Marc 1:12-15 – La Tentation – dimanche 26 février 2012
Posté par jeanbesset le 8 février 2012
Marc 1/ 12-1512 Aussitôt l’Esprit le chasse au désert. 13 Il passa quarante jours dans le désert, mis à l’épreuve par le Satan. Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient. 14 Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée ; il proclamait la bonne nouvelle de Dieu 15 et disait : Le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché. Changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle.
Pour la plupart d’entre nous notre existence se déroule dans une sorte de désert, tant notre vie semble aussi uniforme que l’immensité des sables. Nous évoluons, à quelques exceptions près dans un univers où tout se ressemble. Les humains sont occupés à faire des travaux qui se ressemblent, que ce soit au bureau, à l’usine ou dans les champs, rien ne les distinguent vraiment de ceux qui pratiquent la même activité. La plupart fréquentent les mêmes restaurants ou les mêmes supermarchés. Ils lisent les mêmes journaux gratuits en allant au bureau dans des autobus ou des métros semblables. Les rues de nos villes sont remplies aux mêmes heures de gens qui font la même chose. Et quand les rues sont vides, ceux qui les remplissaient quelques heures au paravent sont dans leurs maisons en train de faire des choses semblables.Chacun à sa manière a l’impression de traverser le même désert en compagnie des mêmes personnes avec qui ils établissent de pauvres relations de voisinage qui les confortent dans leur impression de solitude au milieu de leurs semblables. Les soucis des uns sont les mêmes que les soucis des autres et la télévision s’emploie à faire de tous ceux qui la regardent aux mêmes heures des hommes et des femmes dont le seul intérêt est de vibrer aux aléas de la vie des héros des mêmes feuilletons. Même leurs enfants jouent avec les mêmes jeux vidéo sur les mêmes consoles. Nous irons bien évidemment jusqu’à penser que la foi ou la religion font sans doute partie de ces jardins privés qui nous distinguent de nos voisins. Il est confortable alors de considérer que notre paroisse ou notre église tient lieu d’asile hors du monde où notre âme peut s’épanouir en toute quiétude.
Cette traversée du désert décrite ici sans complaisance ne ressemble sans doute pas à celle de Jésus qui est évoquée au début de l’Evangile de Marc quand il fut tenté par le diable ! Quoi que, en beaucoup de points la tentation qu’il est sensé avoir subie ressemble à celles qui nous guettent. En effet si notre désert personnel n’est apparemment pas un lieu de tentation, tant il ressemble à celui du voisin, ce sont nos oasis, nos lieux de refuge qui pourraient appartenir à l’univers de la tentation.
La tentation consiste pour nous à chercher des lieux de refuge à l’écart des autres. Il s’agit de chercher des lieux de confort où seuls les privilégiés de notre choix peuvent nous rejoindre. Notre église en fait partie ! Nous nous trouvons bien dans nos paroisses. Nous les critiquons avec satisfaction parce qu’elles ne sont pas assez ouvertes au monde, mais n’est-ce pas justement l’objet de notre critique qui nous convient le mieux? Confortablement installés dans notre vie religieuse, nous déplorons, sans la souhaiter vraiment l’absence des foules, tant nous nous complaisons à être entre nous. Nous déplorons apparemment l’absence des jeunes, mais tant mieux s’ils ne sont pas là avec leurs idées nouvelles et leurs musiques que l’on comprend mal. Nous sommes heureusement conscients d’appartenir à une élite spirituelle où ceux qui ne font pas la même démarche de foi que nous n’auront aucune chance de nous rejoindre.
Une des tentations de Jésus fut sans doute apparentée à celle que nous venons de décrire. A la différence des autres Evangiles, Marc ne dit pas quelles furent les tentations de Jésus, libre à nous de les imaginer semblables aux nôtres. L’Evangile de Marc nous décrit cependant ce même confort spirituel dont aurait pu profiter Jésus. Son baptême et la voix qui se fit entendre l’ont sans doute conforté dans la certitude que Dieu l’avait mis à part et le destinait à vivre hors des courants populaires. Sa prédication laisse entendre qu’il devait les transformer, mais le pouvait-il ?
