Jean 2:13-25 Il parlait du Temple de son corps – dimanche 11 mars 2012
Posté par jeanbesset le 24 février 2012
18 Les Juifs lui dirent : Quel signe nous montres-tu pour agir de l
23 Pendant qu’il était à Jérusalem, à la fête de la Pâque, beaucoup mirent leur foi en son nom, à la vue des signes qu’il produisait, 24 mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous 25 et parce qu’il n’avait pas besoin qu’on lui présente un témoignage sur l’homme : lui-même connaissait ce qui était dans l’homme.a sorte ? 19 Jésus leur répondit : Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. 20 Les Juifs dirent : Il a fallu quarante-six ans pour construire ce sanctuaire, et toi, en trois jours, tu le relèveras ! 21 Mais le sanctuaire dont il parlait, lui, c’était son corps. 22 Quand donc il se fut réveillé d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’il disait cela ; ils crurent l’Ecriture et la parole que Jésus avait dite.
Encore un geste de la part de Jésus qui nous désoriente. On l’avait enfermé dans le cadre de la non-violence. Il s’en échappe. Il fait un geste de violence apparemment gratuit, même s’il ne s’en prend pas aux hommes, il s’en prend tout de même à leurs biens. Il prêchait dans le Temple et voilà qu’il dénie toute valeur à ce lieu. Pourtant, ce lieu, s’il avait subsisté serait sans doute aujourd’hui un des lieux les plus visités du monde.
Jésus en s’en prenant à un lieu de culte semble bien rigoriste! Ne sait-il pas que beaucoup de gens ont besoin de symboles et de réalités visibles pour construire leur spiritualité ? Nous sommes sensibles à tout ce qui est beau. Les belles liturgies qui séduisent nos sens favorisent notre
élévation spirituelle. Nous pensons même qu’elles nous rapprochent du divin. Il en va de même pour les beaux monuments dont la valeur esthétique est aussi au service de l’édification de notre foi. D’un revers de main, ou plutôt d’un coup de fouet, Jésus pulvérise toutes ces vérités. Il les tient pour quantité négligeable. Il les considère même comme des éléments contraires à l’expression de la foi.
La grande question qui se dégage de tout cela c’est celle qui consiste à se demander pourquoi Jésus a commis le seul acte de violence de sa vie en s’en prenant au temple.
On a cherché à l’expliquer par l’aspect scandaleux que pouvait avoir le trafic de l’argent, mais ce trafic était rendu nécessaire par un souci de pureté, l’argent impur des Romains ne pouvait y avoir cours. On a pensé que les sacrifices avaient quelque chose de provoquant et de répugnant, mais cette pratique, bien ancrée dans les mœurs ne choque que nous, 20 siècles après. Le bâtiment du temple, avec sa majesté provocante aurait pu être à l’origine de sa contestation. Mais l’édification de ce bâtiment, considéré comme une merveille avait été construit avec le sang, les larmes et l’argent de tout un peuple. Ce ne peut donc être à cause de tout cela que Jésus le voue à la ruine.
Il faut chercher plus loin encore. Nous sommes à l’approche de la fête de Pâques. Cette fête commémorait la libération du peuple juif jadis réduit en esclavage en Egypte. Les juifs perçoivent encore aujourd’hui, cette libération comme l’événement fondateur de leur peuple. Cette libération leur donne le sentiment d’exister. Chaque Israélite est invité à vivre cet événement d’une manière personnelle, comme s’il s’agissait de sa propre libération, comme si c’était une affaire personnelle entre Dieu et lui. On peut donc dire que c’est l’acte créateur par lequel Dieu a donné vie à son peuple, et par extension à chaque individu qui se réclame de lui.
Dès que l’on parle de création on pense immédiatement au tout premier chapitre de la Bible quand Dieu créa toute chose à partir du chaos initial et mit de l’ordre dans l’univers en désordre. C’est dans ce contexte spirituel et intellectuel qu’il faut situer la scène où Jésus bouscule le parvis du temple de Jérusalem et y met symboliquement le désordre.
Jésus restaure donc en quelque sorte le désordre primitif dans le lieu de la présence de Dieu pour que celui-ci puisse exercer à nouveau sa fonction de créateur. Ce geste signifie un retour aux origines, un retour au désordre, dans l’attente d’une nouvelle création. Jésus s’inscrit à la suite des prophètes qui depuis des générations se fatiguaient à dire au peuple élu que les fidèles ne se comportaient pas conformément à la volonté de Dieu. Jésus met le désordre dans le temple, ce lieu où les hommes avaient enfermé Dieu dans le Saint des saints afin de créer une nouvelle relation entre Dieu et les hommes. Jésus fait ici une action symbolique
qui révèle le sens caché de son ministère à venir. A la différence des autres Evangiles qui situent cet événement à la fin de leur récit, celui de Jean, le situe au tout début du ministère de Jésus, comme un acte prophétique de la mission qu’il entendait accomplir
Jésus s’en prend au temple parce que les célébrations qui y avaient lieu semblaient être en contradiction avec la volonté de Dieu, non pas dans la manière dont elles se déroulaient puisqu’elles étaient conformes à l’Ecriture mais dans l’esprit avec lequel les fidèles y accomplissaient leurs devoirs religieux. J’utilise à dessein l’expression « devoirs religieux », car Jésus reprochaient aux hommes de valoriser les rites religieux au détriment de la foi. Jésus ne méprise pas pour autant le temple, mais il s’en prend à la manière d’y favoriser les attitudes de piété par les cérémonies qui s’y déroulent.
