Jean 10/27-30 L’harmonie avec Dieu dimanche 12 mai 2019

Posté par jeanbesset le 8 mai 2019

27 Mes moutons entendent ma voix. Moi, je les connais, et ils me suivent. 28 Et moi, je leur donne la vie éternelle ; ils ne se perdront jamais, et personne ne les arrachera de ma main. 29 Ce que mon Père m’a donné est plus grand que tout — et personne ne peut l’arracher de la main du Père. 30 Moi et le Père, nous sommes un. 

(J’ai publié ce sermon en avril 2013 et je ne trouve rien à y modifier, si non que l’équilibre du monde s’est un peu plus fracturé et que l’harmonie avec Dieu est encore plus nécessaire)

petit prince 1

 Depuis l’école primaire notre esprit est habité par l’image d’un agneau qui se désaltérait dans le courant d’une onde pure. Il avait l’innocence de l’enfant  qui tète encore sa mère et n’avait aucune raison de subir l’arrogance d’un loup que la faim avait attiré en ces lieux. La morale de l’histoire est désolante. Pourtant combien de bambins n’ont-ils pas été contraints d’apprendre par cœur cette histoire lamentable au risque de voir leur inconscient déformé à tout jamais par l’affirmation selon laquelle la raison du plus fort est toujours la meilleure. Cette fable mémorisée par tant d’enfants n’a-t-elle pas contribué à conforter les plus vaillants dans leur bon droit, sans parler de l’effet néfaste qu’elle a pu avoir sur les plus vulnérables.

 En dépit de cette histoire, si les agneaux contribuent encore à attendrir les humains, c’est qu’ils sont mignons, par contre ce même Monsieur de La Fontaine classe les moutons et autres espèces parmi les animaux stupides, et cette idée reste profondément ancrée dans l’opinion.

 Il faudra alors qu’un petit prince descende de ses nuages pour remettre le mouton à sa place. Il éprouve de la sollicitude pour ce petit animal. Il s’inquiète à son sujet, parce qu’il pourrait bien manger sa fleur. Par le truchement d’Antoine de Saint Exupéry, voilà enfin le mouton redevenu un animal fréquentable. Il est même le sujet d’un entretien philosophique entre l’enfant et l’aviateur perdu dans les sables. Nous sommes inévitablement gagnés par la logique de l’enfant. Nous sommes alors  surpris que l’aviateur tourmenté par son problème de survie ne partage pas davantage le soucis du petit prince inquiet du sort de son mouton.

 Jésus aurait sans doute trouvé beaucoup de saveur dans cette histoire, parce que lui aussi s’est intéressé au sort des brebis, perdues dans le désert ou menacées par les voleurs. Il a même consacré tout le chapitre 10 de l’Evangile de Jean  à nous parler de son souci à propos du sort des moutons. Le sermon d’aujourd’hui va s’appuyer sur un tout petit passage de ce long chapitre pour se demander pourquoi et comment Jésus leur promet une part de son éternité.  Sans doute, comme le petit Prince, Jésus se montrerait-il plus sensible au problème du mouton qu’à celui du  pilote  absorbé,  par ses ennuis de moteur. Vue par un enfant la situation prend une autre tournure, car il  est plus important pour lui de savoir dessiner un mouton que de réussir à démarrer un moteur en plein désert !

 Sans doute  les contemporains de Jésus ont-ils eu, eux aussi beaucoup de mal à le suivre dans ses élucubrations au sujet des moutons. Jésus  ne voyait  pas le profit économique que l’on pouvait  retirer de ces animaux. Il n’envisageait  pas le profit que l’on pouvait  retirer des moutons, grâce aux sacrifices du temple. Il ne voyait pas en eux des bêtes de boucherie, il ne cherchait pas à leur tondre la laine sur le dos, ni à les traire en vue de faire du fromage. Mais à quoi lui servaient-ils ?

-  A rien !

 Les brebis dans ce récit n’ont aucune utilité. Le berger à qui Jésus s’identifie, n’a qu’un but c’est celui de les faire paître dans des près d’herbe tendre. Son seul souci, c’est celui de leur assurer le plus de confort possible. Jésus nous transporte donc dans un univers étrange, celui de la gratuité. Le berger s’active sans aucune rentabilité, et les brebis en s’engraissant n’ont aucune autre fonction, si non celle  de faire la joie de  leur berger.

Petit Prince 2

 Bien évidemment  nous sommes invités à nous retrouver dans le rôle des brebis.  Mais si les brebis n’ont pas de rôle à jouer, qu’en est-il de nous ? Avons-nous un rôle à jouer, et quel est le but recherché par Dieu en nous accordant la vie éternelle ? Aucun, si non son plaisir. Notre fonction sur cette terre serait donc de  remplir Dieu de bonheur. Nous sommes donc transportés aux antipodes de ce que notre société nous propose aujourd’hui quand  elle nous  explique qu’il n’y a pas d’avenir sans rentabilité et que la rentabilité ne peut  s’obtenir sans l’efficacité. Aux yeux de Dieu la réalité du monde se conjugue en d’autres termes et Jésus privilégierait volontiers les mots d’amour et de partage à ceux de rentabilité et d’efficacité.

 Apparemment Jésus n’appartient pas à la même planète que ceux qui nous dirigent, il est comme le petit prince plus soucieux de la survie d’une fleur, d’un mouton ou d’un renard,  que du bon fonctionnement d’un moteur d’avion. Ici se pose vraiment le problème que nous pose l’actualité d’aujourd’hui.

 Bien évidemment il ne faut pas être naïfs, nous devons quand même  revenir dans notre société, car notre vie ne se déroule pas dans le rêve mais dans la réalité. Notre vie sur terre ne peut se résumer à cultiver un farniente  inutile qui finirait par être tout à fait ennuyeux. Mais ce n’est pas non plus ce que Jésus veut nous dire. Il veut simplement nous rappeler que  le but de notre vie c’est  en priorité de faire plaisir à Dieu.  Dieu, quand à lui, se réjouit quand les choses vont bien, il se réjouit quand  la terre tourne correctement sur son axe et que les choses se passent parmi les hommes comme il le souhaite, quand tous sont correctement nourris et quand les malades sont soignés, et que les guerres se terminent par une paix durable.  Pour cela il faut que le respect de l’autre, l’amour du prochain, le partage des biens, la paix et la justice sociale soient au centre de nos  activités et de nos soucis. Quand tout cela est respecté, les rouages du

monde son bien huilés, et Dieu est satisfait. Tout cela n’exclut  pas la rentabilité ni l’efficacité dont nous parlions tout à l’heure, mais ce n’est pas elles qui doivent avoir priorité sur nos actions.

 J’arrête ici ces propos, parce qu’ils ne convainquent personne. Utopie, diront les économistes. « Ça ne pourra jamais marcher » diront les politiciens. « Ce n’est qu’un ramassis de rêveries » affirmeront les philosophes qu’une telle simplicité rebute. Pourtant ces idées que l’on vient de formuler ne sont pas nouvelles, ce sont celles de Jésus Christ  lui-même.!  Elles sont au cœur même des idées qui animent notre société occidentale. Pendant des siècles n’a-t-on pas fait  de l’enseignement de Jésus la religion d’état ? Alors, pourquoi cela ne marche-t-il toujours pas ?

 En fait les humains sont des créatures bizarres, ils projettent sur l’autre monde les idées que Jésus leur a transmises pour construire ce monde ci. Ils  imaginent, qu’après leur mort, le monde reposera sur des règles qu’ils refusent de respecter dans celui-ci. Pourquoi attendre le monde futur pour vivre comme Jésus le souhaite alors qu’il est théoriquement possible de le mettre en pratique dès maintenant ?

 Mieux!  Je reviens alors au texte que nous méditons aujourd’hui.  Dieu est allé  plus loin encore que ce que nous pouvons imaginer. Il nous propose dès maintenant d’entrer dans l’éternité et de vivre dès maintenant d’une vie qu’il nous promet éternelle. Tous ceux qui croient en Dieu et qui ont compris que l’enseignement de Jésus  est l’expression même de la volonté de Dieu ne mourront pas dit-il,  car ils sont déjà passé de la mort à la vie.

 Ce n’est donc plus notre fortune amassée tout au long de notre vie  qui fait de nous des êtres remarquables aux yeux de Dieu. Ce ne sont pas nos compétences professionnelles qui 

nous distinguent aux yeux de Dieu, c’est notre capacité à entrer en harmonie avec lui. C’est notre faculté de pouvoir nous mettre au service des autres qui constitue l’huile que nous devons mettre dans les rouages du monde pour que celui-ci soit en harmonie avec Dieu.

 A vue humaine, les hommes ne sont pas plus utiles ni plus rentables que des brebis que l’on n’élèverait pas  pour leur tondre  la laine sur le dos ou qu’on ne mangerait pas. En fait Dieu n’a pas fait  des hommes ses partenaires sur terre pour qu’ils soient  rentables mais pour prodiguer autour d’eux leur capacité à aimer et à vivre en harmonie avec les autres ; c’est sans doute à cause de cette capacité que l’Ecriture dit qu’ils sont faits  l’image de Dieu. Qu’on se le dise !

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Jean 21/1-19 Qu’en est-il de notre propre résurrection dimanche 5 mai 2019

Posté par jeanbesset le 28 avril 2019

Jean 21/1-19

 21 Après cela, Jésus se montra encore aux disciples sur les rives du lac de Tibériade. Voici de quelle manière il se montra.

2 Simon Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, qui venait de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples de Jésus se trouvaient ensemble.
3 Simon Pierre leur dit: «Je vais pêcher.» Ils lui dirent: «Nous allons aussi avec toi.» Ils sortirent et montèrent [aussitôt] dans une barque, mais cette nuit-là ils ne prirent rien.
4 Le matin venu, Jésus se trouva sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui.
5 Il leur dit: «Les enfants, n’avez-vous rien à manger?» Ils lui répondirent: «Non.»
6 Il leur dit: «Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez.» Ils le jetèrent donc et ils ne parvinrent plus à le retirer, tant il y avait de poissons.
7 Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: «C’est le Seigneur!» Dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, Simon Pierre remit son vêtement et sa ceinture, car il s’était déshabillé, et se jeta dans le lac.
8 Les autres disciples vinrent avec la barque en tirant le filet plein de poissons, car ils n’étaient pas loin de la rive, à une centaine de mètres.
9 Lorsqu’ils furent descendus à terre, ils virent là un feu de braises avec du poisson dessus et du pain. 10 Jésus leur dit: «Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre.» 11 Simon Pierre monta dans la barque et tira le filet plein de 153 gros poissons à terre; malgré leur grand nombre, le filet ne se déchira pas.
12 Jésus leur dit: «Venez manger!» Aucun des disciples n’osait lui demander: «Qui es-tu?» car ils savaient que c’était le Seigneur.
13 Jésus s’approcha, prit le pain et leur en donna; il fit de même avec le poisson. 14 C’était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu’il était ressuscité.
15 Lorsqu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: «Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ceux-ci?» Il lui répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que j’ai de l’amour pour toi.» Jésus lui dit: «Nourris mes agneaux.»
16 Il lui dit une deuxième fois: «Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu?» Pierre lui répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que j’ai de l’amour pour toi.» Jésus lui dit: «Prends soin de mes brebis.»
17 Il lui dit, la troisième fois: «Simon, fils de Jonas, as-tu de l’amour pour moi?» Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit, la troisième fois: «As-tu de l’amour pour moi?» et il lui répondit: «Seigneur, tu sais tout, tu sais que j’ai de l’amour pour toi.» Jésus lui dit: «Nourris mes brebis.
18 En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu tendras les mains et c’est un autre qui attachera ta ceinture et te conduira où tu ne voudras pas.»
19 Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre révélerait la gloire de Dieu. Puis il lui dit: «Suis-moi.»

