Jean 15/9-17 dimanche 9 mai

Posté par jeanbesset le 8 mai 2021

 

Lectures

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 15,9-17.

 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.
Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour.
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. »
Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.
Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.
Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.
Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera.
Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »

 

Lire aussi : Genèse  28/ 10-15 

 

CANTIQUE 44/15 : C’est vers toi que je me tourne

Depuis notre plus tendre jeunesse, on nous a appris à croiser les chemins de Dieu. En tout cas ce fut le cas pour  ces jeunes gens qui comme moi ont suivi une éducation religieuse. C’est à l’Ecole du dimanche qu’on nous a enseigné  à discerner le bruit de son  pas quand il résonnait sur  les routes que nous fréquentions. C’est à l’écoute de ces grands héros  qu’étaient Moïse,  Abraham, Jacob ou  David que nous avons appris à rechercher la trace de Dieu. Le temps passant, nous avons fait nos expériences personnelles et nous avons pris l’habitude de baliser les chemins où on avait une chance de le rencontrer. A l’adolescence ce fut une autre histoire et nos voies se sont souvent séparées de la sienne. En fait, dès que nous sentions sa présence, nous détournions le regard pour le porter dans une autre direction. Tels sont les souvenirs que j’ai gardés  de cette époque lointaine où la pratique religieuse faisait encore partie  des habitudes que l’on cherchait à  inculquer aux enfants.

Mais le quotidien de la vie est une rude école. A force d’éviter ce qui pouvait être le regard de Dieu, on loupait  à tous les coups, un contact avec lui.  Dieu est  devenu alors plus lointain et nos soucis nous ont détournés de lui.

Nous avons fait d’autres investigations  à son sujet. Les philosophes nous y ont aidés. Nous avons  cru comprendre que Dieu se cachait  pour mieux se laisser trouver et qu’il nous faudrait travailler davantage sur nous-mêmes pour pouvoir faire un bout de chemin avec lui.

Nous avons aussi été tentés par l’idée de tout laisser tomber et de porter nos soucis dans une autre direction. La distance par rapport à lui s’est encore faite plus grande.

La vie a pris le dessus, le souci du lendemain et de notre avenir s’est  emparé  de nous et Dieu est resté de côté. Sans doute avons-nous espéré en secret qu’à l’occasion de notre passage dans un lieu de culte à l’occasion d’une fête familiale ou autre, Dieu en profiterait pour  se manifester, mais en sortant du lieu de prière,  nous n’avons pas manqué de penser que  l’officiant,  n’avait pas été à la hauteur de nos espérances, qu’il n’avait pas été convainquant et qu’il n’avait pas dit ce qu’il fallait pour nous toucher et nous amener à réfléchir autrement, si bien que nous n’avons pas vu les anges monter et descendre sur leur grande échelle, comme ils l’avaient fait pour Jacob et le ciel ne s’est pas ouvert.

Tel fut mon aventure spirituelle et celle de beaucoup de mes semblables !

En fait, si le courant n’est pas bien  passé entre Dieu et nous,  c’est que la vie nous a bloqué trop souvent les chemins d’accès à sa présence et que les soucis du moment ont fait  comme une sorte de barrage entre lui et nous.

Aujourd’hui, nous nous accusons volontiers de ne pas en faire assez pour que sa présence s’impose à nous. Mais nous pensons, sans oser l’avouer que Dieu doit aussi prendre  sa part de responsabilité.

Nous pensons même qu’il ne  sait pas lui-même se révéler à nous de la manière qui nous toucherait vraiment,  si bien que nous ne savions pas  nous rendre disponible à sa présence. A mesure que la conscience de Dieu s’éloignait de nous, le sentiment de culpabilité vis-à-vis de lui se faisait grandissant, et les églises en ont aussi rajouté.

En fait, maintenant que j’ai effleuré quelques thèmes que les prédicateurs utilisent parfois le dimanche dans leur sermon, il est temps que je laisse la parole à Dieu lui-même en pensant  que c’est maintenant à son tour  de parler pour que nous puissions entendre correctement ce qu’il a à nous dire, puisque selon le prologue de l’Evangile de Jean, c’est dans la parole que Dieu puise sa révélation. C’est en méditant de telles pensées que l’Evangéliste écrivit son Evangile que nous écoutons ce matin.

Il devait se demander comment les hommes avaient pu se méprendre sur Dieu depuis l’origine des temps, comme ils l’ont fait et comme je viens de le faire depuis quelques minutes. Comment moi-même et ses contemporains,  n’ont-ils rien compris au message de Jésus, au point de le tuer pour étouffer dans sa bouche le mot amour dont il illustrait tous ses propos ? Ce mot mille fois répété, mille fois commenté correspondait dans sa pensée à tous les barreaux de l’échelle sur lesquels montaient  les anges pour entraîner les hommes vers le ciel et sur lesquels ils descendaient à leur tour  pour permettre à Dieu de parvenir jusqu’aux hommes

Dans cet Evangile le mot amour donne une coloration particulière au comportement de Dieu. L’amour est cette attitude qu’il prend pour ne pas rester séquestré dans  le ciel où les hommes ont coutume de l’enfermer avec ses anges. En fait, son but est  de rejoindre  la  terre afin de se faire plus proche  possible de l’humanité.

Mais qui pourrait croire que ce simple mot, amour  pourrait  porter  en lui seul toute la Loi et les Prophètes ? Pourtant, ce mot, contient en lui-même toute la passion de Dieu pour l’homme. Cette passion le comble de joie qu’il tient à partager avec nous. Dieu se révèle dans ce  seul mot comme un passionné de l’homme.

C’est cet aspect de lui-même que Dieu   se plait à nous faire découvrir quand nos chemins se croisent. Au loin donc, tout sentiment de culpabilité ! Dieu est un passionné de l’humanité, il ne s’applique à exister que pour elle et c’est pour elle, nous suggère le récit de la création, qu’il aurait tout créé afin que les hommes se complaisent à  vivre en sa présence.

Pour Dieu, la passion  qu’il a pour les hommes découle normalement  de son  amour pour eux  si bien que même si le mot passion n’est pas dans l’Evangile,  il se déduit de l’amour auquel il se réfère, si bien que  les deux mots amour et passion vont ensemble. Ces  deux mots  nous  sont donc donnés  pour éclairer nos cheminements au cours de notre existence. Ces mots ils révèlent aux hommes le seul comportement qu’ils doivent avoir en toute circonstance. Il s’agit d’aimer passionnément ce monde où Dieu les pousse à agir pour le mieux-être de tous.

Ainsi notre comportement vis-à-vis de Dieu devrait-il être contenu dans cette seule prière : «  Seigneur, apprends-nous à aimer » nous devrions la faire  sans cesse  quand nous aurons compris  que là est la seule règle qui nous vient de Dieu pour vivre sur terre selon sa volonté, car c’est dans cette action  que se trouve le salut auquel  nous aspirons. Nous sommes ainsi amenés à considérer que chaque fois qu’une menace pèse sur l’humanité, il se trouvera toujours assez d’individus capables d’aimer  pour renverser le cours de la situation dans laquelle ils se trouvent.

Cela pourra prendre du temps, mais sous l’inspiration de Dieu qui ne cesse  de nous accompagner cela se produira.

Ce n’est donc pas le génie humain qui déterminera le cours de l’histoire, ni sa brillante intelligence mais la capacité  des hommes à aimer leurs semblables  et à coopérer ensemble pour gérer le monde que Dieu a créé pour eux. C’est donc en pratiquant l’amour dans toutes les acceptions du possible que s’écrit l’avenir.

C’est en mettant  en notre cœur cette capacité à aimer que Dieu nous a donné la clé de l’avenir. Certes  il se trouvera toujours quelques individus pour penser le contraire qui négligeront Dieu  et penseront que l’avenir est lié  à la manière dont les feront usage de leur brillante intelligence, mais la clé résidera toujours  dans leur capacité à aimer, sans quoi l’humanité ne pourrait exister  car l’amour est constitutif de la personnalité  humaine et l’avenir du monde ne peut se faire si nous n’usons pas de cette capacité. Le secret que nous révèle Dieu, c’est que notre capacité à aimer  est déterminante à tel point que Dieu a choisi le mot amour pour manifester sa propre existence, car Dieu est amour nous dit Jean.

Amen.

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Dimanche 28 mars 2021 : Les Rameauux

Posté par jeanbesset le 30 mars 2021

 

Marc 11/1-10

11 Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem, et qu’ils furent près de Bethphagé et de Béthanie, vers la montagne des oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples,

en leur disant: Allez au village qui est devant vous; dès que vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est encore assis; détachez-le, et amenez-le.

Si quelqu’un vous dit: Pourquoi faites-vous cela? répondez: Le Seigneur en a besoin. Et à l’instant il le laissera venir ici.

les disciples, étant allés, trouvèrent l’ânon attaché dehors près d’une porte, au contour du chemin, et ils le détachèrent.

Quelques-uns de ceux qui étaient là leur dirent: Que faites-vous? pourquoi détachez-vous cet ânon?

Ils répondirent comme Jésus l’avait dit. Et on les laissa aller.

Ils amenèrent à Jésus l’ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et Jésus s’assit dessus.

Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin, et d’autres des branches qu’ils coupèrent dans les champs.

Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient: Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

10 Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre père! Hosanna dans les lieux très hauts!

11 Jésus entra à Jérusalem, dans le temple. Quand il eut tout considéré, comme il était déjà tard, il s’en alla à Béthanie avec les douze.

Sermon du 28 mars Marc 11-1-10

Cherchez d’abord le Royaume de Dieu, nous est-il dit en Mattieu 6/19. C’est ce que nous recommande l’Evangile de Matthieu dans le sermon sur la montagne, et aujourd’hui, c’est l’Evangile de Marc qui va répondre à la question pour nous expliquer  que c’est le but de notre relation à Dieu. Cette recherche doit  nous combler de joie et nous guider sur les chemins qui mènent à Dieu.

Nous trouvons aujourd’hui Jésus sur le chemin  qui le mène de Jéricho à Jérusalem. Il vient de rendre la vue à un aveugle dont le regard  suit Jésus alors qu’il emprunte la route qui maintenant le conduit de Jéricho à Jérusalem. Si l’aveugle regarde en direction du chemin qu’emprunte  Jésus, c’est pour que nous tentions de voir, nous aussi, comme l’aveugle, ce qui nous est encore caché dans le texte et que nous ne sommes pas encore capables de voir. En effet  certains d’entre nous sont comme l’aveugle et ne voient pas  ce qui se passe dans cette histoire trop bien connue de nous pour que nous  en discernions   les détails cachés qu’elle contient. Nous allons découvrir comment les différents passages de l’Evangile se font écho l’un à l’autre sans que nous nous en apercevions. Mais notre vie s’en trouve cependant éclairée.

En fait nous avons l’habitude de lire l’Evangile en le fragmentant  épisode par épisode sans nous rendre compte qu’il y a continuité entre eux. En fait, il se pourrait bien  que l’épisode de l’aveugle de Jéricho nous soit  présenté comme  si c’  était   le lecteur lui-même, vous ou moi qui serait l’aveugle. Ce lecteur a besoin que Jésus affermisse sa vue pour comprendre la suite qui va nous être racontée maintenant.  Pour comprendre ce qui se passe aux Rameaux il faut donc y voir clairement  et comprendre ce qui s’est passé à Jéricho.

Jésus a laissé en plan l’aveugle pour rejoindre les aveugles que nous sommes, sur la route de Jérusalem. A  nous de dépasser notre  propre  cécité. Le monde qui nous est révélé est surprenant. Avez-vous réalisés en quoi il est surprenant ?  Sans doute  n’y a-t-il  là que des détails, des artifices d’auteur, mais tous rajoutés les uns  aux autres vont  créer un tissu d’interrogations qu’il nous faut résoudre sans quoi le texte n’aurait pas de sens et nous resterions aveugles face à lui.

Le premier détail  que doivent voir  les disciples envoyés par Jésus, car c’est le mot voir qui est utilisé dans le texte, il faut donc qu’ils voient un ânon attaché par une corde devant une maison, comme si c’était prévu d’avance qu’à cet endroit il devait y avoir un ânon. De toute façon il ne pourrait servir à rien puisqu’il n’a jamais été monté. Comment cette  petite bête pourrait-elle porter  cet homme d’au moins soixante-dix kilos que serait Jésus, car il en a besoin, dira-t-il. Il était  aussi prévu aussi qu’on devait poser la question de savoir pourquoi on le détachait. «  Le Seigneur en a besoin ». Telle est la réponse que les disciples doivent faire. Et personne n’y trouve rien d’incongru.  Il était prévu qu’on  laisserait aller cet animal, trop petit afin qu’il soit  utile pour porter un homme trop lourd. Pourtant c’est de lui que Jésus a besoin, car Jésus  a besoin de tous ceux qui se trouvent sur son chemin et ce n’est pas à nous de savoir si nous sommes utiles ou pas et si nous sommes capables d’accomplir le travail qu’il attend de nous.

