsable et lâche. Je ne peux en aucune manière l’identifier à Dieu. Il abandonne les vignerons à leur tâche et se contente d’envoyer des serviteurs pour réclamer son argent. Il n’établit aucune relation humaine avec ses ouvriers, il n’y a aucun échange. Il ne reconnaît pour justifier son comportement que le droit établi en faveur des privilégiés. Comble de lâcheté le propriétaire envoie son propre fils mater la révolte, et ce fils se fait tuer. Sans que l’on ne sente aucun chagrin chez lui, on nous décrit simplement les représailles qu’il ordonne.

Peut être êtes vous irrités par cette entrée en matière, peut-être vous demandez-vous si je n’essaye pas de justifier quelques concepts appartenant au courants de la théologie de la libération chers aux pays d’Amérique Latine et condamnés par le pape ?

Je pense seulement que si on veut comprendre le message de Jésus, il faut le nettoyer de tous ce que les siècles ont accumulé de traditions à son sujet. Cela nous amène dans un premier temps à comprendre que si Jésus donne tort aux vignerons, il ne leur donne pas tort pour les raisons sociales qui nous viennent à l’esprit. Jésus ne leur donne pas tort d’avoir molesté les serviteurs et tué le fils, même si cela nous choque, il leur donne tort d’avoir voulu contraindre leur maître à changer de comportement vis à vis d’eux.

Il leur donne tort d’avoir rompu le contrat qui les liait à leur maître en lui confisquant le droit d’être le maître. Qu’il soit loin ou près, qu’il soit bon ou mauvais, que sa propriété de la terre soit légitime ou pas, le problème n’est pas là. Il est dit qu’il loua la terre aux vignerons, c’est à dire que les vignerons n’étaient pas des esclaves, mais qu’ils étaient liés au maître par contrat librement consenti. Ils devaient normalement payer au maître ce qui lui revenait sans tenir compte de l’éloignement qui les séparait. En agissant comme ils ont fait, ils ont voulu contraindre le maître à exister d’une autre manière, ils ont voulu le reconstruire à leur manière et en fait ils le contraignent à ne pas exister, c’est pourquoi ils tuent le fils. Plus de fils, plus d’héritier, plus de maître. Telle est leur logique.

C’est là où nous en sommes. Oublions pour un temps le propriétaire terrien et entrons dans l’allégorie de la parabole telle qu’elle nous est suggérée par le prophète Esaïe ( Es. 5/1-7 (1) ), dont Jésus emprunte une partie du texte. Considérons, pour un temps tout au moins, que le propriétaire représente Dieu, le vigneronvignerons5.jpgs sera donc celui qui fait contrat avec Dieu, c’est donc le juif pratiquant, circoncis le 8 eme jour, fidèlement assidu aux pèlerinages et aux sacrifices et par extension, ce sera le bon chrétien, baptisé, confirmé et bien dans sa peau de membre de l’Eglise. C’est donc le fidèle que nous sommes qui est mis en garde afin qu’il ne dénature pas la personne de Dieu, et qu’il ne tue pas Dieu en croyant bien faire.

Quand je dis le « bon chrétien », je devrais dire que tout chercheur de Dieu est concerné, car le chercheur de Dieu est celui qui est déjà en train d’établir un contact avec son Seigneur: Toute personne qui se sent liée à Dieu est concernée de près ou de loin par cet avertissement qui lui est fait de ne pas dénaturer la réalité de Dieu en le modelant à notre manière. C’est en agissant ainsi qu’on le tue.

Pour éviter cela, Dieu a suscité de nombreux témoins dont l’Ecriture nous rapporte l’histoire. Ils ont dit à leur manière la vraie nature de Dieu. Pourtant, beaucoup de gens, et même parfois des prédicateurs éliminent des aspects de Dieu qui ne leur conviennent pas, ainsi le déforment-ils au risque de le tuer. Ils prêchent un universalisme béat en prétendant qu’il suffit de faire le bien! Mais qu’est-ce que faire le bien ? Ils disent qu’il suffit d’aimer son prochain! Mais qui est mon prochain? Ils disent que Dieu pardonne toujours. Mais ils oublient que le pardon pour exister doit être précédé par la repentance et qu’il doit être suivi par un changement d’attitude.

Nous sommes invités à mieux lire l’Ecriture, et à approfondir notre approche de la foi pour ne pas tomber dans le piège qui consiste à faire comme les autres, à suivre naïvement le troupeau, à faire confiance à la tradition aussi respectable soit-elle. Or la parole de Dieu récuse le bon droit de la tradition, parce qu’elle nous provoque toujours à la nouveauté. Elle nous provoque là où nous n’avons pas envie qu’elle nous interpelle. Elle nous propose des itinéraires que nous n’avons pas envie de suivre, elle met sur notre chemin des prochains que nous n’avons pas envie d’aimer.