Pêche miraculeuse 1

 Comment ces êtres de chair et de sang que nous sommes peuvent-ils ressusciter, si non en se laissant habiter par le Christ ? C’est ainsi qu’ils prolongent hors du temps tout ce que Jésus a  mis en œuvre en eux au cours de leur existence. Cette année encore nous avons célébré la  fête de Pâques.  Une fois encore nous avons ressenti un profond bien être en entendant proclamer : « Le Christ est ressuscité, Alléluia ! » Mais peut-être  sommes-nous  quand même troublés par la question de savoir ce qu’est la résurrection, celle de Jésus et la nôtre ?

  C’est avec ce questionnement que nous nous retrouvons ce matin en compagnie de Pierre et de ses amis. Nous découvrons alors que nous parvenons à la notion de résurrection grâce à une série de rencontres avec Jésus dont la somme constitue notre propre résurrection.

 En fait, si nous lisons les textes, nous sommes amenés à constater que notre approche de la résurrection est inséparable de la rencontre que nous faisons avec le crucifié. Dans tous les récits où on nous rapporte sa rencontre avec ses amis après sa mort, c’est lui qui en prend l’initiative. Il vient, il parle, il se fait reconnaître et de cet événement jaillit une réalité nouvelle pour celui vers qui il est venu. Notre foi en la résurrection naît de cette rencontre qui se produit pour chacun de nous, parfois au moment où il ne s’y attend pas. Bien évidemment notre rencontre avec le ressuscité ne se fait pas visuellement. Elle relève d’une expérience intérieure et se fonde sur le témoignage des Ecritures. Cette rencontre de Jésus déclenche en nous un dynamisme qui nous projette déjà dans l’éternité alors que nous sommes encore dans une existence terrestre tout emmêlés dans nos contingences matérielles.

 Bien que nous gardions un souvenir de ces expériences spirituelles où nous avons acquis la certitude que le Christ était vivant en nous, nous nous  sommes installés malgré tout dans nos habitudes. Le rythme des jours  a repris son cours et nous attendons sans trop y croire que Dieu mette à exécution, le plus tard possible, le projet de résurrection qui nous concerne.

 Le temps qui passe diminue notre enthousiasme et les soubresauts de la vie poussent notre âme à se raidir si bien qu’en constatant notre affadissement spirituel, nous nous culpabilisons et nous avons l’impression de perdre la foi !

 Que ceux qui éprouvent de tels sentiments se rassurent, cette situation doit être comprise comme une évolution bénéfique sur le chemin de la foi. Dieu se sert de nos  moments de questionnement pour nous permettre de nous élever d’un cran dans le domaine de la connaissance. C’est alors que la résurrection elle-même prend un aspect plus précis et que nous découvrons avec émerveillement comment Jésus utilise notre histoire personnelle et les aléas de notre existence pour construire l’être nouveau que nous sommes appelés à devenir.

 C’est dans cet état d’âme que nous  abordons ce récit de Pierre au bord du lac. Le temps a passé, il n’est plus à Jérusalem, il est revenu en Galilée où il a repris avec ses amis son métier de pécheur. Sans doute garde-t-il un souvenir des derniers événements passés, mais la vie a repris ses droits. Expérience spirituelle ou pas, il faut bien continuer à vivre ! Pourtant Pierre a eu une forte expérience avec le ressuscité. Il a été le premier à constater que le tombeau était vide selon l’Evangile de Jean.  Il a déjà été mis en présence du ressuscité par deux fois.

  Malgré tout, il est quand même revenu à ses filets. Si son âme a été illuminée, sa vie n’a pas encore changée. Pierre réagit comme s’il n’avait rien compris, c’est pourquoi il est retourné à la pêche. Cette fois-ci, la résurrection va s’installer dans ses convictions. C’est alors qu’il va comprendre. Toutes les étapes de sa vie vont défiler devant lui comme cela se produit, paraît-il dans les derniers instants d’un homme qui se noie. Et ces étapes qu’il a vécues vont lui être révélées comme autant d’expériences dont il n’avait pas saisi toute la portée et qui l’une après l’autre vont l’amener à comprendre ce qu’est la résurrection.

 Il va découvrir que pour être ressuscité à son tour, il doit se laisser envahir par le Christ afin que le Christ vive en lui et qu’il prolonge son œuvre par sa vie.  Il comprend que Jésus prend en charge sa vie passée, et sa vie à venir. Il va réaliser que le baptême qu’il avait sans doute reçu prenait alors pleinement son sens. C’est seulement, dans un dialogue personnel avec Jésus qu’il comprendra que de sa vie était en train de basculer dans une nouvelle réalité. Encore fallait-il qu’il laisse la résurrection s’installer en lui.

 Bien évidemment cette aventure de Pierre ne nous est racontée que pour que nous puissions faire le point à notre tour sur nos propres expériences spirituelles. Pierre  est pour l’instant dans la nuit, le petit matin se lève sur l’échec de sa vie. L’apparition sur le rivage renverse la situation et donne du sens à tout son passé. Pourtant il faudra qu’on l’aide à comprendre, il faudra que l’autre disciple, l’ami de Jésus lui traduise l’événement: « c’est le Seigneur ». Alors il se jette à l’eau, non sans avoir pris le temps de s’habiller car il était nu. Geste de pudeur pensons-nous ! Est-ce bien sûr ?

 Ce plongeon tout habillé en présence du Seigneur ressemble à un baptême à l’envers, c’est pourquoi j’ai parlé de son baptême tout à l’heure. Dans un baptême, c’est parce que l’on reconnaît que Jésus est Seigneur que l’on se dévêt pour être immergé. Pierre, quand il reconnaît que Jésus est le Seigneur, il fait le contraire comme s’il avait besoin de revivre les expériences qu’il avait déjà faites. Son baptême est ici évoqué à l’envers comme si on rembobinait le film de sa vie. Et à partir de cet instant, au cas où vous n’auriez pas compris toutes les séquences vont se faire à l’envers.

 Par le passé, Pierre avait semble-t-il toujours eu l’initiative. Ici, il laisse les autres ramer alors que lui se met à nager, non pas pour rejoindre plus vite le Seigneur, car il ne le rejoint pas, au contraire il remonte dans la barque quand les autres arrivés sur le rivage en descendent pour s’approcher du Seigneur. Il se met alors à décharger tout seul le filet. C’est comme si, il ne voulait pas se retrouver seul avec Jésus, bien qu’il en manifeste le désir profond sans oser aller jusqu’au bout.

 Tout ce qui est raconté ici, est le reflet  de son expérience intérieure et nous sommes nous aussi invités à la vivre  de la même façon.  L’aventure ne peut se continuer sans le face à face inévitable entre Pierre et Jésus. Par trois fois, Jésus l’invite à prendre en charge son troupeau. Allusion appuyée à sa trahison que Jésus ne mentionne pas, car la résurrection qui est en train de s’emparer de Pierre annihile tout ce qui est négatif dans sa vie et détruit ce qu’il y a d’aliénant dans son passé. Sa mission consiste à prendre à son compte l’œuvre du Christ.

pêche miraculeuse 2

 La résurrection prend son vrai sens, pour nous aussi,  quand nous nous laissons habiter par Jésus pour continuer dès maintenant l’œuvre qu’il a réalisée quand il était sur terre. Nous sommes appelés à devenir, tant que nous vivrons, les membres et la voix, l’intelligence et la sensibilité du ressuscité qui désormais vit en nous et c’est par nous qu’il agit.

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Jean 20/19-31 la résurrection dimanche 28 avril 2019

Posté par jeanbesset le 23 avril 2019

 

Jésus apparaît à ses disciples

19 Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l’endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 2 0Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. 21 Jésus leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. 22 Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit saint. 23 A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus. 

Thomas et le ressuscité

24Thomas, celui qu’on appelle le Jumeau, l’un des Douze, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint. 25 Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais lui leur dit : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne le croirai jamais ! 26 Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient fermées ; debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 27 Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ! Ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi ! 28 Thomas lui répondit : Mon Seigneur, mon Dieu ! 29 Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu !

Le but de ce livre

30 Jésus a encore produit, devant ses disciples, beaucoup d’autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31 Mais ceux-ci sont écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, par cette foi, vous ayez la vie en son nom

-Thomas JF Xavier  de Boissoudy

Il n’est pas facile d’être les amis d’un agitateur politique exécuté par les sbires du potentat local. Tous se taisent et se cachent. Ils restent muets comme une tombe. Ils sont eux-mêmes devenus une tombe dans laquelle ils ont enfoui leur passé récent avec leur maître vénéré. Avec sa mort, ils y ont enfoui leur lâcheté ainsi que l’horrible souvenir de la vision du supplice auquel ils ont sans doute assistée de loin. Leur mémoire s’est refermée sur eux comme une tombe avec leur passé. 

Mais  pouvaient-ils oublier définitivement tout ce que leur maître avait dit sur l’amour de ce Dieu qu’il appelait son Père, sur ce Royaume qu’il envisageait de construire avec eux, sur la haine des hommes à son égard, sur le rôle qu’il leur destinait après son « départ ». L’évocation de ses paroles.

ébranlait pour eux les parois rigides du tombeau et laissait s’échapper comme les bribes d’une espérance possible. Les jours passant, certains, plus spontanés que les autres s’appliquaient à reconstruire une foi en une réalité qui dépassait la mort, d’autres n’y arrivaient pas et ne pouvaient même pas l’imaginer. Les uns étaient plus spontanés que les autres, et tout cela prenait du temps pour se  construire. L’Evangile de Jean qui raconte cela a  sans doute opéré un raccourci  avec le temps. Il est à parier que ce temps de maturation a duré plus longtemps que celui suggéré par l’Evangile.

 Nous voilà maintenant en présence de ceux qui commencent à croire et qui s’opposent à celui qui se refuse à croire et qui ne laisse pas sortir de la tombe  l’espérance qu’il a muré dans le tombeau de sa conscience. Peut-être en sommes-nous là, nous aussi.

 Merci Thomas d’être celui que tu es, car tu poses les vraies questions et tu nous aides à approfondir notre foi. Tu ne te rallies pas à l’idée de la résurrection car elle t’aiderait trop artificiellement à porter le poids de tout ce qui t’accable. Il faut que cette idée brise les cloisons  du tombeau où tu as toi-même enfoui, ton Seigneur, tes souvenirs et même ton Dieu. Nous ne nous mettons pas à croire, parce que  la foi chrétienne  qui nous a été transmise est toute entière centrée sur la résurrection. « Si les morts ne ressuscitent pas notre foi est vaine » a dit l’apôtre Paul  dans l’épître aux Corinthiens. Paul insiste sur cette vérité incontournable selon laquelle la foi chrétienne n’aurait aucun sens si la résurrection n’en était pas l’élément central, mais il faut d’abord que tout cela s’inscrive en nous et que  s’ouvre pour nous le tombeau où nous maintenons encore enfoui notre foi et notre  espérance.