Avec  ce bref épisode de l’ânon  nous entrevoyons les contours du monde impossible que  Jésus a décidé de nous montrer afin que nous y entrions avec lui.  . La pointe de ce premier passage c’est que  selon  Jésus, un âne encore inutile peut devenir utile. Le détail a paru tellement insolite  à Matthieu  dans l’autre Evangile, qu’il  a flanqué l’ânon de  sa mère une ânesse et c’est elle qui portera Jésus. Ce faisant, Matthieu est passé à côté de la pointe du texte pour le rendre vraisemblable.  Mais le texte a-t-il besoin d’être vraisemblable pour que nous en voyions les subtilités ? Ensuite, des gens tout à fait inconnus mettent l’animal inutile à disposition de Jésus et ne se soucient pas du fait qu’un inconnu s’approprie leur bien. Pas de remerciements non plus.

A partir de cet instant pas un mot ne sortira de la bouche de Jésus qui habituellement est prolixe en maximes et conseils. A nous de discerner la bonne nouvelle de l’ Evangile dans ce qui n’est pas dit. Ce sera pourtant son dernier sermon. Un sermon sans parole. Voilà ce nouveau monde que Jésus nous appelle à voir. Un monde imprévu où la disponibilité pour Jésus  devient la règle. Avant même d’avoir vraiment commencés à lire ce texte nous sommes invités à entrer dans un monde qui n’est pas le nôtre,  mais où tous  sont disponibles pour Dieu.

Si nous ne connaissions pas la suite il serait facile de l’imaginer et de prétendre que nous  ne sommes pas concernés. Si nous étions encore aveugles, nous dirions que nous ne serions pas disponibles pour faire ce que nous ne pouvons pas faire, porter des  poids trop lourds pour nos faibles épaules  et confier  gratuitement à autrui ce qui nous  appartient. C’est alors que  tous les hommes qui n’ont pas la disponibilité qui leur est demandée se retourneraient contre Jésus et le menacerait même de mort. C’est ce qui se passera  8 jours après. Mais pour l’instant le texte nous suggère une autre suite. La foule fanatisée par Jésus lui offre la joie, la joie que Dieu seul peut nous donner quand il nous invite. Cette joie est spontanée, elle est totale. Elle est provoquée par la présence de Jésus dont la personne se confond avec celle de Dieu. Ce sentiment de la présence de Dieu déclenche une joie indescriptible  où tout est bon pour la manifester. Un véritable bonheur les prend tous.  

En fait quand nous voulons exprimer notre soif de Dieu, ce n’est habituellement pas comme cela que ça se passe. Quand nous  réclamons la présence de Dieu c’est habituellement par des paroles que nous lui disons nos manques et nos besoins. Ecoutons nos propres prières ! Nous cherchons à attirer sa présence dans notre temple intérieur où, nous voudrions un peu d’intimité avec lui. Ici  il en  est absent. Nous cherchons à intéresser Dieu à notre personne  par des gestes de soumission et d’abnégation. Cette attitude est en parfaite opposition  avec ce qui nous est suggéré ici. Ici la foule manifeste sa joie naïve  en se débarrassant de ses vêtements qui l’incommodent. Elle les jette sous les pieds de l’âne, comme un tapis de procession. Ils  deviendront irrécupérables après avoir ainsi été piétinés. Peu importe, tout est bon pour manifester notre joie.

Là encore nous assistons à un changement de situation provoquée par la présence de Dieu dont le fils ici est reconnu comme un roi et qui reçoit les hommages de son peuple. Si vous vous souvenez d’un événement que celui-ci rappelle. C’était lors de l’intronisation de l’arche dans le temple qu’une manifestation spontanée de joie s’est déclenchée.  Ce fut David lui-même qui en fut le héros. Il se défit lui-aussi de ses vêtements et se mit à danser sous le regard méprisant de sa femme.

En souvenir de cet événement, Jésus en recevant l’hommage que lui rend la foule élève les participants au rang de roi comme ce fut pour David qui se dépouilla pour honorer son Dieu. Quand Dieu nous visite, quel que soit le moment  ou quel que soit l’événement, c’est notre joie qu’il souhaite, et c’est au rang de roi qu’il nous élève.

Non seulement les humains doivent manifester leur joie, mais la nature elle-même doit s’associer à leur joie. C’est en saisissant les branches d’arbres qui viennent d’être taillés, car c’est la saison,  c’est en les agitant devant les pas de l’âne que la nature  est  associées par les participants à cette visite de Jésus. Vous vous rendez bien comptes ici que les hommes ont associé à la fête qu’ils rendent  à Dieu la nature qui se rend aussi disponible à cet hommage.

Comment ne pas étendre cette  réflexion à la réflexion que nous menons actuellement sur la sauvegarde de la nature en songeant que l’Evangile nous suggère d’associer la nature à la joie qu’il convient d’exprimer quand nous réalisons que Dieu nous visite. Dieu ne nous invite pas seulement à la préserver, ni à   la sauvegarder, mais à la rendre participante au triomphe de Dieu quand il lui plait de visiter le monde.

Tout notre comportement humain ici est mis en cause. Il nous est clairement dit ici que nous ne savons pas accueillir Dieu et qu’il nous faut user de bonne volonté pour le faire correctement et joyeusement   Car nous ne savons pas lui offrir la  joie qu’il souhaite pour nous. La question qui se pose de nos jours : c’est que faire pour que le monde ne nous entraîne pas dans la perdition que nous avons provoquée. La réponse donnée ici est de participer à la joie de Dieu pour notre plus grand bonheur. Il ne nous est pas seulement dit de profiter de la présence de Dieu mais d’en rajouter une couche. Il nous est dit par  ceux qui ont rapporté cet événement et qui nous en ont transmis le récit à leur façon, que si Jésus ne parle pas, c’est qu’il nous laisse la parole pour  le faire à sa place  en manifestant la joie qui doit nous habiter pour que nous participions avec bonheur à la transformation du monde.

Maintenant que tout a été dit, pourquoi irions-nous chercher Dieu dans un temple fait de mains d’hommes ?  Jésus s’y rend à la fin du récit et rien ne s’y passe  puisque Dieu  n’y est pas car il a décidé que sa place était au milieu des hommes pour se réjouir avec eux  et qu’ils deviennent  son peuple dont le petit âne inutile devient ici le symbole.

Nous sommes invités à voir que l’impossible peut devenir possible et que l’irréel peut devenir vérité car en Dieu tout est possible

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Marc 7/1-23 les choix qui coûtent – 2 sepembre 2018

Posté par jeanbesset le 29 août 2018

Marc 7 :1-23: les choix de vie qui coûtent . dimanche  2 septembre 2018

7 1 Les Pharisiens et quelques maîtres de la loi venus de Jérusalem s’assemblèrent autour de Jésus. 2 Ils remarquèrent que certains de ses disciples prenaient leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire sans les avoir lavées selon la coutume. 3 En effet, les Pharisiens et tous les autres Juifs respectent les règles transmises par leurs ancêtres : ils ne mangent pas sans s’être lavé les mains avec soin b 4 et quand ils reviennent du marché, ils ne mangent pas avant de s’être purifiés. Ils respectent beaucoup d’autres règles traditionnelles, telles que la bonne manière de laver les coupes, les pots, les marmites de cuivre [et les lits] c .

5 Les Pharisiens et les maîtres de la loi demandèrent donc à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas les règles transmises par nos ancêtres, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures ? » 6 Jésus leur répondit : « Ésaïe avait bien raison lorsqu’il prophétisait à votre sujet ! Vous êtes des hypocrites, ainsi qu’il l’écrivait :

«Ce peuple, dit Dieu, m’honore en paroles, mais de cœur il est loin de moi.
7 Le culte que ces gens me rendent est sans valeur car les doctrines qu’ils enseignent
ne sont que des prescriptions humaines.»

8 Vous laissez de côté les commandements de Dieu, dit Jésus, pour respecter les règles transmises par les hommes. »

9 Puis il ajouta : « Vous savez fort bien rejeter le commandement de Dieu pour vous en tenir à votre propre tradition ! 10 Moïse a dit en effet : «Respecte ton père et ta mère», et aussi «Celui qui maudit son père ou sa mère doit être mis à mort e .» 11 Mais vous, vous enseignez que si un homme déclare à son père ou à sa mère : «Ce que je pourrais te donner pour t’aider est Corban  f » — c’est-à-dire «offrande réservée à Dieu» —, 12 il n’a plus besoin de rien faire pour son père ou sa mère, vous le lui permettez. 13 De cette façon, vous annulez l’exigence de la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup d’autres choses semblables. »

14 Puis Jésus appela de nouveau la foule et dit : « Écoutez-moi, vous tous, et comprenez ceci : 15 Rien de ce qui entre du dehors en l’homme ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui le rend impur.

17 Quand Jésus eut quitté la foule et fut rentré à la maison, ses disciples lui demandèrent le sens de cette image. 18 Et il leur dit : « Êtes-vous donc, vous aussi, sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui entre du dehors en l’homme ne peut le rendre impur, 19 car cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, et sort ensuite de son corps ? » Par ces paroles, Jésus déclarait donc que tous les aliments peuvent être mangés h . 20 Et il dit encore : « C’est ce qui sort de l’homme qui le rend impur. 21 Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que viennent les mauvaises pensées qui le poussent à vivre dans l’immoralité, à voler, tuer, 22 commettre l’adultère, vouloir ce qui est aux autres, agir méchamment, tromper, vivre dans le désordre, être jaloux, dire du mal des autres, être orgueilleux et insensé. 23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans de l’homme et le rendent impur. »

 culpabilité 2

 

On nous a élevé dans le sentiment que nous  avons une part de responsabilité  dans  la plupart des maux qui nous accablent, si bien que nous ressentons comme  un sentiment de culpabilité qui pèse sur nous sans que nous en sachions l’origine. Qui pourra aider l’homme à se libérer de cet environnement culpabilisant où il se trouve ? La tradition chrétienne fait remonter ce sentiment  aux origines des Ecritures quand Adam et Eve tentés par le serpent se mirent d’accord pour tromper Dieu et consommer une pomme restée célèbre.  Depuis la tradition en a rajouté, la Réforme en a remis une couche, si bien que cet univers de la faute continue à peser sur nous.

 Devant un incident quel qu’il soit, notre premier réflexe est souvent de dire : «  ce n’est pas moi qui l’ait fait ou ce n’est pas de ma faute ». Le texte  de ce jour nous provoque justement sur cette question, et c’est Jésus qui semble avoir tort. En effet, qui osera dire aujourd’hui à un enfant  de ne pas se laver les mains avant de passer à table ? Les lois de la tradition juive étaient certainement bonnes sur le plan de l’hygiène, mais on en   avait fait des règles de morale selon laquelle, on offensait Dieu si on ne se lavait pas les mains avant de manger. Jésus en essayant de corriger le mauvais usage moral de cet enseignement, nous met mal à l’aise et il affirme  que ce n’est pas un péché que de manquer aux règles élémentaires de l’hygiène. En ce sens il a raison.

Ce qui met Jésus en porte à faux dans cette histoire, c’est que nous savons que les microbes viennent de l’extérieur de nous et font entrer en nous les germes des maladies qui pourraient causer notre mort, si bien que l’on a du mal à entendre cet enseignement  de Jésus  qui affirme que  rien de ce qui vient de l’extérieur ne peut souiller l’homme, et que c’est ce qui est à l’intérieur de lui qui le rend impur.  Il va donc nous  falloir  solliciter notre intelligence pour bien comprendre les choses.

Tout le monde sait  que les microbes s’introduisent en nous par des mains mal lavées et que l’hygiène nous protège contre les maladies. Cela ne peut aujourd’hui être mis en cause par personne. Jésus dans le contexte actuel n’aurait pas pu dire les choses comme il les a dites car il ne pouvait  pas savoir la nocivité des microbes. On ne peut donc pas dire, comme je l’ai fait, que Jésus avait  tort. Pourtant il avait raison de dire que c’est au fond de notre cœur que naissent toutes sortes de sentiments  mauvais tels les sentiments de jalousie et de rivalité. Sur ce point il avait raison. C’est au fond de notre être que l’arrogance et l’instinct de domination prennent naissance. C’est en suivant nos instincts, bien cachés au fond de nous-mêmes que nous pourrissons la vie des autres, et Jésus cherche à nous en préserver.

Nous sommes donc cernés par deux causes de mal : la première c’est celle qui nous vient de la nature et qui fait pénétrer en nous toutes sortes de pollutions. La tradition juive l’avait fort bien repéré, sans en savoir les causes profondes. L’autre cause de mal qui pèse sur nous est portée par  nos sentiments  intérieurs qui décident de nos attitudes hostiles à l’égard d’autrui. Nous n’avons pas évidemment à choisir entre  les deux. Jésus suggère cependant que la source du mal la plus nocive n’est pas celle que l’on croit.