Ni les patriarches, ni les prophètes ni les apôtres n’ont souhaités suivre les chemins que Dieu les a invités à emprunter; mais ils les ont suivis à cause justement de cette relation étroite, puisée dans l’ l’Ecriture, qu’ils ont établie dans la vérité avec Dieu et que nous sommes tous invités à établir.

Je ne voudrais pas être mal compris. Je ne voudrais pas que l’un ou l’autre parmi-vous se mette à penser à la suite de ce texte que Dieu est comme le maître de la parabole et qu’il se venge au point de détruire ceux qui n’entrent pas dans ses projets et qui dénaturent son image. Dieu ne ressemble pas au propriétaire de la vigne, pas plus que vous ne ressemblez à ces vignerons mal intentionnés. Cette histoire nous est racontée pour nous dire que quand on veut modifier l’image de Dieu, Dieu ne répond pas à nos désirs et ne se conforme pas à ce que nous voulons.

N’imaginez pas, sous prétexte d’être fidèles au texte que Dieu va punir les infidèles comme le fait le maître de ce récit, au contraire, vous le savez bien, Dieu va s’acharner à gagner à lui tous les hommes en commençant par les vignerons de la parabole. C’est là que réside la difficulté de cette parabole. Elle ne nous demande pas d’identifier les personnages du récit avec Dieu ou avec nous-mêmes. Elle nous demande d’apprécier la situation ici décrite afin que nous corrigions, en fonction de ce que nous avons compris nos comportement défectueux à l’égard de Dieu.

Les illustrations proviennent d’ enluminures de l’Evangéliaire d’Echtermach

 

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(1)


Chapitre 5

La vigne du SEIGNEUR

Esaïe 5:1-7
1 Laissez-moi, je vous prie, chanter pour mon ami
le chant de mon bien-aimé pour sa vigne.
Mon ami avait une vigne
sur un coteau fertile.
2 Il en travailla la terre, ôta les pierres
et y planta un cépage de choix ;
il bâtit une tour au milieu d’elle,
il y creusa aussi une cuve.
Il espérait qu’elle produirait des raisins,
mais elle a produit des fruits puants !
3 Maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda,
soyez juges, je vous prie, entre moi et ma vigne !
4 Qu’y avait-il encore à faire à ma vigne
que je n’aie pas fait pour elle ?
Pourquoi, quand j’espérais
qu’elle produirait des raisins,
a-t-elle produit des fruits puants ?
5 Maintenant laissez-moi, je vous prie, vous faire savoir
ce que je ferai à ma vigne.
J’en arracherai la haie,
pour qu’elle soit dévorée ;
j’ouvrirai des brèches dans sa clôture,
pour qu’elle soit foulée aux pieds.
6 Je la réduirai en ruine :
elle ne sera plus taillée, ni sarclée ;
les ronces et les épines y croîtront.
Je donnerai mes ordres aux nuages,
afin qu’ils ne laissent plus tomber de pluie sur elle.
7 Or la vigne du SEIGNEUR (YHWH) des Armées,
c’est la maison d’Israël,
et les hommes de Juda,
c’est le plant qu’il chérissait.

 

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Matthieu 21:28-32 La Parabole de celui qui dit oui et de celui qui dit non – dimanche 25 septembre 2011

Posté par jeanbesset le 30 août 2011

 

Matthieu 21:28-32 La Parabole de celui qui dit oui et de celui qui dit non - dimanche 25 septembre 2011 dans sermon vigne%2B2
La parabole de celui qui dit oui et de celui qui dit non:

 

Mat. 21: 28-32

28 Qu’en pensez-vous ? Un homme avait deux fils ; il s’adressa au premier et dit : Mon enfant, va travailler dans la vigne aujourd’hui. 29 Celui-ci répondit : « Je ne veux pas. » Plus tard, il fut pris de remords, et il y alla.

30 L’homme s’adressa alors au second et lui dit la même chose. Celui-ci répondit : « Bien sûr, maître. » Mais il n’y alla pas. 31 Lequel des deux a fait la volonté du père ? Ils répondirent : Le premier.


Jésus leur dit : Amen, je vous le dis, les collecteurs des taxes et les prostituées vous devancent dans le royaume de Dieu. 32 Car Jean est venu à vous par la voie de la justice, et vous ne l’avez pas cru. Ce sont les collecteurs des taxes et les prostituées qui l’ont cru, et vous qui avez vu cela, vous n’avez pas eu de remords par la suite : vous ne l’avez pas cru davantage.

 


 

La racaille n’a pas d’avenir dans notre société. Certains même souhaiteraient l’éliminer de manière définitive, pourtant si on la mettait en compétition avec nous dans nos rapports à Dieu, elle aurait largement une longueur d’avance. Telle pourrait être la conclusion de cette parabole en des termes plus modernes que ceux utilisés dans le texte biblique. Mais bien sûr, l’affection de Dieu ne relève pas d’une compétition entre les humains. Tous sont égaux à ses yeux et tous ont la même part à son affection.