 Thomas l’incrédule va nous guider ce matin sur le chemin initiatique de la foi chrétienne. Il refuse de croire ce que les autres disent sans en apporter la preuve. Il est rationnel dans ses pensées. A y regarder d’un peu près, il n’y va pas de main morte, il met les autres aux défit de créer en lui une certitude qu’il n’a pas

.
Il nous montre par anticipation que si nous ne faisons pas de la résurrection une affaire personnelle, notre foi ne s’appuie pas sur de vrais fondements, car elle ne peut être que le résultat d’une expérience personnelle avec Dieu, à l’issue de laquelle nous découvrons ce qu’est vraiment la résurrection : une autre manière d’aborder la vie. C’est alors que Jésus se manifeste à nous, qu’il nous parle et qu’il s’empare de notre âme en venant vers nous. Il se propose de partager notre vie et il nous invite à partager la sienne. C’est au cours d’une telle rencontre que nous faisons l’expérience de la résurrection et qu’elle s’impose à nous. Mais encore faut-il faire cette expérience et tant que nous ne l’avons pas faite, nous en éprouvons comme une frustration.

 Cette frustration est bien celle de Thomas qui ne comprend pas pourquoi il est tenu à l’écart par son Seigneur et il considère le témoignage de ses frères comme un défi qu’il ne peut pas relever,

car la foi des autres ne sert pas à l’acquérir pour ceux qui ne l’ont n’a pas, puisque elle est le résultat d’une intervention que Dieu fait en nous. C’est un acte créateur que fait Dieu pour chacun de ceux qui croient.

Le chemin de la résurrection leur est-il fermé? Certainement pas !

On s’est interrogé pendant des siècles sur cette question sans donner de réponse satisfaisante. Je sais, pour ma part, que celui qui a le désir de rencontrer Dieu ne sera jamais privé de l’intervention de celui-ci, mais il devra attendre parfois longtemps et cette attente est frustrante. Celui qui désire cette rencontre avec Dieu doit se mettre dans une situation telle qu’il sera capable d’en recevoir le souffle créateur et d’être transformé par lui. Est-ce à dire qu’il y a un blocage en Thomas qui l’empêche de croire, comme chez tous les chercheurs infructueux de Dieu? Sans aucun doute.

Nous le rejoignons 8 jours après. Il n’a toujours pas cédé à la pression des autres et il attend que Dieu agisse en lui. Mais vous vous rappelez certainement que c’est lui qui en a fixé les critères de la rencontre. Il a défini de quelle manière Jésus ressuscité devait venir vers lui. C’est alors qu’il toucherait ses plaies, mettrait ses doigts dans la marque des clous, voilà ce qu’il veut. Le Jésus qu’il veut, celui auquel il pense, est encore un Jésus terrestre, un homme qui reste dans le prolongement de ce qu’il a déjà vécu avec lui, un homme qui n’est pas vraiment ressuscité puisqu’il porte encore les marques de son supplice. Thomas n’est pas capable d’imaginer une autre réalité qui ne soit au-delà de la vie terrestre.

Pourtant, si Jésus est vraiment ressuscité il doit être revêtu d’un corps nouveau qui ne porte plus les marques de son supplice. Le Jésus ressuscité qu’il espère et auquel il ne croit pas encore devrait être un être recréé par Dieu, d’une autre nature que l’être mortel qu’il a vu pendre lamentablement accroché par des clous au bois d’une croix.

Beaucoup de croyants figent leur réflexion en matière de résurrection à ce niveau-là. Ils se limitent à un miracle qui serait la réanimation d’un corps, comme si la vie se trouvait enfermée dans une conception matérielle de l’existence. Oserai-je dire que Thomas, à cause de sa conception rigide des événements, redoute la manifestation de Dieu en lui. C’est le cas de beaucoup de ceux qui se refusent à croire en autre chose que ce que leur propre imagination leur dicte. Comme Thomas,  ils rangent la foi qu’ils n’ont pas encore dans des catégories de pensée auxquelles ils ne veulent pas avoir recours.

Dieu est patient, il attend le temps nécessaire pour que chacun soit capable d’accepter Dieu comme Dieu veut être perçu. Pour lui la résurrection n’est pas une vie améliorée, mais une vie recréée. «Crois-tu cela Thomas ? » Thomas est ébranlé par la longue attente. Huit jours est-il dit. Jésus vient, comme il le souhaitait. Il se présente à lui comme ce mort régénéré qu’il attendait. Dieu, quand il se manifeste à nous, tient compte des limites de nos capacités à le recevoir. Mais en même temps il nous aide à les dépasser. Jésus lui présente ses membres meurtris. Thomas ne les touche pas. Il ne met pas ses mains dans son côté. La résurrection n’est plus pour lui liée à l’aspect matériel du mort qu’il avait connu. Il a dépassé la logique humaine et peut entrer dans celle de Dieu.

« Mon Seigneur, et mon Dieu » dit-il ! Tout a basculé dans le divin. Dans celui qui se présente à lui, il reconnaît Dieu, pas besoin de le toucher, surtout pas ! Pas même besoin de le voir ! Impossible d’exprimer l’inexprimable. Il sait en cet instant que Dieu a créé pour lui une réalité nouvelle. Il est désormais habité par la plénitude du divin. Inutile de voir ou de toucher pour croire. Il suffit de se laisser pénétrer par l’esprit qui crée en lui, comme en nous une réalité nouvelle. Heureux, désormais ceux qui, comme Thomas feront ce parcours, tel un parcours initiatique, car ils pourront croire sans avoir vu.

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Luc 19/28-40 Les Rameaux, méditation sur la violence- dimanche 14 avril 2019

Posté par jeanbesset le 11 avril 2019

Luc 19/28-40

Après avoir ainsi parlé, il partit en avant et monta vers Jérusalem. 29 Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près du mont dit des Oliviers, il envoya deux de ses disciples, 30 en disant : Allez au village qui est en face ; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est jamais assis ; détachez-le et amenez-le. 31 Si quelqu’un vous demande : « Pourquoi le détachez-vous ? », vous lui direz : « Le Seigneur en a besoin. » 32 Ceux qui avaient été envoyés s’en allèrent et trouvèrent les choses comme il leur avait dit. 33 Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous l’ânon ? 34 Ils répondirent : Le Seigneur en a besoin. 35 Et ils l’amenèrent à Jésus ; puis ils jetèrent leurs vêtements sur l’ânon et firent monter Jésus. 36 A mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin. 37 Il approchait déjà de la descente du mont des Oliviers lorsque toute la multitude des disciples, tout joyeux, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus. 38 Ils disaient : Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire dans les lieux très hauts ! 39Quelques pharisiens, du milieu de la foule, lui dirent : Maître, rabroue tes disciples ! 40 Il répondit : Je vous le dis, si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront !

41 Quand, approchant, il vit la ville, il pleura sur elle 42en disant : Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix ! Mais maintenant cela t’est caché. 43 Car des jours viendront sur toi où tes ennemis t’entoureront de palissades, t’encercleront et te presseront de toutes parts ; 44 ils t’écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps de l’intervention divine. 

45 Entré dans le temple, il se mit à chasser les marchands 46 en leur disant : Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits.

 Rameaux 1

Nous nous plaisons à repérer les merveilles de Dieu dans les beautés de la nature. Nous  disons que les espaces infinis sont témoins de sa grandeur  et que sa toute-puissance se révèle dans l’harmonie de  l’univers. Par contre, il est aussi possible de contempler les merveilles de Dieu dans la qualité des relations qui peuvent s’établir entre lui et les créatures vivantes. Quand la Bible cherche à nous faire comprendre la grandeur  de Dieu elle nous parle surtout d’amour, de partage, de miséricorde ou de pardon. Il semblerait plutôt que ce soit à partir de ces sentiments que je viens d’énoncer que  Dieu cherche à se révéler au monde et il invite les hommes à intervenir dans la marche des nations en usant de ces qualités plutôt que de s’émerveiller sur  ce qu’il y a de prodigieusement divin  dans  le raffinement subtile de l’infiniment petit ou dans ce qu’il y a de grandiose dans l’infiniment grand. C’est en invitant les hommes à user de ces sentiments que Dieu cherche à piloter le monde, mais ça ne se passe pas toujours comme il le voudrait. Et quand les hommes n’agissent pas selon ses désirs, c’est lui Dieu qui en devient malheureux et il en souffre profondément.

Pourtant, il ne se reconnait pas la possibilité de modifier le cours des choses afin que ça se passe comme il l’a prévu. Si les choses évoluent heureusement, c’est que les hommes sont entrés dans ses projets et ont décidés d’agir selon ce qu’ils ont compris de Dieu. En nous enseignant  ces choses, Jésus ne peut s’empêcher de prendre à son compte la tristesse de Dieu quand les hommes ne l’entendent pas et ne l’écoutent pas. Ici, dans cette traversée de Jérusalem,  il ne peut s’empêcher de pleurer quand il entrevoit  l’avenir d’une société qui s’égare en se détournant de Dieu sans même s’en rendre compte. Dans ce récit, il verse des larmes sur son  pays  en songeant à son avenir. Il  le voit avec clairvoyance. Déjà il pressent que le conflit latent des juifs et des romains va mal finir  et qu’il se terminera par une guerre  dont les conséquences seront terribles. On l’appellera la guerre des juifs, et amènera l’anéantissement de leur société. Jésus pleure sur Jérusalem alors que ses habitants et que ses dirigeants, prêtres,  scribes et pharisiens,  n’ont encore rien compris du message constant que Dieu adresse à son peuple par la voix des prophètes  et selon lequel l’avenir ne peut se régler par la violence à laquelle Dieu ne s’associe  jamais, même pour sauver l’honneur de son nom quand celui-ci est mis en cause.

Jésus  s’est attaché, pendant tout son ministère à mettre ces vérités en valeur.  L’honneur de Dieu dépend davantage de la manière dont les hommes pratiqueront l’amour entre eux que de la sauvegarde de sa dignité.  Jésus s’est attaché  à ce que le respect de la loi auquel ses contemporains étaient si attachés,  vise davantage à respecter la vie des autres, même des plus modestes, que la préservation de l’honneur de Dieu.  Luc, L’auteur de l’Evangile qui nous rapporte cet événement a mis au cœur de ce récit la description des  pleurs de Jésus  sur l’avenir de la nation qui va droit à la catastrophe parce que ses contemporains préféreront défendre l’honneur de Dieu bafoué par les romains en usant de leurs armes, plutôt que de pratiquer  l’amour du prochain sous toutes ses formes possibles.  Luc  écrivit son Evangile plusieurs années après que ces événements se soient produits, si bien qu’il peut  nous rapporter avec précision comment Jésus a vu prophétiquement  les conséquences que pouvaient entraîner le déchainement de la violence que jamais Dieu n’a préconisé, ni Jésus encouragé.

Malgré les gestes courageux des prêtres qui  ont préféré brûler dans l’incendie du temple plutôt que de se faire prendre,  aucune action significative de Dieu n’a pu être discernée, et il ne semble pas avoir pesé par son intervention sur l’issue des combats. Jésus savait que l’entêtement des pharisiens à s’enfermer dans leur interprétation de la Loi  amènerait tôt ou tard leur perte. C’est ce qu’il a voulu faire comprendre en provoquant cet événement que nous célébrons sous le nom  de dimanche des Rameaux. Même s’il met ici en valeur l’amour de Dieu pour les hommes et que les hommes présents y participèrent en se mêlant à la joie populaire  savamment organisée, Jésus sait bien que cet épiphénomène ne changera rien. Les hommes, ce jour-là séduits par ses propos et par l’ambiance qu’il  créée, le renieront quelques jours plus tard, l’abandonneront au pouvoir de ceux qui le crucifieront et oublieront ses propos.  En acceptant de mourir quelques jours plus tard pour mettre en évidence toutes les valeurs de l’amour, Jésus révèle que l’amour  devient la seule clé possible pour comprendre la volonté de Dieu.