Bien entendu, nous savons que la nature porte en elle toutes sortes de causes qui pourraient entraîner notre mort, pourtant au cours des siècles l’humanité a  su éradiquer la plupart des causes de mort qui avaient la nature pour origine tels la peste, le choléra, la tuberculose. Pour la malaria ont tend à y remédier en en assainissant les marais  et les lieux pollués, mais la tâche est immense. Ces jours-ci on nous  rend attentifs  aux méfaits  qu’entraine la non vaccination de la rougeole. Si les hommes ont une responsabilité dans cette affaire, c’est  la médecine qui se charge de  faire  le reste. La nature serait  donc innocente et la nocivité qui est en elle  est surmontable  et n’a rien à voir avec Dieu. Jésus avait donc raison.

Aujourd’hui, la nature est redevenue nocive. C’est de la pollution d’origine  humaine qu’elle souffre. Elle porte en elle les marques  du péché des hommes. Ce sont la pollution à l’amiante, les  gaz à effet de serre, les  manipulations génétiques  qu’il faut dénoncer et qui sont cause de nouvelles maladies que la cupidité humaine a répandues en abondance.

Ainsi, si  la première cause  de nuisance pour l’homme qui semblait venir de la nature  a été éradiquée et si la nature aujourd’hui est à nouveau cause de nuisance pour l’homme, c’est l’homme lui-même  qui en est responsable. Si  Jésus semblait avoir  tort sur la critique de l’hygiène, la vie moderne lui donne à nouveau tort.  Le cœur de l’homme,  porteur de tant de nuisances a finalement  réussi à s’emparer de  la nature et à  la rendre  nocive pour l’homme sans que l’hygiène soit en cause.

Comment se fait-il que l’homme malgré sa grande intelligence ne se soit pas aperçu du problème et n’ait pas évité de tomber dans son propre piège ? Naturellement  nous trouverons  toujours une réponse qui nous déculpabilisera personnellement  car aucun d’entre nous, n’est directement en cause, ce qui sera une bonne excuse. Si ce n’est pas de notre faute, ce serait donc la faute de la nature  incapable de s’adapter aux conditions que la vie moderne nous impose. La culpabilité en incomberait donc à Dieu  qui aurait créé  les choses ainsi. Nous rejetterions ainsi facilement  notre propre responsabilité sur Dieu. C’est l’argument qu’Adam aurait pu utiliser dans le jardin d’Eden, mais qu’il n’a pas eu  l’outrecuidance de le faire.  Pourtant  c’est bien encore cet argument qu’utilisent les ados par exemple, quand ils reprochent à leurs parents de les avoir fait comme ils sont et de  les avoir éduqués comme cela. «  Ce n’est pas de ma faute ! dira-t-on car je ne suis pas maître des circonstances qui m’ont amenés à faire tel acte. 

Mais ces arguments tiennent mal.  Dieu se refuse à endosser les responsabilités qui sont les nôtres. S’il  a déposé quelque chose en nous, c’est la liberté que nous avons de choisir le bon ou le mauvais chemin  et  d’agir de telle sorte que les hommes profitent du bon côté de nos actions. C’est  donc notre liberté  qui nous amène à choisir  ce qui nous avantage personnellement au détriment de ce qui pourrait être utile à la collectivité et nous sommes les seuls à être responsables de ce déséquilibre injuste.

Il nous faut maintenant entendre la voix de Dieu relayée par l’enseignement de Jésus qui nous dit que la seule manière de participer à une évolution harmonieuse de la société et de la nature c’est d’agir de telle sorte que le mal perde du terrain. Il s’agit de dominer les instincts qui visent à nous favoriser personnellement au détriment des  autres.

C’est simple, et pourtant ça ne marche pas. Pour y arriver, il faut que l’Esprit qui agissait en Jésus nous travaille  de l’intérieur et nous révèle tous les aspects pervers de notre cœur afin que nous changions d’attitude et que l’amour du prochain prenne  lentement le pas sur  notre égoïsme.

Dieu ne nous laisse pas démunis face à cette situation, il met tout en œuvre  pour que nous valorisions ce principe d’altruisme   qui nous permettra de changer le cours des choses. Il a fait de nous des êtres inventifs et intelligents capables de réaliser des  systèmes performants  pour  remédier à toutes  les situations   où l’humanité aurait à souffrir d’événements hostiles. Jésus  savait que cela était possible, c’est ainsi qu’il envisageait   de construire ce qu’il appelait son  Royaume.

Si malgré nos efforts, nous manquons notre objectif, et si le but visé n’est pas atteint, si des éléments que nous ne sommes pas arrivés à contrôler se sont mis en travers et  ont fait échouer nos  projets, c’est que quelque part, nous avons  cédé à la facilité et  que nous nous sommes laissés séduire par les avantages personnels qui nous ont amenés à léser l’intérêt de notre prochain. 

Si nous avons manqué la cible, c’est que nous  avons succombé au péché. Le péché  consiste à manquer notre objectif parce que nous avons regardé ailleurs que le but recherché. La définition même du péché c’est justement  de manquer la cible.

Le but de notre vie, tel que l’intimité avec Dieu nous la fait découvrir  est d’améliorer la vie de nos semblables. Le résultat est atteint  quand  une telle réalité est constatée par ceux qui vivent autour de nous et qui reconnaissent que Dieu nous habite.  Cela devrait leur donner envie de nous imiter  et de mettre toute leur énergie à écouter la voix de Dieu qui résonne aussi en eux pour les inviter à mettre en pratique ce qu’ils entendent de lui.

Culpabilité

Tout cela exige que nous fassions un effort sur nous-mêmes pour que les principes d’altruisme prennent le pas sur les autres. Dieu nous a révélé ces principes, Jésus les a mis en pratique  et il en est mort. S’il nous laisse maintenant son Esprit pour nous stimuler, il ne nous épargne pas les efforts nécessaires pour arriver au succès. Nous trouvons  les encouragements de Dieu dans la prière, elle nous permet d’avancer, mais elle ne nous dispense  pas de l’effort nécessaire pour y arriver.

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Luc 19:28-40 (41-46) Les Rameaux – dimanche 20 mars 2016

Posté par jeanbesset le 23 février 2016

Après avoir ainsi parlé, il partit en avant et monta vers Jérusalem. 29 Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près du mont dit des Oliviers, il envoya deux de ses disciples, 30 en disant : Allez au village qui est en face ; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est jamais assis ; détachez-le et amenez-le. 31 Si quelqu’un vous demande : « Pourquoi le détachez-vous ? », vous lui direz : « Le Seigneur en a besoin. » 32 Ceux qui avaient été envoyés s’en allèrent et trouvèrent les choses comme il leur avait dit. 33 Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous l’ânon ? 34 Ils répondirent : Le Seigneur en a besoin. 35 ERameaux 10t ils l’amenèrent à Jésus ; puis ils jetèrent leurs vêtements sur l’ânon et firent monter Jésus. 36 A mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin. 37 Il approchait déjà de la descente du mont des Oliviers lorsque toute la multitude des disciples, tout joyeux, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus. 38 Ils disaient : Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire dans les lieux très hauts ! 39Quelques pharisiens, du milieu de la foule, lui dirent : Maître, rabroue tes disciples ! 40 Il répondit : Je vous le dis, si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront !

Jésus pleure sur Jérusalem

41 Quand, approchant, il vit la ville, il pleura sur elle 42en disant : Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix ! Mais maintenant cela t’est caché. 43 Car des jours viendront sur toi où tes ennemis t’entoureront de palissades, t’encercleront et te presseront de toutes parts ; 44 ils t’écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps de l’intervention divine.

Jésus chasse les vendeurs du temple

45 Entré dans le temple, il se mit à chasser les marchands 46 en leur disant : Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits.

 

- Dans votre enfance, n’étiez-vous pas fascinés par les aventures des Trois mousquetaires ou de Robin des bois? Si bien sûr! Et puis un jour, les personnages ont perdu leur attrait et si vous n’avez plus du tout rêvé en pensant à eux, c’est que vous aviez grandi. Si vous êtes devenus moins sensibles c’est que vous avez perdu vos illusions et que votre faculté de rêver s’est affadie.

Pour comprendre toute cette histoire que nous avons lue, il va falloir que nous fassions un effort sur nous-mêmes pour revenir à l’époque candide de notre enfance et retrouver en d’Artagnan et Robin des bois les héros qui nous avaient fascinés.  Ces héros avaient consacré leur vie à sauver l’honneur de leurs rois. Ils avaient accepté de tout sacrifier pour que Richard Cœur de Lion, redevienne roi d’Angleterre ou que le Roi Louis XIII ne perde pas son honneur face aux intrigues du Cardinal. Ils étaient liés corps et âme à la personne de leur roi. Jésus ranime en nous ces sentiments d’absolu que seuls les enfants du CM2 ont encore.

Il organise donc une parodie de procession royale au cours de laquelle il fait appel à nos sentiments les plus nobles. Il réclame de ceux qui participent à cette aventure qu’ils aient envers lui la même fidélité que celle que les partisans de Robin des Bois avaient pour Richard Cœur de Lion. Les romanciers qui ont imaginé ces récits avaient inventé des hommes dont la grandeur d’âme était telle qu’ils s’engageaient à mourir si nécessaire pour leur roi. C’est cette loyauté là que Jésus revendique de notre part pour lui.

Il orgaRameaux 11nise alors une saynète, dans laquelle il se donne le premier rôle et où il propose à ses amis de jouer le rôle des ses sujets. Bien sûr il pense aux rois David et Salomon. Pardonnez-moi si j’ai extrapolé en utilisant des héros d’un autre siècle pour introduire mon propos, mais ceux que j’ai choisis vous sont sans doute plus familiers. Jésus organise donc un jeu de rôle dont ses amis doivent tirer la leçon.

La Leçon dépasse bien sûr la fiction. Il appartient maintenant à chacun d’entre-nous de déterminer s’il accepte de se cantonner au niveau du jeu ou s’il court le risque de s’investir plus personnellement et de chercher à savoir ce que tout cela représente pour lui. Pour Jésus, on le sait, ce n’est pas seulement un jeu, il entend bien être roi, non pas roi de carnaval dont il joue le rôle ici, non pas, non plus le roi politique dont Pilate cherchera à l’affubler du titre, mais il veut être le roi de nos vies intérieures, le roi qui gère notre avenir et notre devenir.

Nous seuls savons quel rôle nous décidons qu’il va tenir dans notre existence.  Si aujourd’hui, nous célébrons Jésus comme notre roi, ce ne sera pas pour le trahir demain en faisant comme s’il n’avait rien à voir dans notre existence.

Si cette histoire nous est rapportée dans l’Évangile, c’est que les évangélistes ont fort bien compris qu’il fallait proposer ce jeu de rôle à chaque génération de chrétiens. A chacun de nous, chaque année, à cette même époque, il nous est proposé de nous déterminer au sujet du pouvoir que nous laissons à Jésus le soin de prendre sur nous. Notre relation à Jésus est-elle seulement une relation de façade ou intériorisons-nous cette histoire? Acceptons-nous de rentrer dans le jeu et acceptons-nous de lui abandonner notre vie, notre âme et comme les mousquetaires acceptons-nous de mettre notre épée à son service pour le meilleur et pour le pire?

Notre épée, n’est pas pour nous une arme pour se protéger dans quelque combat violent, c’est tout ce dont nous disposons, c’est notre métier, nos capacités intellectuelles ou physiques, c’est tout ce qui nous rend forts aux yeux des hommes. Quand les mousquetaires mettaient leur épée au service du roi, ils n’en attendaient rien de lui,  leur seule récompense était la satisfaction du devoir accompli. Leur relation avec leur roi s’arrêtait là et ça leur suffisait. Quant à Jésus apparemment il ne nous en propose pas davantage, si non, et ce n’est pas rien, de remplir notre âme de paix et de sérénité. Mais le récit ne s’arrête pas là seulement. Nous sortons du jeu de rôle et nous entrons  dans une aventure d’une autre nature.

Jésus poursuit sa montée vers le Temple dans lequel il va jeter le trouble. Il entraîne dans cette entreprise ceux qui le suivent. Là, dans ce Lieu Saint il  bouscule les étales des commerçants et des changeurs de monnaie. « Il met de l’ordre dans la maison de son Père », dit-il. Il se donne lui-même en spectacle et chacun doit en tirer la leçon en se demandant ce que signifie le fait qu’il est venu mettre de l’ordre dans le lieu de prière.

Jésus en se  livrant  dans le temple à une cène de bousculade,  essaye de nous dire que notre âme est, elle aussi un temple dédié  à l’Éternel, un lieu où se formulent les prières qui lui sont adressées. Paul ne dira-t-il pas que notre corps est un temple pour Dieu et Jésus lui-même parlera du temple de son propre corps ? Dans ce temple là aussi, il y a du ménage à faire.  Il faut donc, pour que Jésus soit parfaitement notre roi, qu’il s’empare de toute notre personne, qu’il y mette de l’ordre et qu’il nous rende aptes à rendre un culte raisonnable au Seigneur.