 

Pourtant, ne soyons pas naïfs, nous ne pensons pas les choses de la sortes et nous nous considérons souvent en situation de rivalité face à Dieu. Certains s’estiment meilleurs ou plus méritants que les autres. C’est pour cela que Jésus a raconté cette parabole, et beaucoup tombent dans le piège en cherchant lequel des deux fils va devancer l’autre.

 

Nous tombons nous aussi dans ce même piège en imaginant, mais ce n’est pas dit dans le texte, qu’il pourrait y avoir un autre fils qui dirait oui, et qui irait dans la vigne. Certains même n’hésiteraient pas à dire que ce troisième fils vertueux, serait Jésus. Ceux qui pourraient penser cela vigne%2B4 dans sermonseraient encore plus dans l’erreur, car aucun des enfants ne peut supplanter l’autre dans l’affection du Père, ni celui qui dit oui, et ne répond pas favorablement à la demande, ni celui qui dit non et qui revient sur sa réponse, ni le troisième bien sûr que j’ai sournoisement proposé à votre sagacité.

 

Vous avez bien évidemment remarqué que Jésus a posé la question, mais s’est prudemment gardé de donner son avis. Il n’a pas tranché et n’ a pas approuvé ceux qui croyaient avoir donné la bonne réponse en désignant le fils qui dit non, mais qui est quand même allé dans la vigne. Aucun des deux enfants n’est mis en compétition avec l’autre pour savoir lequel a fait la volonté du Père, car ce n’est certainement pas la volonté du Père de les distinguer l’un par rapport à l’autre.

 

Pour rester dans une logique humaine qui n’est pas celle de Jésus, on va essayer de développer les arguments de l’un et de l‘autre fils et voir si la position de chacun se justifie. On peut facilement imaginer que celui qui dit oui et qui n’y va pas est trop inhibé par l’autorité du Père pour lui résister ouvertement. Son comportement pourrait être guidé par la peur, mais réflexion faite, il se dit que les ouvriers sont payés pour faire le travail, que son absence ne se verra sans doute pas et qu’il n’a aucun intérêt à se fatiguer quand d’autres sont payés pour le faire alors que lui n’aura pas de salaire puisqu’il est fils du propriétaire. L’autre ne réagit pas de la même façon. Il n’a aucune envie d’aller se fatiguer sous la chaleur et il le dit, mais réflexion faite il découvre que c’est son intérêt d’aller travailler avec les ouvriers. Il pourra les surveiller et contrôler ce qu’ils font. La vigne sera donc mieux entretenue, plus féconde et elle n’aura que plus de valeur le jour où il en héritera.

 

Le rapport des deux hommes par rapport à la demande du Père est réglé par leur intérêt personnel. Chacun des deux peut justifier de son attitude par rapport à l’avantage qu’il peut retirer de la situation. Bien évidemment aucun des deux arguments n’effleurent l’esprit du Père qui ne règle pas son rapport avec ses fils de cette manière, c’est pourquoi Jésus ne reconnaît aucune bonne réponse.

 

Pourtant les interlocuteurs de Jésus discernent une bonne réponse dans l’attitude de celui qui a valorisé l’intérêt du Père parce que ce dernier pourra bénéficier du travail de celui qui a travaillé contre son gré. C’est parce qu’il sait que nous allons tirer cette conclusion et créer un lien entre l’attitude de l’un et l’intérêt qu’elle peut avoir, que Jésus nous entraîne à réfléchir sur notre relation à Dieu.

 

Combien aujourd’hui, ne règlent-ils pas leurs rapports avec Dieu en fonction de l’intérêt qu’ils y trouvent ? Compte tenu de l’évolution de la manière de penser, il est de bon ton de ne pas se soucier de nos rapports avec l’au-delà. « Tout le monde est bon et tout le monde est gentil, tout le monde ira au paradis » pensent les uns, ou alors, « ce monde est tellement mauvais qu’il ne peut pas avoir de suite dans l’au-delà » pensent les autres. Il n’est alors d’aucun intérêt de perdre son temps dans une pratique religieuse. On se déclare volontiers incroyant, non pas par conviction, mais plutôt à cause du fait qu’on ne trouve aucun intérêt à fréquenter Dieu.

 

Ceux par contre qui ont la foi essayent de démontrer par leurs propos qu’ils trouvent un intérêt réel dans leur pratique religieuse. Ils se sentent mieux en eux-mêmes, car la pratique d’une spiritualité libère l’esprit, et permet à l’âme de s’épanouir, ils se sentent alors motivés et sont plus efficaces dans leurs responsabilités.

