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Luc 12/13-21 Dieu et le destin de l’homme – dimanche 4 août 2019

Posté par jeanbesset le 29 juillet 2019

13 Du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »

14 Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? »

15 Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »

16 Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté.

17 Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”

18 Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens.

19 Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”

20 Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?”

21 Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

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N’en déplaise à ceux qui pensent le contraire, le hasard, ce n’est pas Dieu qui se promène anonymement sur notre terre. Les choses heureuses qui nous arrivent, sans que nous n’ayons rien fait pour les recevoir ne sont pas des cadeaux que  Dieu nous ferait en secret, et pourtant, ils sont nombreux ceux qui le croient ! De même, les coups du sort qui altèrent le cours de notre vie par des événements malheureux, ne sont pas le fait d‘un jugement que Dieu prononcerait contre nous pour nous punir de nos mauvaises actions. C’est ce que dit clairement Jésus en  ouverture de cette parabole quand il  refuse  de participer à l’attribution de l’héritage de son interlocuteur. Il exprime par cette courte remarque que ni Dieu,  par son intermédiaire, ni par l’intermédiaire de personne n’intervient dans les décisions du destin, qu’il nous soit favorable ou non. Pourtant sans le dire, beaucoup le croient quand même.

Qu’ai-je fait au bon Dieu pour que cela m’arrive ? Cette expression populaire n’aurait aucune valeur au regard de Jésus. Pas plus que n’aurait de valeur le fait que Dieu nous ferait des faveurs par les heureux événements qui se produisent dans notre vie. Mais c’est le propre de notre nature de croyant d’attribuer à  l’action de  Dieu l’origine des  événements qui nous arrivent. Il relève de notre nature  inquiète de raisonner ainsi. Nous avons tendance à chercher en Dieu des explications à ce qui n’en a pas. Mais justement ici, il est dit que Dieu ne semble pas être concerné.

Après avoir écartés ces arguments, Jésus remet les choses en place en racontant une parabole qui nous déconcerte et dont on a du mal à saisir la pointe. Il s’agit de l’aventure qui est  arrivée à un homme riche qui mourut au moment où il s’apprêtait à jouir des biens amassées tout au cours de sa vie. Nous nous sentons directement interpelés car notre société organise la vie de ses citoyens de la même manière que le fait cet homme, c’est le sujet d’une des toutes prochaines lois qui se préparent et qui utilise  ce principe pour discuter de l’avenir de nos retraites. Nous  prévoyons nous aussi notre vie en préparant le moment où  nous arrêterons de travailler pour couler en fin de vie des jours heureux. Nous sommes persuadés, quand tout cela se passe bien, que ce n’est que justice de profiter des fruits de notre labeur.

La fin de cette histoire nous met mal à l’aise, et nous aimerions lui trouver  une cause logique. Or elle n’en a pas !  Dieu contrairement à ce que nous souhaitons n’intervient pas. Il dit simplement les faits : « tu mourras » On aimerait trouver la faille en culpabilisant d’une manière ou d’une autre cet homme à cause d’une richesse qu’il aurait injustement gagnée. Mais rien n’est dit qui pourrait le laisser penser. On se dit quand  même qu’il aurait pu faire profiter ses héritiers, enfants ou petits-enfants de cette fortune, au lieu de tout amasser comme un gros égoïste. Mais c’est dans notre tête que cela se passe, le texte n’en dit rien, ni de ses héritiers éventuels ni de son égoïsme. La parabole n’émet aucun jugement de caractère  moral contre cet homme.

Cette parabole  nous renvoie à notre propre réflexion sur Dieu et à la valeur de la vie.      C’est sans doute dans cette direction   que ce texte veut nous entraîner. En effet, au cours de sa réflexion intime l’homme exprime son autosatisfaction  et s’adresse à son âme en une expression qui nous paraît curieuse : «  mon âme réjouis-toi » dit-il, et la parabole continue par une parole qui vient de Dieu. Elle  n’est pas un jugement mais un simple constat: « cette nuit, ton âme te sera redemandée » comme si le hasard avait choisi de se manifester à ce moment-là, sans aucune consigne venu d’une puissance quelconque.

Jésus n’approfondit pas la question mais, c’est le mot « âme » utilisé par trois fois qui nous interpelle.

Qu’est-ce que l’âme dans le langage biblique ? Nous savons qu’elle est le véhicule de la vie et que la vie a Dieu pour origine. En mentionnant par trois fois  l’âme dans  ce passage  Jésus cherche à nous rappeler que nous appartenons à cet ensemble qui est le monde du vivant sur terre et qu’on ne peut organiser sa propre existence sans se soucier du vivant dont nous faisons partie. C’est par le biais du souci de son âme que  nous réalisons que cet homme est égoïste et que c’est son égoïsme qui constitue sa pierre d’achoppement car c’est de sa seule existence qu’il il s’est soucié jusqu’alors.

Il nous est difficile de ne pas approfondir cette parabole sans tenir compte de la valeur de l’âme en  langage biblique et de ne pas établir une coïncidence avec l’actualité qui préoccupe tant nos contemporains qui s’interrogent sur la mise en danger du vivant par le comportement irresponsable des hommes. Il serait cependant inconvenant de vouloir faire partager à Jésus nos idées sur l’écologie, en faisant dire aux Ecritures ce qu’elles ne disent pas. Il est clair cependant que la Bible contient des notions que l’on retrouve dans les questions d’actualité.  Nous y trouvons notamment la notion du fait que l’homme est partie prenante du monde du vivant et qu’il a une responsabilité dans son bon fonctionnement. Le reproche  qui semble être sous-jacent à l’histoire de  cet homme c’est qu’il n’a tenu aucun compte du vivant dont il fait partie.

Le récit s’organise autour de lui comme si sa situation de privilégié était un acquis incontestable et qu’il pouvait faire de la nature ce qu’il en voulait. Cela relevait de son bon droit. Il pouvait  amasser à son profit tout ce qu’il pouvait. Le petit entrefilet qui précède la parabole y a justement était placé pour dire en préliminaire que Dieu ne joue aucun rôle dans l’attribution des privilèges de chacun et que Dieu ne manipule pas le hasard en notre faveur, si bien que nous n’avons aucun droit à être privilégié. Quoi qu’il en soit des situations qui nous favorisent, il relève de notre responsabilité de les gérer en fonction du vivant au milieu duquel nous existons.

Nous sommes donc invités à méditer sur le fait que Dieu n’a aucune responsabilité dans les acquis que nous confère notre propre situation : fortune, intelligence, lieu de naissance.  Mais compte tenu de notre situation personnelle il nous invite à prendre nos responsabilités. C’est bien d’ailleurs ce que nous dit l’Evangile en d’autres endroits, en particulier dans le fameux «  aime ton prochain comme toi-même » qui fait écho au « aime ton Dieu de tout ton cœur de toute ton âme et de toute ta force » qui veut dire la même chose. Nous ne pouvons pas vivre indépendamment de tout ce qui vit autour de nous et rien ne nous privilégie par rapport aux autres.

Même dans une parabole où n’intervient en aucune façon le jugement de Dieu, l’Evangile laisse percer l’idée que nous sommes dans  un univers où le souci au sujet de tout ce qui concerne le vivant est une chose essentielle, que Dieu est partie prenante de cet équilibre de la nature  et que nous avons une responsabilité vitale dans la gestion de cet équilibre.

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