La royauté de Jésus se fait donc en deux temps pour nous. Dans un premier temps nous l’acceptons pour roi, et dans un deuxième temps, il se met à régner en nous. Il me semble que dans ce passage pour lequel j’ai volontairement fait une lecture allégorique, il nous est suggéré que pour réaliser notre vocation de créature du Seigneur il nous faut accepter Jésus comme roi. Cela dépend de nous, de notre choix et de notre désir. Jésus ne s’impose nullement à nous, il s’offre à nous.

Si nous lui faisons allégeance, il nous, faut courir le risque d’être incompris des autres, d’être rejeté ou d’avoir l’air ridicule, l’allégeance à Jésus n’est pas gratifiante, elle n’apporte apparemment aucun avantage, mais elle fait naître en nous l’espérance et ouvre en nous une vie intérieure qui met notre âme en paix. Mais tout cela n’est que la première partie de l’opération, il faut maintenant que Jésus se mette à l’œuvre pour travailler notre âme de l’intérieur. Et c’est là que le bât nous blesse, c’est là que nous renâclons.PalmSunday Jerusalem Rameaux ca 1409, Museo Civico Arte Antica, Palazzo Madama, Turin

En effet, choisir Jésus pour roi correspond bien à notre libre choix. Et par ce libre choix, nous affirmons la gratuité du salut, le salut par la foi, « la sola fide, » chère aux Réformateurs et nous nous en tenons là. Nous répugnons alors à laisser Jésus travailler en nous pour transformer notre être intérieur, afin que notre vie devienne conforme à la foi que nous professons. Nous répugnons à nous laisser manipuler par Jésus pour qu’il redresse ce qu’il y a de tordu en nous. Nous avons du mal à accepter Jésus dans le rôle de Kinésithérapeute de nos âmes. Pourtant, il faut que Jésus entreprenne un combat contre nous-mêmes pour que notre vie lui soit toute dédiée et que tout notre être devienne un Temple consacré à l’Éternel.

Cela ne peut être que le fruit d’un long combat que Jésus mène dans le cœur de tous les croyants pour qu’ils soient en accord avec la foi qu’ils professent. Ce combat provoque en nous la repentance qui nous conduit à accepter le pardon déjà donné, mais pas forcément accepté. A mesure que Jésus s’empare de notre personne, à mesure que nous prenons conscience du pardon, à mesure que le Temple de notre corps s’ouvre aux exigences du Seigneur, s’établit en nous une sérénité qui nous fait entrer lentement dans la plénitude de Dieu. Cet effet est le fruit de la résurrection qui s’installe en nous.

Il est ainsi donné aux croyants que nous sommes de pouvoir vivre dès ici bas la réalité de la résurrection. C’est ce qui fait dire à l’apôtre Paul « si je vis, ce n’est pas moi qui vit, mais Christ qui vit en moi, » et Wesley de rajouter : « je sais que j’habite en Christ, je suis l’os de ses os et la chair de sa chair; »

La résurrection, on le sait, à demandé à Jésus de livrer combat contre les forces hostiles à Dieu, mais il prolonge ce combat en nous, pour que purifiés par lui, nous apportions à Dieu l’adoration qui lui est due et que nous jouissions dès maintenant de la sérénité que donne la résurrection.

 

 

 

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Luc 16 :1-13 la parabole de l’intendant habile 22 septembre 2013

Posté par jeanbesset le 10 septembre 2013


Luc 1-13

Luc 16 :1-13 la parabole de l'intendant  habile 22 septembre 2013 dans sermon usurier

1 Il disait aussi aux disciples : Un homme riche avait un intendant ; celui-ci fut accusé de dilapider ses biens. 2 Il l’appela et lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton intendance, car tu ne pourras plus être mon intendant. 3 L’intendant se dit : Que vais-je faire, puisque mon maître me retire l’intendance ? Bêcher ? Je n’en aurais pas la force. Mendier ? J’aurais honte. 4 Je sais ce que je vais faire, pour qu’il y ait des gens qui m’accueillent chez eux quand je serai relevé de mon intendance.

5 Alors il fit appeler chacun des débiteurs de son maître ; il dit au premier : Combien dois-tu à mon maître ? 6— Cent baths d’huile, répondit-il. Et il lui dit : Prends ton billet, assieds-toi vite, écris : cinquante. 7 Il dit ensuite à un autre : Et toi, combien dois-tu ? — Cent kors de blé, répondit-il. Et il lui dit : Prends ton billet et écris : Quatre-vingts. 8 Le maître félicita l’intendant injuste, parce qu’il avait agi en homme avisé. Car les gens de ce monde sont plus avisés dans leurs rapports à leurs semblables que les fils de la lumière.

9 Eh bien, moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec le Mammon de l’injustice, pour que, quand il fera défaut, ils vous accueillent dans les demeures éternelles. 10 Celui qui est digne de confiance dans une petite affaire est aussi digne de confiance dans une grande, et celui qui est injuste dans une petite affaire est aussi injuste dans une grande. 11 Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance avec le Mammon injuste, qui vous confiera le bien véritable ? 12 Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour ce qui appartenait à quelqu’un d’autre, qui vous donnera votre propre bien ? 13 Aucun domestique ne peut être esclave de deux maîtres. En effet, ou bien il détestera l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez être esclaves de Dieu et de Mammon.
usurier+2 dans sermon


C’est l’argent qui pourrit le monde disent les uns, ou c’est l’argent qui est le nerf de la guerre disent les autres. Ce n’est pas nouveau, cela date depuis toujours, mais une fois que l’on a dit cela, à part quelques exceptions, nous ne pouvons pas nous empêcher d’avoir besoin d’argent et de nous en servir. Nous jugeons la réussite des uns et des autres à l’argent qu’ils gagnent. Ce n’est sans doute pas le seul critère retenu, mais c’est quand même un critère de référence.

L’argent joue un rôle dans nos comportements de société parce qu’il a sa place de partout. Les peuples et les gens ont des comportements différents suivant la manière dont ils en parlent. Les Européens quant à eux sont discrets, voire même secrets sur leurs avoirs financiers, quant aux Américains, ils les étalent. Dans nos églises protestantes de France on utilise des aumônières plutôt discrètes pour récolter les offrandes si bien que personne ne sait ce que son voisin a donné. Cette manière de faire amuse les visiteurs qui ne sont pas habitués à nos méthodes. Ils ont l’habitude pour leur part des paniers ou des plateaux qui rendent visibles les offrandes pour susciter la générosité. Mais passons, quelle que soit la manière de récolter la participation de chacun,  nous solennisons notre action au point d’en faire un acte liturgique, L’offrande recueillie trouve sa place sur la table sainte en compagnie de la Bible.  C’est dire la place que prend l’argent même dans nos communautés.

 Pourtant, depuis l’origine de l’Eglise la tradition veut que l’on considère l’absence d’argent comme une vertu. Paul, pour sa part se faisait un honneur de ne devoir rien à personne. Il était fier de travailler de ses mains pour gagner sa nourriture. Dans les communautés monastiques on fait vœu de pauvreté croyant pieusement imiter Jésus qui apparemment vivait d’aumônes. C’est à cause de cela que l’on a pris l’habitude de considérer qu’il était pauvre et que la pauvreté était une vertu. Cependant, Jésus mangeait chez les riches et se faisait entretenir par les dames de la haute société, dont Suzanne entre autres, femme de l’intendant d’Hérode.

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Quoi qu’on en dise, on a apparemment pris l’habitude d’être discrets sur les questions d’argent. Pourtant le texte de ce jour nous laisse entendre un autre son de cloche. Jésus une fois de plus nous surprend. Il semble approuver le comportement sordide d’un homme malhonnête qui entraîne ses semblables à détourner des fonds qui ne leur appartiennent pas.

Quelques remarques de bons sens s’imposent :
- pour inventer une telle histoire, il faut que Jésus ait eu une piètre idée du niveau moral de ses semblables.
- aucun des deux débiteurs de la parabole n’a un sursaut d’honnêteté en entendant les propositions de l’intendant. Ils entrent tous les deux dans la magouille et la tromperie, sans discuter.
- On ne nous signale aucune réaction d’indignation ou de surprise parmi les auditeurs de Jésus, pas même dans les rangs des apôtres, Il semble que nous assistions à un consensus général qui n’est pas à l’honneur de la société de ce temps.

Quoi qu’il en soit Jésus éprouve des réserves quant au comportement des meilleurs parmi ses compatriotes qu’il appelle des «fils de lumière ». Il faut sans doute voir là une remarque que fait Jésus à l’égard des Esséniens, les gens de Qumran. Ils vivaient en confréries à l’ écart des autres. Ils faisaient vœu de chasteté et de pauvreté pour aider Dieu, pensaient-ils à hâter la fin des temps. Même à ces gens-là, Jésus semble reprocher d’avoir une mauvaise attitude à l’égard de l’argent alors que notre intendant indélicat trouve grâce à ses yeux.

En effet, ce monsieur dispose des biens de son patron pour se faire des copains. L’argent est devenu dans ses mains un moyen pratique dont la seule utilité est de s’assurer l’amitié de gens qui ne seraient pas enclins à le devenir. Au cas où son patron le traînerait devant les tribunaux, il s’assure ainsi la complicité nécessaire requise par la loi, de deux témoins qui ont intérêt à l’innocenter. Sa démarche à leur égard est donc loin d’être innocente.

Jésus ne donne à l’argent aucune autre valeur que celle d’être un moyen d’échange entre les humains, mais qu’on ne s’y méprenne pas il le qualifie en même temps d’ «injuste. » Pour l’instant, Jésus constate que l’intendant s’en est servi comme d’un moyen mis à sa disposition pour se sortir d’un mauvais pas. Il avait pourtant d’autres choix à sa disposition mais il les récuse : il ne voulait pas manier la bêche parce que ça fatigue, il ne voulait pas avoir recours à la mendicité, parce que c’est dégradant. Alors, il utilise ce qu’il a à sa disposition pour se sortir de cette situation délicate: l’argent des autres.
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Que cet argent ne lui appartienne pas n’a aucune importance pour lui, ce n’est qu’un instrument qui pour le moment est à sa disposition pour établir de bonnes relations et se maintenir en vie. On ne voit quand même pas très bien où Jésus veut en venir. Il nous apprend que l’argent est un outil, mais on ne comprend pas comment cet outil, malhonnêtement utilisé par un homme indélicat peut nous servir et nous aider à comprendre les choses. Le procédé manque pour le moins de rigueur morale, mais Jésus n’en a cure et il continue à parler de l’argent, mais cette fois-ci il s’exprime en lui mettant un A majuscule.

Il lui donne un nom, que les traductions n’ont pas toujours respecté. Il l’appelle Mammon, «ce sur quoi on peut compter » C’est là où est le nœud du problème. Nous, à la différence de l’intendant mal honnête, nous lui accordons une valeur intrinsèque, nous considérons que celui qui en possède a du pouvoir, et se trouve élevé au rang de maître. C’est sa possession croyons-nous qui donne le pouvoir aux uns et son absence qui rend les autres dépendants et qui en fait des esclaves.

Nos sociétés l’ont divinisé en lui accordant un pouvoir qui supplante même celui que l’on accorde à Dieu. Contrairement à Dieu il ne sert pas à unir les gens, mais à les diviser, il crée des ruptures entre les hommes alors qu’il devrait les unir. Le monsieur malhonnête de notre histoire l’utilise, lui, pour créer un lien qui unit des gens entre eux. Il sait bien qu’il est perdu et il ne peut s’en sortir sans se faire des amis, c’est pourquoi il détourne de l’argent pour en faire profiter les autres. Il aurait pu l’utiliser autrement, mais non, il trouve plus profitable de l’utiliser pour établir des relations d’amitiés, amitiés douteuses, il va s’en dire, mais amitiés quand même avec des hommes. Il n’est plus alors dépendant de l’argent mais de l’amitié des autres. Il redonne ainsi, sans le savoir sa vraie valeur à l’argent. Il devient un instrument qui fait vivre en réunissant les hommes entre eux.

L’argent est ici un instrument de vie pour lui et pour ses complices. Quant à nous, les gens honnêtes, nous en avons fait une idole que Jésus qualifie d’ « injuste », c’est à dire de suspecte. Il est dangereux de le manipuler sans précaution et de l’utiliser sans tenir compte de sa vraie fonction. C’est pourquoi il faut le manipuler avec sagesse. Sa vraie fonction, selon Jésus est la même que celle de tous les instruments, il doit servir à établir des liens d’amitié entre les humains. Si nous ne l’utilisons pas dans ce sens, c’est lui qui prendra le pouvoir sur nous. Il deviendra une contre divinité qui nous opposera aux autres au lieu de nous rapprocher d’eux, c’est en cela qu’il est mauvais. C’est pourquoi, Jésus en le traitant de Mammon, dit qu’il est injuste.

