Luc 10/25-37 Le bon samaritain Dimanche 14 juillet 2019

Posté par jeanbesset le 6 juillet 2019

Luc 10 : 25-37 Le bon Samaritain

 

25 Un spécialiste de la loi se leva et lui dit, pour le mettre à l’épreuve : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? 26 Jésus lui dit : Qu’est-il écrit dans la Loi ? Comment lis-tu ? 27 Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain, comme toi-même. 28 Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras. 29 Mais lui voulut se justifier et dit à Jésus : Et qui est mon prochain ?   

30 Jésus reprit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba aux mains de bandits qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s’en allèrent en le laissant à demi-mort. 31 Par hasard, un prêtre descendait par le même chemin ; il le vit et passa à distance. 32 Un lévite arriva de même à cet endroit ; il le vit et passa à distance. 33 Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui et fut ému lorsqu’il le vit. 34 Il s’approcha et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le plaça sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui. 35 Le lendemain, il sortit deux deniers, les donna à l’hôtelier et dit : « Prends soin de lui, et ce que tu dépenseras en plus, je te le paierai moi-même à mon retour. » 36 Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé aux mains des bandits ? 37 Il répondit : C’est celui qui a montré de la compassion envers lui. Jésus lui dit : Va, et toi aussi, fais de même. 

le bon samaritain

Qui est mon prochain ? La question est de savoir qui fait partie du cercle élargi de ceux qui ont de l’intérêt pour moi ? Autrement dit celui qui n’appartient pas à mon milieu, tel l’étranger peut-il être mon prochain ?  Car pour l’interlocuteur de Jésus et pour nous-mêmes la bonne réponse décidera de sa  propre vie devant Dieu. 

Que s’est-il donc passé dans la tête de Jésus  pour qu’il  raconte à des gens qui lui étaient déjà hostiles, cette histoire qui met en scène un étranger, voyageur solitaire en terre inamicale. Jésus ici se trouve dans un milieu qui ne lui est pas favorable. Dans ce texte admirablement bien construit, rien n’est laissé au hasard. Jésus met au centre de son propos un étranger bien imprudent car il se déplace seul dans un endroit où les bandits abondent. Il est d’autant plus en danger qu’il est riche. Il est non seulement riche et étranger, mais il est samaritain, c’est dire que sa pratique d’un judaïsme non orthodoxe  offense les coutumes religieuses des gens du pays qu’il traverse, même s’il ne la ramène pas à ce sujet. Le héros de l’histoire a tout contre lui. Il est donc bien imprudent  de se déplacer ainsi dans ce lieu solitaire. On pourrait s’attendre à ce que dans un tel contexte  il lui arrive un mauvais coup. Il n’en est rien.

Sous les traits de ce Samaritain généreux et débonnaire, Jésus ne trace-t-il pas le portrait d’un personnage qui lui ressemble, fortune en moins? Il faudrait sans doute faire quelques retouches pour que le portrait soit  conforme, mais si peu !  Jésus est mal venu dans les milieux orthodoxes du judaïsme judéen.  C’est de ce milieu que vient son interlocuteur. C’est de ce milieu que seront issus, dans quelques semaines ses accusateurs. Ne fait-il pas  figure de redresseur de tort. Lui, qui prétend enseigner les juifs n’est-il pas un demi-étranger ? Il vient de Galilée, une mauvaise terre habitée par des sangs mêlés,  des juifs mâtinés de païens. Il a l’arrogance de  donner des leçons de vertu à des juifs de pure souche  et de les offenser en tournant en dérision le clergé tu temple qu’il ridiculise dans cette histoire où il campe deux de  ses membres dans une affaire hautement improbable comme nous allons le voir ?  

 Jésus, est un  en habile narrateur  et il sait dans quelle direction  il entraîne ses auditeurs, c’est pourquoi il attend prudemment que l’intrigue du récit soit vraiment nouée, pour introduire le Samaritain  sur les lieux du récit. Au paravent, il a mis deux membres du clergé en situation moralement indélicate. Or cette situation semble invraisemblable, on va le voir. Pas plus vraisemblable d’ailleurs,  sera l’attitude de ce riche samaritain qui, par son attitude donne la bonne réponse à la question  posée à l’origine de la parabole : «  Qui est mon prochain ? ». 

Tout sonne faux dans ce récit si on l’approfondit quelque peu. Les  auditeurs de Jésus l’ont sans doute bien compris. En effet il semblait évident que la route empruntée par  les 3 personnages  qui traversaient un lieu désert était mal fréquentée. Le blessé de l’histoire en a fait les frais. Le Samaritain qui  était vraisemblablement  riche, on peut le déduire à  la manière dont il débourse dans le fil du récit une forte somme,  aurait encouru le même sort en voyageant seul. C’est un des  détails qui rend le récit suspect. S’il  avait voyagé en groupe avec d’autres personnes, comme  la prudence le recommandait,  son geste  aurait perdu une partie de sa valeur, c’est pourquoi Jésus l’a campé dans une histoire  invraisemblable où il    git en tant que voyageur solitaire et vulnérable.  Cependant la remarque faite au sujet du danger encouru par le Samaritain est valable aussi pour le prêtre et le lévite. Ils sont peut-être critiquables, mais pas idiots.  Par  mesure de prudence  et dans leur propre intérêt, ils auraient sans doute voyagés ensemble, en tout cas pas seuls.  Ils n’auraient sans doute pas commis l’imprudence de  s’aventurer dans ces lieux, sans un minimum d’escorte. Dans ce cas, leurs  compagnons de route les auraient l’un et l’autre contraints à la charité envers le blessé qu’ils ont croisé et ils n’auraient pas passés leur chemin. Sans ces invraisemblances la parabole n’aurait pas de sens. Mais le récit n’aurait d’ intérêt que si le prêtre et le lévite n’avaient un mauvais rôle. On va donc se demander pourquoi Jésus affiche  une telle hostilité à l’égard des prêtres  Pourquoi leur fait-il  tenir un si mauvais rôle et quel est le sous-entendu d’un tel discours? Patience !

 En attendant, écoutons  les propos qui se murmurent, sans doute, dans le dos de Jésus et qu’il a sciemment provoqués. Ce n’est pas  dit d’une manière audible, car le narrateur  garde le dénouement pour la fin, mais chacun de nous peut facilement trouver des arguments pour alimenter la critique. « C’est bien connu, susurre-t-on, que  Jésus était  anticlérical et qu’il  préconisait une autre forme de  religion, une religion sans clergé, sans scribes  sans docteurs de la loi, sans Loi et sans Temple. » C’est sans doute pour accréditer ces critiques qu’il introduisit dans son récit deux religieux qu’il  accable en les mettant dans une situation particulièrement désobligeante.  Cette rumeur,  on l’entendra clairement plus tard lors du procès de Jésus au Sanhédrin, mais elle  avait déjà pris naissance en Galilée. Souvenez-vous de l’incident qui se produisit après que Jésus ait prononcé  un sermon dans     la synagogue de Nazareth. Il   faillit se faire lyncher pour propos malvenus. La rumeur, comme toute rumeur a tendance à s’amplifier, c’est ce qui se passe sans doute. Jésus en arrivant en Judée était sans doute déjà précédé d’une mauvaise réputation qui invitait les bons pratiquants à se méfier de lui.  Son procès était déjà en préparation. Tel est le contexte dans lequel Luc nous transmet son Evangile.  

 Mais ce ne sont pas les seules critiques que l’on pourrait adresser à Jésus. On pourrait lui reprocher encore d’avoir mis en scène un aubergiste  qui accepte de faire crédit, qui plus est  à un étranger, ce que personne n’aurait fait et ne ferait encore, ni vous, ni moi. Ça ne tient pas ! Toute l’histoire est  construite sur des impossibilités, mais sa conclusion qui est la conclusion d’un récit invraisemblable  allons-nous la récuser? En fait,  sa conclusion qu’elle est-elle ? Elle suggère que l’intérêt pour la vie  d’un malheureux justifie que l’on risque toute sa fortune pour lui. Jésus attire notre attention sur la qualité de vie que Dieu nous demande de réserver à notre prochain .

Nous avons peut-être un peu de mal à l’accepter. C’est pourquoi il est bien plus facile pour tout auditeur de ce récit de le  décrédibiliser, plutôt que d’en chercher la pointe  et écouter ce qu’il nous suggère de comprendre. Mais ce n’est pas fini. 

Continuons. Portons notre attention sur ce samaritain qui ne tient compte ni de son temps, ni de son argent pour maintenir en vie le mourant.  Ce qui lui paraît plus essentiel que tout, même que ses soucis personnels, c’est que la vie du blessé soit préservée. Pour lui cette émotion qu’il ressent à la vue du blessé est plus forte que toutes les prescriptions de la religion. Elle dépasse la rigidité de la loi écrite pour en faire la quintessence de la loi morale, celle à laquelle Jésus nous propose d’obéir d’instinct  et qui nous suggère que la préservation de la vie de l’autre, quel qu’il soit est la condition indispensable de notre relation à Dieu. Mais la pointe du texte est peut-être encore ailleurs 

Oublions pour un instant cette conclusion de Jésus. Jésus n’est pas un naïf. Au cours de ce voyage qui l’amène à Jérusalem, il a lui-même expérimenté la dureté des relations avec les étrangers et des Samaritains en particulier.  Il s’est trouvé lui, et  ses amis, en situation d’étranger rejeté  en traversant la Samarie. Le récit nous en rapporte l’épisode quelques lignes plus haut.  Il fut agressé à l’entrée d’un village samaritain ( Lc 9/53ss). Sans doute sa petite troupe était-elle  en nombre suffisant pour que l’incident soit sans conséquence, mais il dut passer son chemin ! Cependant  la rancune s’était  installée au cœur de ses proches qui lui proposèrent quand même de faire descendre le feu du ciel sur les agresseurs. 

Cette parabole ne serait-elle pas la leçon que donnerait Jésus à  ses propres amis à la suite de cet incident et ne s’adresserait aux juifs qu’après coup ? Ce serait donc ses amis qui seraient d’abord visés ici. En effet, une leçon porte mieux si on donne l’impression de s’adresser à d’autres qu’à ceux qui sont réellement concerné. Jésus a bien compris  quel sort il aurait eu lui-même s’il avait voyagé en solitaire, mais cela fait partie des aléas de la vie.  Il veut alors montrer que la générosité de cœur n’a pas de frontières  et que ce n’est pas le fait d’être étranger qui rend les hommes différents les uns des autres et qui établit des frontières entre eux. C’est pourquoi il met ici en scène un samaritain généreux, alors que lui et ses amis ont été victimes de samaritains hostiles.

le bon samaritain 2

Il n’y a aucune frontière qui délimite le territoire où se trouve notre prochain,  les frontières sont construites par les hommes et non par Dieu  et c’est elles qui  fabriquent les étrangers.  Les frontières sont  des séparations de nature humaine  établies par les hommes pour des raisons économiques et que Dieu n’a pas inventées. L’accès à Dieu n’a pas de frontière, et son amour pour les hommes  n’en a pas non plus et aucune frontière ne peut entrer en compte quand il s’agit de préserver la vie des autres.

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luc 9/11-17 la multiplication des pains dimanche 23 juin 2019

Posté par jeanbesset le 19 juin 2019

 Luc 9 :11-17 La multiplication des pains.

 
10 Les apôtres, à leur retour, racontèrent à Jésus tout ce qu’ils avaient fait. Il les prit avec lui et se retira à l’écart, du côté d’une ville appelée Bethsaïda.11 Les foules s’en aperçurent et le suivirent. Il les accueillit ; il leur parlait du règne de Dieu ; il guérit aussi ceux qui avaient besoin de guérison.
 