 

Dans les deux cas les arguments n’ont que la valeur que l’on veut bien leur donner, autant dire qu’ils n’en n’ont aucune, car c’est l’intérêt que chacun éprouve dans sa réponse qui lui donne sa valeur. Ils sont athées parce qu’ils y trouvent un intérêt ou ils sont croyants pour les mêmes raisons. Aux regards de Jésus, ils sont tous dans le faux quelle que soir leur attitude.

 

La racaille a une position plus facile. Ceux qui appartiennent à cette vigne%2B3 catégorie sont des marginaux par rapport à la société. Dévalorisés par rapport à leurs actions, ne pratiquant aucune morale, n’étant soutenus par aucune philosophie, leur rapport à Dieu, s’ils en ont un, n’appelle ni ne réclame aucun intérêt. Leur relation à Dieu est d’une toute autre nature, c’est pour cela qu’ils ont une meilleure place face à Dieu que les fidèles et les incroyants qui justifient tous d’un intérêt quelconque.

 

Pour Jésus il ne doit y avoir aucun code qui règle notre relation à Dieu, c’est pourquoi il utilise l’image du Père pour désigner Dieu, car normalement aucune loi ne devrait gérer notre relation à notre père. On doit penser la relation à son père en d’autres termes que ceux de l’obligation et du devoir. C’est évidemment le mot amour qui se cache derrière tout cela. Mais Jésus préfère que nous le trouvions nous mêmes plutôt que de nous le souffler.

 

Notre relation à notre père est une relation naturelle qui ne se règle nullement en terme d’obligation ou d’intérêt, elle se règle en termes d’affection qui ne réclament aune règle ni aucun code de bonne conduite.

 

Evidemment dans notre société cela ne se passe pas comme cela. C’est même bien souvent très différent de ce que je viens de dire, c’est pour cela que la société a codifié d’une manière bien particulière les relations entre parents et enfants comme si on voulait quand même donner priorité à l’amour et à l’altruisme, même s’ils n’ont pas cours dans leurs relations. En tout cas, pour Jésus c’est le principe de l’amour qui doit l’emporter sur tout le reste, car ce sont les seuls rapports qui devraient exister entre Dieu et nous.

 

La présence de Dieu en nous ne se démontre pas, c’est un état de fait. Son existence n’appelle aucune obligation de notre part et nous ne devrions avoir aucune obligation vis-à-vis de lui, c’est pourquoi Jésus à tant insisté dans l’Evangile sur la gratuité du pardon. Voila des affirmations qui peuvent paraître choquantes et qui pourraient ressembler à une confession de foi d’athéisme. En fait cela implique tout le contraire. Cela implique la gratuité de notre relation à Dieu. Chaque individu se sent alors tout à fait libre par rapport à lui-même et par rapport à Dieu, si bien que chacun peut s’épanouir dans une libre relation avec Dieu.

 

Mais cette plénitude ne cache-t-elle pas un intérêt ? Ne nous donne-t-elle pas un avantage sur les autres, ne serait-ce que celui de la plénitude ? Par une telle question nous arrivons à la limite du raisonnement humain. Mais quand l’homme arrive à une telle limite dans son raisonnement, n’est-il pas déjà arrivé dans le domaine du divin ?
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Ce qui me semble clair ici, c’est que Jésus nous invite à ne pas codifier notre relation à Dieu, car c’est avant tout pour notre épanouissement que Dieu s’approche de nous. Dépassons donc sans scrupule les limites de toute contrainte et laissons pleinement l’amour, sans restriction régler notre relation à Dieu, et tant mieux si ainsi nous approchons de la plénitude de notre être.

 

Les illustrations sont de Serge Mogese : « Vignerons en pays Chartrain »

 

 

 

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Matthieu 20:1-16 – les ouvriers de la onzième heure – dimanche 18 septembre 2011

Posté par jeanbesset le 25 août 2011

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Les ouvriers de la dernière heure

 

1 Voici en effet à quoi le règne des cieux est semblable : un maître de maison qui était sorti de bon matin embaucher des ouvriers pour sa vigne. 2 Il se mit d’accord avec les ouvriers pour un denier par jour et les envoya dans sa vigne. 3 Il sortit vers la troisième heure, en vit d’autres qui étaient sur la place sans rien faire 4 et leur dit : « Allez dans la vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste. » 5 Ils y allèrent. Il sortit encore vers la sixième, puis vers la neuvième heure, et il fit de même. 6 Vers la onzième heure il sortit encore, en trouva d’autres qui se tenaient là et leur dit : « Pourquoi êtes-vous restés ici toute la journée sans rien faire ? » 7 Ils lui répondirent : « C’est que personne ne nous a embauchés. — Allez dans la vigne, vous aussi », leur dit-il. 8 Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Appelle les ouvriers et paie-leur leur salaire, en allant des derniers aux premiers. » 9 Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. 10 Les premiers vinrent ensuite, pensant recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. 11 En le recevant, ils se mirent à maugréer contre le maître de maison 12 et dirent : « Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons supporté le poids du jour et la chaleur ! » 13 Il répondit à l’un d’eux : « Mon ami, je ne te fais pas de tort ; ne t’es-tu pas mis d’accord avec moi pour un denier ? » 14 Prends ce qui est à toi et va-t’en. Je veux donner à celui qui est le dernier autant qu’à toi. 15 Ne m’est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux ? Ou bien verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon ? » 16 C’est ainsi que les derniers seront premiers et les premiers derniers.