Le Temple, c’est le lieu du rite, et le rite c’est ce qui codifie la relation avec Dieu. Or pour Jésus, la relation avec Dieu ne doit justement pas être codifiée, cette relation doit être faite de sentiments partagés. Elle vient du cœur et n’a rien à voir avec les obligations quelles qu’elles soient. Dieu ne veut pas entrer dans le système où les hommes cherchent à l’enfermer. Or les rites, sont des procédés d’enfermement. Dieu ne veut donc pas être lié par des rites qui lui imposeraient de « sauver » ceux qui ne l’approchent que d’une manière conventionnelle et de « pardonner » seulement ceux qui ont accompli les rites, sans vraiment l’aimer.
Cette manière de se comporter n’est pas propre aux contemporains de Jésus, toutes les générations de croyants la connaissent, car les hommes ont tendance à considérer qu’il suffit de satisfaire à quelques obligations pour plaire à Dieu et qu’il suffit de faire quelques actes de piété pour être en règle avec sa conscience.
Si Jésus radicalise sa position il n’innove pas pour autant. Les prophètes avant lui avaient mené le même combat. » Je hais vos sacrifices » avait dit Esaïe et Jérémie affirmait que Dieu préférait la circoncision du cœur que celle de la chair. Ce qui pour Jésus est contraire à la volonté de Dieu, c’est que les hommes cherchent à acquérir une pureté formelle dont Dieu devrait s’accommoder. Dieu serait ainsi pris au piège de sa propre loi.
Mais
les hommes ne peuvent pas contraindre Dieu à entrer dans leurs perversions. Dieu préfère tout changer, et même démolir le temple si nécessaire et supprimer les rites, pour que les hommes changent leurs comportements à son égard. Si Jésus bouscule tout et préconise un changement radical, ce n’est pas parce que Dieu a changé, ce n’est pas parce que le Dieu de l’ancien Testament serait différent de celui du nouveau, mais c’est pour que les hommes changent, car c’est chez les hommes que le changement doit se produire.
Pour que ce changement qu’il préconise puisse avoir lieu, il propose de changer le Temple de pierre contre le Temple de son corps. Ce que Jésus, et les prophètes avant lui reprochaient aux fidèles c’est qu’ils se dispensaient de relations personnelles avec Dieu. Ils n’avaient pas compris que Dieu voulait être en relation avec chacun d’entre eux, comme il veut être en relation avec chacun de nous. La relation se fait à partir de sentiments dont le plus fort est l’amour par lequel Dieu établit une relation permanente avec nous.
Nous comprenons alors pourquoi Jésus va faire du pardon le grand thème de son enseignement. Il proclame que le pardon est acquis d’une manière permanente à tous ceux qui croient. En effet, c’est pour se décharger du sentiment de culpabilité qui les accable que les hommes ont recours à des rites religieux. Le rite c’est l’acte facile à faire pour être sûr, croit-on, d’obtenir son pardon. C’était le sacrifice rituel, tel qu’il était pratiqué dans le temple de Jérusalem, c’est aujourd’hui encore les obligations que les uns et les autres se contraignent à faire pour que Dieu oublie leurs péchés. Mais Dieu ne veut pas de marchandage. Il veut une relation d’intimité dans la vérité, c’est pourquoi il proclame par la bouche de Jésus l’abrogation de tous les rites liés à l’acquisition du pardon. Plus de sacrifices, pas de pénitence, gratuité totale du pardon et du salut.
Mais, dira-t-on, Jésus en supprimant les rites du Temple, ne les a-t-il pas remplacés par d’autres rites que nous appelons les sacrements: la Sainte Cène et le Baptême?
Non, nos sacrements n’ont qu’une seule raison d’être, celle de rendre plus forte et plus intense notre relation à Dieu. Ce sont des gestes que nous accomplissons pour être encore plus fortement en communion avec Dieu et avec les hommes. C’est quand on les célèbre que la prophétie de notre texte prend tout son sens : « il parlait du temple de son corps. » Amen
Les illustrations proviennent de la maquette de Alec Garrad , Américain de 78 ans qui a consacré trente années de sa vie pour la construire