12 Le jour commençait à baisser. Les Douze vinrent donc lui dire : Renvoie la foule, pour qu’elle aille se loger et trouver du ravitaillement dans les villages et les hameaux des environs ; car nous sommes ici dans un lieu désert. 13  Mais il leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils dirent : Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons, à moins que nous n’allions nous-mêmes acheter des vivres pour tout ce peuple. 14 En effet, il y avait environ cinq mille hommes. Il dit à ses disciples : Installez-les par rangées d’une cinquantaine. 15 Ils firent ainsi ; ils les installèrent tous. 16 Il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et prononça la bénédiction sur eux. Puis il les rompit et se mit à les donner aux disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. 17 Tous mangèrent et furent rassasiés, et on emporta douze paniers de morceaux qui étaient restés.
multiplication des pains 1
 
 Jésus nous surprendra toujours parce qu’il réagit rarement dans le sens où nous le souhaitons. Les disciples excités par leur expérience sont   fatigués, ils espèrent un peu d’écoute et de compassion de la part de Jésus. Ils sont aussi angoissés par le fait que le tétrarque qui a fait mourir Jean cherche à voir Jésus.  Jésus quant à lui semble abonder dans leur sens, c’est pourquoi il les emmène en promenade pour prendre un peu de repos.  Inutile, la foule plus rapide qu’eux les a rejoints. On se reposera plus tard, on mangera à un autre moment, Jésus leur sacrifie sa disponibilité pour se consacrer à plus démunis qu’eux.
 
Ainsi en est-il de ceux qui ont choisi de mettre leurs  pas dans ceux de Jésus et de répondre à sa suite à l’appel de Dieu. Il leur faut aller de l’avant, même s’ils sont  fatigués.  La mission a sans doute été rude. Ils ont sans doute besoin  de nourriture matérielle et spirituelle, ils ont besoin de partager leur aventure.  Ils ont en fait besoin que l’on s’occupe d’eux, négligeant tout sentiment d’empathie, Jésus considère qu’il y a plus urgent. Frustrés, ils restent dans leur coin.
 
C’est cela qui se passe bien souvent, même dans ces Églises que nous fréquentons. La plupart  de ceux qui sont venus assister au culte y sont venus  parce qu’ils avaient besoin de Dieu, parce que leur cœur avait besoin de s’épancher, et  la plupart du temps, ils entendent des  paroles qui leur  disent que les autres, sont plus à plaindre qu’eux.  On leur parle du souci de Dieu pour les autres, on les invite même à leur consacrer du temps et de l’argent. C’est alors qu’ils se sentent frustrés. Ils le sont  d’autant plus qu’ils savent que ces exhortations  donnent dans le vrai. Ils savent intérieurement  qu’ils sont en quelque sorte des privilégiés par rapport  à d’autres, mais pour cet instant,  ce n’est pas leur sujet de préoccupation. 
 
 

Ce qui les intéresse, c’est que Dieu se penche sur leurs soucis et qu’il apaise leurs angoisses. En entendant une exhortation à s’intéresser aux autres, ils ont l’impression de s’être trompés de lieu. Ils voudraient être ailleurs.  C’est dans ce climat que se situe le  texte que nous méditons, et nous découvrons en commençant  que deux camps sont en train de naître dans l’entourage de Jésus et ceux qui se croient plus  proches de lui nourrissent déjà des sentiments hostiles à l’égard de la foule qui constitue l’autre camp.

 
Nous partageons nous aussi   le  désarroi des disciples. Ils espéraient la compassion de Jésus, et c’est la foule qui y a droit. Quand  nous participons à la vie de son Eglise, nous aimerions parfois que Jésus  s’occupe de notre âme, au lieu de nous culpabiliser, par prédicateurs interposés au sujet de   ce que nous ne faisons pas. 
 
Bien entendu, tous ces gens qui accouraient en foule à la suite de Jésus n’étaient pas venus pour être mobilisés afin de devenir les premiers bâtisseurs du Royaume de Dieu.  Jésus ne semble même pas avoir l’intention de les enrôler parmi ses  amis,  ni de constituer avec eux  un premier contingent pour mener une  révolution   dont  il serait l’instigateur. Ils espèrent seulement sans le savoir  que  Jésus mettra quelque chose de nouveau dans leur vie. Il n’y a pas donc pas de concurrence entre les disciples et la foule, mais ils  ressentent mal une telle situation.
 
Pourtant, Jésus a mis ses amis à l’écart, il ne les a pas bousculés, il les a laissés tranquilles pour qu’ils se reposent un peu avant de les mettre au travail. Car pour Jésus, c’est l’action qui prime sur l’inaction. C’est le dynamisme qui prend le pas sur la contemplation. Il va se comporter  comme si le fait de se mettre au travail sous son impulsion était un baume  suffisant pour leur donner de la vigueur. Pour Jésus, semble-t-il,  il n’y a aucun avenir dans un repli sur soi, car la vie qu’il nous donne ne peut se vivre que dans le mouvement. 
 
Les gens qui forment de cette foule sont comme des brebis sans berger, est-il dit dans un autre évangile au sujet de  ce même événement. Curieusement, Jésus ne se propose pas d’être leur berger. Pour répondre à leur détresse, Jésus les a enseignés et ils ont sans doute été réceptifs puisqu’ils sont restés. Mais celui qui enseigne n’est pas forcément celui qui prend en charge. On ne sait d’ailleurs pas ce qu’il leur a dit, mais on peut le supposer. Il leur a dit que s’ils suivent son enseignement, ils n’auront plus besoin de berger. L’enseignement  qu’il leur donne leur suffit pour qu’ils deviennent eux-mêmes autonomes car Jésus veut en faire des êtres assez dynamiques pour se battre pour leur propre cause. Ils n’ont besoin ni de maître ni de gourou. Jésus leur a indiqué la voie qui donne du sens à la vie et en écoutant Jésus, ils ont été remplis du désir de vivre.
 
Il leur a donné  de l’espérance !  Et maintenant le groupe des amis de Jésus n’a plus qu’un désir : celui de se séparer de la foule et de le récupérer  enfin, car ils sont bien avec lui. Ses amis lui conseillent  de  renvoyer la foule  avant qu’il ne soit trop tard. Jésus abonde dans leur sens,  il n’a pas l’intention, quant à lui,  de les garder autour de lui, mais il ne suit pas leurs injonctions, car ce n’est pas fini, il faut maintenant que tous mangent.  Face à Jésus s’opposent maintenant deux groupes  qui ont le même besoin celui de manger. Le plus agressif est celui de ses amis. La question qui se pose et de savoir s’il vaut mieux se séparer pour que chacun trouve individuellement sa pitance  ou vont-ils se rassembler et assouvir ce besoin commun ensemble? La réaction du chacun pour soi est classique, mais  Jésus  quant à lui ne l’entend pas de cette oreille
 
Nul ne sait de quoi a été fait  le miracle, même si on peut l’imaginer. Mais les deux fractions rivales ont mangé et partagé  et tout cela a été organisé  de telle sorte que ce sont ceux  qui se croyaient  les plus proches de Jésus, c’est-à-dire ses disciples, qui reçoivent la charge de servir les autres  alors que depuis le début ils avaient l’intention de ne rien faire. Ce que l’on sait c’est que la foule a commencé à se mobiliser et qu’elle a été nourrie. C’est sans doute  en  mettant les disciples encore fatigués au service de cette foule  que l’espérance que Jésus avait  mis en eux  a pu se communiquer  aux autres.  Le miracle, n’a donc pas tellement été celui de la multiplication des pains. Il a consisté à mobiliser deux fractions rivales et à les faire collaborer. Il  a pu se réaliser parce que  les disciples qui avaient l’intention de laisser tout  faire à Jésus se sont  mis au travail et qu’ils se sont mis au service des autres.  
 
On a pris l’habitude de considérer que les disciples de Jésus étaient des râleurs qui comprennent toujours trop tard ce que Jésus attend d’eux et qui se font prier pour accomplir les désirs du maître. Nous leur ressemblons  sans doute, quand  nous aussi nous trainons les pieds et que nous renâclons pour rendre compte de l’espérance qui est en nous.  Il n’empêche que malgré leur indisponibilité, c’est quand même par eux que s’est accompli le miracle.  
 
La fin du récit nous laisse entendre que cela se passe dans l’urgence. Le soir tombe, la nuit approche, c’est la nuit de l’angoisse et de l’incertitude, il faut que tout soit dit et que tout soit compris avant que les ténèbres ne surprennent tout le monde. Il faut que chacun reparte, animé d’une puissance de vie nouvelle qui lui permettra de franchir les obstacles que l’obscurité lui réserve.  Mais, Jésus n’a donné à personne une potion magique qui déjoue les obstacles, il a insisté  sur la notion de service.  Il leur a donné une espérance  qui les remplit d’énergie, mais les difficultés de la vie subsistent. Espérance et service, voila deux notions qu’il faut nous appliquer à mettre ensemble.
multiplication des pains

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Jean 18/35-38 La vérité : question sur l’avenir de la planète dimanche 16 juin 2019

Posté par jeanbesset le 8 juin 2019

La Vérité Jean 16:12-15

Vérité

12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter maintenant. 13 Quand il viendra, lui, l’Esprit de la vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de sa propre initiative, mais il dira tout ce qu’il entendra et il vous annoncera ce qui est à venir. 14 Lui me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi pour vous l’annoncer. 15 Tout ce qu’a le Père est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prendra de ce qui est à moi pour vous l’annoncer.

Lire aussi : Jean 18/35-38

Matthieu : 27/24

 Tout au long de l’Évangile de Jean, Jésus  s’interroge sur la Vérité. A la fin de ce même Évangile, Pilate en signant la condamnation à mort de Jésus se demande ce qu’est la Vérité. Mais en bon politique, il s’en lave les mains.  Bien qu’il en parle, la vérité ne fait pas partie de ses préoccupations principales. Ce qui compte pour lui, c’est sa vérité et non pas la vérité. En ce sens, nous lui ressemblons. La vérité semble donc être simplement une opinion,  pourtant, la recherche de la vérité fait partie des préoccupations spirituelles ou intellectuelles de tous les peuples et de tous les temps. C’est en son nom que l’on a fait les meilleurs et les pires des choses, c’est en son nom que l’on a fait taire les uns en les tuant, ou que l’on a fait crier les autres en les torturant. Pourtant la vérité est notre préoccupation première en matière de spiritualité.  La Vérité est au cœur de la Bible, car le Dieu d’amour, le Dieu de paix ou le Dieu de l’espérance, est aussi le Dieu de vérité

« Qu’est-ce que la vérité? » Demandera Pilate en se lavant les mains quelques jours après l’entretien de Jésus avec les siens sur la vérité, rapporté  dans l’Evangile de Jean. Pilate signifie par ce geste qu’il ne s’implique pas dans la mort de Jésus. Pourtant il va envoyer à la mort, sans état d’âme particulier, celui qui justement se propose de l’entretenir de la vérité, c’est dire que la vérité n’a aucun attrait pour lui, tout au moins la vérité telle qu’elle émane de Jésus. Pour Pilate, la vérité, c’est l’ordre, la discipline et la soumission. La vérité se limite à sa préoccupation immédiate. Il ne la vit que dans l’instant, mais cette vérité-là est éphémère, elle est très vite érodée par le temps. Quelques années plus tard, la décision de l’empereur qui enverra Ponce Pilate en exil changera, sans doute, sa conception de la vérité. De bourreau il deviendra victime, et il méditera alors d’une autre manière sur la vérité en attendant que la mort lui ferme les yeux sur sa propre vérité ou les lui ouvre sur la vérité de Dieu, mais on n’en sait  rien.

 Ainsi il y a plusieurs vérités, il y a celles qui appartiennent à la logique des hommes, qui varient au gré du temps et des modes. Elles sont multiples et prennent  différentes formes suivant les temps et les moments. Mais il y a aussi une vérité qui dépasse l’homme qui est d’ordre métaphysique et qui ne s’accomplit qu’en Dieu. Il y a donc des vérités : Il y a la vérité toute relative qui est celle des hommes et qui s’oppose au mensonge tel que les hommes le conçoivent, et puis, il y a une vérité qui nous dépasse, qui vient d’ailleurs et qui est la seule qui soit digne de retenir notre intérêt parce qu’elle vient de Dieu, parce qu’elle est en Dieu. Sa recherche ne préoccupait pas particulièrement Pilate, comme nous l’avons vu, ni ne préoccupe pas beaucoup de nos semblables, comme nous le verrons. Quoi que ?

 Cette aspect de la vérité qui se révèle en Dieu  nous dérange parce qu’elle a profondément divisé les croyants entre eux, c’est pourquoi   nous ne la saisissons que partiellement. On n’y entre que patiemment, et partiellement,  au prix de sacrifices  personnels qui nous amèneront à réviser certains aspects de notre foi.  Cela réclame toute notre attention et nous demande d’oublier et de dépasser  toutes les vérités relatives qui nous habitent, car c’est à ce prix que nous accéderons aux battements du cœur de Dieu.