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On pourrait faire une boutade de mauvais goût en disant que Jésus préconise la formule selon laquelle dans le Royaume qu’il veut instaurer, le but à atteindre est de « travailler moins pour gagner plus » ! En fait, ce n’est pas cela que Jésus essaye de faire comprendre, mais c’est pourtant ainsi que ceux qui ont travaillé toute la journée sous le soleil comprendront l’attitude de Jésus vis à vis des ouvriers qui n’ont travaillé qu’une heure. Avec un tel patron, tous viendront en fin d’après midi travailler une heure dans l’espoir de gagner le salaire d’une journée. Evidemment avec une telle méthode l’entreprise ira droit à sa perte.

Mais trêve de plaisanteries, revenons au texte. Seule une petite partie des ouvriers de la parabole ont reçu le salaire qui correspondait vraiment à une journée complète de travail. Ceux qui ont travaillé le plus sont ceux qui ont été embauchés les
premiers, ce sont sans aucun doute les plus grands physiquement, les plus forts, les plus qualifiés, les plus compétents, ceux qui sont en meilleure santé. Dans les heures qui suivent, ce sont ceux qui ont de moins en moins de capacité qu’on a du embaucher au fil des heures.derni%25C3%25A8re%2Bheure%2B3

Dans la logique de ce récit se sont les ouvriers les moins compétents, qui ont le moins travaillé qui ont gagné le plus en fonction de leur travail. Mais nous l’avons compris, ils n’ont pas été payés en fonction de leur travail mais de leurs besoins. En effet, le salaire versé dans cette histoire est celui qui correspond à la somme nécessaire pour nourrir une famille pendant une journée. Il y a là une conception révolutionnaire des choses qu’aucun syndicat n’oserait soutenir.

Même chez nous, une telle conception provoque en nous consciemment ou pas le sentiment d’une injustice profonde, à savoir que le travail quel qu’il soit, doit servir à nourrir la famille de celui qui a travaillé, quelque soit le travail fourni. Une telle attitude ne peut être que le fait d’une société idéale constituée de gens sans aucun esprit de rivalité.

Dans le cas contraire, le sort réservé à ceux qui ont le plus travaillé nous parait vraiment injuste. Dieu serait-il injuste? La justice divine serait-elle en contradiction avec la justice humaine? Nous allons essayer d’y répondre. Pour le moment contentons-nous de constater que si cette situation nous parait injuste ici bas, sur terre, Jésus la propose pour nous dire qu’elle se rapproche au mieux de la justice qui sera de règle dans le Royaume. Ce qui paraît inapplicable ici bas, dans ce monde-ci, le sera plus tard, dans le monde futur. En attendant d’y être, il nous faudra réfléchir sur la conception du travail telle que l’Ecriture nous la propose.

Il nous faut d’abord tenir compte du fait que la Bible a été écrite sur une durée de mille ans d’histoire. En un millénaire d’histoire le peuple de Dieu est passé de l’état nomade, qui est perçu par les prophètes comme une période idéale, à un état sédentaire géré d’une manière féodale qui prendra diverses formes. C’était encore le cas à l’époque de Jésus où l’économie était aux mains des grands propriétaires qui possédaient la quasi-totalité de tout. Ils avaient à leur service des journaliers, c’est le cas de notre histoire.

A cela il faut encore ajouter une minorité de petits artisans, de petits commerçants et de pécheurs qui formaient un groupe plus aisé. Nous sommes très loin d’une société comparable à la nôtre. Pourtant, c’est pour l’édification spirituelle de ce peuple, vivant d’une profonde injustice sociale que Jésus a donné son Evangile.

L’Ecriture présente l’homme comme l’être le plus achevé de la Création. Il est destiné à y travailler pour faire progresser la nature afin qu’elle soit belle et qu’elle révèle la gloire de Dieu. Elle est aussi destinée à nourrir les hommes qui l’entretiennent. Dieu nous est-il dit « mit l’homme dans le jardin des origines pour qu’il l’entretienne et qu’il y travaille ». Le travail est donc lié à la mise en valeur de la création dont l’homme tirera sa subsistance, sa nourriture sera le produit de son travail et de la grâce de Dieu.