Malgré l’usage malhonnête qu’en fait l’intendant de la parabole il procède quand même d’une démarche plus saine, quoi qu’on en dise, que celle qu’utilisent les gens « honnêtes », même si la morale n’y trouve pas son compte. S’il ne nous appartient pas de donner des leçons de morale aux autres, il nous appartient, dans la mesure du possible de nous approprier la joyeuse démarche de Jésus par rapport à l’argent. Il a su vivre dans l’abondance, quand son entourage le lui permettait et il n’en a rien gardé. L’abondance, nous l’avons ! Comment allons-nous la gérer pour que nous n’en soyons pas dépendants et que les autres en profitent ? C’est hélas une des questions, si non la question posée par la crise ouverte depuis quelques mois.

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Illustrations  Van Reymerselwael 1490-1577 L’usurier et sa femme – Munich

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Exode 32:1-14 Trois aspects différents de Dieu . dimanche 15 septembre 2013

Posté par jeanbesset le 30 août 2013

Exode 32:1-14 Trois aspects différents de Dieu . dimanche 15 septembre 2013 dans sermon Mo%C3%AFse+3
1Le peuple vit que Moïse tardait à descendre de la montagne ; alors le peuple se rassembla autour d’Aaron et lui dit : Fais-nous des dieux qui marchent devant nous ! Car ce Moïse, cet homme qui nous a fait monter d’Egypte, nous ne savons pas ce qui est advenu de lui ! 2 Aaron leur dit : Enlevez les anneaux d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les-moi. 3 Tous les gens du peuple enlevèrent les anneaux d’or qui étaient à leurs oreilles et les apportèrent à Aaron. 4 Celui-ci prit l’or de leurs mains, le façonna au burin et fit un taurillon de métal fondu. Puis ils dirent : Voici tes dieux, Israël, ceux qui t’ont fait monter d’Egypte ! 5 Lorsque Aaron vit cela, il bâtit un autel devant le taurillon et s’écria : Demain, il y aura une fête pour le SEIGNEUR ! 6 Le lendemain, ils se levèrent de bon matin, ils offrirent des holocaustes et présentèrent des sacrifices de paix. Le peuple s’assit pour manger et pour boire ; puis ils se levèrent pour s’amuser.

7 Le SEIGNEUR dit à Moïse : Va, descends ; car ton peuple, celui que tu as fait monter d’Egypte, s’est perverti. 8 Ils se sont bien vite écartés de la voie que je leur avais prescrite ; ils se sont fait un taurillon de métal fondu, ils se sont prosternés devant lui, ils lui ont offert des sacrifices et ils ont dit : Voici tes dieux, Israël, ceux qui t’ont fait monter d’Egypte !
9 Le SEIGNEUR dit à Moïse : Je vois que ce peuple est un peuple rétif. 10 Maintenant, laisse-moi faire : je vais me mettre en colère contre eux, je les exterminerai, et je ferai de toi une grande nation.
11 Moïse chercha à apaiser le SEIGNEUR, son Dieu ; il dit : SEIGNEUR, pourquoi te mettre en colère contre ton peuple, alors que tu l’as fait sortir d’Egypte par une grande puissance, par une main forte ? 12 Pourquoi les Egyptiens diraient-ils : « C’est pour leur malheur qu’il les a fait sortir : c’est pour les tuer dans les montagnes et pour les exterminer, pour les faire disparaître de la terre ! » Reviens de ta colère ardente, renonce au mal que tu voulais faire à ton peuple ! 13 Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs, auxquels tu as dit, en faisant un serment par toi-même : « Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel, je donnerai à votre descendance tout ce pays dont j’ai parlé, et ce sera son patrimoine pour toujours. » 14 Alors le SEIGNEUR renonça au mal qu’il avait parlé de faire à son peuple.
Mo%C3%AFse+11 dans sermon

On lira aussi avec intérêt les versets
 1 à 6
Qui est ce Moïse que l’on nous présente ici ? Il se permet de contester les décisions de Dieu et de lui donner des conseils et  Dieu se soumet à ses injonctions. Il suffit que Moïse parle   pour que Dieu change d’avis. C’est un peu comme si Moïse avait le pouvoir de remettre en cause les décisions divines et de contraindre Dieu à apparaître sous un autre aspect.  Lequel est le bon ? Moïse se trouve ici revêtu d’une puissance de prière telle qu’elle change la nature de Dieu et  le cours des choses.

En fait ce n’est pas la première fois qu’un homme se trouve revêtu d’une telle puissance.  Abraham avait  eu une attitude semblable à  l’égard de Dieu dans une prière célèbre qu’il fit pour tenter de sauver Sodome et Gomorrhe (1). Il ne réussit cependant pas  à changer le cours de l’histoire et les deux villes furent détruites. Lors du déluge, c’est grâce à la seule sympathie de Dieu pour Noé que la destruction de l’humanité fut évitée. Noé montra par la suite qu’il n’était pas meilleur que les autres et que son salut avait relevé de la seule grâce.  Tout se passe comme si au contact des hommes, Dieu changeait de nature. C’est comme si la grâce était en train de devenir réalité.
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Ainsi de nombreux textes de l’Ancien Testament nous présentent Dieu sous des aspects différents à tel point que l’on peut se demander quel est son vrai visage. Il peut être le Créateur revêtu de la toute-puissance qui ne tergiverse pas sur  son autorité. Il endurcit le cœur de pharaon pour arriver à ses feints.  Il exige une soumission totale et une obéissance sans faille de ceux qu’il décide de sauver.
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Dieu se heurte de plein fouet à une autre image de lui-même que lui oppose Moïse et qui lui  propose une autre conception de sa divinité pleine de bienveillance pour les humains. Ces deux images, qui se trouvent dans ce passage, sont le produits de deux traditions différentes mêlées l’une à l’autre par les derniers rédacteurs de la Bible. Cela nous donne un portrait changeant de Dieu qui balance entre  les exigences de sa justice et sa compassion pour les hommes.
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Ce Dieu qui qui incline à la tendresse ne peut pas se défaire de  cette autre image de lui selon laquelle  il ne doit pas transiger avec sa justice, c’est pourquoi l’intervention généreuse de Moïse ici, sera suivie de la punition d’une partie des coupables.
Mo%C3%AFse+12
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Mais ce n’est pas tout, le texte nous présente une troisième image de Dieu. Elle bouscule les deux précédentes et provoque notre réflexion parce qu’elle nous concerne très personnellement. C’est l’image qu’Aaron nous donne de Dieu.
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Il reconnait en lui un Dieu libérateur qui a sauvé son peuple et il organise une fête en forme de « te deum » pour l’honorer à grands renforts de fanfares, de processions et de danses. Pour que ce Dieu dont il loue les bienfaits soit une réalité bien présente dans la pensée de son peuple et ne soit pas le produit de sa seule  imagination il en fait une image symbolique qui contient en elle tout ce que son peuple  ne doit pas oublier.
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Il emprunte l’image du taureau dont il transfert les attributs sur Dieu pour signifier la confiance de son peuple. Comme le taureau Dieu est indomptable et nul ne peut le dominer. Dieu est non seulement libérateur, mais l’image du taureau le revêt  de force et d’invulnérabilité. De plus, en  maintenant  la présence du taureau, comme divinité égyptienne  dans ce culte  du désert, Aaron manifeste  la fidélité  de Dieu  à l’histoire  de son peuple. Le Dieu du passé est aussi le Dieu de l’avenir. Il est donc aussi le Dieu fidèle.
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Après cela, quels sont les reproches que l’on peut adresser à Aaron ? Qu’est-ce qui dans les festivités qu’il organise pourrait offenser Dieu ?  Ce culte est bien fidèle à l’histoire que les hébreux   ont vécue depuis la sortie d’Egypte.  Certes, ils ont représenté Dieu sous la forme d’un veau. Mais est-ce si grave ?  Toute la Bible est pleine d’images mentales que l’on se fait  pour représenter Dieu. N’a-t-on pas dit qu’il était un feu dévorant ? C’est lui-même qui se présente comme un buisson qui ne s’éteint pas. Sur le mont Horeb ne se présente-t-il pas comme un doux zéphyr ?  Dans le Temple, l’arche de l’Alliance, surmontée du propitiatoire et encadrée par les deux chérubins, n’était-elle pas une représentation  de Dieu, tout aussi contestable que la représentation symbolique du taureau ?
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Dans notre société moderne, débarrassés de tous ces archaïsme ne continuons-nous pas à  représenter Dieu de manière symbolique ? Nous représentons le Dieu unique par une définition trinitaire. Ne faisons-nous pas de l’image de la colombe un usage contestable ? La croix dans nos sanctuaires y a-t-elle vraiment sa place ?  A défaut d’images matérielles, nous
Mo%C3%AFse+13

en faisons d’autres qui le rendent même redoutable. Les derniers débats dans notre pays au sujet du « mariage pour tous » n’ont-ils pas présentés Dieu sous différents visages souvent incompatibles les uns envers les autres ?

Dans le récit qui nous concerne, c’est donc 3 aspects de Dieu qui se juxtaposent. L’écrivain biblique a essayé de les faire  cohabiter mais il n’y est pas pleinement arrivé. Le Dieu tel que le représente Aaron est violemment combattu par le Dieu que Moïse s’efforce de décrire. Pour le mettre en accord avec le « dieu créateur » il est obligé de sacrifier une partie des hommes de son peuple restés fidèles à l’image de Dieu qu’en a donnée Aaron..
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seul reproche que l’on peut faire à Aaron c’est d’avoir voulu faire de son peuple un peuple privilégié, préféré par Dieu et protégé par lui des agressions des autres. C’est ce désir d’être distingué parmi les peuples qui en fera sa pierre d’achoppement. Qu’à cela ne tienne beaucoup reprennent cette notion  à leur compte encore aujourd’hui, quand ils pensent que Dieu favorisent certaines catégories de croyants et  qu’il s’intéresse davantage aux convertis, aux « born again »  au détriment des incroyants ou des adeptes des autres religions. Il ne faut pas faire de grands efforts sur soi pour comprendre que le Dieu présenté par Aaron ressemble étrangement au Dieu que vénèrent aujourd’hui beaucoup de chrétiens.
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Bien évidemment l’Ecriture ne fait pas le tri dans ces diverses images qu’elle nous donne de Dieu. Elle les fait cohabiter selon l’opinion qu’en ont les rédacteurs  au moment où ils rédigent leur récit.  Ils ont en toile de fond des réalités qui n’appartiennent pas  à l’époque où se déroule l’histoire qu’ils racontent. Ils ont écrit au moment de l’exil à une époque où ils se sentaient abandonnés par Dieu et où ils  vivaient l’horreur de la déportation. Ils ont écrit aussi  sous l’excitation du retour de l’exil et ont transmis dans leurs récits l’immense espérance que véhiculait en eux la perspective du retour. C’est dans de tels contextes que les récits relatant les événements d’origine ont été écrits. Et nous, aujourd’hui, nous les recevons dans un tout       autre contexte, et  pourtant ils nous parlent aussi de Dieu.
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Moïse dans ce passage  est décrit comme celui qui a tout compris de la sainteté de Dieu et de l’espérance des hommes. Il a réussi à concilier le désir de justice de Dieu avec l’aspiration des hommes à être guidés par Dieu tout en voulant s’affirmer comme responsables d’eux-mêmes. L’Ecriture était bien en avance sur son temps car elle a exprimé à sa manière notre souci d’aujourd’hui. Nous aspirons à être protégés et gardés par Dieu et nous voudrions en même temps nous débrouiller sans lui. Y a-t-il  un moyen de concilier les deux  tendances?
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Bien évidemment, c’est le regard tourné vers Jésus que j’ai orienté mon propos. Il a gommé de l’image de Dieu tout ce qui nous rebutait. Le Dieu de la vengeance, de la violence et du châtiment s’est effacé. Il en a fait le Dieu de la vie, de l’amour et de l’espérance. Il a donné à tout homme la possibilité de vivre en harmonie avec ses semblables.  Désormais chacun est invité à se sentir responsable du destin de son prochain.
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Cela réclame pour chacun de nous  une vraie conversion, afin que nous acceptions  de regarder Dieu avec le même regard qui était celui de Jésus Christ.  Il nous faut donc bannir de nos pensées l’idée que Dieu ferait de nous des êtres à part pour nous sauver.  Dieu nous sauve en nous mettant sur le chemin de l’amour, de la fraternité et de l’espérance.  Il nous invite à faire des efforts pour que l’amour de Dieu gagne ceux qui ne lui sont pas encore acquis, car Dieu n’a pas d’autre but que de sauver tous les humains
Les illustrations sont de Marc Chagall

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Luc 14:25-33 – porter sa croix – dimanche 8 septembre 2013

Posté par jeanbesset le 24 août 2013



Luc 14:25-33 - porter sa croix - dimanche 8 septembre 2013 dans sermon porter+sa+croix+6


De grandes foules faisaient route avec lui. Il se retourna et leur dit :

26 Si quelqu’un vient à moi et ne déteste pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27 Et quiconque ne porte pas sa croix pour venir à ma suite ne peut être mon disciple.