Beaucoup d’entre nous pourtant limitent leurs relations à Dieu à l’acte de foi par lequel ils découvrent qu’ils sont  individuellement sauvés par grâce. Ils en font la seule vérité accessible à leur foi.  Ils  se limitent  au salut individuel qui concerne chaque individu, mais  le salut qui préoccupe aujourd’hui nos contemporains, c’est un salut collectif c’est celui de la planète toute entière, et c’est sur cet aspect des choses qu’il faut chercher la vérité de Dieu.

En fait, la foi ne doit pas se limiter au seul aspect, de notre relation personnelle à Dieu, elle doit dépasser notre souci individuel de relation avec lui pour s’étendre à toute la collectivité humaine.  Elle place Dieu devant nous comme Sauveur et Libérateur de   tous les hommes.  Le secret de notre foi dépend de la manière dont nous allons approfondir notre connaissance de Dieu en dépassant notre situation personnelle. Notre foi doit se remplir d’un contenu qui va donner du sens aux termes de Sauveur et de Libérateur du monde qui doit qualifier  Dieu. C’est ainsi que nous allons poursuivre notre recherche sur la Vérité.

Alors que les enjeux sur l’avenir du monde semblent de jour en jour s’aggraver, alors que les uns prophétisent un avenir sombre pour la planète et que d’autres tels Pilate s’en lavent les mains, nous avons peine à entendre la vérité telle qu’elle pourrait  émaner de Dieu. Les Eglises, quant à elles, pour la plupart du temps ne semblent faire écho qu’à des vérités émises par les penseurs qui les  ont pour la plupart empruntées  aux Ecritures elles-mêmes mais qui ne sont pas perçues comme pouvant venir de Dieu. On parle de solidarité, de partage, de responsabilité,  d’intérêt pour le prochain, les Eglises, comme le monde se colorent en vert mais l’espérance  ne semble pas s’imposer comme un élément déterminant pour l’avenir.  En parlant d’espérance pour qualifier leur attitude concernant l’avenir du monde  les églises donnent l’impression de botter en touche et de parler un langage obsolète. Or l’espérance, nous dit les Ecritures,  c’est le pari que Dieu a toujours fait sur l’homme.

Depuis l’origine des temps l’espérance a été inscrite comme élément décisif de la volonté divine, même si nous n’avons pas su et  ne  savons toujours pas la saisir. Ainsi, en guise d’exemple, je dirais qu’on on a toujours lu et interprété le récit d’Adam et Eve, comme celui de la chute  de l’homme qui l’a  enfermé pour toujours dans une culpabilité dont il ne se sort pas. Il a été considéré pour toujours comme  coupable  des échecs du monde liés à son péché qualifié d’originel. Cette tare se répéterait de générations en générations jusqu’à la fin des temps et aurait amené la planète à l’état où elle en est aujourd’hui. Seule le salut individuel acquis par Jésus pourrait modifier le sort de chacun. Mais n’est-ce pas  du sort de tous dont il s’agit ?

N’y aurait-il pas une autre lecture possible de ce récit? Ne faudrait-il pas plutôt considérer ce mythe comme l’expression de la chance de l’humanité qui sous l’impulsion de Dieu, face au péché de l’homme l’aurait rendu  industrieux,  si bien qu’il  il se mettrait à inventer de nouveaux modes de présence au monde, il ferait face  à toutes sortes de situations hostiles et il s’en sortirait en inventant toutes sortes de situations  nouvelles. Il  inventerait l’industrie et construirait des villes, cultiverait les champs. C’est ce que dit le texte biblique. Pourtant les hommes, prisonniers de leur avidité, sont sans cesse  passés à côté de leur chance en ne tenant pas compte  de leurs semblables, les moins chanceux qu’ils n’ont cessés d’opprimer. Si leur avidité était la  cause  de tous  leurs échecs, la chance  n’a jamais cessé de s’offrir à eux comme un perpétuel défi qui se formulait toujours en termes d’espérance.

Dans leur perpétuelle fuite en avant, leurs intuitions étaient bonnes, mais ils se sont la plupart du temps mis à suivre la mauvaise voie  et à s’appuyer sur leur mauvais penchants dont seule une conversion radicale pourrait les libérer et les ouvrir à l’espérance. Dérapage après dérapage, les inventions humaines   ont conquis toute la planète et les plus forts ont toujours semblés  imposer leurs lois. Pourtant,  les plus optimistes ne baissent pas les leurs garde et c’est leur espérance qui finit par  s’imposer. Si la folie semble avoir    gagné du terrain, l’espérance aussi a sans cesse progressée. Quelques exemples : Jadis le moindre coupable selon la justice en vigueur était torturé  et devait rendre compte de ses forfaits en subissant une condamnation à mort qui se soldait par la perte de leur vie. Aujourd’hui  les exécutions capitales  sont en pleine régression et la vie reprend ses droits. Si jadis l’homme avait droit de vie et de mort sur les siens, aujourd’hui la violence contre les femmes et les enfants   est proscrite et punie presque de partout. Sans qu’on s’en rende vraiment compte c’est l’espérance  qui semble s’imposer. Alors que le monde fait mine de moins croire en Dieu, il  se contente  simplement de manifester sa foi en l’avenir de manière différente.

Vérité 2

Alors que de partout, en tout cas dans le monde occidental, on fait comme si Dieu n’avait plus d’influence et qu’on ne se souciait nullement de sa présence. C’est pourtant à une vie meilleure pour tous que l’on travaille  et que l’on repousse au loin toute menace de mort. N’est-ce pas là la promesse que Dieu nous fait dans les Ecritures ? Si le succès  de l’entreprise n’est pas acquis, il est en bonne voie. L’homme rejoint dans ses aspirations celles que Dieu lui a toujours révélées.  S’il nous apparaît que  la planète est en danger, il ne faut pas pourtant pas  négliger les mains qui travaillent à la sauver avec les bonnes armes qui sont celles de Dieu qui les arme de jour en jour d’espérance.  

 

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Marc 5/21-43 Jésus maître de la vie – dimanche 1 er juin 2019

Posté par jeanbesset le 29 mai 2019

 

Marc  5/ 21-43

 

21 Jésus regagna l’autre rive en bateau, et une grande foule se rassembla auprès de lui. Il était au bord de la mer. 22 Un des chefs de la synagogue, nommé Jaïros, arrive ; le voyant, il tombe à ses pieds 23 et le supplie instamment : Ma fille est sur le point de mourir ; viens, impose-lui les mains, afin qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. 24 Il s’en alla avec lui. Une grande foule le suivait et le pressait de toutes parts.

 25 Or il y avait là une femme atteinte d’une perte de sang depuis douze ans. 26 Elle avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins, et elle avait dépensé tout ce qu’elle possédait sans n’en tirer aucun avantage ; au contraire, son état avait plutôt empiré. 27 Ayant entendu parler de Jésus, elle vint dans la foule, par-derrière, et toucha son vêtement. 28 Car elle disait : Si je touche ne serait-ce que ses vêtements, je serai sauvée ! 29 Aussitôt sa perte de sang s’arrêta, et elle sut, dans son corps, qu’elle était guérie de son mal. 30 Jésus sut aussitôt, en lui-même, qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule et se mit à dire : Qui a touché mes vêtements ? 31 Ses disciples lui disaient : Tu vois la foule qui te presse de toutes parts, et tu dis : « Qui m’a touché ? » 32 Mais il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela. 33Sachant ce qui lui était arrivé, la femme, tremblant de peur, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. 34 Mais il lui dit : Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal. 35Il parlait encore lorsqu’arrivent de chez le chef de la synagogue des gens qui disent : Ta fille est morte ; pourquoi importuner encore le maître ? 36 Mais Jésus, qui avait surpris ces paroles, dit au chef de la synagogue : N’aie pas peur, crois seulement. 37 Et il ne laissa personne l’accompagner, si ce n’est Pierre, Jacques et Jean, frère de Jacques. 38Ils arrivent chez le chef de la synagogue ; là il voit de l’agitation, des gens qui pleurent et qui poussent de grands cris. 39 Il entre et leur dit : Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. 40Eux se moquaient de lui. Mais lui les chasse tous, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, ainsi que ceux qui l’accompagnaient, et il entre là où se trouvait l’enfant. 41 Il saisit l’enfant par la main et lui dit : Talitha koum, ce qui se traduit : Jeune fille, je te le dis, réveille-toi ! 42 Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher — en effet, elle avait douze ans. Ils furent saisis d’une grande stupéfaction. 43 Il leur fit de sévères recommandations pour que personne ne le sache, et il dit de lui donner à manger. 

Marc 5 A 

  Deux miracles coup sur coup. Voilà de quoi émerveiller les foules, voilà de quoi alimenter les prédications de beaucoup de pasteurs pour nous inviter à nous émerveiller et à propos de Jésus et à nous aider croire  que c’est lui qui donne du sens à notre vie.

Voilà en quels termes pourrait commencer le sermon que je ne vais pas faire. Je vais chercher ailleurs  que dans le merveilleux, d’autres aspects de ce texte à côté desquels je ne voudrais pas passer. En  lisant attentivement ce récit on découvre des aspects du texte auxquels on ne s’attend pas, car aucun des acteurs n’agit comme on aurait pu le supposer. Ils font tous ce qu’il ne faut pas faire,  mais malgré tout leur démarche aboutit.  Ce texte fonctionne  comme si on nous donnait le contre-exemple des bonnes attitudes face à Jésus. Et malgré notre foi mal fondée, Jésus ne semble pas remarquer que  nos démarches sont maladroites que nos  attitudes théologiques sont  bancales. Il nous vient  en  aide et nous  apporte son réconfort.

  Nous pensons en faisant ce constat à toutes ces différences théologiques qui opposent les églises entre elles depuis parfois des millénaires et qui continuent à les diviser  au point de s’interdire tout  geste de communion entre elles alors que  Jésus les considéreraient comme des points de détails qui mériteraient  à peine qu’on s’y arrête.

 Le récit, nous l’avons noté,  est fait de  deux récits imbriqués l’un dans l’autre. Il y est question d’une femme guérie en pleine rue,  aux sus et aux vues de  tout le monde sans même que Jésus s’en mêle vraiment.  Dans l’autre récit, il est question d’une autre femme -  une fillette dit le texte, mais est-elle une fillette ? – qui se meurt avant que Jésus intervienne et qu’il rend à la vie  dans le plus grand secret familial.

 Pourquoi l’une est-elle guérie en public alors que pour l’autre Jésus, s’enferme avec elle et ses proches pour la réveiller ?  Sans doute  fallait-il, pour que la femme puisse retrouver pleinement  la jouissance de sa vie, qu’elle se trouve également  réintégrée dans la société. Sa guérison  signifie aussi sa réintégration dans la vie sociale puisque sa maladie la rendait inapte à la vie avec les autres à cause de l’impureté qu’elle subissait  du fait des pertes de sang dont elle souffrait. Quant à la jeune femme, son retour à la vie signifiait aussi une guérison de la cellule familiale qui elle-aussi est également malade, nous allons le voir, mais cela relevait de l’ordre du privé et n’avait besoin de n’être connu de personne.

 Douze ans séparent ces deux femmes. La maladie de la plus vieille a commencé au moment de la naissance de la plus jeune. C’est comme si  la plus vieille  endossait le rôle de la mère de l’enfant  qui n’occupe aucune place ici et qu’on pourrait considérer comme morte si Jésus, au dernier moment,  ne l’exhumait  du néant où elle semblait être enfermée. La mort plane  sur la vie de ces trois femmes dans un non-dit  qu’il nous faut maintenant décrypter. Au moment où la plus vieille retrouve une vie normale, la plus jeune  renaît à la vie, et la mère est rendue à l’existence.   Jésus se charge ainsi aussi bien des morts secrètes que des morts réelles pour répandre la vie  de partout où il est reconnu.

 Revenons à chacun des personnages de ce texte. Nous l’avons dit, aucun d’ entre eux  ne fait ce qu’il doit faire. Le récit est présenté de telle sorte qu’il suggère que les croyants font rarement ce que Dieu attend d’eux.  Sous couvert d’une démarche de foi, ils agissent, comme la femme  par superstition, où comme le Père  qui impose à Dieu, en manipulant Jésus la réponse qu’il espère.