Cet événement qui raconte  la traversée de Jérusalem par Jésus sur un âne est comme une forme d’enseignement en acte, savamment mis en scène par lui.  Jésus agit  ici comme  un bon technicien de la communication. Tous les détails de la scène ont savamment été préparés par lui et rien n’a été improvisé.  Il lui fallait la participation d’un âne pour évoquer l’intronisation royale de Salomon que  Jésus propose   de s’attribuer à lui-même. Jésus a dû mettre dans le coup le propriétaire de l’animal qui le confiera à ses  disciples contre un mot de passe : « le Seigneur en a besoin». C’est dire la prudence de Jésus.  L’âne joue ici un rôle important. Dans ce court récit qui en rend compte,  il n’a pas fallu moins de 7 versets sur 18 pour décrire l’action du petit bourricot qui devient le héros du jour. Tout ça pour un âne ! Il est  pourtant si humble et si modeste que personne ne fait attention à lui

Pourtant, c’est bien le petit âne ici qui prend Jésus en charge.  Chacun a compris qu’il est invité à jouer   le même rôle que lui, car il s’agit pour lui comme pour nous de porter Jésus. Si vous êtes  donc de bons chrétiens, vous devez vous comporter comme des  ânes  et porter Jésus humblement et sans prétention.

L’histoire se répète, Jésus  reconstitue par ce spectacle qu’il donne à la foule, la scène  au cours de laquelle Salomon fut intronisé roi par  son père David. Il suivi le même parcours pour rejoindre le temple caracolant sur un âne lui aussi.

Le message est clair, chacun comprend qu’il a vocation de porter Jésus et de pratiquer son évangile d’amour. En agissant ainsi, il  participe à la royauté de Jésus  en œuvrant à la construction du Royaume de Dieu dont Jésus est l’initiateur. Jésus ne sera vraiment roi, et son règne se sera effectif que si, comme un âne nous prenons l’Evangile en charge et le portons à la connaissance de nos contemporains. Si nous ne le faisons pas le monde sera en danger  de ne pas comprendre la volonté de Dieu, comme ce fut le cas lors de la guerre des juifs qui pourrait se répéter à chaque génération.

Chacun a peut-être eu du mal à comprendre tout cela car la scène a du se passer très vite. Nous l’avons compris, Jésus était clairvoyant, le bruit de la foule en liesse a certainement attiré l’attention de la garde et l’affaire aurait pu tourner mal si on ne s’était hâté de libérer la place avant  qu’elle ne fasse cesser la manifestation. Heureux celui qui a compris ce message pendant le court instant que cette scène a duré.

.Rameaux 2

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle ne s’arrête pas, comme cela aurait pu se faire,  sur  une intervention violente des soldats de Pilate qui auraient pu interrompre l’événement, mais sur un geste de violence délibérément provoqué par Jésus lui-même en entrant sur le parvis du temple au sommet du chemin  qu’il suivait et qui le conduisait au sanctuaire. Pourquoi chassa-t-il les marchands à coups de fouet ?  Beaucoup ont donné des avis contradictoires. Pour ma part, il me semble qu’en agissant ainsi Jésus dénonçait la vanité de la violence. Il savait qu’il ne changerait rien aux rites du temple ni à ses sacrifices sanglants, il savait aussi qu’il n’allait pas non plus modifier la théologie des prêtres ni leur prédication qu’il critiquait chaque fois qu’il prenait la parole. Il savait que la révolution spirituelle qu’il était venue apportée ne  se ferait pas plus vite. Jésus montrait  en agissant ainsi que  rien ne changerait par la violence, mais que tout serait possible par l’amour et la douceur. Jésus démontrait ainsi par cette violence gratuite, que la violence ne sert à rien et que Dieu jamais ne s’y associerait pour faire avancer les choses.

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Luc 13/1-9 parabole du figuier stérile dimanche 24 mars 2019

Posté par jeanbesset le 21 mars 2019

 Parabole du figuier stérile Luc 13/1-9

 Les Galiléens massacrés par Pilate

 1 En ce temps-là, quelques personnes vinrent lui raconter ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs sacrifices. 2 Il leur répondit : Pensez-vous que ces Galiléens aient été de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte ? 3 Non, je vous le dis. Mais si vous ne changez pas radicalement, vous disparaîtrez tous de même. 4 Ou encore, ces dix-huit sur qui est tombée la tour de Siloam et qu’elle a tués, pensez-vous qu’ils aient été plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? 5 Non, je vous le dis. Mais si vous ne changez pas radicalement, vous disparaîtrez tous pareillement.

 La parabole du figuier stérile

 6 Il disait aussi cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher du fruit et n’en trouva pas. 7 Alors il dit au vigneron : « Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le donc : pourquoi occuperait-il la terre inutilement ? » 8 Le vigneron lui répondit : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je creuse tout autour et que j’y mette du fumier. 9 Peut-être produira-t-il du fruit à l’avenir ; sinon, tu le couperas ! »

figuier

 Ce matin, l’Évangile de Luc s’ouvre pour nous comme les pages de notre  journal quotidien. Comme tous les journaux, il ne contient aucune bonne nouvelle en perspective, au contraire,  Il commence par l’énumération  d’une une série de mauvaises nouvelles qui nous attristent sans pour autant nous affecter, tant nous en  avons l’habitude. Par la suite le quotidien continue par la chronique « jardinage » en nous livrant  les commentaires d’un jardinier en difficulté avec un figuier. Même si cela ressemble à ce qu’on lit dans nos journaux,  à la différence de ceux-ci,  nous sommes ouvertement interpellés  par la question du rôle de Dieu  dans la marche de choses.

 La première colonne de ce pseudo journal  s’ouvre sur  le récit d’un massacre de pèlerins par l’autorité occupante  dans le temple au moment des sacrifices. Nous sommes invités à nous demander pourquoi Dieu a permis une telle horreur. Nous cherchons  à la hâte des  explications  qui relèveraient du bon sens  et qui expliqueraient  une telle situation. Le contexte semble suggérer que ces  gens devaient être bien coupables pour que Dieu, même si son nom n’est pas prononcé, accepte que leurs dévotions soient interrompues d’une manière si cruelle. On ne s’étonne pas que le gouverneur Pilate ait  ordonné la chose, car sa brutalité est bien connue, mais on peut justifier son action, si non l’excuser en pensant plutôt que ces gens massacrés étaient des  rebelles Zélotes qui auraient fomenté un attentat dans le temple et dont le projet aurait été déjoué. En tout cas personne ne s’étonne vraiment de rien. Jésus  pour sa part semble prendre lui aussi de la distance par rapport à l’événement qu’il commente   d’une manière laconique en nous laissant le choix  de notre appréciation et  en disant  seulement que nous sommes tous menacés et qu’il faut s’y préparer. Il faut donc nous préparer au pire pour ne pas être surpris.  L’espérance, à la recherche de laquelle nous sommes venus au culte semble ne pas être  au rendez-vous.

 La deuxième manchette du journal  va dans le sens  de la conclusion précédente. Elle fait état d’une catastrophe : « Une tour s’effondre à Siloé : 18 morts ». L’événement  est présenté comme un banal fait divers, et Jésus  fait le même commentaire que précédemment.  Aucune allusion directe à Dieu qui n’y est pour rien ! Dans  un journal d’aujourd’hui on n’aurait pas manqué de dire que les victimes étaient innocentes, comme si les journalistes étaient  qualifiés pour décider de l’innocence des uns ou des autres. Jésus semble accepter l’événement sans rien dire.  Mais dans quel monde cet évangile nous plonge-t-il ? Quelle est cette théologie ou plutôt cette absence de théologie que Jésus développe ici ? Dieu ne peut-il rien quand les catastrophes se produisent ? De quelle manière est-il présent dans ce monde ?  Comme dans le cas du massacre des Galiléens, Dieu se servirait-il  des événements pour exercer un châtiment  contre des gens qui seraient malgré tout coupables  d’un quelconque péché?

 On ne veut pas croire cependant que le hasard est aveugle et qu’il frappe sans raison. «Qu’ai-je fait au bon Dieu pour qu’il en soit ainsi ? » Disons-nous souvent, comme si cette dernière thèse avait un fond de vérité. On ne peut croire en Dieu et considérer qu’il regarde le monde du haut de ses demeures sans réagir aux événements.  La bonne nouvelle espérée au début de ce propos est en train de se déliter.

 Sans transition, nous tombons sur la  rubrique jardinage. Nous sommes placés face au dilemme  qui  oppose un propriétaire à  son jardinier. Ils ne sont pas d’accord sur le sort que  l’on doit réserver à un figuier qui ne porte pas de fruits. C’est un cas suffisamment rare pour qu’on en parle car ce type d’arbre s’accommode de tout terrain et produit des fruits dans les 3 ans qui suivent sa plantation. Celui dont il est question ici n’obéit pas aux règles. Il n’est pas surprenant que le propriétaire  qui  se soucie de valoriser son champs décide de le couper  avant qu’il n’ait épuisé la terre de la vigne au milieu de laquelle il a été planté.

 L’affaire aurait bien vite  été réglée si le propriétaire n’avait pas eu à faire à un jardinier zélé, trop amoureux des plantes pour obtempérer sans rien faire. Ce serait un véritable supplice pour lui de détruire un arbre, même improductif, sans avoir tout tenté  pour le valoriser. Il plaide donc auprès du propriétaire la cause de l’arbre rétif. Il se propose de mettre la main à la pioche, de creuser la terre, de l’amender.  Il espère que  peut-être ses soins ajoutés à  une année supplémentaire sauveront l’arbre.

En disant  « peut-être», le jardinier apporte comme l’ombre d’un espoir pour le figuier. Peut-être cette histoire va-t-elle changer notre regard sur l’action de Dieu sur ce triste monde où nous vivons ?  Mais la note d’espoir, c’est le jardinier  qui l’apporte ici, pas le propriétaire  que l’on confond à tort avec Dieu. Pourtant  si ça ne marche pas, si l’espoir du jardinier est déçu, si l’arbre ne porte pas de fruit, il sera coupé, par le maître  est-ce à-dire par Dieu ? Ce qui signifierait peut-être que celui qui ne porte pas de fruits pour Dieu serait apparemment inutile et devrait disparaitre.

A ce moment-là, se produit un  renversement de situation. Le jardinier  ouvre la porte à l’espérance pour que  l’arbre inutile continue à vivre.  Il remet en cause l’image de Dieu qui s’est dissimulée derrière celle du propriétaire.  Qui est donc ce propriétaire amateur de figues ? On s’est laissé aller à croire  un instant qu’il était Dieu, mais un instant seulement, car apparemment, Dieu n’est pas dans ce rôle-là. On l’imagine mal dans le rôle du propriétaire recevant des consignes de la part de son serviteur. Or dans cette parabole, c’est , le vigneron qui prend les initiatives et qui dit au maître ce qu’il doit faire.

 Pour comprendre, il va falloir inverser les valeurs. Pour que le texte rende justice à Dieu , il faudrait que ce soit  le propriétaire  qui  mettre  la main à la pioche or, celui qui est généreux envers le figuier c’est le jardinier et  celui  qui tient le mauvais rôle  c’est le propriétaire,  ce ne peut pas être Dieu. C’est l’image traditionnelle  du Dieu exigeant à l’égard de ses créatures  qui est ici remise en cause,  il est suggéré par Jésus qui raconte la parabole qu’il  doit  tenir un autre rôle.