28 En effet, lequel d’entre vous, s’il veut construire une tour, ne s’assied pas d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer, 29 de peur qu’après avoir posé les fondations, il ne soit pas capable d’achever, et que tous ceux qui le verront ne se moquent et ne disent : 30 « Cet homme a commencé à construire, et il n’a pas été capable d’achever. »

31 Ou bien quel roi, s’il part en guerre contre un autre roi, ne s’assied pas d’abord pour se demander s’il peut, avec dix mille hommes, affronter celui qui vient au-devant de lui avec vingt mille ? 32 Sinon, tandis que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander les conditions de paix. 33Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.

La tradition a rendu populaire une certaine image de Jésus que Théodore Botrel parmi tant d’autres a chanté dans le folklore breton. Jésus y est présenté comme le doux Sauveur à barbe blonde avec de grands yeux doux. Le cinéma américain a contribué pour sa part à vulgariser cette image. Les peintres classiques n’ont pas échappé à ce canon de beauté pour présenter le visage du Seigneur.
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Mais ce serait mal lire l’Evangile que de voir Jésus sous ce seul portrait. Le texte que nous avons lu nous présente un autre aspect de Jésus, plus rude, d’où la tendresse est absente. Le rôle de Jésus est de nous faire découvrir Dieu. Ici il le fait sans ménagement car le Dieu dont il est le témoin est différent de celui que Jésus lui-même nous a habitués à découvrir dans ses propos.

Qui est Dieu pour vous ? En quoi votre existence est-elle affectée par la réalité de Dieu? Comment agit-il en vous ? Ces questions tant de fois répétées, tant de fois formulées nécessitent qu’on ose se les poser au moins une fois de temps en temps. Chacun y répondra mentalement et à sa façon. On pourra dire que Dieu est une force qui vient d’en haut et qui s’empare de nous, qui habite notre âme et notre esprit. On dira aussi que c’est une certitude rassurante selon laquelle notre vie serait ballottée au rythme des hasards dans une société globalisante. Nous dirons aussi que Dieu donne du sens à notre être. Nous nous garderons de vérifier si notre réponse est conforme à la dogmatique en vigueur dans notre église. Mais nous savons fondamentalement, que nous ne chercherions pas Dieu s’il ne nous avait déjà trouvés, et que c’est lui qui nous pousse à le chercher. Nous percevons intuitivement qu’il y a un lien entre lui et nous et nous croyons qu’il a quelque chose à voir avec notre existence dans ce monde.

Il est donc normal que nous cherchions Dieu, sans pour autant jamais le trouver complètement. Écoutez ce que dit le poète Kalil Gibran : « Contemplez le ruisseau, écoutez sa mélodie. Eternellement, il sera en quête de la mer, et bien que sa recherche n’ait pas de fin, il chante son mystère de crépuscule en crépuscule. Puissiez-vous chercher le Père comme le ruisseau cherche la mer » (1)

Nous savons que Dieu a laissé son empreinte en nous, c’est pourquoi Jésus nous aide à le trouver. Mais ce Dieu que Jésus nous aide à trouver est très différent de tout ce que l’on a dit, car il nous devient personnel. Dans le texte de ce matin Jésus s’implique dans notre recherche et nous provoque volontairement. Il ne s’encombre d’aucun a priori, et d’une manière surprenante il saute à pieds joints par-dessus les conventions.

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Il  parle de haine alors que nous nous attendons à ce qu’il parle d’amour. «  Si quelqu’un vient à moi et ne déteste pas son Père ou sa Mère… ». Nous avons retenu seulement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».


 Aujourd’hui, dans ce passage, Jésus recommande de haïr  même ses proches. Il n’a aucune parole rassurante pour mettre un baume sur nos inquiétudes. Pour nous stimuler, il nous demande de porter notre croix, comme W. Churchill promettait à son peuple du sang et des larmes. Il ouvre devant nous une perspective de souffrance et de mort.

Ainsi provoqués, nous allons pouvoir exercer notre sagacité. En fait, le jeu en vaut la chandelle. Jésus a l’intention de nous faire sortir des chemins battus. Il nous montre que Dieu n’a rien à voir avec les critères soigneusement recensés par les religions. Dieu pour lui ne se trouve pas dans un code de morale. Il est ailleurs que dans nos définitions théologiques. Dieu se situe avant tout dans une relation avec nous. Comme il a sacrifié sa divinité pour venir jusqu’à nous, il s’attend à ce que nous lui consacrions notre humanité.

Il nous propose sagement de faire le bilan de notre foi en nous racontant cette parabole banale du roi qui compte ses hommes, puis qui compte les hommes de l’adversaire et qui négocie la paix en fonction de ses propres forces parce qu’il préfère se soumettre plutôt que de risquer un combat perdu d’avance. La paix dans ce contexte devient un accord de moindre mal, un « gentleman agreement » que l’on a du mal à fonder théologiquement. Or nos vies ressemblent la plupart du temps à ces côtes mal taillée où l’on essaye de donner à chacun sa part. Dieu y compris. Nous composons avec Dieu, avec les hommes, avec notre vertu, avec le temps, si bien que notre existence ne ressemble plus à rien si non à un « melting pot » sans goût ni grâce ni saveur ni prétention.

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En quelques phrases, Jésus a mis à mal tout notre édifice spirituel, pour que nous nous efforcions de le reconstruire. Nous n’osons même pas continuer notre lecture de l’Evangile de peur d’être encore plus déstabilisés car ajoute Jésus, «quiconque ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple ». Il faut comprendre clairement que cela veut dire qu’on ne peut pas découvrir Dieu en vérité sans abandonner tous les préjugés et tous les acquis de la société. Le chercheur de Dieu doit donc aller à contre-courant d’une société qui centralise tout sur l’homme.

Jésus met notre manière de raisonner totalement en cause en nous rappelant qu’avec Dieu, c’est tout ou rien. Pas question de partager prudemment entre Dieu et le monde. Pas question de demander à Dieu de se charger de notre âme d’une part et de choisir de gérer nous-mêmes et à notre gré nos autres activités. Il nous rappelle ainsi que Dieu est envahissant.

Jésus contemple alors la foule qui le suit comme un troupeau bêlant. Il les décrit comme des moutons cherchant à être pris en charge par un bon berger. Ils cherchent seulement un confort spirituel auprès d’un maître à la mode qui paraît pour lors efficace. Jésus renonce à se laisser manipuler par eux, il n’est pas un gourou rassurant qui profiterait des avantages de ses dons de guérisseur et de prédicateur pour s’assurer une notoriété. Il provoque la foule dont nous faisons tous partie pour que chacun sorte de lui-même et assume le poids de la croix qu’il doit porter.

Vous voulez être rassurés sur l’avenir de votre âme, vous voulez une religion facile qui soit distincte des religions traditionnelles. Vous voulez échapper aux tourments de la vie et être les privilégiés de Dieu, vous ne voulez plus être malades et vous voulez manger tous les jours à votre faim ! Mais vous valez mieux que cela, vous n’êtes pas des moutons promis à l’abattoir. Vous avez en vous la capacité d’être des rebelles, de vivre une passion dévorante, cette passion peut se vivre avec Dieu, mais elle réclame une rupture.
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Dans l’Ecriture, la rupture est parfois féconde et créatrice, car elle demande à être habitée par un esprit inventif. La rupture c’est la distanciation nécessaire qu’il nous faut prendre par rapport aux conventions sociales qui nous enferment dans des catégories ou des préjugés. Il n’est donc pas étonnant que Jésus prenne la famille pour cible, parce qu’elle a un pouvoir contraignant et enfermant sur les individus. Pour que Dieu puisse s’emparer de nous il ne faut être retenu par aucun autre intérêt. C’est ainsi libérés et placés tout entier sous le charme de Dieu que nous pourrons devenir les conquérants d’un monde nouveau. De même que l’homme doit quitter son père et sa mère et s’il veut aimer sa femme, de même il faut mettre les exigences familiales au second degré de nos préoccupations pour laisser l’intuition de Dieu nous saisir et mettre nos vies à la disposition de Dieu.

Combien parmi nous ne trouvent-ils pas leur existence fade et sans avenir ? Ils se sont généralement comportés comme le roi de la parabole racontée par Jésus. Ils ont recherché leurs intérêts, ils ont fait la part des choses, et ils ont donné une importance calculée à chacun, ils n’ont cependant pas négligé Dieu, mais ils lui ont seulement réservé une part. Ils ont ainsi construit une vie raisonnable faite de concessions, sans que le hasard et l’aventure n’y aient leur place. Dieu mérite mieux que nos petites dispositions de sagesse humaine, il réclame toute notre activité, tous nos soucis, toutes nos préoccupations, la totalité de nos personnes. Dieu réclame de devenir le partenaire de notre vie et de la partager en totalité.

Affranchis des contingences humaines, Dieu nous rend libres et responsables
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Il se peut que cette joyeuse liberté déplaise aux hommes qui cherchent à nous la prendre en nous enlevant la vie. Ce fut le cas de Jésus et de bien d’autres après lui. Mais leur mort ne fut-elle pas un cri de liberté et une ouverture vers la délivrance. Leur vie était en Dieu et la vie en Dieu est sans limite puisqu’elle lui est toute consacrée et qu’elle débouche quand tout est accompli dans la plénitude éternelle de Dieu, sans limite de temps et d’espace.


1. Jésus fils de l’homme page 71. Albin Michel


Ces images existent sur plusieurs blogs, mais je n’ai pas réussi à en trouver l’auteur. Qu’il soit félicité pour son talent. Si un lecteur trouve son nom, je le remercie de me le communiquer.

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Luc 14: 1-14 choisir la bonne place – dimanche 1 septembre 2013

Posté par jeanbesset le 15 août 2013

Luc 14: 1-14 choisir la bonne place - dimanche 1 septembre 2013 dans sermon banquet+1+%282%29
 1Un jour de sabbat, il était venu manger chez l’un des chefs des pharisiens, et ceux-ci l’observaient. 2 Un hydropique était devant lui. 3 Jésus demanda aux spécialistes de la loi et aux pharisiens : Est-il permis ou non d’opérer une guérison pendant le sabbat ? 4 Ils gardèrent le silence. Alors il prit le malade, le guérit et le renvoya. 5 Puis il leur dit : Lequel de vous, si son fils ou son bœuf tombe dans un puits, ne l’en retirera pas aussitôt, le jour du sabbat ? 6 Et ils ne furent pas capables de répondre à cela.
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Choisir la dernière place

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7 Il adressa une parabole aux invités parce qu’il remarquait comment ceux-ci choisissaient les premières places ; il leur disait : 8 Lorsque tu es invité par quelqu’un à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’une personne plus considérée que toi n’ait été invitée, 9 et que celui qui vous a invités l’un et l’autre ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Tu aurais alors la honte d’aller t’installer à la dernière place. 10 Mais, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, afin qu’au moment où viendra celui qui t’a invité, il te dise : « Mon ami, monte plus haut ! » Alors ce sera pour toi un honneur devant tous ceux qui seront à table avec toi. 11 En effet, quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé.
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Inviter les pauvres
 
12 Il disait aussi à celui qui l’avait invité : Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie pas tes amis, ni tes frères, ni les gens de ta parenté, ni des voisins riches, de peur qu’ils ne te rendent ton invitation et qu’ainsi tu sois payé de retour. 13 Mais lorsque tu donnes un banquet, invite des pauvres, des estropiés, des infirmes, des aveugles. 14 Heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont pas de quoi te payer de retour ! En effet, tu seras payé de retour à la résurrection des justes.
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Il est des gens qui, forts de leurs expériences spirituelles se croient tout naturellement invités à occuper les premières places du banquet que  Jésus présidera à la fin des temps. Ils  racontent à qui veut l’entendre les merveilles que Dieu a faites pour eux. Ils ne se lassent pas de parler de leur conversion qui, selon eux relève du miracle permanent parce que leur vie a été changée et qu’ils ont réussi à améliorer leur situation sociale ou matérielle ou qu’ils ont été guéris de la maladie qui les accablait. En se donnant en exemple,  ils se proposent de guider sur les chemins de la foi ceux qui n’y sont pas encore parvenus. Ils ont déjà pris  place à la table et se sont approprié  les places d’honneur. Ils proposent leurs conseils aux  autres pour les aider à trouver les bonnes méthodes pour les imiter.
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Nous nous réjouissons avec eux de la manière dont Jésus a su toucher leur cœur et transformer leur vie, mais nous entendons aussi le maître leur suggérer qu’ils n’emploient pas la bonne méthode et que la modestie sied mieux à tout croyant.  C’est ainsi qu’il les  invite à descendre vers le bas de la table car nul ne peut s’ériger en donneur de leçon si non le maître lui-même.