 L’attitude de la femme malade correspond au type de la démarche superstitieuse. Elle n’en peut plus. Elle est épuisée physiquement par sa  perte de sang qui affaiblit son organisme et par toutes les vaines tentatives qu’elle a entreprises auprès des médecins et en désespoir de cause des guérisseurs.  En outre, la culture de son pays lui interdit tout contact  avec les autres à cause de son impureté permanente.  Ne la blâmons pas si elle pense qu’elle peut s’approprier clandestinement  un peu de l’énergie vitale que Dieu a mise en Jésus.  Jésus ne la blâme par pour son geste, mais pour le secret  avec lequel elle a opéré.  «  Pas besoin de se cacher pour espérer » semble-t-il lui dire. La puissance de vie dont dispose Jésus est pour tous. Par Jésus  Dieu donne à tous  la capacité de vivre, même malade  et même mort. Douze ans de vie et de souffrances viennent de voler en éclat par le seul contact discret, avec Jésus et les effets de  cette  puissance de vie vont  rejaillir sur la jeune fille de l’histoire suivante.

 Le Père de la jeune fille ne fait pas à son tour ce qu’il devrait faire.  Françoise Dolto a analysé  son cas avec attention.  Elle a montré qu’il a agi à tort envers Jésus  en lui ordonnant de faire ce qu’il doit faire à cause sans doute d’un complexe de supériorité mal assumé. Mais il a aussi   mal agi envers sa fille depuis sa plus tendre enfance dont il s’est totalement emparé au point que la mère ne joue plus aucun rôle auprès d’elle. Il semble avoir privé sa femme de son rôle de mère. Il parle de sa fille comme d’une petite fille alors qu’elle a douze ans. En Orient, en ce temps-là, elle était  à l’aube de devenir femme et se trouvait  déjà  en état d’être bonne à marier. Françoise Dolto estime que cette enfant est  étouffée et privée de possibilité d’entrer dans sa  vie de femme par un Père abusif et possessif.

 Devant le drame de sa fille il somme Jésus d’obtempérer avec condescendance et autorité. Cette attitude pleine de contradictions révèle  le mal être qui est en lui.  Il demande  à Jésus de lui imposer les mains comme s’il voulait, lui-même,  régénérer la vie de son enfant en manipulant Jésus et par extension Dieu lui-même. Jésus évidemment ne se soumet pas, mais ne lui  fait pas remarquer  ce qu’il y a d’offensant dans son attitude. Il reprend  cependant l’autorité à son compte. C’est lui, maintenant qui dit ce qu’il faut faire. Il rétablit l’unité familiale totalement rompue par la faute du Père en les réunissant avec lui et avec la mère dans la chambre de l’enfant. La jeune fille devient alors capable de vivre à nouveau et de sortir du sommeil léthargique où l’avait  enfermé l’attitude abusive du Père. La seule chose dont la jeune fille a besoin maintenant c’est de manger et de reprendre des forces. Le retour à la vie de l’enfant montre que Jésus avait vu juste. C’est son entourage qui la rendait inapte à la vie. En remettant chacun à sa place, la vie pouvait renaître.

Marc 5

 Toute action de Jésus est porteuse de vie. Elle relève simplement de l’évidence selon laquelle, notre foi en Dieu consiste avant tout à reconnaître qu’il est pourvoyeur de vie. Le miracle permanent en nous découle simplement de ce que nous reconnaissons cet état de fait. Ici on l’a vu, il s’agit non seulement de guérison de maladie, mais de guérison de la vie sociale. La malade est réintégrée dans la société, la jeune fille est rendue à la vie, mais elle est aussi guérie des abus que son père a pu lui faire subir et la mère  reprend pied dans la vie familiale.  Jésus ici est entouré d’une atmosphère de mort, mais il suffit qu’il soit reconnu pour que  la vie, toute la vie, reprenne ses droits. A nous de comprendre ce que la vie signifie pour Jésus.

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Jean 14/23-29 Le Saint Esprit à l’oeuvre en nous, dimanche 26 mai 2019

Posté par jeanbesset le 25 mai 2019

 Jean 14/23-29 Jésus répondit : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure auprès de lui. 24 Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Et la parole que vous entendez n’est pas la mienne, mais celle du Père qui m’a envoyé. 

 25 Je vous ai parlé ainsi pendant que je demeurais auprès de vous. 26 Mais c’est le Consolateur, l’Esprit saint que le Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que, moi, je vous ai dit. 

 27Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble pas et ne cède pas à la lâcheté ! 28 Vous avez entendu que, moi, je vous ai dit : Je m’en vais et je viens à vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, car le Père est plus grand que moi. 29 Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent, pour que, lorsqu’elles arriveront, vous croyiez.

saint esprit 3

 Que celui qui est triste et se sent abandonné, qui vit dans ce monde comme un prisonnier dans des jardins secrets où la vie l’a enfermé, verrouillé à l’écart des hommes par des éléments de vie qui le tiennent  cloitrés ne se désespère pas. Dieu est au courant de sa situation et lui envoie son Esprit afin que tout soit mis en œuvre pour qu’il se sente libre à nouveau. Encore, faut-il qu’il y mette du sien.

 Il n’y a pas de  honte à avoir des états d’âme, il n’y a pas de honte non plus à éprouver le besoin de sentir une présence à ses côtés, il n’y a pas de honte à sentir un cœur d’enfant battre dans sa poitrine d’adulte. Il n’y a pas de honte non plus à savoir que nous sommes des hommes et des femmes faits de chairs et de sentiments. Les épreuves du temps nous ont appris à nous blinder et à nous protéger à l’aide d’un masque que nous sauvegardons au mieux pour ne pas laisser transparaître la réalité secrète de notre personnalité. Derrière  les murs de l’apparence, nous gardons des secrets qui altèrent le cours de notre vie. 

 Dieu se propose de forcer la porte des jardins secrets de notre histoire personnelle. Il se propose par sa présence  de produire en nous un effet bénéfique, de provoquer une sérénité nouvelle dont les effets sont inhabituels. «Je me tiens à ta porte et je frappe » dit le Seigneur et pour qu’il entre chez nous il a besoin qu’on lui ouvre la porte. C’est à cette démarche que, sur l’injonction de Jésus je vous propose de  faire ce matin. La porte ouverte, Dieu s’approche et nous offre les services de Consolation dont nous avons tant besoin.

Il n’est sans doute pas difficile d’ouvrir une porte dont on détient la clé, mais pourtant à force de rester dans le secret, les mécanismes ont fini par se rouiller et  la serrure s’est complètement bloquée tant il est difficile de s’ouvrir, même à Dieu, et surtout à Dieu  dirai-je, tant  nous redoutons son  regard sévère et son  jugement. Cinq siècles de Réforme ne nous ont toujours pas libérés de cet aspect redoutable  dont les siècles antérieurs ont revêtu Dieu. Sa proximité fait encore peser sur nos consciences un sentiment de culpabilité dont nous avons du mal à nous sentir libérés.

 Pour rétablir des chances  de dialogue avec lui, Dieu se propose de faire une démarche nouvelle en notre faveur, il irradie  vers nous un supplément de sa puissance divine qui nous est présentée ici comme le « Consolateur ». En lui,  nous reconnaissons l’action du Saint Esprit que le texte de l’Évangile de Jean appelle le « Paraclet »

 Nous avons déjà, bien entendu, repéré l’œuvre du  Saint Esprit, mais avons-nous réellement constaté son action en nous  et autour de nous? C’est par son action, selon les Ecritures que Dieu  est intervenu, à l’origine des temps pour créer  le monde. Il y est présenté comme la puissance créatrice de Dieu et il est sensé présider à la destinée du monde. Il  a  exploré l’immensité du chaos avant de l’organiser. Et les Ecritures déclarent que tout ce qu’il a fait était bon. Il n’y a pas de raison pour que cela s’arrête.  Il a permis à Abraham de parler  cœur à cœur avec Dieu. Il a parlé par les prophètes,  il est descendu sur Marie et s’est posé sur la poitrine du Messie. Il est enfin venu sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Il continue son action en  provoquant le dynamisme de l’Église, il la rend active et missionnaire et la conforte dans sa fidélité. Nous le voyons  ainsi à  l’œuvre dans le monde  et  sur certains hommes remarquables, et bien souvent cela nous suffit. Mais pour Jésus, ça ne suffit pas, c’est pourquoi il attire ici notre attention. Il nous demande de considérer que le rôle  du Saint Esprit ne s’arrête pas là. Il a pour mission d’établir un lien particulier entre Dieu et chacun de nous. Dans ce rôle-là Jésus lui donne le titre de Consolateur, de « Paraclet ».

 Le Paraclet, ou le Consolateur, c’est donc ce supplément d’Esprit que Dieu nous envoie pour nous convaincre de l’efficacité de l’œuvre de Jésus Christ en  nous. C’est grâce à lui que nous croyons  que Jésus Christ nous a réconciliés  ( mis en harmonie) avec Dieu. Il nous a révélé l’immense amour de son Père pour  chacun de nous  et pour le monde aussi. Nous savons que par sa mort il a vaincu notre mort. Mais ces arguments intellectuels, s’ils sont nécessaires à notre compréhension des choses ne remplacent pas notre conviction intérieure. C’est pour accomplir cette fonction que le Seigneur envoie sur nous ce supplément de son Esprit. C’est par lui que tous les acquis de la foi en Christ deviennent certitude et nous transforment en profondeur.

 Il nous faut donc être prêts à accueillir le « Consolateur » en nous. Il nous faut prendre du temps pour travailler sur nous-mêmes par la méditation et la prière. C’est ainsi qu’il aura la possibilité de pénétrer en nous et  de faire sa demeure en nous.  Naturellement, quelques-uns parmi-vous vont considérer que je fais peu de cas de la grâce en évoquant cette nécessité de travailler sur nous et de faire des efforts sur nous-mêmes. Ils vont penser  que je renvoie la grâce au rayon des accessoires inutiles en préconisant d’une manière subtile le retour au salut par les œuvres.

 Qu’on ne se méprenne pas. Le salut nous est acquis par grâce, nous n’y avons aucun mérite. Dieu, par une décision dont le secret n’appartient qu’à lui a décidé de ne pas tenir compte de nos péchés avoués ou pas et de nous ouvrir tout grands ses bras de Père. Cela n’est nullement remis en cause. Ce que je dis simplement, c’est que pour prendre conscience de cette grâce et de l’immense privilège qu’elle révèle et  pour vivre pleinement du bonheur de se sentir sauvés, il nous faut accueillir ce supplément d’Esprit que Dieu nous donne. 

 Pour  l’accueillir, il faut s’y  préparer. Pour s’y préparer il faut  en faire l’effort. Il faut d’abord désirer qu’il s’installe en nous pour participer à notre vie intérieure. Il se comporte  alors comme un baume bienfaisant qui oriente toutes nos pensées  pour qu’elles se mettent en harmonie avec celles du Père. C’est alors que les consolations que nous espérons pourront se produire. Un supplément de vie prendra  alors place en nous pour alimenter nos désirs car nous avons besoin que nos frustrations soient prises en compte, qu’elles soient dépassées et qu’elles ne  fassent plus frein à toutes nos entreprises.

 Si on cherche l’étymologie du mot « Paraclet » que l’on traduit par « consolateur » mais aussi par défenseur ou avocat, nous découvrons en nous appuyant sur son sens en  hébreu qu’il vaudrait mieux traduire par « supplément de vie ».  Vous avez sans doute remarqué que c’est sur ce sens particulier que je me suis appuyé tout au cours de mon propos.  Si toutes les fois que vous lisez dans la Bible le mot « consoler », vous le remplacez par l’expression « donner un supplément de souffle » vous verrez alors quel dynamisme il y a dans ce mot.

 Le supplément de souffle se comporte comme une bouffée d’oxygène que l’on ferait respirer au malade pour le ranimer. Nous sommes des êtres en manque de souffle, et Dieu nous envoie gracieusement et généreusement ce souffle qui vient de lui. Il nous appartient maintenant d’utiliser ce supplément d’énergie pour surmonter ce qui entrave nos désirs, c’est ainsi que nous verrons se cicatriser nos plaies intérieures. Ce supplément d’énergie nous permet de sublimer nos frustrations et de nous projeter sereinement dans l’avenir.