 Habituellement les hommes n’accordent leur confiance à Dieu que s’il ressemble au propriétaire de la parabole qui met les hommes et les choses au service de sa divinité. Mais ça ne marche pas ainsi selon Jésus. Il voit les choses autrement, il estime que la bonne nouvelle c’est  de considérer que le monde n’est pas voué à la fatalité d’un Dieu  qui mettrait les hommes au service de sa divinité.  Le bon visage de Dieu selon Jésus c’est celui d’un Dieu   qui travaille à améliorer le monde. Jésus  enseigne aux hommes à le considérer autrement qu’ils ne le font habituellement. Un Dieu qui n’intervient dans le monde que par les hommes qu’il inspire.

 Tel est la réalité de Dieu que Jésus suggère ici.  Or ce n’est pas celui auquel nous pensons  habituellement. Nous pensons à  un Dieu  qui dans le cas présent   aurait  protégé les pèlerins au moment où ils faisaient leurs dévotions,  qui aurait  retenu la tour avant qu’elle ne s’écroule, et qui maintenant devrait éliminer le figuier qui ne sert à rien. Jésus conteste ici l’idée selon laquelle  les hommes voudraient influencer Dieu pour qu’il fasse ce  qu’ils souhaitent  qu’il fasse. Ils se comportent généralement, comme s’ils  étaient les maîtres d’un  Dieu qui ne veut pas leur obéir.

La bonne nouvelle ici, c’est que Dieu n’a pas besoin de nous pour  que nous lui  donnions  des  conseils et encore moins des ordres, car il sait déjà ce qu’il faut faire pour que les choses aillent mieux et il nous inspirent les choses à faire. Il nous  suggère de mettre la main à la pâte et de travailler pour que la vie s’enrichisse autour de nous. Ce n’est pas à nous  de couper les arbres improductifs, mais c’est à nous de bêcher le sol pour que l’arbre s’améliore. En fait Dieu n’a pas lui-même des mains pour agir. Dieu n’agit pas, il inspire! C’est à nous de mettre en pratique ce qu’il nous suggère. Ici c’est à l’homme de mettre les mains dans le fumier, pas à Dieu.figuier 2

 En fait, la plupart de nos concitoyens  vivent dans ce monde comme si Dieu n’existait pas pas, mais  il est tellement plus profitable à tous, et c’est tellement plus porteur d’espérance, de savoir que Dieu est avec nous dans ce monde  et qu’il nous inspire  les idées généreuses que nous avons pour que ce monde aille mieux.  Ainsi nous serons assez patients pour attendre que le figuier produise des fruits et que les idées pour le mieux-être de tous que Dieu nous inspire s’emparent du monde. C’est pour cela que nous œuvrons dans le monde pour  le rendre conforme à ce que Dieu a prévu pour le mieux-être de tous.

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Luc 9/28-36 la transfiguration – dimanche 17 mars 2019

Posté par jeanbesset le 9 mars 2019

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.28 Huit jours environ après ces paroles, il prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier. 29 Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea, et ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante. 30 Il y avait là deux hommes qui s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Elie 31 qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ, qui allait s’accomplir à Jérusalem. 32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. Réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. 33 Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus, Pierre lui dit : Maître, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. Il ne savait pas ce qu’il disait. 34 Comme il parlait ainsi, une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de crainte, tandis qu’ils entraient dans la nuée. 35 Et de la nuée survint une voix : Celui-ci est mon Fils, celui qui a été choisi. Ecoutez-le ! 36 Quand la voix se fit entendre, Jésus était seul. Les disciples gardèrent le silence et ne racontèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu’ils avaient vu.

transfiguration 1

 Notre  inconscient  véhicule l’idée que plus on s’élève dans les montages, plus l’air se  fait pur, plus les idées se font sereines, plus on se rapproche de Dieu. C’est en regardant vers les hauteurs que celui qui adresse sa prière à Dieu  au psaume 121 se sent plus près de son Seigneur. «   Je lève mes yeux vers les montagnes, d’où me viendra le secours ? » Il se sent plus apte à recevoir ses messages et se laisse envahir par la paix qui lui vient d’en haut. Il n’est donc pas étonnant qu’à la suite de Jésus, ses trois plus proches collaborateurs lui emboîtent le pas et s’élèvent avec lui vers les sommets. Dans leurs pensées, comme dans la nôtre, les sommets de la montagne  se confondent  sans doute avec les sommets de l’esprit. Et c’est sur ces sommets-là, à n’en pas douter que Dieu nous  donne rendez-vous. 

Arrivés au faîte de leur ascension, ils se trouvent confrontés à deux illustres  patriarches qui eux aussi semblent avoir fait, chacun pour sa part,  une expérience remarquable au cours de l’ascension d’une autre montagne. Ils y ont  fait eux aussi une expérience avec Dieu qui a fortement marqué l’histoire de la révélation et en ont fixé les règles immuables, à tel point que nous considérons encore aujourd’hui leur expérience comme normative pour tous les croyants. 

Pierre Jacques et Jean montaient  à la suite de Jésus. Leur esprit n’était certainement pas tourmenté  par  les  mêmes soucis que ceux qu’avaient connus Moïse et Elie. Ils espéraient cependant  faire une  rencontre avec Dieu qui allait les marquer.  Ils savaient qu’ils allaient  le rencontrer  sous  un autre  aspect que celui auquel ils étaient habitués. On ne pourrait mieux dire. 

Longtemps avant eux, et c’était encore dans la mémoire  de tous, Moïse avait gravi une montagne, plus redoutable que celle-ci,  le tonnerre y grondait et son sommet  se perdait dans les nuages. Le Dieu qui l’habitait s’annonçait comme le créateur de l’univers, il prétendait dominer tous les autres dieux et décidait de régenter la société des hommes en leur imposant sa Loi et  se proposait de châtier ceux qui la transgresseraient. 

C’était justement pour  recevoir le don de cette loi de ses mains divines que Moïse avait entreprit de gravir la montagne.  Il avait laissé ses compagnons en chemin et avait achevé l’ascension solitaire. Au sommet il recueillit les précieuses tables gravées en lettres de feu  par le doigt même de Dieu. Elle faisait de l’amour pour Dieu et pour autrui la  condition essentielle de la vie avec Dieu. Cette image figeait à tout jamais les règles qui déterminaient les conduites des hommes avec lui. Avec l’histoire de Moïse en mémoire nos marcheurs  poursuivaient  leur route sans crainte ?

 

Etaient-ce les mêmes règles qui s’imposèrent aux hommes dans l’expérience  qu’avait faite  Elie ? Leur rencontre avec Dieu allait-elle se faire de la même façon ? Lui aussi, il avait  fait une expérience semblable. Un croutons de pain dans la poche, une gourde d’eau à son côté, Il  avait marché solitaire, pendant  quarante jours. Il  fuyait la colère de la reine Jézabel qui en voulait à sa vie de prophète et qui contestait son Dieu. Il se mit à gravir,  lui aussi,  la montagne à la recherche de Dieu. Arrivé au somment il ne le vit pas. Il n’était ni dans le vent, ni dans la tempête, comme le récit de Moise l’avait laissé entendre. Il ne se cachait pas non plus, dans cet horizon fascinant qui s’étendait à l’infini. Sans doute fut-il aussi tenté de le chercher dans le coucher du soleil dont le rougeoiement sur le soir, embrasait l’horizon et  plonge les humains qui le contemplent dans des ravissements ineffables ?  C’est au fond d’une grotte, le visage couvert de son manteau  qu’il fit la rencontre de Dieu alors qu’il était attentif au souffle d’un faible zéphire  dans lequel Dieu se cachait.  C’est  ainsi que Dieu se révéla à lui. Il lui apparut comme le  Dieu immuable qui se cache et dont aucun humain ne peut percer les secrets. 

Puisque nous sommes dans les montagnes restons y pour accompagner un autre patriarche,  dans un autre récit, qui  gravit une autre montagne, encore une, et qui va nous aider à voir Dieu sous son véritable aspect. C’est d’Abraham dont il s’agit. Rejoignons le  cheminant solitaire avec ses deux serviteurs et son âne. Il suivait un chemin sinueux  gravissant une autre montagne au sommet de laquelle Dieu lui avait donné rendez-vous. Son fils   Isaac le suivait et l’interrogeait au sujet de cette étrange ascension. Isaac ne savait pas encore que Dieu avait convoqué son Père pour qu’il serve lui-même d’holocauste, lui l’enfant   du miracle.  Alors que le Père des croyants   montait lentement pour accomplir son destin, il était conscient que Dieu restait sourd à sa prière silencieuse. Il le  suppliait  secrètement d’interrompre cette ascension qui devenait un véritable supplice pour lui. Le vieillard, tout entier concentré dans  ses pensées trouvait que l’exigence de Dieu était bien dure  et qu’elle avait même dépassée la limite du supportable. Il montait toujours, recherchant plus la solitude que la compassion. 

Sa femme était restée seule en bas,  sous la tente dans l’ignorance de ce qui se tramait. C’était entre Abraham et Dieu que tout se jouait  maintenant, c’est pourquoi il laissa ses serviteurs au pied de la montagne avec l’âne. Il montait toujours vers son Dieu qui lui réclamait son fils. 

Arrivé au sommet, Dieu n’était pas au rendez-vous ! En tout cas Abraham ne le vit pas vraiment. C’est au moment où  il se préparait à faire le geste fatal qu’il réalisa qu’il n’avait rien compris et que Dieu n’était pas celui qu’il croyait.  Si Dieu lui demandait la vie de son fils, ce n’est pas de sa mort qu’il s’agissait. Il lui demandait qu’il le lui confie  pour le faire vivre. Il comprit alors, que depuis toujours il avait méconnu ce Dieu qui était son ami. Il y eut comme un sursaut de joie  dans sa tête  quand Dieu arrêta son bras et que la lumière se fit en lui. Il comprit que Dieu qu’il découvrait était le Dieu de la vie  et que rien d’autre ne le caractérisait. Le mystère derrière lequel il se cachait était la vie, le secret  qu’Elie n’avait pas compris était désormais dévoilé Rien si non la vie caractérisait Dieu pour toujours. Moïse devait donc revoir sa copie. Elie, à son tour devait comprendre que c’est de la vie que Dieu voulait l’entretenir, non seulement la sienne, mais celle de tous les hommes.

 C’est maintenant pour découvrir son projet  de vie pour toute l’humanité que Jésus a entrainé ces 3 hommes à le suivre sur la montagne. Pour ce qui nous concerne, nous devons réfléchir à notre tour au fait que cette aventure nous concerne  et que Jésus  vient habiter notre vie pour la faire entrer dans le projet de Dieu pour toute l’humanité, car c’est pour donner du sens  à notre vie que Jésus aujourd’hui nous a invités à la suivre.  A la place de tout ce que nous inventons pour imaginer Dieu, c’est le mot vie qui ici nous est suggéré. 