Ce travail de l’homme n’est pas limité dans la durée, ni à une période quelconque de la vie de l’homme. Pas question de vacances ou de retraite, qui l’une et l’autre pourraient être considérées comme une période de travail d’une autre manière. Le travail est lié à la vocation de l’homme devant Dieu. Il est semble-t-il, contre nature de priver l’homme de travail. Il est donc contraire à l’esprit de la création de contraindre l’homme à ne pas travailler. De même qu’il sera contraire à l’ordre de la création de contraindre l’homme à travailler dans un but qui n’est pas celui d’entretenir la création mais d’entretenir les privilèges d’une minorité. Pas de chômeurs et pas d’esclaves !
 
Il est donc contraire à l’ordre de la création de contraindre l’homme à ne pas travailler puisque sa vie matérielle et sa subsistance en dépendent et que c’est ainsi que Dieu semble avoir prévu l’ordre des choses dans l’esprit de la création. Cette situation apparemment idyllique dans le jardin d’Eden n’a jamais existé. Elle est proposé comme un idéal à atteindre mais reste quand même irréalisable.

 

Après que l’homme et la femme se soient émancipés de la tutelle paternelle de Dieu et qu’ils aient été contraints à quitter le jardin d’Eden, ils découvriront que le travail existe toujours, mais qu’il devient pénible et contraignant. La vocation de l’homme à travailler reste la règle. Le travail subsiste comme vocation du couple humain mais les textes insistent alors sur sa pénibilité. « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Telle est la règle. Ce sont la peine et la fatigue qui sont perçues comme une malédiction et non pas le travail. C’est la peine et la fatigue qui sont aliénantes, mais pas le travail qui lui, reste lié à la fonction première de l’homme.

Ainsi la parabole, loin d’instaurer une injustice nous rappelle que le droit à la vie est lié au travail. Ainsi ce bref sondage dans les textes connus de l’ Ecriture nous a rappelé que le travail est constitutif de la vocation de l’homme devant Dieu et de sa dignité. Celui qui ne peut pas travailler ne peut accomplir sa vderni%25C3%25A8re%2Bheure%2B4ocation d’homme. Celui qui disait que le chômage devait être déclaré hors la loi n’avait pas tort. En faisant cela, sans s’en rendre compte il retrouvait les fondements de la théologie biblique sur l’homme.

Mais en disant cela on se rend bien compte que sont aussi mises en cause toutes les aides allouées aux personnes qui ne travaillent pas, car le travail doit prendre le pas sur la charité. Les choses ne sont pas prévues par Dieu pour être autrement. Il ne semble pas bibliquement convenable que l’on puisse organiser une société où des catégories d’individus seraient prévues comme étant dispensées de travail ou interdits de travail, car le travail est lié à la vie. Mais tout cela ne cache-t-il pas une injustice ?

Cette injustice est liée à l’interrogation finale sur laquelle s’achève la parabole : « ou vois-tu de mauvais oeil que je sois bon ?» L’action du maître est perçue comme une injustice parce qu’il est « bon ». La bonté ne consiste pas à exercer la charité ni à être altruiste. C’est beaucoup plus profond que cela, c’est l’art de rétablir les hommes dans leur dignité de créature de Dieu. Ce qui est « bon », c’est donc ce qui est conforme à la volonté de Dieu.derni%25C3%25A8re%2Bheure%2B2

Ce qui est vrai pour le travail est vrai aussi pour toutes les situations où l’homme perd sa dignité. Celui que les vicissitudes de la vie a privé de toit, celui qui est frustré, de quelle que manière que ce soit, même s’il est responsable de son mauvais sort, celui qui en prison, tous ceux qui sont privés de leur dignité ont donc priorité dans tout ce que nous entreprenons pour répondre à notre vocation d’homme.

 

Les illustrations sont de Nicolaes Cornelisz Moyaert 17 eme siècle, Pays Bas

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Matthieu 18:23-35 – le serviteur impitoyable – dimanche 11 septembre 2011

Posté par jeanbesset le 19 août 2011

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Matthieu 18 :23-35 La parabole de l’esclave impitoyable 23 C’est pourquoi il en va du règne des cieux comme d’un roi qui voulait faire rendre compte à ses esclaves. 24 Quand il commença à le faire, on lui en amena un qui devait dix mille talents. 25 Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu’on le vende, lui, sa femme, ses enfants et tout ce qu’il avait, afin de payer sa dette. 26 L’esclave tomba à ses pieds et se prosterna devant lui en disant : « Prends patience envers moi, et je te paierai tout ! » 27 Emu, le maître de cet esclave le laissa aller et lui remit la dette.