Saint Esprit

 Je crois qu’aujourd’hui en 2019 nous ne prenons pas assez le temps de nous laisser habiter par ce supplément d’esprit. Nous sommes avides de connaissances, nous prenons du temps pour nous cultiver, ou pour nous divertir, mais nous ne prenons pas assez de temps pour reprendre souffle comme le coureur sur le bord de la piste. Nous ne prenons pas le temps de  descendre en nous-mêmes pour y saluer Dieu  qui habite déjà en nous et qui nous attend patiemment. C’est alors que nous pourrons  lui dire notre amour et nos inquiétudes. Nous devons nous ouvrir sans crainte à notre Dieu et il fera le reste. C’est en agissant ainsi que nous faciliterons l’accès   en nous au Saint esprit.  Prenez le temps de vous laisser bercer et cajoler par votre Dieu qui ne demande que cela. En acceptant cela vous découvrirez qu’il vous en donne encore  bien davantage.

 

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Jean 10/27-30 L’harmonie avec Dieu dimanche 12 mai 2019

Posté par jeanbesset le 8 mai 2019

27 Mes moutons entendent ma voix. Moi, je les connais, et ils me suivent. 28 Et moi, je leur donne la vie éternelle ; ils ne se perdront jamais, et personne ne les arrachera de ma main. 29 Ce que mon Père m’a donné est plus grand que tout — et personne ne peut l’arracher de la main du Père. 30 Moi et le Père, nous sommes un. 

(J’ai publié ce sermon en avril 2013 et je ne trouve rien à y modifier, si non que l’équilibre du monde s’est un peu plus fracturé et que l’harmonie avec Dieu est encore plus nécessaire)

petit prince 1

 Depuis l’école primaire notre esprit est habité par l’image d’un agneau qui se désaltérait dans le courant d’une onde pure. Il avait l’innocence de l’enfant  qui tète encore sa mère et n’avait aucune raison de subir l’arrogance d’un loup que la faim avait attiré en ces lieux. La morale de l’histoire est désolante. Pourtant combien de bambins n’ont-ils pas été contraints d’apprendre par cœur cette histoire lamentable au risque de voir leur inconscient déformé à tout jamais par l’affirmation selon laquelle la raison du plus fort est toujours la meilleure. Cette fable mémorisée par tant d’enfants n’a-t-elle pas contribué à conforter les plus vaillants dans leur bon droit, sans parler de l’effet néfaste qu’elle a pu avoir sur les plus vulnérables.

 En dépit de cette histoire, si les agneaux contribuent encore à attendrir les humains, c’est qu’ils sont mignons, par contre ce même Monsieur de La Fontaine classe les moutons et autres espèces parmi les animaux stupides, et cette idée reste profondément ancrée dans l’opinion.

 Il faudra alors qu’un petit prince descende de ses nuages pour remettre le mouton à sa place. Il éprouve de la sollicitude pour ce petit animal. Il s’inquiète à son sujet, parce qu’il pourrait bien manger sa fleur. Par le truchement d’Antoine de Saint Exupéry, voilà enfin le mouton redevenu un animal fréquentable. Il est même le sujet d’un entretien philosophique entre l’enfant et l’aviateur perdu dans les sables. Nous sommes inévitablement gagnés par la logique de l’enfant. Nous sommes alors  surpris que l’aviateur tourmenté par son problème de survie ne partage pas davantage le soucis du petit prince inquiet du sort de son mouton.

 Jésus aurait sans doute trouvé beaucoup de saveur dans cette histoire, parce que lui aussi s’est intéressé au sort des brebis, perdues dans le désert ou menacées par les voleurs. Il a même consacré tout le chapitre 10 de l’Evangile de Jean  à nous parler de son souci à propos du sort des moutons. Le sermon d’aujourd’hui va s’appuyer sur un tout petit passage de ce long chapitre pour se demander pourquoi et comment Jésus leur promet une part de son éternité.  Sans doute, comme le petit Prince, Jésus se montrerait-il plus sensible au problème du mouton qu’à celui du  pilote  absorbé,  par ses ennuis de moteur. Vue par un enfant la situation prend une autre tournure, car il  est plus important pour lui de savoir dessiner un mouton que de réussir à démarrer un moteur en plein désert !

 Sans doute  les contemporains de Jésus ont-ils eu, eux aussi beaucoup de mal à le suivre dans ses élucubrations au sujet des moutons. Jésus  ne voyait  pas le profit économique que l’on pouvait  retirer de ces animaux. Il n’envisageait  pas le profit que l’on pouvait  retirer des moutons, grâce aux sacrifices du temple. Il ne voyait pas en eux des bêtes de boucherie, il ne cherchait pas à leur tondre la laine sur le dos, ni à les traire en vue de faire du fromage. Mais à quoi lui servaient-ils ?

-  A rien !

 Les brebis dans ce récit n’ont aucune utilité. Le berger à qui Jésus s’identifie, n’a qu’un but c’est celui de les faire paître dans des près d’herbe tendre. Son seul souci, c’est celui de leur assurer le plus de confort possible. Jésus nous transporte donc dans un univers étrange, celui de la gratuité. Le berger s’active sans aucune rentabilité, et les brebis en s’engraissant n’ont aucune autre fonction, si non celle  de faire la joie de  leur berger.

Petit Prince 2

 Bien évidemment  nous sommes invités à nous retrouver dans le rôle des brebis.  Mais si les brebis n’ont pas de rôle à jouer, qu’en est-il de nous ? Avons-nous un rôle à jouer, et quel est le but recherché par Dieu en nous accordant la vie éternelle ? Aucun, si non son plaisir. Notre fonction sur cette terre serait donc de  remplir Dieu de bonheur. Nous sommes donc transportés aux antipodes de ce que notre société nous propose aujourd’hui quand  elle nous  explique qu’il n’y a pas d’avenir sans rentabilité et que la rentabilité ne peut  s’obtenir sans l’efficacité. Aux yeux de Dieu la réalité du monde se conjugue en d’autres termes et Jésus privilégierait volontiers les mots d’amour et de partage à ceux de rentabilité et d’efficacité.

 Apparemment Jésus n’appartient pas à la même planète que ceux qui nous dirigent, il est comme le petit prince plus soucieux de la survie d’une fleur, d’un mouton ou d’un renard,  que du bon fonctionnement d’un moteur d’avion. Ici se pose vraiment le problème que nous pose l’actualité d’aujourd’hui.

 Bien évidemment il ne faut pas être naïfs, nous devons quand même  revenir dans notre société, car notre vie ne se déroule pas dans le rêve mais dans la réalité. Notre vie sur terre ne peut se résumer à cultiver un farniente  inutile qui finirait par être tout à fait ennuyeux. Mais ce n’est pas non plus ce que Jésus veut nous dire. Il veut simplement nous rappeler que  le but de notre vie c’est  en priorité de faire plaisir à Dieu.  Dieu, quand à lui, se réjouit quand les choses vont bien, il se réjouit quand  la terre tourne correctement sur son axe et que les choses se passent parmi les hommes comme il le souhaite, quand tous sont correctement nourris et quand les malades sont soignés, et que les guerres se terminent par une paix durable.  Pour cela il faut que le respect de l’autre, l’amour du prochain, le partage des biens, la paix et la justice sociale soient au centre de nos  activités et de nos soucis. Quand tout cela est respecté, les rouages du

monde son bien huilés, et Dieu est satisfait. Tout cela n’exclut  pas la rentabilité ni l’efficacité dont nous parlions tout à l’heure, mais ce n’est pas elles qui doivent avoir priorité sur nos actions.

 J’arrête ici ces propos, parce qu’ils ne convainquent personne. Utopie, diront les économistes. « Ça ne pourra jamais marcher » diront les politiciens. « Ce n’est qu’un ramassis de rêveries » affirmeront les philosophes qu’une telle simplicité rebute. Pourtant ces idées que l’on vient de formuler ne sont pas nouvelles, ce sont celles de Jésus Christ  lui-même.!  Elles sont au cœur même des idées qui animent notre société occidentale. Pendant des siècles n’a-t-on pas fait  de l’enseignement de Jésus la religion d’état ? Alors, pourquoi cela ne marche-t-il toujours pas ?

 En fait les humains sont des créatures bizarres, ils projettent sur l’autre monde les idées que Jésus leur a transmises pour construire ce monde ci. Ils  imaginent, qu’après leur mort, le monde reposera sur des règles qu’ils refusent de respecter dans celui-ci. Pourquoi attendre le monde futur pour vivre comme Jésus le souhaite alors qu’il est théoriquement possible de le mettre en pratique dès maintenant ?

 Mieux!  Je reviens alors au texte que nous méditons aujourd’hui.  Dieu est allé  plus loin encore que ce que nous pouvons imaginer. Il nous propose dès maintenant d’entrer dans l’éternité et de vivre dès maintenant d’une vie qu’il nous promet éternelle. Tous ceux qui croient en Dieu et qui ont compris que l’enseignement de Jésus  est l’expression même de la volonté de Dieu ne mourront pas dit-il,  car ils sont déjà passé de la mort à la vie.

 Ce n’est donc plus notre fortune amassée tout au long de notre vie  qui fait de nous des êtres remarquables aux yeux de Dieu. Ce ne sont pas nos compétences professionnelles qui 

nous distinguent aux yeux de Dieu, c’est notre capacité à entrer en harmonie avec lui. C’est notre faculté de pouvoir nous mettre au service des autres qui constitue l’huile que nous devons mettre dans les rouages du monde pour que celui-ci soit en harmonie avec Dieu.

 A vue humaine, les hommes ne sont pas plus utiles ni plus rentables que des brebis que l’on n’élèverait pas  pour leur tondre  la laine sur le dos ou qu’on ne mangerait pas. En fait Dieu n’a pas fait  des hommes ses partenaires sur terre pour qu’ils soient  rentables mais pour prodiguer autour d’eux leur capacité à aimer et à vivre en harmonie avec les autres ; c’est sans doute à cause de cette capacité que l’Ecriture dit qu’ils sont faits  l’image de Dieu. Qu’on se le dise !

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Jean 21/1-19 Qu’en est-il de notre propre résurrection dimanche 5 mai 2019

Posté par jeanbesset le 28 avril 2019

Jean 21/1-19

 21 Après cela, Jésus se montra encore aux disciples sur les rives du lac de Tibériade. Voici de quelle manière il se montra.

2 Simon Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, qui venait de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples de Jésus se trouvaient ensemble.
3 Simon Pierre leur dit: «Je vais pêcher.» Ils lui dirent: «Nous allons aussi avec toi.» Ils sortirent et montèrent [aussitôt] dans une barque, mais cette nuit-là ils ne prirent rien.
4 Le matin venu, Jésus se trouva sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui.
5 Il leur dit: «Les enfants, n’avez-vous rien à manger?» Ils lui répondirent: «Non.»
6 Il leur dit: «Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez.» Ils le jetèrent donc et ils ne parvinrent plus à le retirer, tant il y avait de poissons.
7 Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: «C’est le Seigneur!» Dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, Simon Pierre remit son vêtement et sa ceinture, car il s’était déshabillé, et se jeta dans le lac.
8 Les autres disciples vinrent avec la barque en tirant le filet plein de poissons, car ils n’étaient pas loin de la rive, à une centaine de mètres.
9 Lorsqu’ils furent descendus à terre, ils virent là un feu de braises avec du poisson dessus et du pain. 10 Jésus leur dit: «Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre.» 11 Simon Pierre monta dans la barque et tira le filet plein de 153 gros poissons à terre; malgré leur grand nombre, le filet ne se déchira pas.
12 Jésus leur dit: «Venez manger!» Aucun des disciples n’osait lui demander: «Qui es-tu?» car ils savaient que c’était le Seigneur.
13 Jésus s’approcha, prit le pain et leur en donna; il fit de même avec le poisson. 14 C’était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu’il était ressuscité.
15 Lorsqu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: «Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ceux-ci?» Il lui répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que j’ai de l’amour pour toi.» Jésus lui dit: «Nourris mes agneaux.»
16 Il lui dit une deuxième fois: «Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu?» Pierre lui répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que j’ai de l’amour pour toi.» Jésus lui dit: «Prends soin de mes brebis.»
17 Il lui dit, la troisième fois: «Simon, fils de Jonas, as-tu de l’amour pour moi?» Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit, la troisième fois: «As-tu de l’amour pour moi?» et il lui répondit: «Seigneur, tu sais tout, tu sais que j’ai de l’amour pour toi.» Jésus lui dit: «Nourris mes brebis.
18 En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu tendras les mains et c’est un autre qui attachera ta ceinture et te conduira où tu ne voudras pas.»
19 Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre révélerait la gloire de Dieu. Puis il lui dit: «Suis-moi.»