Jésus apportait une nouvelle forme de religion basée sur le « culte en esprit » qui appelait une démarche de conversion pour ceux qui le suivaient. Il fallait qu’ils naissent de nouveau ! Ne disait-il pas que Dieu attendait chacun dans le secret de son cœur, encore fallait-il avoir la capacité de le faire ! Comment les gens du peuple, après quinze heures de travail par jour auraient-ils pu le rejoindre dans cette voie là ? Jésus ne préconisait-il pas une religion élitiste, dans un univers juif qui se considérait déjà comme un peuple élu, mis à part ?
La tentation était grande de faire des amis de Jésus un peuple à part au milieu de la masse des juifs et de distinguer sa nouvelle secte comme supérieure aux autres, supérieure à celle des pharisiens en particulier. Une telle tentation ne fut-elle pas celle des chrétiens de la première génération par rapport aux juifs ? Ne lit-on pas cela quelque part chez Paul ? Plus tard, ne retrouvera-t-on pas ce même comportement chez les protestants par rapport aux catholiques ?
Plus nous nous sentons proches de Dieu, plus nous avons le sentiment d’être en adéquation avec lui, plus grande est la tentation de nous croire mis à part pour servir d’exemple aux autres ! Mais le danger véritable de cette situation, c’est que ce soit le diable qui nous rejoigne dans notre refuge de pureté. En effet, si Jésus a été tenté de s’enfermer dans le cercle privilégié de ses disciples, il s’est bien vite séparé de ce lieu d’enfermement où les apôtres cherchaient à le maintenir. Ils ont du descende avec lui de la colline de la transfiguration et le suivre sur les routes de Palestine, là où les déserts humains sont faits de pleurs et de souffrances. C’est alors qu’il a croisé toutes sortes de malades, toutes sortes de païens en quête
de vérité. Ils ont même croisé des morts sur leur chemin. A tous il donnait vie et ouvrait une perspective d’espérance.
Certes à tous ces meurtris du voyage, il savait parler de foi, de conversion et de vie de l’esprit et de vie intérieure. Ces gens comprenaient, et beaucoup se convertissaient et changeaient leur vie. Plus tard, ce ne sont pas ces gens là qui ont voulu sa mort, mais ceux qui auraient du être le plus accessibles à ses paroles, ceux qui déjà s’étaient séparés pour prendre place dans leurs propres déserts, loin des foules pour vivre dans leurs oasis de séparés. C’étaient les pharisiens, les saducéens et bien autres.
Quand Jésus parlait de pardon à ces petites gens qui le suivaient, il signifiait que le jugement final avait déjà été prononcé et qu’ils étaient graciés. Quand il parlait de partage, il commençait par partager ses provisions à lui, c’est pourquoi on a crié au miracle, et qu’on l’a raconté de manière merveilleuse, comme à la multiplication des pains. Quand il parlait d’espérance, Jésus espéraient que ses paroles auraient un effet immédiat, que les bourses allaient se délier et que des conversions vers une société plus juste allaient se produire effaçant les inégalités sociales.
Sa parole avait beau prendre les accents de la parole de Dieu, elle n’était pas suivie d’effet. Sa parole visait à ouvrir les portes de tous les confortables refuges spirituels, mais il savait que le miracle ne se produirait vraiment que s’il payait de sa personne en mourant pour ses idées. C’est alors que sa parole deviendrait parole de vie et parole de Dieu tout à la fois.
La mort même cesserait d’être l’étape ultime de l’existence, car en livrant sa vie aux mains des hommes, il recevait ainsi que tous ses amis, une vie éternelle que seul Dieu sait donner.
Ce ne sont donc pas les déserts humains de nos sociétés modernes qui sont les lieux de tentation pour ceux qui cherchent Dieu aujourd’hui, ce sont les lieux où la chaleur spirituelle risque de nous maintenir à l’écart des chemins que suivent les foules en manque de Dieu. Le défi qui nous est posé aujourd’hui est de convertir nos Eglises en lieu d’espérance où il fait bon vivre en compagnie de Dieu et des hommes sans qu’elles soient menacées de disparaître dans l’anonymat du désert humain où nous vivons. J’ai plaisir à constater que c’est dans cette direction que nous poussent nos synodes ainsi que les réflexions de ceux qui nous dirigent.