Ainsi, Dieu encore une fois ne se laisse pas enfermer par les hommes dans des constructions spirituelles. Le Dieu immuable, éternel  et tout puissant, tel que la loi le décrit et  que les hommes avait jadis enfermé dans le Temple n’a pas résisté à l’Evangile tel que Jésus l’a présenté. Il en a fait le Dieu de la vie qui entraine les hommes à y participer. Pourtant nous sommes  toujours tentés d’enfermer Dieu dans nos élaborations  humaines telles que les catéchismes qui sont le reflet des dogmes  et à qui nous donnons  force de loi.  Ne  soyons pas étonnés si  Dieu leur résiste à nouveau et s’échappe toujours de nos conventions pour nous imposer qu’un seul  aspect de sa divinité,celui de la vie, la vie éternelle quelle que soit la forme qu’elle peut prendre. Nous découvrons que c’est Dieu lui-même qui maintenant nous enferme  dans une culture de la vie dont les trois apôtres ont construit les Evangiles. Elle doit désormais devenir la règle qui s’impose à nous pour participer à la vie qui vient.

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Luc 6/39-45 l’aveugle qui guide un aveugle/ dimanche 3 mars 2019

Posté par jeanbesset le 23 février 2019

Luc 6/39-45

39 Il leur dit aussi une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont ils pas tous les deux dans un trou ?

40Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, mais tout disciple bien formé sera comme son maître.

41« Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ?

42 Comment peux-tu dire à ton frère : “Frère, attends. Que j’ôte la paille qui est dans ton œil”, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Homme au jugement perverti, ôte d’abord la poutre de ton œil ! et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère.

43« Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit malade, et pas davantage d’arbre malade qui produise un bon fruit.

44Chaque arbre en effet se reconnaît au fruit qui lui est propre : ce n’est pas sur un buisson d’épines que l’on cueille des figues, ni sur des ronces que l’on récolte du raisin.

45L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire le bien, et le mauvais, de son mauvais trésor, tire le mal ; car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur.

 aveugles

Pour qu’un aveugle puisse guider un autre aveugle, il faut que le premier recouvre la vue et pour que cela se fasse, il faut un miracle ou une guérison. Pour qu’un arbre mauvais porte  de bons fruits, il faut qu’on  le greffe et qu’ainsi on change sa nature profonde. Il faut que grâce à l’art de la botanique le jardinier fasse une manipulation qui relève du miracle. Pour qu’un homme mauvais devienne bon, il faut qu’incontestablement un miracle transforme sa vie.

Tout ce passage que nous avons lu, nous amène à considérer qu’il faut une intervention divine pour que la nature des hommes change. Si nous croyons que les choses doivent changer autour de nous, si nous croyons que les hommes doivent devenir meilleurs pour que le monde évolue  en mieux,  il faut que Dieu par le ministère de Jésus change le cœur de pierre des hommes en cœur de chair, et ainsi la poutre qui les empêche de voir les misères du monde disparaîtra alors de leur œil.

Nous sommes ainsi faits que pour devenir des êtres normaux il faut une intervention miraculeuse de Dieu dans notre vie. Comme toujours, Jésus ne va pas chercher à donner d’explications à cette nécessité. Il se contente d’en faire le constat et de proposer des solutions. Le constat, c’est qu’il y a du mauvais dans les hommes et la seule solution pour remédier à cette situation est qu’il faut  l’intervention de Dieu  dans leur vie.

Bien évidemment les hommes ne se rallient pas immédiatement à la justesse de ces propos. Ils suivent leur instinct. Ils se croient libres et n’acceptent pas de se faire manipuler par Dieu. Dieu respecte leur liberté et n’intervient que si les hommes en éprouvent le besoin, et cela prend parfois du temps.  Ils  élaborent alors des théories  pour solutionner le problème, en particulier celle de l’évolution des espèces, selon laquelle la création se ferait petit à petit. Mais si cela explique les choses et déculpabilise les hommes, cela n’apportent pas vraiment de solution et ne les rend pas les hommes meilleurs pour autant, car c’est là que réside le problème. Ils se retournent alors contre Dieu et se demandent pourquoi, s’il est le créateur, il a voulu que  les choses soient ainsi ? Dieu ne serait-il pas tout puissant puisque le monde semble lui échapper ? Aurait-il volontairement créé l’homme imparfait ? Peut-être aussi que la création de la nature et de l’homme ne serait pas achevées ? Il faudrait alors que Dieu reprenne  la main et apporte une dernière touche. Pourquoi pas ? Quelle que soit la réponse qui pourrait nous satisfaire, le constat reste le même : l’homme est guidé par ses mauvais instincts et doit réclamer l’intervention de Dieu pour qu’il change par miracle  sa nature où le mal domine encore.

Maintenant que nous sommes devenus croyants, comment voit-on que la nature de l’homme a changé ? L’arbre se reconnait à son fruit et les actions bénéfiques de l’homme relèvent de celui qui a changé sa nature rebelle en nature généreuse. L’homme bon est celui en qui Dieu est intervenu, même s’il ne le reconnait pas. L’homme bon ne doit donc chercher  à trouver sa satisfaction dans les actions bonnes qu’il commet car celui qui est transformé par Dieu fait naturellement des choses bonnes, non pour son propre bénéfice mais pour celui de la collectivité à laquelle il appartient. C’est apparemment simple, mais encore faut-il y apporter quelques correctifs.

Certains vivent comme si le miracle que produit l’intervention de Dieu dans leur vie faisait effet une fois pour toutes. Or, il doit se renouveler chaque matin.  Chaque jour qui se lève commence par l’irruption de Dieu dans leur vie. Il prépare avec eux les actions qu’ils ont l’intention de faire afin qu’elles se réalisent conformément à sa volonté. Beaucoup de croyants ont pris acte que Dieu était intervenu dans leur vie. Ils  agissent conformément à cette impulsion première que  Dieu a produite en eux, mais leur soif d’action ne les laisse plus  écouter Dieu davantage et ils agissent selon leur intuition première. Ils se contentent de revivre cette action de Dieu en eux, et cela devient pour eux comme un fait  acquis et ils ne prennent plus le temps d’interroger Dieu. Désormais, ils n’évoluent plus dans leurs relations avec Dieu. Ils jugent alors les églises trop timorées et prennent leurs distances par rapport à elles. Ils sont sûrs d’avoir reçu une fois pour toutes l’élan pour agir selon leur conscience et ferment désormais la porte à une nouvelle  action possible de Dieu en eux.

 D’autres  au contraire s’enferment dans leurs églises et jugent sévèrement ceux qui les ont quittées pour agir à leur guise. Ils cherchent eux aussi des voies nouvelles où leur générosité trouverait son compte sans en référer à Dieu dont ils croient l’action efficace en eux d’une manière permanente. Ainsi ils croient agir au nom de Dieu comme si c’est  eux qui lui dictaientce qu’il doit leur inspirer. Celui qui est parti, comme celui qui est resté dans la structure de son église oublient de laisser Dieu agir en eux chaque jour et de se rendre accessible à lui.

’ai bien peur, ce faisant que nous ayons tous pris l’habitude de notre propre morale qui nous sert de loi et que nous ne laissions plus Dieu agir en nous après que nous ayons été mis en route par lui sur le chemin où il nous pousse. Nous oublions que chaque matin qui se lève est un jour nouveau avec Dieu qui cherche à provoquer le miracle de sa présence dans la vie de chacun. Nous avons besoin de prendre chaque jour conscience de  sa présence afin qu’il ne devienne pas une réalité à laquelle on s’habitue sans vraiment lui laisser le  loisir d’intervenir.  C’est en lui laissant la possibilité d’agir en nous qu’il changera notre regard sur les hommes et sur nous.la paille et la poutre

Bien sûr, le monde semble courir à sa perte. Les hommes qui n’ont pas toujours été visités par Dieu profitent de leurs mauvais instincts, ils exploitent les autres, et si possible les plus faibles. Il est sûr que des innocents périssent par la suite du mauvais comportement de ceux sont malhonnêtes et sans scrupules. C’est à cause de ceux-là que Dieu cherche à provoquer des changements en nous pour que par nos actions les choses évoluent et que les orientations du monde s’inversent.

Le plus grand miracle que Dieu provoque alors en nous c’est l’espérance qu’il dépose au cœur de nos consciences. Cela nous porte à croire que la fatalité du mal n’aura pas raison et n’entrainera pas notre monde vers des situations plus graves que celles que nous connaissons. Nous savons que Dieu ne cautionne pas les destructeurs d’espoir, les affameurs d’enfants, les broyeurs de vies. Nous devons, à l’écoute quotidienne de notre Dieu être réceptifs au miracle de chaque jour pour participer à la transformation quotidienne du monde. Peu importe alors de savoir comment se produit le miracle que Dieu réalise par l’action de ceux  qui participent à sa volonté d’aimer le monde et les hommes comme il le fait. L’important c’est que nous-mêmes et en tant  que membres de son église soyons réceptifs à la vision que Dieu nous donne de tant d’êtres humains motivés par lui qui s’acharnent à faire toute chose nouvelle

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Luc 6/27-38 aimez-vos ennemis dimanche 24 février 2019

Posté par jeanbesset le 14 février 2019

Luc 6/27-38

27 « Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,

28 bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient.

29 « A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre. A qui te prend ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique.

30 A quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien, ne le réclame pas.

31 Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux.

32 « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment.

33 Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Les pécheurs eux-mêmes en font autant.

34 Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez qu’ils vous rendent, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Même des pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent.

35 Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants.

36 « Soyez généreux comme votre Père est généreux.

37 Ne vous posez pas en juges et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés, acquittez et vous serez acquittés.

38 Donnez et on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu’on vous versera dans le pan de votre vêtement, car c’est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous. »

sermon sur la montagne 2

Il se peut que nous fassions  partie de cette foule rassemblée autour de Jésus. On ne sait qui la compose, mais ce sont vraisemblablement de braves gens qui s’interrogent sur eux-mêmes. Ils ont assez de loisirs pour écouter Jésus. Chômeurs, saisonniers sans embauche, pêcheurs revenus de la pêche… Ce temps d’inactivité leur permet de s’interroger sur eux-mêmes. Je suis frappé par le courant de sympathie qui semble s’être établi entre Jésus et eux. Il a apparemment une bonne opinion de tous ces individus anonymes. Dans ses propos il montre qu’il croit à leurs capacités à l’empathie et il les pousse à améliorer cette capacité. Personne ne proteste. Mais cette possibilité d’altruisme ne peut se développer que s’ils font une rencontre avec  Dieu qui soufflera son Esprit sur eux. C’est là le fond de sa pensée.

Il faut que cette rencontre ait lieu pour que les hommes  puissent aimer sans retenu. C’est alors  que cet amour pourra même  s’adresser à leurs ennemis et à ceux qui leur veulent du mal. Ils pourront alors donner de leurs superflus, mais aussi de  leur nécessaire sans compter. S’ils sont appelés à rendre service ils  pourront le faire sans tenir compte de leur temps ni de leur peine. Ils se mettront alors à ressembler à ce voyageur dont l’Evangile parle par ailleurs. Il  avait croisé sur sa route un blessé que personne n’avait secouru. Il prit non seulement du temps pour lui porter  secours, mais il le conduisit dans un hôtel dont il paya par avance la facture (Luc 10/33).

En nous provoquant ainsi, Jésus ne réveille-t-il pas la graine de super héros qui  sommeille en nous, car il sait que tout un chacun  a en lui des possibilités  d’amour et d’altruisme bien supérieures  à celles dont il se croit capable ? Il invite chacun de ses auditeurs à prendre acte du fait  qu’il y a en eux des possibilités de toujours faire mieux et ce faisant de rejoindre la corporation des enfants du très Haut.

Les enfants du Très Haut, ce sont  ceux et celles qui se sont laissés saisir par l’Esprit de Dieu et qui le laissent diriger leurs actions. Ils se mettent tout naturellement en harmonie avec Dieu et ils perçoivent comme par intuition la volonté de Dieu qui les pousse à agir dans le sens où Jésus leur enseigne.