Pêche miraculeuse 1

 Comment ces êtres de chair et de sang que nous sommes peuvent-ils ressusciter, si non en se laissant habiter par le Christ ? C’est ainsi qu’ils prolongent hors du temps tout ce que Jésus a  mis en œuvre en eux au cours de leur existence. Cette année encore nous avons célébré la  fête de Pâques.  Une fois encore nous avons ressenti un profond bien être en entendant proclamer : « Le Christ est ressuscité, Alléluia ! » Mais peut-être  sommes-nous  quand même troublés par la question de savoir ce qu’est la résurrection, celle de Jésus et la nôtre ?

  C’est avec ce questionnement que nous nous retrouvons ce matin en compagnie de Pierre et de ses amis. Nous découvrons alors que nous parvenons à la notion de résurrection grâce à une série de rencontres avec Jésus dont la somme constitue notre propre résurrection.

 En fait, si nous lisons les textes, nous sommes amenés à constater que notre approche de la résurrection est inséparable de la rencontre que nous faisons avec le crucifié. Dans tous les récits où on nous rapporte sa rencontre avec ses amis après sa mort, c’est lui qui en prend l’initiative. Il vient, il parle, il se fait reconnaître et de cet événement jaillit une réalité nouvelle pour celui vers qui il est venu. Notre foi en la résurrection naît de cette rencontre qui se produit pour chacun de nous, parfois au moment où il ne s’y attend pas. Bien évidemment notre rencontre avec le ressuscité ne se fait pas visuellement. Elle relève d’une expérience intérieure et se fonde sur le témoignage des Ecritures. Cette rencontre de Jésus déclenche en nous un dynamisme qui nous projette déjà dans l’éternité alors que nous sommes encore dans une existence terrestre tout emmêlés dans nos contingences matérielles.

 Bien que nous gardions un souvenir de ces expériences spirituelles où nous avons acquis la certitude que le Christ était vivant en nous, nous nous  sommes installés malgré tout dans nos habitudes. Le rythme des jours  a repris son cours et nous attendons sans trop y croire que Dieu mette à exécution, le plus tard possible, le projet de résurrection qui nous concerne.

 Le temps qui passe diminue notre enthousiasme et les soubresauts de la vie poussent notre âme à se raidir si bien qu’en constatant notre affadissement spirituel, nous nous culpabilisons et nous avons l’impression de perdre la foi !

 Que ceux qui éprouvent de tels sentiments se rassurent, cette situation doit être comprise comme une évolution bénéfique sur le chemin de la foi. Dieu se sert de nos  moments de questionnement pour nous permettre de nous élever d’un cran dans le domaine de la connaissance. C’est alors que la résurrection elle-même prend un aspect plus précis et que nous découvrons avec émerveillement comment Jésus utilise notre histoire personnelle et les aléas de notre existence pour construire l’être nouveau que nous sommes appelés à devenir.

 C’est dans cet état d’âme que nous  abordons ce récit de Pierre au bord du lac. Le temps a passé, il n’est plus à Jérusalem, il est revenu en Galilée où il a repris avec ses amis son métier de pécheur. Sans doute garde-t-il un souvenir des derniers événements passés, mais la vie a repris ses droits. Expérience spirituelle ou pas, il faut bien continuer à vivre ! Pourtant Pierre a eu une forte expérience avec le ressuscité. Il a été le premier à constater que le tombeau était vide selon l’Evangile de Jean.  Il a déjà été mis en présence du ressuscité par deux fois.

  Malgré tout, il est quand même revenu à ses filets. Si son âme a été illuminée, sa vie n’a pas encore changée. Pierre réagit comme s’il n’avait rien compris, c’est pourquoi il est retourné à la pêche. Cette fois-ci, la résurrection va s’installer dans ses convictions. C’est alors qu’il va comprendre. Toutes les étapes de sa vie vont défiler devant lui comme cela se produit, paraît-il dans les derniers instants d’un homme qui se noie. Et ces étapes qu’il a vécues vont lui être révélées comme autant d’expériences dont il n’avait pas saisi toute la portée et qui l’une après l’autre vont l’amener à comprendre ce qu’est la résurrection.

 Il va découvrir que pour être ressuscité à son tour, il doit se laisser envahir par le Christ afin que le Christ vive en lui et qu’il prolonge son œuvre par sa vie.  Il comprend que Jésus prend en charge sa vie passée, et sa vie à venir. Il va réaliser que le baptême qu’il avait sans doute reçu prenait alors pleinement son sens. C’est seulement, dans un dialogue personnel avec Jésus qu’il comprendra que de sa vie était en train de basculer dans une nouvelle réalité. Encore fallait-il qu’il laisse la résurrection s’installer en lui.

 Bien évidemment cette aventure de Pierre ne nous est racontée que pour que nous puissions faire le point à notre tour sur nos propres expériences spirituelles. Pierre  est pour l’instant dans la nuit, le petit matin se lève sur l’échec de sa vie. L’apparition sur le rivage renverse la situation et donne du sens à tout son passé. Pourtant il faudra qu’on l’aide à comprendre, il faudra que l’autre disciple, l’ami de Jésus lui traduise l’événement: « c’est le Seigneur ». Alors il se jette à l’eau, non sans avoir pris le temps de s’habiller car il était nu. Geste de pudeur pensons-nous ! Est-ce bien sûr ?

 Ce plongeon tout habillé en présence du Seigneur ressemble à un baptême à l’envers, c’est pourquoi j’ai parlé de son baptême tout à l’heure. Dans un baptême, c’est parce que l’on reconnaît que Jésus est Seigneur que l’on se dévêt pour être immergé. Pierre, quand il reconnaît que Jésus est le Seigneur, il fait le contraire comme s’il avait besoin de revivre les expériences qu’il avait déjà faites. Son baptême est ici évoqué à l’envers comme si on rembobinait le film de sa vie. Et à partir de cet instant, au cas où vous n’auriez pas compris toutes les séquences vont se faire à l’envers.

 Par le passé, Pierre avait semble-t-il toujours eu l’initiative. Ici, il laisse les autres ramer alors que lui se met à nager, non pas pour rejoindre plus vite le Seigneur, car il ne le rejoint pas, au contraire il remonte dans la barque quand les autres arrivés sur le rivage en descendent pour s’approcher du Seigneur. Il se met alors à décharger tout seul le filet. C’est comme si, il ne voulait pas se retrouver seul avec Jésus, bien qu’il en manifeste le désir profond sans oser aller jusqu’au bout.

 Tout ce qui est raconté ici, est le reflet  de son expérience intérieure et nous sommes nous aussi invités à la vivre  de la même façon.  L’aventure ne peut se continuer sans le face à face inévitable entre Pierre et Jésus. Par trois fois, Jésus l’invite à prendre en charge son troupeau. Allusion appuyée à sa trahison que Jésus ne mentionne pas, car la résurrection qui est en train de s’emparer de Pierre annihile tout ce qui est négatif dans sa vie et détruit ce qu’il y a d’aliénant dans son passé. Sa mission consiste à prendre à son compte l’œuvre du Christ.

pêche miraculeuse 2

 La résurrection prend son vrai sens, pour nous aussi,  quand nous nous laissons habiter par Jésus pour continuer dès maintenant l’œuvre qu’il a réalisée quand il était sur terre. Nous sommes appelés à devenir, tant que nous vivrons, les membres et la voix, l’intelligence et la sensibilité du ressuscité qui désormais vit en nous et c’est par nous qu’il agit.

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Jean 20/19-31 la résurrection dimanche 28 avril 2019

Posté par jeanbesset le 23 avril 2019

 

Jésus apparaît à ses disciples

19 Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l’endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 2 0Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. 21 Jésus leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. 22 Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit saint. 23 A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus. 

Thomas et le ressuscité

24Thomas, celui qu’on appelle le Jumeau, l’un des Douze, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint. 25 Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais lui leur dit : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne le croirai jamais ! 26 Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient fermées ; debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 27 Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ! Ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi ! 28 Thomas lui répondit : Mon Seigneur, mon Dieu ! 29 Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu !

Le but de ce livre

30 Jésus a encore produit, devant ses disciples, beaucoup d’autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31 Mais ceux-ci sont écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, par cette foi, vous ayez la vie en son nom

-Thomas JF Xavier  de Boissoudy

Il n’est pas facile d’être les amis d’un agitateur politique exécuté par les sbires du potentat local. Tous se taisent et se cachent. Ils restent muets comme une tombe. Ils sont eux-mêmes devenus une tombe dans laquelle ils ont enfoui leur passé récent avec leur maître vénéré. Avec sa mort, ils y ont enfoui leur lâcheté ainsi que l’horrible souvenir de la vision du supplice auquel ils ont sans doute assistée de loin. Leur mémoire s’est refermée sur eux comme une tombe avec leur passé. 

Mais  pouvaient-ils oublier définitivement tout ce que leur maître avait dit sur l’amour de ce Dieu qu’il appelait son Père, sur ce Royaume qu’il envisageait de construire avec eux, sur la haine des hommes à son égard, sur le rôle qu’il leur destinait après son « départ ». L’évocation de ses paroles.

ébranlait pour eux les parois rigides du tombeau et laissait s’échapper comme les bribes d’une espérance possible. Les jours passant, certains, plus spontanés que les autres s’appliquaient à reconstruire une foi en une réalité qui dépassait la mort, d’autres n’y arrivaient pas et ne pouvaient même pas l’imaginer. Les uns étaient plus spontanés que les autres, et tout cela prenait du temps pour se  construire. L’Evangile de Jean qui raconte cela a  sans doute opéré un raccourci  avec le temps. Il est à parier que ce temps de maturation a duré plus longtemps que celui suggéré par l’Evangile.

 Nous voilà maintenant en présence de ceux qui commencent à croire et qui s’opposent à celui qui se refuse à croire et qui ne laisse pas sortir de la tombe  l’espérance qu’il a muré dans le tombeau de sa conscience. Peut-être en sommes-nous là, nous aussi.

 Merci Thomas d’être celui que tu es, car tu poses les vraies questions et tu nous aides à approfondir notre foi. Tu ne te rallies pas à l’idée de la résurrection car elle t’aiderait trop artificiellement à porter le poids de tout ce qui t’accable. Il faut que cette idée brise les cloisons  du tombeau où tu as toi-même enfoui, ton Seigneur, tes souvenirs et même ton Dieu. Nous ne nous mettons pas à croire, parce que  la foi chrétienne  qui nous a été transmise est toute entière centrée sur la résurrection. « Si les morts ne ressuscitent pas notre foi est vaine » a dit l’apôtre Paul  dans l’épître aux Corinthiens. Paul insiste sur cette vérité incontournable selon laquelle la foi chrétienne n’aurait aucun sens si la résurrection n’en était pas l’élément central, mais il faut d’abord que tout cela s’inscrive en nous et que  s’ouvre pour nous le tombeau où nous maintenons encore enfoui notre foi et notre  espérance.

 Thomas l’incrédule va nous guider ce matin sur le chemin initiatique de la foi chrétienne. Il refuse de croire ce que les autres disent sans en apporter la preuve. Il est rationnel dans ses pensées. A y regarder d’un peu près, il n’y va pas de main morte, il met les autres aux défit de créer en lui une certitude qu’il n’a pas

.
Il nous montre par anticipation que si nous ne faisons pas de la résurrection une affaire personnelle, notre foi ne s’appuie pas sur de vrais fondements, car elle ne peut être que le résultat d’une expérience personnelle avec Dieu, à l’issue de laquelle nous découvrons ce qu’est vraiment la résurrection : une autre manière d’aborder la vie. C’est alors que Jésus se manifeste à nous, qu’il nous parle et qu’il s’empare de notre âme en venant vers nous. Il se propose de partager notre vie et il nous invite à partager la sienne. C’est au cours d’une telle rencontre que nous faisons l’expérience de la résurrection et qu’elle s’impose à nous. Mais encore faut-il faire cette expérience et tant que nous ne l’avons pas faite, nous en éprouvons comme une frustration.

 Cette frustration est bien celle de Thomas qui ne comprend pas pourquoi il est tenu à l’écart par son Seigneur et il considère le témoignage de ses frères comme un défi qu’il ne peut pas relever,

car la foi des autres ne sert pas à l’acquérir pour ceux qui ne l’ont n’a pas, puisque elle est le résultat d’une intervention que Dieu fait en nous. C’est un acte créateur que fait Dieu pour chacun de ceux qui croient.