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Sans s’en rendre compte et en croyant bien faire, ils se servent de Dieu pour se valoriser au détriment des autres. Ils ne savent toujours pas que le maître ne nous valorise pas par les honneurs mais qu’il s’intéresse plutôt à la manière dont chacun saura conduire sa vie pour que celle-ci plaise à Dieu. Or la vie qui plait à Dieu c’est celle de celui qui valorise les autres en s’effaçant lui-même.
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Pourtant, dans cette course à la meilleure place, nous en prenons tous pour notre grade, car nous estimons qu’il est nécessaire que notre vie de croyant soit reconnue par les autres car il y a  des signes qui ne trompent pas. Et ces signes doivent nous nous distinguer  aux yeux des autres.
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Nombreux sont les croyants qui pensent que l’intervention de Dieu dans leur vie doit se manifester par des signes visibles sous forme de miracles. C’est ainsi que doit se révéler pour eux la faveur de Dieu, pensent-ils. Par ces signes, il sera clair pour eux  et pour les autres  que Dieu agit en eux. Ces signes peuvent être  le rétablissement de leur santé ou l’amélioration de leur situation sociale ou tout autre avantage qui les distinguerait aux yeux de la société. Si cela ne se produisait pas, ils se sentiraient frustrés. Ils ne penseraient pas que Dieu serait à l’œuvre en eux. Ils se considéreraient alors comme trop pécheurs pour mériter l’attention du Seigneur. En se  culpabilisant  ainsi ils se mettent en dehors  du pardon de Dieu.
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Sans ces signes, visibles  parfois par eux seuls, ils  se mettraient à chercher ce qu’ils ont fait pour que soit barrée en eux  barrer l’action de Dieu. Nous savons qu’ils ont tort, mais comment leur faire comprendre que Dieu les aime et qu’il ne le montre pas forcément par les signes visibles? Comment leur faire comprendre que Jésus a renversé l’échelle des valeurs de la culpabilité et que tous les péchés, même les moins acceptables peuvent être pardonnés par l’effet de sa seule bonté ?

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S’ils  croient qu’ils ne peuvent  se sentir libérés que par des signes concrets, c’est qu’ils  n’osent pas  prendre l’évangile à la lettre et se croire pardonnés  sans que ça se voie, si bien qu’ils restent enfermés en eux-mêmes. Ils  ressassent une situation que Dieu ne demande qu’à améliorer pour peu qu’ils acceptent le pardon gratuit qui leur est déjà offert. Ils se considèrent alors comme naturellement destinés à la dernière place du banquet, et même, ils ne s’y sentent même pas invités. Ils n’entendent pas encore Jésus qui leur susurre à l’oreille que leur place est plus haute à la table et  restent fermés sur leur position. Sans doute la suite de ce propos les aidera-t-ils à entendre la voix du Seigneur qui les interpelle.
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En fait l’action de Dieu en nous,  avant d’être rendue visible aux yeux des autres doit d’abord opérer une transformation en nous-mêmes. Cette transformation est une transformation du cœur, si bien que tout se passe d’abord dans l’intimité de notre être. Cette transformation a pour première conséquence  de changer notre regard sur nous-mêmes.  Ce sont les autres qui prennent alors de la valeur à nos propres yeux. C’est eux qui doivent  mobiliser notre intérêt et qui motivent nos actions.  .

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Notre intérêt personnel passe donc au deuxième plan si bien que ce qui devient visible aux yeux des autres, c’est le souci que nous avons pour eux.  Nous ne cherchons plus à capter leur attention pour nous valoriser nous-mêmes, mais  nous renvoyons à Dieu le bénéfice des transformations qui se sont opéré en nous.
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Bien évidemment les choses ne vont pas de soi. Celui qui est  habité par Dieu et qui est poussé à l’action par lui, n’est pas tout naturellement accepté par les hommes comme  quelqu’un qui est animé par Dieu et transformé par lui. Au contraire, on conteste que ce soit Dieu qui inspire son action en faveur des autres.  On l’accuse de casser la société établie et de travailler plutôt contre Dieu.  Ce fut le cas de la plupart des esprits généreux qui inspirés par Dieu ont voulu changer la société en remettant de l’ordre et de la justice dans les affaires des hommes.  Le plus connu dans nos temps modernes est Martin Luther King, mais il y en a eu bien d’autres avant lui et il y en aura d’autres après lui et chaque jour de nouveaux  inspirés se dressent   parmi-nous et rares sont ceux  qui ont accès aux premières place de la société.
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En fait, le problème n’est pas là. Jésus ne cherche pas à ce que nous soyons humiliés ou persécutés. Si c’était le cas, ce  serait même  une autre façon d’affirmer que le salut s’obtient par les œuvres.   A la différence des croyants dont je parlais tout à l’heure,  qui pensent que l’intervention de Dieu dans leur vie doit se manifester par des miracles visibles, Jésus nous propose de porter un autre regard sur nous-mêmes. Il ne veut pas que nous nous mettions dans la situation des assistés qui attendent qu’un prodige transforme leur vie. De tels  hommes seraient dans une situation de dépendance qui ne ferait pas d’eux des  hommes responsables mais des hommes sans caractère en attente de libération sans jamais y parvenir.

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Or Jésus veut faire de nous des hommes responsables, capables d’intervenir dans les affaires du monde pour le pousser à faire les bons choix  de société. Il veut que nous nous intéressions aux affaires de notre   prochain  pour l’aider à améliorer sa situation. Ce n’est pas en espérant ou en revendiquant une situation de notables que les choses évolueront, mais en nous mettant au service des gens qui ont besoin d’être aidés. C’est parce que nous aurons agi au niveau de la détresse des autres que nous serons reconnus par eux et que les miracles espérés pourront se produire. Ils se produisent rarement comme un don tombé du ciel mais comme le résultat de longs efforts menés patiemment par des hommes animés par Dieu au cœur même des difficultés de leurs semblables.
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N’oublions jamais que Dieu renforce nos âmes et fait de nous des fidèles aguerris, en nous invitant à devenir les serviteurs de nos semblables les plus malchanceux. Notre société ne reconnaît que rarement les mérites de ceux qui se font les  serviteurs des autres, cependant c’est par leur action, souvent anonyme que les choses avancent. Jésus a une vision du monde radicalement différente de la nôtre. Il faut nous y faire.
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Illustrions : Bruegel – le repas de noces
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Luc 13:22-30 la porte étroite – dimanche 25 août

Posté par jeanbesset le 9 août 2013

Luc 13:22-30  la porte étroite - dimanche 25 août dans sermon porte+%C3%A9troite+3

22 Il traversait les villes et les villages, et il enseignait en faisant route vers Jérusalem. 23 Quelqu’un lui dit : Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens sauvés ? Il leur répondit : 24 Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. 25 Dès que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, et que, restés dehors, vous commencerez à frapper à la porte et à dire : « Seigneur, ouvre-nous ! », il vous répondra : « Vous, je ne sais pas d’où vous êtes. » 26 Alors vous commencerez à dire : « Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos grandes rues ! » 27 Et il vous répondra : « Vous, je ne sais pas d’où vous êtes ; éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice ! » 28 C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez chassés dehors. 29 On viendra de l’est et de l’ouest, du nord et du sud pour s’installer à table dans le royaume de Dieu. 30 Ainsi, il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.

Les portes du salut se fermeront-elles à tout jamais devant les pas de celui qui cherche à se sauver par lui-même, car ce n’est pas en accumulant des actes qui sont sensés plaire à Dieu que l’on gagne son salut ! Les bonnes actions et les dévotions font partie de toutes ces actions vides d’avenir si elles n’ont d’autre but que d’attirer l’attention de Dieu sur celui qui les commet. Depuis longtemps l’Ecclésiaste a attiré l’attention du lecteur biblique pour le mettre en garde contre la vanité des entreprises humaines qui ne visent qu’à valoriser leur auteur.

Ces réflexions blasées devraient aider le lecteur à comprendre ici les propos de Jésus qui semblent confirmer l’affirmation selon laquelle celui qui cherche à être sauvé par ses propres moyens ne fait qu’entreprendre une vaine poursuite du vent qui le mène à la vanité et non pas au salut. Sans doute faut-il que celui qui cherche le salut comprenne que ce n’est pas une chose qu’il peut acquérir mais c’est une chose qui lui est donnée sans qu’il cherche à s’en saisir. Encore faudra-t-il qu’il découvre ce que signifie « être sauvé » ! Quel danger le menace-t-il pour qu’il cherche à en être sauvegardé et contre lequel il devrait être protégé ? Où donc est le péril ?
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Cette recherche est vide de sens si on ne dit pas ce que l’on redoute. Ainsi sommes-nous entourés de gens qui ont peur de quelque chose qu’ils n’arrivent pas à définir. Ce n’est pas un travers du Moyen Âge contre lequel la Réforme a essayé d’apporter des solutions, ce n’est pas un travers contemporain qui serait alimenté par l’angoisse d’un avenir incertain, cela existait déjà du temps de Jésus. Et Jésus essaye de répondre à cette préoccupation en dénonçant le mal fondé de leurs angoisses. Jésus a longuement dénoncé ces angoisses qui reposaient sur la crainte d’un jugement de Dieu. Il a voulu rassurer ceux qui au dernier jour redoutaient que les bons soient séparés des mauvais comme l’on sépare les brebis d’avec les boucs ou le blé de l’ivraie.

Si aujourd’hui la crainte du jugement s’est estompée, les hommes cherchent toujours à tirer inconsciemment profit de leurs bonnes actions si bien que quand un coup du sort les frappe, ils expriment leur incompréhension en disant qu’ils ne méritaient pas cela.
Bien que Jésus ait formulé des réponses claires, les humains ne semblent pas les entendre et cherchent inconsciemment à faire du bien pour que cela leur soit porté à crédit. Pourtant ils savent que les critères de Dieu ne sont pas les mêmes que les leurs. Jésus nous montre que pour Dieu tous les hommes entrent dans la même catégorie, car aucun ne serait capable de se tenir devant lui à cause de l’excellence de ses vertus. Cependant Dieu ne fait pas d’exception, il aime tous les hommes et propose à chacun d’entre eux de partager leur vie et de cheminer sur la même route qu’eux. Le salut n’est donc pas réservé au petit nombre des vertueux, mais il consiste à savoir que Dieu habite en nous et travaille notre esprit pour que nous nous impliquions dans un mode de vie qui lui convient.

D’emblée Jésus ouvre son propos en fermant toutes les possibilités aux hommes d’avoir accès au salut par eux-mêmes. S’il est dit dans les premiers versets que la porte est étroite pour atteindre Dieu, elle sera bien vite fermée complètement par la suite par le maître qui laisse dehors ceux qui se réclament de lui. Ceux qu’il laisse dehors lui rappellent pourtant en parlant à travers la porte fermée qu’ils ont mangé avec lui et qu’il a prêché la « bonne nouvelle » chez eux.
 
Il  nous faut reconnaître dans ces premiers visés tous les gens de la communauté de ceux qui ont suivi Jésus et qui n’ont toujours rien compris bien qu’ils rompent le pain avec lui et partagent sa coupe. Ils ont beau communier régulièrement, ils ont beau écouter la prédication de l’Evangile, ils ont beau venir au culte le dimanche, ils continuent à ne rien comprendre. Ils se croient supérieurs aux autres parce qu’ils font partie des intimes du Seigneur. Ils ont tort. Leur compagnonnage avec le Seigneur ne les rend pas meilleurs que les autres et ne leur garantit en rien leur salut, puisque le salut ne correspond à aucun critère de vertu.
 
Jésus semble avoir ouvert ici la boîte de Pandore en mettant à mal tous les arguments de ceux qui se croient sauvés par leurs propres vertus. Nous nous remémorons dans cet enseignement qui paraît un peu décousu tous les personnages qui nous sont déjà rendus familiers par les paraboles qu’il a prononcées, même si elles sont citées après ce passage dans cet Evangile ou même si elles sont citées dans d’autres évangiles et pas dans celui-ci.
 
Il  commence par parler de la porte étroite. Il fait peut être allusion à une des portes de Jérusalem qui était si étroite que l’on devait décharger les chameaux pour qu’ils puissent la franchir (Luc 18/25). Jésus s’est sans doute servi de cette particularité pour en tirer un enseignement selon lequel il était plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’ entrer dans le Royaume de Dieu. Il signifiait par là qu’aucune qualité humaine ne permettait de s’approprier le Royaume de Dieu, pas même la richesse grâce à laquelle on pouvait faire de nombreuses générosités et améliorer le sort des plus démunis.