Ce qui me réjouit ici, c’est cette conception optimiste de la nature humaine qui se dégage des propos de Jésus qui exprime l’opinion favorable de Dieu à son égard. Il nous entraine à dépasser cette lecture pessimiste  sur le genre humain   à laquelle une  lecture traditionnelle des Ecritures nous a habitués en laissant entendre que la chute a rendu les hommes incapables d’un élan généreux vers les autres et qu’ils ne cherchent  qu’ à satisfaire  leur satisfaction personnelle. Jésus trace ici un autre portrait de l’humanité à l’état naturel. Il y révèle sa capacité à être accessible à l’altruisme, si bien qu’il y a en l’homme des aptitudes à prolonger la création de Dieu.  Comment en effet, pourrions-nous imaginer que Dieu puisse aimer l’espèce humaine si elle n’a pas en elle la capacité à aimer ?

Ce discours de Jésus montre cependant ses limites. La capacité de l’homme à aimer n’est cependant pas suffisantes à elle toute seule  pour  permettre à l’homme d’accomplir tout seul son propre destin. Il faut que le souffle de Dieu passe sur lui et qu’il accepte  d’être pris  en charge par lui. C’est alors qu’il sera capable de faire les choses qui réjouiront Dieu, qui prendront en charge le monde et qui infléchiront son évolution vers un avenir heureux. Les capacités de réussir cela sont en lui, mais elles ne peuvent entrer en action que s’il accepte que Dieu les mette en mouvement.

 Ne nous laissons pas cependant gagner  par une euphorie qui ne serait pas de bon aloi. Il faut que nous apportions à ce que nous venons de dire un correctif que l’apôtre Paul a mis en œuvre dans l’épître aux Romains. Il constate  que malgré l’influence de l’esprit de Dieu sur nous, il y a encore  nous des forces de résistances qui nous entrainent dans des directions contraires à notre propre volonté. Nous avons parfaitement conscience de ce que nous devrions faire, mais en même temps, nous avons aussi le désir de faire le contraire. Bien que nous sachions ce qui déplait à Dieu, comme par un malin plaisir, nous faisons ce qui lui déplait. Nous sommes bien conscients que ce dysfonctionnement nous écarte de Dieu.

Paul pointe le doigt en direction du coupable, c’est le péché. Le péché, c’est ce  compagnon  qui ne nous lâche pas d’une  semelle. Il occupe en nous la place que Dieu revendique.   Il entretient en nous le ferment de l’égoïsme et provoque en nous des divisions intérieures qui contrecarrent l’influence de Dieu sur nous. Pour remédier à cela, seule la présence vigilante de Dieu entretenue par la prière est seule capable de maîtriser cette situation.

En fait nous sommes continuellement habités par cette tentation qui oppose  en nous, le vouloir et le faire si bien qu’une partie de nous-mêmes récuse ce que nous nous voudrions entreprendre.  En opposition à cette tension intérieure la présence continue de Dieu entretenue par notre prière provoque l’harmonie nécessaire  dont notre âme a besoin. C’est le centre de l’enseignement de Jésus. Notre désir de plaire à Dieu, par l’action de l’esprit divin en nous, s’équilibre avec notre désir de nous plaire à nous-mêmes si bien que les pulsions contradictoires n’existent plus.

Vous avez bien compris qu’en parlant du désir de plaire à Dieu,  je pourrais rajouter aussi le désir de partager sa  joie et aussi et surtout son amour, car notre amour humain trouve sa plénitude dans l’amour de Dieu. L’amour humain, visité par l’esprit divin devient l’élément par lequel tous nos désirs sont dépassés pour rejoindre ceux de Dieu.

Quand nos amours son vécues sous  le regard de Dieu, notre vie se met comme par miracle en harmonie avec Dieu lui-même. Nos tensions intérieures s’estompent au point que nous cessons d’être des êtres divisés à l’intérieur d’eux-mêmes mais harmonieusement unis au désir de Dieu. Sont alors réunis les conditions favorables pour que cette faculté de dépassement, à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure puisse enfin se réaliser et que nous nous sublimions en entreprenant des actions qui apporteront une autre coloration à notre image du monde.

Bien évidemment une telle perfection ne se réalise jamais complètement et les vicissitudes de la vie quotidienne maintiennent leur pression sur nous. « Il faut bien que la bête exulte » aurait dit Jacques Brel. Seule la prière nous permet de maintenir  le rapport nécessaire avec Dieu. Notre prière, consiste alors,  à demander au Seigneur de faire taire en nous ces voix discordantes pour nous laisser habiter par Dieu seul qui dans l’intimité de nos jardins secrets  oriente nos projets. C’est alors que tout ce que nous entreprendrons  deviendra porteur d’espérance et créateur de tous ces événements nouveaux dont Dieu a besoin pour que le monde évolue dans le sens où il le souhaite.

sermon sur la montagne

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Luc 6/17-26 le discours de Jésus dans la plaine selon Luc – dimanche 17 février 2019

Posté par jeanbesset le 5 février 2019

Luc 6/17-26

17 Il descendit avec eux et s’arrêta sur un endroit tout plat, où se trouvait une grande foule de ses disciples et une grande multitude du peuple de toute la Judée, de Jérusalem et du littoral de Tyr et de Sidon.

18 Ils étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Ceux qui étaient perturbés par des esprits impurs étaient guéris.

19 Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous.

20 Alors, levant les yeux sur ses disciples, il disait : Heureux êtes-vous, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous !

21 Heureux êtes-vous, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés ! Heureux êtes-vous, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez !

22 Heureux êtes-vous lorsque les gens vous détestent, lorsqu’ils vous excluent, vous insultent et rejettent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme.

23 Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez de joie, parce que votre récompense est grande dans le ciel ; car c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.

24 Mais quel malheur pour vous, les riches ! Vous tenez votre consolation !

25 Quel malheur pour vous qui êtes rassasiés maintenant ! Vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant ! Vous serez dans le deuil et dans les larmes !

26 Quel malheur pour vous, lorsque tout le monde parle en bien de vous ! C’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes de mensonge !

 Béatitudes

Malheur ! Qu’est-ce qui arrache ce cri d’horreur à Jésus ? Il voue au malheur toute une catégorie de personnes qui ont pour seul défauts  ce à quoi nous aspirons à ressembler : le bien être, la notoriété, l’aisance financière. Pour faire court,  ces gens aspirent à être  heureux, selon nos critères. Malheur  donc à nous tous qui présentement semblons donner tous les signes du bonheur et de la réussite. Malheur à tous ces paroissiens qui le dimanche matin sont confortablement assis sur leur banc en espérant recevoir  « une bonne nouvelle » du sermon du jour. En fait de bonne nouvelle ils se découvrent comme tancés par Jésus qui laisse tomber sur eux une sentence qui les condamne au malheur sans  un véritable chef d’inculpation. L’Evangéliste Matthieu qui nous a transmis un texte semblable dans  un autre Evangile a soigneusement omis de rapporter les malédictions qui nous choquent ici et que Luc a conservées.

Pourtant, l’évangéliste Luc, quant à lui, ne semble  pas être un agressif. Il n’est pas homme à en rajouter ! S’il a rapporté ces paroles de Jésus qui nous choquent, c’est que Jésus les a sans doute dites. Luc  les tient certainement des premiers interlocuteurs de Jésus qui ne semblent pas s’être offusqués parce qu’ils les avaient  entendus venant  de la bouche de Jésus. S’ils n’ont pas mal réagis comme je suis en train de le faire, c’est qu’ils n’ont pas pris ces propos pour eux-mêmes ou qu’il y  avait une autre manière de les comprendre. Ils avaient sans doute compris qu’il y avait là une énigme et que pour la comprendre il fallait qu’ils en aient la clé.

La clé  est une toute petite chose sans laquelle les plus grosses portes  restent fermées. Pour le moment, c’est notre compréhension qui reste bloquée, quant à la clé, il  semblerait que ce soit un tout petit verset de 10 mots : «  il sortait de Jésus une force qui les guérissait tous ».

Nous ne  pouvons comprendre ce passage que si nous nous laissons saisir par cette force qui émane de Jésus et que nous appelons le Saint Esprit. Si nous ne comprenons pas qu’il nous pousse à sortir de nous-mêmes et à nous dépasser, nous risquons d’être malheureux  car nous n’avons rien compris au destin que Dieu réserve à  l’humanité. Pour comprendre ce que Dieu attend des humains, nous devons assumer le fait que nous avons besoin  que  Dieu nous aide  à nous réaliser pleinement. Sans nous en rendre compte, nous sommes en manque de quelque chose que nous ignorons. Sans lui, nous sommes malades de nous-mêmes, parce que nous pensons le monde à partir de notre propre personne.   

Nous agissons comme si le seul intérêt de notre vie était de satisfaire notre ego. La société dans laquelle nous évoluons nous enseigne à le faire et nous avons tendance à donner de l’intérêt à ce que Jésus dénonce ici. Il dénonce notre désir d’argent, de plaisir, de confort, et notre indifférence à autrui. Hors de nos soucis immédiats, nous ne cherchons pas à nous remettre en question. Nous nous recentrons sur nous-mêmes et nous ne nous sentons pas concernés par ce qui nous est extérieur. C’est à cause de tout cela que Jésus prononce le mot de « malheur » qui n’est pas une malédiction de sa part, mais cela sonne comme un cri de désespoir. Désespoir face à son propre échec à lui, échec de Dieu de ne pas avoir pu nous guider sur le chemin de l’humanité qu’il a prévu que nous devrions suivre.

Je me demande comment Jésus aurait réagi si on lui avait dit, dans son temps, que plus de la moitié des richesses du monde, était concentrée dans les mains d’une poignée de personnes (100 selon Oxfam. Je souligne le fait sans en tirer pour autant de conclusion. Je reviens à Jésus. Il  ne prophétise pas ici, il ne condamne pas non plus. Il constate que ceux qui se contentent de vivre en autosatisfaction sur eux-mêmes n’ont pas d’existence réelle car la vraie motivation de la vie devrait leur venir d’ailleurs. Elle leur est donnée par l’intrusion du Saint Esprit en eux. Nous sommes ainsi mis en garde. La richesse et les  satisfactions ne sont pas mauvaises en soi, mais elles facilitent notre repli sur nous-mêmes et ainsi  nous cachent à nous-mêmes, qu’il y a une autre réalité  à laquelle nous devons donner de l’intérêt. Elle n’est pas le fait de notre intelligence mais elle nous vient du saint Esprit et c’est elle qui donne du sens et de la valeur à notre personne.

Ni la pauvreté, ni la famine  ni les persécutions ne peuvent faire obstacle à Dieu. Au contraire, quand nous prenons conscience de leur réalité chez autrui, elles doivent mobiliser notre propre esprit qui se met en harmonie avec l’esprit de Dieu qui nous pousse à agir pour devenir porteurs d’espoir. « L’espoir fait vivre dit le dicton ». L’espoir est ce sentiment  qui nous rend attentifs et que nous cherchons à communiquer à ceux qui n’en n’ont pas. Il  devient de l’espérance quand il est pris en charge par le Saint Esprit et c’est ainsi que Dieu vient habiter en nous.

C’est alors qu’on peut entendre Jésus nous dire que nous sommes heureux toutes les fois que nous réservons de la place à  quelqu’un d’autre que  nous-mêmes. Nous avons alors la possibilité de reconnaître le visage de Dieu  dans celui de ceux qui sont en situation de manque.