 

28 En sortant, cet esclave trouva un de ses compagnons d’esclavage qui lui devait cent deniers. Il le saisit et se mit à le serrer à la gorge en disant : « Paie ce que tu dois ! » 29 Son compagnon, tombé à ses pieds, le suppliait : « Prends patience envers moi, et je te paierai ! » 30 Mais lui ne voulait pas ; il alla le faire jeter en prison, jusqu’à ce qu’il ait payé ce qu’il devait. 31En voyant ce qui arrivait, ses compagnons furent profondément attristés ; ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé.

 

32 Alors le maître le fit appeler et lui dit : « Mauvais esclave, je t’avais remis toute ta dette, parce que tu m’en avais supplié ; 33 ne devais-tu pas avoir compassion de ton compagnon comme j’ai eu compassion de toi ? » 34 Et son maître, en colère, le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il ait payé tout ce qu’il devait. 35 C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur.

Matthieu 18:23-35 - le serviteur impitoyable - dimanche 11 septembre 2011 dans sermon img058%2B%25284%2529

 

Il nous arrive parfois de vivre dans un mode tellement injuste que nous avons l’impression que Dieu l’a oublié, ou pire même qu’il participe aux injustices dont nous sommes victimes. Cette parabole nous en donne une image réaliste. Il y est question d’un roi bienveillant qui pourrait bien être Dieu. Son comportement final nous met singulièrement mal à l’aise car il ne semble pas sanctionner les petites injustices dont nous sommes victimes et ne s’intéresse qu’aux grosses injustices sur lesquelles il pèse lourdement. Bizarre non ?

Ce roi est bon, d’une bonté qui s’apparente à la faiblesse. Par contre, il fait preuve d’une justice qui nous paraît mal placée. Il intervient dans le cours d’une affaire qui ne le concerne pas directement et dans laquelle il n’est apparemment pas lésé, même s’il est conscient que le comportement de celui à qui il a fait du bien est décevant mais il ne répare pas le préjudice qui a causé sa colère. C’est à n’y rien comprendre.

Ce qui nous dérange aussi, c’est le décalage qu’il y a entre les dettes. La somme d’argent que le premier doit à son maître est 16 millions de fois supérieure à la somme qui lui est due par le troisième personnage (1). On a l’impression de se trouver dans le même rapport de force que le modeste citoyen que nous sommes quand il doit payer ses impôts face à la dette de l’état.

A nos yeux, les responsables de la dette ne semblent pas inquiétés alors que le citoyen, lui ne peut échapper à l’impôt, sous peine d’une sanction passible de prison. Notre vie quotidienne ne nous laisse donc pas étrangers à la situation ici décrite par Jésus qui n’y voyait sans doute pas une telle actualisation.img058%2B%25286%2529 dans sermon

 Bien évidemment nous nous sentons très proches du troisième personnage qui doit une très faible somme par rapport à la somme demandée pour l’autre débiteur. On espère que le roi de la parabole va rétablir la situation et faire pencher le fléau de la balance de la justice au profit du troisième personnage. Mais il n’en est rien, ni dans la parabole, ni dans la réalité.

Quant à la réalité, sous savons que le modeste contribuable n’a aucune chance de s’en sortir sans payer au fisc tout ce qu’il lui doit. Il ne peut souhaiter l’intervention d’aucun roi, aussi puissant soit-il. Par contre le puissant débiteur dans notre vision personnelle de l’actualité semble devoir toujours s’en sortir, ce qui contredit la parabole. Cette discordance de situation nous amène à nous interroger sur la nature de ce roi.

 Il fait preuve d’une immense bonté. Il sursoit à une dette monumentale que les théologiens nous ont habitué à reconnaître comme étant la nôtre. Nous nous plaisons à reconnaître que l’humain que nous sommes, quel qu’il soit est passible de peine de mort à cause du poids de ses péchés. Il mériterait de périr dans les feux de l’enfer, si Dieu ne lui faisait grâce. Pécheurs sans excuse nous mériterions la mort éternelle si Dieu n’intervenait pas dans le cours des choses par un décret qui n’est explicable que par sa seule bonté.

 Telle est l’explication que la théologie habituelle donne à notre situation de pécheur devant Dieu, toujours soucieux de nous manifester sa miséricorde. Par ailleurs nous pensons que non seulement Dieu est bon mais aussi qu’il est juste. Nous pensons qu’il ne laissera aucune injustice criante se produire sans qu’il n’intervienne. La première partie de la parabole va bien dans ce sens. Il punit à notre grande satisfaction le coupable qui s’est moqué de lui. Mais procède d’ une justice à deux vitesses. S’il accomplit une justice qui correspond à ce que nous souhaitons, malgré les réserves que nous avons déjà faites, nous nous demandons pourquoi il ne va pas plus loin.img058%2B%25283%2529
S’il juge sévèrement celui qui ne mérite pas sa grâce, il n’intervient pas dans l’histoire du pauvre bougre victime d’un créancier sans scrupule. Pourquoi le roi suspend-il ici les effets de sa justice ?