Le chemin de la résurrection leur est-il fermé? Certainement pas !

On s’est interrogé pendant des siècles sur cette question sans donner de réponse satisfaisante. Je sais, pour ma part, que celui qui a le désir de rencontrer Dieu ne sera jamais privé de l’intervention de celui-ci, mais il devra attendre parfois longtemps et cette attente est frustrante. Celui qui désire cette rencontre avec Dieu doit se mettre dans une situation telle qu’il sera capable d’en recevoir le souffle créateur et d’être transformé par lui. Est-ce à dire qu’il y a un blocage en Thomas qui l’empêche de croire, comme chez tous les chercheurs infructueux de Dieu? Sans aucun doute.

Nous le rejoignons 8 jours après. Il n’a toujours pas cédé à la pression des autres et il attend que Dieu agisse en lui. Mais vous vous rappelez certainement que c’est lui qui en a fixé les critères de la rencontre. Il a défini de quelle manière Jésus ressuscité devait venir vers lui. C’est alors qu’il toucherait ses plaies, mettrait ses doigts dans la marque des clous, voilà ce qu’il veut. Le Jésus qu’il veut, celui auquel il pense, est encore un Jésus terrestre, un homme qui reste dans le prolongement de ce qu’il a déjà vécu avec lui, un homme qui n’est pas vraiment ressuscité puisqu’il porte encore les marques de son supplice. Thomas n’est pas capable d’imaginer une autre réalité qui ne soit au-delà de la vie terrestre.

Pourtant, si Jésus est vraiment ressuscité il doit être revêtu d’un corps nouveau qui ne porte plus les marques de son supplice. Le Jésus ressuscité qu’il espère et auquel il ne croit pas encore devrait être un être recréé par Dieu, d’une autre nature que l’être mortel qu’il a vu pendre lamentablement accroché par des clous au bois d’une croix.

Beaucoup de croyants figent leur réflexion en matière de résurrection à ce niveau-là. Ils se limitent à un miracle qui serait la réanimation d’un corps, comme si la vie se trouvait enfermée dans une conception matérielle de l’existence. Oserai-je dire que Thomas, à cause de sa conception rigide des événements, redoute la manifestation de Dieu en lui. C’est le cas de beaucoup de ceux qui se refusent à croire en autre chose que ce que leur propre imagination leur dicte. Comme Thomas,  ils rangent la foi qu’ils n’ont pas encore dans des catégories de pensée auxquelles ils ne veulent pas avoir recours.

Dieu est patient, il attend le temps nécessaire pour que chacun soit capable d’accepter Dieu comme Dieu veut être perçu. Pour lui la résurrection n’est pas une vie améliorée, mais une vie recréée. «Crois-tu cela Thomas ? » Thomas est ébranlé par la longue attente. Huit jours est-il dit. Jésus vient, comme il le souhaitait. Il se présente à lui comme ce mort régénéré qu’il attendait. Dieu, quand il se manifeste à nous, tient compte des limites de nos capacités à le recevoir. Mais en même temps il nous aide à les dépasser. Jésus lui présente ses membres meurtris. Thomas ne les touche pas. Il ne met pas ses mains dans son côté. La résurrection n’est plus pour lui liée à l’aspect matériel du mort qu’il avait connu. Il a dépassé la logique humaine et peut entrer dans celle de Dieu.

« Mon Seigneur, et mon Dieu » dit-il ! Tout a basculé dans le divin. Dans celui qui se présente à lui, il reconnaît Dieu, pas besoin de le toucher, surtout pas ! Pas même besoin de le voir ! Impossible d’exprimer l’inexprimable. Il sait en cet instant que Dieu a créé pour lui une réalité nouvelle. Il est désormais habité par la plénitude du divin. Inutile de voir ou de toucher pour croire. Il suffit de se laisser pénétrer par l’esprit qui crée en lui, comme en nous une réalité nouvelle. Heureux, désormais ceux qui, comme Thomas feront ce parcours, tel un parcours initiatique, car ils pourront croire sans avoir vu.

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Luc 19/28-40 Les Rameaux, méditation sur la violence- dimanche 14 avril 2019

Posté par jeanbesset le 11 avril 2019

Luc 19/28-40

Après avoir ainsi parlé, il partit en avant et monta vers Jérusalem. 29 Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près du mont dit des Oliviers, il envoya deux de ses disciples, 30 en disant : Allez au village qui est en face ; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est jamais assis ; détachez-le et amenez-le. 31 Si quelqu’un vous demande : « Pourquoi le détachez-vous ? », vous lui direz : « Le Seigneur en a besoin. » 32 Ceux qui avaient été envoyés s’en allèrent et trouvèrent les choses comme il leur avait dit. 33 Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous l’ânon ? 34 Ils répondirent : Le Seigneur en a besoin. 35 Et ils l’amenèrent à Jésus ; puis ils jetèrent leurs vêtements sur l’ânon et firent monter Jésus. 36 A mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin. 37 Il approchait déjà de la descente du mont des Oliviers lorsque toute la multitude des disciples, tout joyeux, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus. 38 Ils disaient : Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire dans les lieux très hauts ! 39Quelques pharisiens, du milieu de la foule, lui dirent : Maître, rabroue tes disciples ! 40 Il répondit : Je vous le dis, si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront !

41 Quand, approchant, il vit la ville, il pleura sur elle 42en disant : Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix ! Mais maintenant cela t’est caché. 43 Car des jours viendront sur toi où tes ennemis t’entoureront de palissades, t’encercleront et te presseront de toutes parts ; 44 ils t’écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps de l’intervention divine. 

45 Entré dans le temple, il se mit à chasser les marchands 46 en leur disant : Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits.

 Rameaux 1

Nous nous plaisons à repérer les merveilles de Dieu dans les beautés de la nature. Nous  disons que les espaces infinis sont témoins de sa grandeur  et que sa toute-puissance se révèle dans l’harmonie de  l’univers. Par contre, il est aussi possible de contempler les merveilles de Dieu dans la qualité des relations qui peuvent s’établir entre lui et les créatures vivantes. Quand la Bible cherche à nous faire comprendre la grandeur  de Dieu elle nous parle surtout d’amour, de partage, de miséricorde ou de pardon. Il semblerait plutôt que ce soit à partir de ces sentiments que je viens d’énoncer que  Dieu cherche à se révéler au monde et il invite les hommes à intervenir dans la marche des nations en usant de ces qualités plutôt que de s’émerveiller sur  ce qu’il y a de prodigieusement divin  dans  le raffinement subtile de l’infiniment petit ou dans ce qu’il y a de grandiose dans l’infiniment grand. C’est en invitant les hommes à user de ces sentiments que Dieu cherche à piloter le monde, mais ça ne se passe pas toujours comme il le voudrait. Et quand les hommes n’agissent pas selon ses désirs, c’est lui Dieu qui en devient malheureux et il en souffre profondément.

Pourtant, il ne se reconnait pas la possibilité de modifier le cours des choses afin que ça se passe comme il l’a prévu. Si les choses évoluent heureusement, c’est que les hommes sont entrés dans ses projets et ont décidés d’agir selon ce qu’ils ont compris de Dieu. En nous enseignant  ces choses, Jésus ne peut s’empêcher de prendre à son compte la tristesse de Dieu quand les hommes ne l’entendent pas et ne l’écoutent pas. Ici, dans cette traversée de Jérusalem,  il ne peut s’empêcher de pleurer quand il entrevoit  l’avenir d’une société qui s’égare en se détournant de Dieu sans même s’en rendre compte. Dans ce récit, il verse des larmes sur son  pays  en songeant à son avenir. Il  le voit avec clairvoyance. Déjà il pressent que le conflit latent des juifs et des romains va mal finir  et qu’il se terminera par une guerre  dont les conséquences seront terribles. On l’appellera la guerre des juifs, et amènera l’anéantissement de leur société. Jésus pleure sur Jérusalem alors que ses habitants et que ses dirigeants, prêtres,  scribes et pharisiens,  n’ont encore rien compris du message constant que Dieu adresse à son peuple par la voix des prophètes  et selon lequel l’avenir ne peut se régler par la violence à laquelle Dieu ne s’associe  jamais, même pour sauver l’honneur de son nom quand celui-ci est mis en cause.

Jésus  s’est attaché, pendant tout son ministère à mettre ces vérités en valeur.  L’honneur de Dieu dépend davantage de la manière dont les hommes pratiqueront l’amour entre eux que de la sauvegarde de sa dignité.  Jésus s’est attaché  à ce que le respect de la loi auquel ses contemporains étaient si attachés,  vise davantage à respecter la vie des autres, même des plus modestes, que la préservation de l’honneur de Dieu.  Luc, L’auteur de l’Evangile qui nous rapporte cet événement a mis au cœur de ce récit la description des  pleurs de Jésus  sur l’avenir de la nation qui va droit à la catastrophe parce que ses contemporains préféreront défendre l’honneur de Dieu bafoué par les romains en usant de leurs armes, plutôt que de pratiquer  l’amour du prochain sous toutes ses formes possibles.  Luc  écrivit son Evangile plusieurs années après que ces événements se soient produits, si bien qu’il peut  nous rapporter avec précision comment Jésus a vu prophétiquement  les conséquences que pouvaient entraîner le déchainement de la violence que jamais Dieu n’a préconisé, ni Jésus encouragé.

Malgré les gestes courageux des prêtres qui  ont préféré brûler dans l’incendie du temple plutôt que de se faire prendre,  aucune action significative de Dieu n’a pu être discernée, et il ne semble pas avoir pesé par son intervention sur l’issue des combats. Jésus savait que l’entêtement des pharisiens à s’enfermer dans leur interprétation de la Loi  amènerait tôt ou tard leur perte. C’est ce qu’il a voulu faire comprendre en provoquant cet événement que nous célébrons sous le nom  de dimanche des Rameaux. Même s’il met ici en valeur l’amour de Dieu pour les hommes et que les hommes présents y participèrent en se mêlant à la joie populaire  savamment organisée, Jésus sait bien que cet épiphénomène ne changera rien. Les hommes, ce jour-là séduits par ses propos et par l’ambiance qu’il  créée, le renieront quelques jours plus tard, l’abandonneront au pouvoir de ceux qui le crucifieront et oublieront ses propos.  En acceptant de mourir quelques jours plus tard pour mettre en évidence toutes les valeurs de l’amour, Jésus révèle que l’amour  devient la seule clé possible pour comprendre la volonté de Dieu.

Cet événement qui raconte  la traversée de Jérusalem par Jésus sur un âne est comme une forme d’enseignement en acte, savamment mis en scène par lui.  Jésus agit  ici comme  un bon technicien de la communication. Tous les détails de la scène ont savamment été préparés par lui et rien n’a été improvisé.  Il lui fallait la participation d’un âne pour évoquer l’intronisation royale de Salomon que  Jésus propose   de s’attribuer à lui-même. Jésus a dû mettre dans le coup le propriétaire de l’animal qui le confiera à ses  disciples contre un mot de passe : « le Seigneur en a besoin». C’est dire la prudence de Jésus.  L’âne joue ici un rôle important. Dans ce court récit qui en rend compte,  il n’a pas fallu moins de 7 versets sur 18 pour décrire l’action du petit bourricot qui devient le héros du jour. Tout ça pour un âne ! Il est  pourtant si humble et si modeste que personne ne fait attention à lui

Pourtant, c’est bien le petit âne ici qui prend Jésus en charge.  Chacun a compris qu’il est invité à jouer   le même rôle que lui, car il s’agit pour lui comme pour nous de porter Jésus. Si vous êtes  donc de bons chrétiens, vous devez vous comporter comme des  ânes  et porter Jésus humblement et sans prétention.

L’histoire se répète, Jésus  reconstitue par ce spectacle qu’il donne à la foule, la scène  au cours de laquelle Salomon fut intronisé roi par  son père David. Il suivi le même parcours pour rejoindre le temple caracolant sur un âne lui aussi.