Dieu ne souhaite pas pour autant que nous soyons pauvres,  ni  tristes, ni  en deuil ou persécutés, mais Jésus nous laisse entendre que si nous sommes dans une telle situation, nous serons heureux parce que la sollicitation des autres, nous mettra en capacité d’accueillir l’espérance.

Il nous faut profiter des situations difficiles où nous nous trouvons parfois pour expérimenter la venue de Dieu vers nous. Il se cache dans toutes les situations qui améliorent notre sort. Heureux sommes-nous donc si nous savons apprécier dans nos situations de manque ou d’échec la présence secourable de Dieu qui vient vers nous sous les traits de ceux qui nous tendent la main.  Il nous faut donc ne jamais baisser la garde, ne jamais cesser d’espérer. Heureux sommes-nous si nous comprenons que Dieu ne provoque pas nos malheurs et si nous savons le reconnaître dans les gestes de ceux qui s’efforcent d’améliorer notre sort. Heureux sommes-nous si nous savons faire place à l’espérance, car  c’est grâce à elles que les autres viennent  vers nous et que nous allons vers les autres.

Heureux sont-ils aussi ceux qui sont sans problème, sans angoisse et qui sont dans des conditions de prospérité enviable, heureux sont-ils s’ils savent s’ouvrir au souffle de l’esprit. Heureux sont-ils s’ils savent  que Dieu  leur donne mission de s’ouvrir à  ceux qui désespèrent afin qu’ils cessent de pleurer. Ils  reconnaissent que leur mission les charge d’aider des vies à s’épanouir. L’enseignement de Jésus prend alors toute sa signification. Deviennent alors heureux ceux qui a priori ne le sont pas et par voie de conséquence, ceux qui ne contribuent pas à les rendre heureux deviennent malheureux à leur tour car ils ne prennent pas part au bonheur que Dieu se propose de répandre sur le monde par leur action.

Si Jésus laisse exhaler à son tour le mot « malheur », ce n’est pas une menace, mais un cri de stupeur irréaliste au cas où,  bien malgré lui, certains deviendraient malheureux parce qu’ils n’auraient rien compris à l’Evangile.

béatitudes 2

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Luc 5/1-11 Notre raison d’être dimanche 10 février 2019

Posté par jeanbesset le 29 janvier 2019

Luc Chapitre 5

 

Les quatre premiers disciples

1 Comme la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu, et qu’il se tenait près du lac de Génésareth,

2 il vit au bord du lac deux bateaux d’où les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets.

3 Il monta dans l’un de ces bateaux, qui était à Simon, et il lui demanda de s’éloigner un peu du rivage. Puis il s’assit, et du bateau il instruisait les foules.

4 Lorsqu’il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en eau profonde, et jetez vos filets pour pêcher.

5 Simon lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre. Mais, sur ta parole, je vais jeter les filets.

6 L’ayant fait, ils prirent une grande quantité de poissons : leurs filets se déchiraient.

7 Ils firent signe à leurs associés qui étaient dans l’autre bateau de venir les aider. Ceux-ci vinrent et remplirent les deux bateaux, au point qu’ils enfonçaient.

8 Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : Seigneur, éloigne-toi de moi : je suis un homme pécheur.

9 Car l’effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu’ils avaient faite.

10 Il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, les compagnons de Simon. Jésus dit à Simon : N’aie pas peur ; désormais ce sont des êtres humains que tu prendras.

11 Alors ils ramenèrent les bateaux à terre, laissèrent tout et le suivirent.

 Pèche Miraculeuse

Luc 5/1-11

Quand on évoque le nom de Jésus, même si on sait que son histoire finit mal on a tendance à être transporté dans un monde où le miracle trouverait tout naturellement sa place si bien que la question se pose de savoir pourquoi son histoire s’est si mal terminée et pourquoi ce temps si privilégié de sa présence a si peu duré. Ce sont ces deux questions qui habiteront aujourd’hui notre propos.

Pour l’instant notre regard s’attarde entre les roseaux pour se porter sur  des hommes fatigués par une nuit de travail sans résultat et qui jettent à nouveau leur filet sur l’injonction d’un inconnu qui a squatté leur embarcation pendant qu’ils réparaient leurs filets. Cet homme  les a invités encore une fois à jeter le filet. Il est fascinant cet homme, on fait ce qu’il dit  sans commenter le bienfondé de son propos. Fait surprenant, les pêcheurs fatigués obtempèrent.  L’intrusion de Jésus sur la barque a changé la donne. Sans savoir comment, ils ont repris espoir, ils ont recommencé à pêcher et la prise a été bonne. Moralité de l’histoire : quand Jésus s’approche des hommes, la vie reprend ses droits et l’avenir leur sourit. C’est en tout cas cette lecture  du texte  que les auteurs de l’Evangile veulent que nous fassions.

Au contact de Jésus la vie des hommes peut devenir différente, l’avenir peut leur sourire et même leur vie professionnelle peut prendre un autre aspect.  Pour mieux entrer dans ce texte nous allons essayer de le lire comme une allégorie. La barque de pêche cesse alors d’être l’instrument de travail de ces hommes d’autrefois, pour devenir le symbole de notre propre existence navigant au gré des eaux au cours desquelles  coule  notre vie. Elle est chargée de notre quotidien dont nous aimerions voir la banalité se transformer en quelque chose de plus stimulant. Nous connaissons bien ce lac sur lequel glisse notre embarcation puisque c’est notre vie. Nous savons bien où dans les roseaux, se cachent les poissons que nous sommes censés pêcher. Nous savons les écueils qu’il ne nous faut pas heurter pour ne pas abimer le bateau, nous savons aussi où sont les hauts fonds où il ne faut pas s’ensabler. Nous savons  aussi, que quand le soleil  darde ses rayons, les poissons ne se laissent pas capturer. Nous connaissons parfaitement tout ce qui fait notre  vie de pêcheur ou de qui que  ce soit d’autre. Nous sommes parfaitement adaptés à la vie que nous menons, mais cette vie ne nous enthousiasme pas.

Notre existence se passe sur les rives du lac comme on le ferait en lisant un livre dont on tournerait chaque jour une page  et dont on sait par cœur le contenu des épisodes déjà vécus. On   devine sans peine, comme par habitude, ce que contiendront  les pages qui ne sont pas encore écrites, jusqu’à la dernière dont nous savons pertinemment, comment elle s’achèvera, même si nous n’en connaissons pas précisément les détails.

Il arrive alors, comme dans ce récit, qu’une voix  venue d’ailleurs  nous interpelle parfois  pour nous interroger. Il ne s’agit pas cette fois  de savoir si la pêche a été bonne mais il s’agit de nous demander si la vie que nous menons nous satisfait. Cette question à laquelle on peut répondre par oui ou par non  ne produit pas en nous une réponse claire, mais déclenche tout un flot de  nouvelles questions que nous nous posons à nous-mêmes. En fait, est-ce que notre vie nous satisfait ? A-t-elle un but ?  Et  ce but s’il y en a un, a- il été prévu à l’avance ?  La vie que nous menons a-t-elle été programmée par quelqu’un d’autre que nous ?  Avant de répondre, il s’agit de réfléchir à ce que nous sommes  et à  chercher  à savoir si on se connaît vraiment soi-même. Se connaître soi-même ! « Cognis seauton ».  C’est ce que disait le philosophe  Socrate.   En fait nous passons notre vie à sonder le lac de notre existence pour mieux savoir de quoi nous sommes capables et pour savoir ce que nous pouvons modifier pour être plus performants. Depuis notre plus jeune âge on nous a appris à faire cet exercice afin de nous dépasser, de  dépasser les autres et de toujours nous mettre en valeur.

En écoutant cette voix qui nous interroge nous avons conscience qu’elle pourrait bien être celle de Dieu et qu’elle se confond aujourd’hui avec celle de Jésus qui invite  ces hommes a toujours se dépasser et faire encore mieux. Mais est-ce bien ici le but de l’intervention de Jésus ? Les entraîne-t-il à accomplir une performance humaine et  vise-t-il à  en faire des pécheurs meilleurs que ceux de la barque d’à côté ? Je ne sais, en tout cas ni Jésus, ni les pécheurs ne valorisent cette pêche exceptionnelle. Une fois les filets ramenés sur le rivage, la prouesse de la pêche  ne semble plus avoir aucune importance. Elle n’avait pas pour but, semble-t-il de faire de ces pécheurs  des pêcheurs plus performants que les autres.

C’est  l’Ecclésiaste qui par ses méditations blasées sur le sort humain éclairera peut être notre propos et fera rebondir nos questions. Il dira : «   j’ai construits des villes, j’ai bâtis des entreprises, j’ai parcouru le monde et traversé les mers, mais tout cela n’est que vanité et fuite du temps ! » Si cette réflexion est le reflet de la sagesse biblique,   nous allons nous demander pourquoi Jésus a entraîné ces hommes à  se dépasser ?

C’est alors que nous ramenant  à notre embarcation, la voix  qui nous a interpelés nous invite à continuer notre action. Replonge à nouveau dans le lac, descends jusque dans la boue, remue les galets, fouille les racines des roseaux, et si tu l’as déjà fait recommence, tu finiras par voir alors des poissons qui te sont jusqu’alors inconnus mais  qui s’y trouvaient déjà, sans que tu y fasses attention. Ces poissons ce sont des hommes comme toi, dépassés par tout ce qui les empêche de vivre. Ils sont semblables à toi. Ils pourraient bien être tes frères et ils  t’attendent car c’est eux qui donneront du sens à ta vie. Tu pourras dire alors : Celui que je ne connaissais pas encore  m’a envoyé chercher quelqu’un à aimer et je l’ai trouvé, et  la voix de celui qui se tient sur le rivage et qui t’a interpellé tout à l’heure  te dis maintenant «  je fais de toi un pêcheur d’homme ». La voix de celui qui a interpelé les pêcheurs et qui ensuite t’a interpelé ne cesse de te dire : c’est pour chercher quelqu’un à aimer que je t’ai envoyé.

Le savaient-ils, ces quelques pêcheurs sur le lac, quand il leur demanda de jeter à nouveau leurs filets, que c’est pour rencontrer des hommes qu’il les renvoyait à la manœuvre. En effet, leurs filets à peine retirés, il n’est plus question de la pêche aux poissons. Les marins pêcheurs  rejoignent  à la suite de Pierre celui qui les a envoyés à la recherche de leur prochain. Car ce n’était pas la pêche qui était le but de l’opération, c’était le dépassement de soi vers cet ailleurs du monde où se tiennent tous les prochains qui attendent qu’on les aime. Jésus les a suffisamment motivés pour que ce soit désormais le  service de l’autre qui soit leur premier souci.

Le prochain, qui porte en lui le même visage que Dieu est rarement perçu par nous, comme faisant partie du projet de vie que Dieu nous propose. Certes, nous nous intéressons à lui, certains consacrent même leur vie à son service,  mais tous ces prochains,  que Jésus nous donne à découvrir font-ils  partie du souci premier  de ceux qui ont accepté de suivre Jésus.

L’Evangile ne s’arrête pas là, l’histoire  des hommes en compagnie de Jésus se ne  se termine pas là et  va se poursuivre encore longtemps! Il suffit de regarder le monde d’aujourd’hui  pour constater qu’un grand décalage   subsiste encore entre les projets que  Dieu nous inspire quand il nous envoie à la pêche aux hommes et les projets que construisent les hommes qui se donnent pour tâche de gérer le monde.

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