 Où nous entraîne donc cette histoire ? Comment la comprendre et qu’est-ce qu’elle veut dire ? Ne nous décrit-elle pas une situation insupportable dans laquelle les plus modestes sont enfermés dans une réalité inextricable d’où personne ne le secourt ? Bien que la perversité du puissant indélicat soit sanctionnée, le plus modeste reste soumis à sa dépendance, sans que rien ne vienne modifier le cours d’une telle fatalité. Cela n’a pas de sens et ne correspond pas à la réalité car nous constatons que les puissants échappent bien souvent aux sanctions et ne sont pas inquiétés à cause de leurs malversations. C’est en tout cas l’impression qu’on en a.

En fait l’image du roi de la parabole correspond à une image de Dieu qui serait conforme à celle nous imaginons : un Dieu bon et juste qui interviendrait dans le cours de l’histoire du monde pour le corriger des déviations dangereuses dans lesquelles les dirigeants du monde irresponsables risqueraient de l’entraîner. Grâce à son intervention, les projets pervers échoueraient et le monde deviendrait acceptable. Dieu laisserait cependant les hommes responsables de gérer au mieux les affaires ordinaires. C’est pour cela que le roi n’intervient pas dans le sort du petit débiteur. Dieu veillerait au grain seulement en cas de dépassement des limites tolérables. Une telle vision des choses correspond tout à fait avec ce qui nous est dit dans cette parabole.

C’est bien dans ce sens que va notre foi. Nous pensons que Dieu n’intervient qu’en cas d’urgence, quand les hommes n’y peuvent plus rien. C’est parce que nous voyons les choses ainsi que nous formulons nos prières d’intercession à la fin du culte. Nous demandons à Dieu d’intervenir là où nous ne pouvons plus rien. Mais ce n’est pas cette image que Jésus a voulu nous donner de Dieu, c’est pourquoi il nous rendu cette parabole incompatible avec la réalité.

Si Dieu est bon, comme nous le croyons, c’est parce qu’il ne nous prive pas du souffle de son esprit qu’il répand sur nous tous, que nous soyons puissants ou misérables. Cependant, il ne se reconnaît pas le droit de s’immiscer à notre place dans le cours des choses. Il se refuse à forcer l’histoire à aller dans le sens où il le désire. C’est à cela que nous devons être attentifs. Il se refuse à intervenir dans le cours des choses, même si l’avenir du monde est en danger, comme il se refuse à intervenir dans le cours de notre propre histoire pour nous favoriser au détriment de nos compagnons de route. C’est en ce sens qu’il est juste.

Pardon si ce propos vous choque mais il est dans la droite ligne de le logique de cette parabole qui nous oblige à tirer les conclusions comme nous venons de le faire : Soi Dieu intervient toujours dans le sens où nous espérons qu’il le fera, en mêlant étroitement bonté et justice, c’est ainsi qu’il agi dans la première partie de cette parabole bien que sa passivité dans la deuxième partie reste inexplicable, soi, il faut que nous révisions notre manière de voir les choses à son sujet.
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Dans le premier cas, nous serions dépendants de ses interventions éventuelles et nous serions dans les cas graves les jouets dans sa main miséricordieuse. C’est à dire des êtres irresponsables dans la marche du monde. Ou alors nous sommes des êtres responsables que l’Esprit de Dieu guide et inspire sans intervenir autrement, même si les situations nous paraissent totalement injustes
.
C’est à la deuxième réponse me semble-t-il que Jésus nous suggère de nous rallier. Dieu fait de nous des êtres responsables. Nous menons notre vie et nous intervenons dans l’histoire du monde, suivant les postes que nous occupons. Dieu a mis à notre disposition sagesse et intelligence, pour que guidés par son Esprit nous agissions correctement.

 L’Esprit agit en nous comme les phares qui guident les bateaux vers le port. Le pilote peut suivre les indications qu’ils lui donnent. Il peut aussi manœuvrer autrement si bon lui semble. Le résultat de sa manœuvre est placé sous sa responsabilité. Bien heureux celui qui sait faire une pause pour écouter la voix de Dieu qui l’habite, car Dieu ne laisse personne sans lui faire parvenir la voix de la sagesse.

 Cette sagesse lui sera nécessaire pour se comporter avec ses frères et surmonter les situations d’injustice où il se trouve en donnant priorité au pardon car telle est la voix de la sagesse divine. C’est sur cette remarque que s’achève ce sermon, alors que c’est par là qu’il aurait du commencer. Comprenne qui pourra.

 

(1) J’ai fait approximativement le calcul

 

Les illustrations proviennent de l’Evangéliaire de Reichnau XI eme siècle

 

 

 

 

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