En parlant de la porte fermée au nez des amis, ne fait-il pas allusion à la parabole des cinq vierges sages et des cinq vierges folles (Matthieu 25/1ss) ? Les vierges folles qui n’ont pas d’huile ne pourront s’en procurer nulle part ni l’échanger avec leurs copines ? L’huile signifierait-elle la foi qui ne peut se monnayer en aucune façon ? Les bonnes grâces de Dieu ne s’achètent pas elles nous sont données dans une relation toute personnelle avec Dieu. Cette relation est toujours possible, sauf au cas où la porte se ferme et où la vie s’arrête. A ce moment-là nul ne peut dire la suite de l’histoire qui nous est suggérée par la parabole du pauvre Lazare et du riche inconscient (Luc 16/20). Ce dernier arrivé dans l’au-delà ne peut accéder à Dieu malgré sa bonne volonté, et c’est malgré lui qu’il voit Lazare en compagnie d’Abraham et des patriarches jouissant de la béatitude éternelle.porte-etroite-5
 
Bien  évidemment ce n’est pas la fin de ces paraboles qu’il faut retenir comme enseignement, mais l’impossibilité d’acquérir par ses propres moyens les faveurs de Dieu. En faisant allusion d’une manière plus ou moins voilées à des paraboles déjà prononcées Jésus veut rappeler qu’il a de nombreuses fois prêché sur ce même type d’enseignement. Les hommes ont en effet du mal à comprendre que c’est Dieu lui-même qui vient à leur rencontre. C’est Dieu lui-même qui multiplie les occasions pour que chacun d’entre nous réalise que c’est lui qui frappe à la porte de notre cœur et qui nous sollicite pour que nous lui ouvrions.
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Les valeurs sont complètement renversées. Ce n’est pas l’homme qui cherche Dieu, c’est Dieu qui le cherche. Ce n’est pas l’homme qui trouve Dieu, c’est Dieu qui trouve l’homme. L’initiative n’appartient pas à l’homme mais à Dieu. Le salut est donc l’état de celui qui sait que Dieu l’a trouvé. On ne gagne pas son salut, mais on découvre que l’on est sauvé.

Dans ce récit, Dieu ne ferme la porte à personne pour le priver de son salut, mais il ferme la porte à toutes les mauvaises idées qui nous passent par la tête et que nous croyons bonnes pour nous placer sur le chemin de Dieu. Ce n’est donc pas pour être sauvés que nous faisons de bonnes actions. En fait,  nous savons que nous sommes visités par Dieu et que

c’est lui qui  nous inspire les bonnes actions que nous faisons. Nous pouvons d’ailleurs être visités par lui sans en avoir encore pris conscience. Nous sommes donc invités à voir les choses d’une toute autre manière. C’est pour cela que ce même évangile ou celui de Matthieu commence par les béatitudes qui proposent une lecture des événements de ce monde en contradiction totale avec la réalité apparente de nos sociétés :

 
« Heureux vous les pauvres  car le Royaume des cieux est à vous ! Heureux vous qui avez faim maintenant car vous serez rassasiés ! Heureux vous qui pleurez maintenant car vous serez  dans la joie !… » (Luc 20-22)

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Luc 12:49-53- voir l’avenir sans être hypocite – 18 août 2013

Posté par jeanbesset le 6 août 2013

 

Chers amis lecteurs,
Un incident indépendant de ma volonté a neutralisé ce blog pendant 8 jours. Il vient d’être rétabli et nous remercions les techniciens de l’avoir fait.  Peut être allez-vous avoir quelques difficultés pour  naviguer sur ce blog. Je m’en excuse et vous souhaite à tous un bon été.
Jean

Luc 12 : 49-59 Voir l’avenir sans être hypocrite: Dimanche  18 août 2013
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49 Je suis venu mettre un feu sur la terre ; comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! 50 J’ai un baptême à recevoir ; comme cela me pèse d’ici qu’il soit accompli !
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51 Pensez-vous que je sois venu donner la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. 52 Car désormais cinq dans une maison seront divisés, trois contre deux et deux contre trois ; 53 père contre fils et fils contre père, mère contre fille et fille contre mère, belle-mère contre belle-fille et belle-fille contre belle-mère. 
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Luc 12:49-53- voir l'avenir sans être hypocite - 18 août 2013 dans sermon
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54 Il disait encore aux foules : Quand vous voyez un nuage se lever à l’ouest, vous dites aussitôt : « La pluie vient. » Et cela arrive. 55 Et quand c’est le vent du sud qui souffle, vous dites : « Il va faire chaud. » Et cela arrive. 56 Hypocrites, vous savez apprécier l’aspect de la terre et du ciel ; comment pouvez-vous ne pas savoir apprécier ce temps-ci ?
57 Et pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? 58 Lorsque tu vas avec ton adversaire devant un chef, tâche en chemin de te dégager de lui, de peur qu’il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre à l’huissier, et que l’huissier ne te fasse mettre en prison. 59 Je te le dis, tu n’en sortiras pas que tu n’aies payé jusqu’au dernier lepte.

(Pour ma part, je trouve plus de cohérence à ce texte si on le prolonge jusqu’au verset 59 plutôt que de le couper au verset 53 comme dans la liste de lectures proposées) dans sermon

Quand les idées sont bonnes et pourraient donner naissance à l’espérance, elles sont rapidement combattues par de solides adversaires qui s’opposent à elles. Ils cherchent à les tourner en dérision et tentent  par tous les moyens à les ridiculiser. Ce fut en particulier  le sort qu’a connu  l’évangile de Jésus-Christ, qui à peine formulé s’est trouvé en but à la vindicte de nombreux  opposants qui n’ont eu de cesse que de provoquer la mort du maître. Ce phénomène se produit chaque fois que des idées nouvelles et généreuses sont formulées. Bien entendu, nous allons essayer de le comprendre.

Jésus, quant à lui, en  fut bien conscient. Il a  même prophétisé que si la nouveauté qu’il était en train d’enseigner avait quelques chances de porter des fruits elle susciterait en même temps des tensions chez les hommes qui la partageraient et provoqueraient des mouvements d’hostilité à leur égard. Leurs propres familles se diviseraient même à son sujet. Quand on sait ce qui s’en suivit, on aurait pu se demander si le jeu en valait la chandelle. Pourquoi a-t-il fallu que tant de haine et de dissensions se répandent  avant que l’évangile ne soit accepté ? On peut même se demander s’il a vraiment été accepté puisque les idées de respect réciproque, de tolérance et d’amour qu’il véhicule n’ont toujours pas triomphé.

Les chrétiens, pour ne  parler que de leur histoire, n’ont jamais cessé de se faire la guerre et de s’opposer entre eux.  Mais le phénomène ne concerne pas seulement le christianisme, il est partagé par bien d’autres religions.  Pourquoi donc les religions sont-elles à l’origine de tant de rivalités entre les hommes et apportent-elles tant de violence dans le monde alors que la plupart d’entre elles se réfèrent à un Dieu bienveillant qui propose aux hommes de vivre dans l’harmonie la concorde et la paix ?  La doctrine de la plupart des religions propose à l’humanité un projet de paix universelle et de tolérance entre les peuples. C’est à n’y rien comprendre.

Alors que ses discours avaient du succès, Jésus voyait  poindre l’orage à l’horizon. Il prophétisa alors   sa venue et parla des dégâts qui s’en suivront. Il voyait déjà les familles se diviser  au sujet de ses idées et leurs  membres se dresser les uns contre les autres. Plus loin Jésus a clairement  décrit l’ampleur que prendra  le phénomène  ainsi que les persécutions que connaîtront ses amis. On verra même les nations se dresser les unes contre les autres à cause de l’évangile.

En annonçant ainsi  ce qui va se passer, Jésus ouvre les hostilités en rendant les hommes responsables du phénomène. Il les accuse d’hypocrisie, car ils ne savent pas appliquer aux réalités spirituelles les comportements qu’ils sont capables de manifester par rapport aux simples prédictions météorologiques auxquels ils ne cessent de recourir.  Qu’un nuage apparaisse dans un coin du ciel, qu’un souffle de vent s’élève soudainement, et chacun   sait parfaitement  dire ce qui va se passer et en tirer les conséquences. Ce sera la pluie, l’orage ou la tempête. Les hommes exercent alors leur science pour s’en prémunir et protéger leurs récoltes et leurs biens.

Alors que l’on sait réagir au mieux quand le tonnerre gronde dans le ciel, pourquoi n’applique-t-on pas la même méthode quand les foules  font retentir le tonnerre que provoque leur indignation  quand elles descendent dans les rues et réclament une autre forme de justice,  revendiquent le  droit d’avoir des idées qui n’ont   pas cours dans ce lieu  ou tout simplement l’égalité et le pain quotidien ? Pourquoi ceux qui réclament une vérité au nom de Dieu se voient-ils opposer une autre vérité qui se réclame elle-aussi du même Dieu ? Pourquoi Dieu lui-même reste-t-il enfermé dans son ciel sans départager les adversaires ? Il n’envoie pas non plus son feu du ciel sur personne.   Ce sont les hommes qui s’en chargent  à leur guise et en son nom.

La parole de Jésus se fait alors incisive. Hypocrites !  Chacun dans son camp se réclame d’une justice ou d’une philosophie qu’il a érigée au rang de parole de Dieu. Le nom de Dieu n’est pas toujours prononcé, mais on a élaboré des principes qui en tiennent lieu et  à cause des quels on se bat. « Si Dieu existe qu’il agisse disent les uns » et les autres de répondre : « on n’a pas besoin de lui, car notre Dieu, c’est notre bon droit »

Jésus face à la tourmente n’a qu’une parole à opposer aux hommes qui se battent pour leurs principes : hypocrites ! Il ne désigne pas plus un camp qu’un autre. Il désigne un état de fait. Dans tous les conflits, les hommes cherchent leur intérêt personnel, qu’il soit justifié ou pas. Ce qui rend leur attitude hypocrite, c’est  qu’ils sont capables de se mettre d’accord à propos des prévisions météorologiques et qu’ils ne le sont pas à propos des orientations qu’ils doivent donner à leur vie.

En fait, pour ce qui concerne la météo,   il s’agit du même intérêt pour tous, si bien qu’ils orientent  leurs actions dans le même sens. Il s’agit de protéger leurs champs, leurs maisons, leurs biens, leurs familles. Tous sont d’accord sur la manière de réagir,
par contre quand les intérêts sont divergents, c’est alors que le ciel s’embrase. Chacun sacralise sa cause en opposant des principes qui ne s’accordent pas entre eux. On est plutôt enclin à prendre fait et cause pour le plus démuni qui revendique son bon  droit contre le plus nanti qui le lui refuse.  Mais pour comprendre le phénomène il faut aller  plus loin, car chacun en sacralisant sa cause y a impliqué Dieu ou ce qui  prend pour lui la place de Dieu.

C’est là maintenant qu’il faut chercher ce qu’il y a derrière le mot hypocrite  que Jésus a prononcé et qui se trouve tout au centre de ce récit, c’est dire l’intérêt que le texte lui porte.

En fait, tout a déjà été dit au sujet de Dieu car l’Evangile insiste en tout premier lieu sur le respect absolu que l’on doit avoir pour l’autre et  contre lequel nul ne doit exercer aucune violence.  Il réclame au contraire douceur et abnégation. Dieu n’a rien d’autre à ajouter.
Ce principe existe non seulement dans l’évangile mais il existe aussi dans la plupart des grands courants spirituels. On l’a même inscrit  en d’autres termes dans la Déclaration des Droits de l’Homme.
Tant que les hommes n’auront pas compris cela, ils ne s’en sortiront pas dit Jésus car ils  devront commencer par appliquer ce principe universellement reconnu. De tout temps les hommes ont voulu l’ignorer et les croyants qui ne le pratiquent pas trahissent l’évangile quelles que soient les bonnes raisons qu’ils utilisent pour se justifier.

Les contemporains de Jésus, dont l’univers étaient limité au bassin de la Méditerranée ne le savaient pas, mais  ce principe était reconnu ailleurs par d’autres courants religieux que le leur. Tout se passe comme si, avant que les textes des grandes religions aient été écrits Dieu avait déjà établi ce principe et lui avait donné une portée universelle.
Il est donc hypocrite de s’opposer les uns aux autres par la violence, car Dieu a fait comprendre au monde  qu’il n’avait rien à voir avec  la violence que nous pratiquons pour régler nos conflits avec les autres. Les hommes n’hésitent  cependant  pas  à l’y impliquer  pour masquer leur incapacité à dépasser les situations conflictuelles  dans lesquelles ils se sont engagés.

Mais déjà des voix  s’élèvent pour contester ce qui vient d’être dit et accuser leur auteur de trahison car son propos sous-entendrait que toutes les religions se valent et que le message de Jésus n’est pas distinct de celui des autres religions. Voilà que la discorde est en train  de naître et que la violence  pointe à nouveau son nez. Pourtant il est clair que le principe de base énoncé par Jésus était déjà dans la Loi de Moïse et a pris place dans le message de bien d’autres penseurs que lui. Il se trouve donc que  ce principe est  revêtu d’une valeur universelle.

Ceci étant énoncé, il appartient à chacun de développer les critères de sa propre foi  à l’école du penseur qui lui parle le mieux, mais le  principe commun à tous est celui du respect absolu du prochain. Jésus en a fait son Evangile et l’a enseigné comme étant la volonté première de Dieu. Beaucoup d’autres religions se réclament de la même vérité. Allons-nous nous battre les uns contre les autres à cause de ça ?

Le Christ  bénissant le monde: Tympan de Eglise de Beaulieu sur Dordogne

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