Le message est clair, chacun comprend qu’il a vocation de porter Jésus et de pratiquer son évangile d’amour. En agissant ainsi, il  participe à la royauté de Jésus  en œuvrant à la construction du Royaume de Dieu dont Jésus est l’initiateur. Jésus ne sera vraiment roi, et son règne se sera effectif que si, comme un âne nous prenons l’Evangile en charge et le portons à la connaissance de nos contemporains. Si nous ne le faisons pas le monde sera en danger  de ne pas comprendre la volonté de Dieu, comme ce fut le cas lors de la guerre des juifs qui pourrait se répéter à chaque génération.

Chacun a peut-être eu du mal à comprendre tout cela car la scène a du se passer très vite. Nous l’avons compris, Jésus était clairvoyant, le bruit de la foule en liesse a certainement attiré l’attention de la garde et l’affaire aurait pu tourner mal si on ne s’était hâté de libérer la place avant  qu’elle ne fasse cesser la manifestation. Heureux celui qui a compris ce message pendant le court instant que cette scène a duré.

.Rameaux 2

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle ne s’arrête pas, comme cela aurait pu se faire,  sur  une intervention violente des soldats de Pilate qui auraient pu interrompre l’événement, mais sur un geste de violence délibérément provoqué par Jésus lui-même en entrant sur le parvis du temple au sommet du chemin  qu’il suivait et qui le conduisait au sanctuaire. Pourquoi chassa-t-il les marchands à coups de fouet ?  Beaucoup ont donné des avis contradictoires. Pour ma part, il me semble qu’en agissant ainsi Jésus dénonçait la vanité de la violence. Il savait qu’il ne changerait rien aux rites du temple ni à ses sacrifices sanglants, il savait aussi qu’il n’allait pas non plus modifier la théologie des prêtres ni leur prédication qu’il critiquait chaque fois qu’il prenait la parole. Il savait que la révolution spirituelle qu’il était venue apportée ne  se ferait pas plus vite. Jésus montrait  en agissant ainsi que  rien ne changerait par la violence, mais que tout serait possible par l’amour et la douceur. Jésus démontrait ainsi par cette violence gratuite, que la violence ne sert à rien et que Dieu jamais ne s’y associerait pour faire avancer les choses.

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Luc 13/1-9 parabole du figuier stérile dimanche 24 mars 2019

Posté par jeanbesset le 21 mars 2019

 Parabole du figuier stérile Luc 13/1-9

 Les Galiléens massacrés par Pilate

 1 En ce temps-là, quelques personnes vinrent lui raconter ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs sacrifices. 2 Il leur répondit : Pensez-vous que ces Galiléens aient été de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte ? 3 Non, je vous le dis. Mais si vous ne changez pas radicalement, vous disparaîtrez tous de même. 4 Ou encore, ces dix-huit sur qui est tombée la tour de Siloam et qu’elle a tués, pensez-vous qu’ils aient été plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? 5 Non, je vous le dis. Mais si vous ne changez pas radicalement, vous disparaîtrez tous pareillement.

 La parabole du figuier stérile

 6 Il disait aussi cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher du fruit et n’en trouva pas. 7 Alors il dit au vigneron : « Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le donc : pourquoi occuperait-il la terre inutilement ? » 8 Le vigneron lui répondit : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je creuse tout autour et que j’y mette du fumier. 9 Peut-être produira-t-il du fruit à l’avenir ; sinon, tu le couperas ! »

figuier

 Ce matin, l’Évangile de Luc s’ouvre pour nous comme les pages de notre  journal quotidien. Comme tous les journaux, il ne contient aucune bonne nouvelle en perspective, au contraire,  Il commence par l’énumération  d’une une série de mauvaises nouvelles qui nous attristent sans pour autant nous affecter, tant nous en  avons l’habitude. Par la suite le quotidien continue par la chronique « jardinage » en nous livrant  les commentaires d’un jardinier en difficulté avec un figuier. Même si cela ressemble à ce qu’on lit dans nos journaux,  à la différence de ceux-ci,  nous sommes ouvertement interpellés  par la question du rôle de Dieu  dans la marche de choses.

 La première colonne de ce pseudo journal  s’ouvre sur  le récit d’un massacre de pèlerins par l’autorité occupante  dans le temple au moment des sacrifices. Nous sommes invités à nous demander pourquoi Dieu a permis une telle horreur. Nous cherchons  à la hâte des  explications  qui relèveraient du bon sens  et qui expliqueraient  une telle situation. Le contexte semble suggérer que ces  gens devaient être bien coupables pour que Dieu, même si son nom n’est pas prononcé, accepte que leurs dévotions soient interrompues d’une manière si cruelle. On ne s’étonne pas que le gouverneur Pilate ait  ordonné la chose, car sa brutalité est bien connue, mais on peut justifier son action, si non l’excuser en pensant plutôt que ces gens massacrés étaient des  rebelles Zélotes qui auraient fomenté un attentat dans le temple et dont le projet aurait été déjoué. En tout cas personne ne s’étonne vraiment de rien. Jésus  pour sa part semble prendre lui aussi de la distance par rapport à l’événement qu’il commente   d’une manière laconique en nous laissant le choix  de notre appréciation et  en disant  seulement que nous sommes tous menacés et qu’il faut s’y préparer. Il faut donc nous préparer au pire pour ne pas être surpris.  L’espérance, à la recherche de laquelle nous sommes venus au culte semble ne pas être  au rendez-vous.

 La deuxième manchette du journal  va dans le sens  de la conclusion précédente. Elle fait état d’une catastrophe : « Une tour s’effondre à Siloé : 18 morts ». L’événement  est présenté comme un banal fait divers, et Jésus  fait le même commentaire que précédemment.  Aucune allusion directe à Dieu qui n’y est pour rien ! Dans  un journal d’aujourd’hui on n’aurait pas manqué de dire que les victimes étaient innocentes, comme si les journalistes étaient  qualifiés pour décider de l’innocence des uns ou des autres. Jésus semble accepter l’événement sans rien dire.  Mais dans quel monde cet évangile nous plonge-t-il ? Quelle est cette théologie ou plutôt cette absence de théologie que Jésus développe ici ? Dieu ne peut-il rien quand les catastrophes se produisent ? De quelle manière est-il présent dans ce monde ?  Comme dans le cas du massacre des Galiléens, Dieu se servirait-il  des événements pour exercer un châtiment  contre des gens qui seraient malgré tout coupables  d’un quelconque péché?

 On ne veut pas croire cependant que le hasard est aveugle et qu’il frappe sans raison. «Qu’ai-je fait au bon Dieu pour qu’il en soit ainsi ? » Disons-nous souvent, comme si cette dernière thèse avait un fond de vérité. On ne peut croire en Dieu et considérer qu’il regarde le monde du haut de ses demeures sans réagir aux événements.  La bonne nouvelle espérée au début de ce propos est en train de se déliter.

 Sans transition, nous tombons sur la  rubrique jardinage. Nous sommes placés face au dilemme  qui  oppose un propriétaire à  son jardinier. Ils ne sont pas d’accord sur le sort que  l’on doit réserver à un figuier qui ne porte pas de fruits. C’est un cas suffisamment rare pour qu’on en parle car ce type d’arbre s’accommode de tout terrain et produit des fruits dans les 3 ans qui suivent sa plantation. Celui dont il est question ici n’obéit pas aux règles. Il n’est pas surprenant que le propriétaire  qui  se soucie de valoriser son champs décide de le couper  avant qu’il n’ait épuisé la terre de la vigne au milieu de laquelle il a été planté.

 L’affaire aurait bien vite  été réglée si le propriétaire n’avait pas eu à faire à un jardinier zélé, trop amoureux des plantes pour obtempérer sans rien faire. Ce serait un véritable supplice pour lui de détruire un arbre, même improductif, sans avoir tout tenté  pour le valoriser. Il plaide donc auprès du propriétaire la cause de l’arbre rétif. Il se propose de mettre la main à la pioche, de creuser la terre, de l’amender.  Il espère que  peut-être ses soins ajoutés à  une année supplémentaire sauveront l’arbre.

En disant  « peut-être», le jardinier apporte comme l’ombre d’un espoir pour le figuier. Peut-être cette histoire va-t-elle changer notre regard sur l’action de Dieu sur ce triste monde où nous vivons ?  Mais la note d’espoir, c’est le jardinier  qui l’apporte ici, pas le propriétaire  que l’on confond à tort avec Dieu. Pourtant  si ça ne marche pas, si l’espoir du jardinier est déçu, si l’arbre ne porte pas de fruit, il sera coupé, par le maître  est-ce à-dire par Dieu ? Ce qui signifierait peut-être que celui qui ne porte pas de fruits pour Dieu serait apparemment inutile et devrait disparaitre.

A ce moment-là, se produit un  renversement de situation. Le jardinier  ouvre la porte à l’espérance pour que  l’arbre inutile continue à vivre.  Il remet en cause l’image de Dieu qui s’est dissimulée derrière celle du propriétaire.  Qui est donc ce propriétaire amateur de figues ? On s’est laissé aller à croire  un instant qu’il était Dieu, mais un instant seulement, car apparemment, Dieu n’est pas dans ce rôle-là. On l’imagine mal dans le rôle du propriétaire recevant des consignes de la part de son serviteur. Or dans cette parabole, c’est , le vigneron qui prend les initiatives et qui dit au maître ce qu’il doit faire.

 Pour comprendre, il va falloir inverser les valeurs. Pour que le texte rende justice à Dieu , il faudrait que ce soit  le propriétaire  qui  mettre  la main à la pioche or, celui qui est généreux envers le figuier c’est le jardinier et  celui  qui tient le mauvais rôle  c’est le propriétaire,  ce ne peut pas être Dieu. C’est l’image traditionnelle  du Dieu exigeant à l’égard de ses créatures  qui est ici remise en cause,  il est suggéré par Jésus qui raconte la parabole qu’il  doit  tenir un autre rôle.

 Habituellement les hommes n’accordent leur confiance à Dieu que s’il ressemble au propriétaire de la parabole qui met les hommes et les choses au service de sa divinité. Mais ça ne marche pas ainsi selon Jésus. Il voit les choses autrement, il estime que la bonne nouvelle c’est  de considérer que le monde n’est pas voué à la fatalité d’un Dieu  qui mettrait les hommes au service de sa divinité.  Le bon visage de Dieu selon Jésus c’est celui d’un Dieu   qui travaille à améliorer le monde. Jésus  enseigne aux hommes à le considérer autrement qu’ils ne le font habituellement. Un Dieu qui n’intervient dans le monde que par les hommes qu’il inspire.

 Tel est la réalité de Dieu que Jésus suggère ici.  Or ce n’est pas celui auquel nous pensons  habituellement. Nous pensons à  un Dieu  qui dans le cas présent   aurait  protégé les pèlerins au moment où ils faisaient leurs dévotions,  qui aurait  retenu la tour avant qu’elle ne s’écroule, et qui maintenant devrait éliminer le figuier qui ne sert à rien. Jésus conteste ici l’idée selon laquelle  les hommes voudraient influencer Dieu pour qu’il fasse ce  qu’ils souhaitent  qu’il fasse. Ils se comportent généralement, comme s’ils  étaient les maîtres d’un  Dieu qui ne veut pas leur obéir.

La bonne nouvelle ici, c’est que Dieu n’a pas besoin de nous pour  que nous lui  donnions  des  conseils et encore moins des ordres, car il sait déjà ce qu’il faut faire pour que les choses aillent mieux et il nous inspirent les choses à faire. Il nous  suggère de mettre la main à la pâte et de travailler pour que la vie s’enrichisse autour de nous. Ce n’est pas à nous  de couper les arbres improductifs, mais c’est à nous de bêcher le sol pour que l’arbre s’améliore. En fait Dieu n’a pas lui-même des mains pour agir. Dieu n’agit pas, il inspire! C’est à nous de mettre en pratique ce qu’il nous suggère. Ici c’est à l’homme de mettre les mains dans le fumier, pas à Dieu.figuier 2

 En fait, la plupart de nos concitoyens  vivent dans ce monde comme si Dieu n’existait pas pas, mais  il est tellement plus profitable à tous, et c’est tellement plus porteur d’espérance, de savoir que Dieu est avec nous dans ce monde  et qu’il nous inspire  les idées généreuses que nous avons pour que ce monde aille mieux.  Ainsi nous serons assez patients pour attendre que le figuier produise des fruits et que les idées pour le mieux-être de tous que Dieu nous inspire s’emparent du monde. C’est pour cela que nous œuvrons dans le monde pour  le rendre conforme à ce que Dieu a prévu pour le mieux-être de tous.

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