Actes 2/1-11 Pentecôte – dimanche 4 juin 1997 –

Posté par jeanbesset le 23 mai 2017

PENTECOTE Actes 2/1-13 La venue de l’Esprit saint reprise 2011Pentecôte A

1  Lorsque arriva le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble en un même lieu. 2 Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis. 3 Des langues leur apparurent, qui semblaient de feu et qui se séparaient les unes des autres ; il s’en posa sur chacun d’eux. 4 Ils furent tous remplis d’Esprit saint et se mirent à parler en d’autres langues, selon ce que l’Esprit leur donnait d’énoncer.5 Or des Juifs pieux de toutes les nations qui sont sous le ciel habitaient Jérusalem. 6 Au bruit qui se produisit, la multitude accourut et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. 7 Étonnés, stupéfaits, ils disaient : Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? 8 Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? 9 Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, d’Asie, 10 de Phrygie, de Pamphylie, d’Égypte, de Libye cyrénaïque, citoyens romains, 11 Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons dire dans notre langue les œuvres grandioses de Dieu ! 12 Tous étaient stupéfaits et perplexes ; ils se disaient les uns aux autres : Qu’est-ce que cela veut dire ? 13 Mais d’autres se moquaient en disant : Ils sont pleins de vin doux !

Au premier temps de l’Eglise, la grande menace qui planait sur les chrétiens était d’être pris pour des fantaisistes provocants, à l’image de ce que furent les hippies dans les années soixante dix qui préconisaient la paix universelle et l’abolition des règles contraignantes de la société. Ils réclamaient aussi l’amour libre et le non respect des règles religieuses.

La suite va justifier cette menace. Une seule phrase a suffi pour les caractériser : « ils sont pleins de vin doux » Cette phrase a été utilisée dans le Livre des Actes, vous venez de l’entendre, pour exprimer l’ impression que la première communauté chrétienne a laissée auprès des témoins de sa naissance. Elle fut perçue comme un mouvement contestataire de la société, de la morale, de la politique et de la religion qui a vite inquiété les autorités de cette époque. Sans doute ce récit résume-t-il l’impression de stupeur qui a accompagné ce mouvement.

Cette impression générale dépasse certainement le cadre simplificateur de la fête de Pentecôte dans lequel Luc a rapporté l’événement. Comme toujours le récit est réducteur, mais il donne une juste impression des conditions dans lesquelles la naissance de cette nouvelle religion a été accueillie.

Pentecôte, était une fête de pèlerinage traditionnel dans le judaïsme du 1 er siècle. Elle se déroulait, comme son nom l’indique 50 jours après Pâques. Elle drainait à Jérusalem des populations nombreuses. C’est au cours de cette fête populaire et religieuse, savamment organisée qu’est décrite la naissance de l’Église. Le christianisme devrait donc avoir la fête pour caractéristique, puisque c’est au cours d’une fête qu’on a pris acte de sa réalité. Si ça ne se remarque plus aujourd’hui, c’est que les choses sont à reprendre, car, le christianisme est bien décrit comme un mouvement qui jaillit au cours d’une fête populaire, j’y insiste.

Toute la symbolique de cette religion va se faire à partir des deux célébrations des fêtes juives de Pâques et de Pentecôte. Si vous vous en souvenez, Pâques est la fête de la Liberté, on y commémorait la libération de l’esclavage en Égypte. Pour les Chrétiens cette libération est devenue la libération de la mort. Elle commémore la sortie de la tombe de Jésus. Malgré la promesse que portait en elle la résurrection, les Chrétiens apeurés étaient restés cloîtrés chez eux dans la crainte de représailles à la suite de la condamnation à mort de leur maître. Ils savaient, bien sûr, que Jésus était vivant, mais ils ne savaient toujours pas ce que sa résurrection signifiait concrètement pour eux. Il leur faudra un long temps de maturation pour le comprendre et pour changer de position, et ce sera dans le cadre de la fête suivante, Pentecôte, que cela sera raconté, 50 jours plus tard.

Luc utilise tous les symboles de cette fête de Pentecôte pour dire ce qui se passe. Ce n’est pas forcément un récit purement historique, c’est plutôt un récit pédagogique. Le bruit, la fête, le feu, la glossolalie, la foule la joie, tout est rassemblé là pour dire l’indicible. Et pourtant la conclusion est stupéfiante : les premiers chrétiens sont perçus comme des excités enivrés.

Il a fallu une longue maturation dans le cœur des fidèles de Jésus pour que le Saint esprit fasse son travail. Pourtant, tout d’un coup comme un fruit qui se décroche de l’arbre à maturité, comme un feu tombant sur eux sans brûler personne, comme un coup de tonnerre dans un ciel d’azur, la vérité s’impose à eux. Quelle que soit la manière dont cela se manifeste en eux, quelle que soit la langue qu’ils utilisent pour le dire, la même vérité s’impose à eux. Mais de quelle vérité s’agit-il ? On nous en parle comme faisant partie des merveilles de Dieu propres à ravir les foules, mais de quelles merveilles s’agit-il ?

Ces merveilles, elles sont depuis cinquante jours à portée de leur intelligence, et ils ne comprennent toujours pas ce qui a changé ou ce qui doit changer. Il faut que le saint Esprit y mette vraiment du sien pour les amener à comprendre. Rassurez-vous donc si cela prend aussi du temps pour que vous aussi, vous y compreniez quelque chose, vous ne serez donc pas les seuls.

Pour en savoir plus, regardons d’un peu plus près ce texte. Le récit de l’événement ne couvre que 3 versets. C’est un peu bref si l’on songe à la portée qu’il va prendre par la suite ou si on imagine le nombre de volumes que l’on écrira à ce sujet. Luc consacrera encore 8 versets à décrire les foules concernées par le message. Il mentionne 14 peuples. A priori cette énumération des différentes nations ne nous apprend rien. Cette mention lui sert seulement a amplifier la portée de l’événement et à insister sur l’aspect merveilleux qu’il veut donner au récit. Le nombre de nations mentionnées correspond à celui des langues dans lesquelles l’esprit leur donnait de s’exprimer; et le lecteur de s’extasier, tant il est vrai qu’en matière biblique, on cherche toujours l’explication de l’événement rapporté, dans le miracle qui le concerne. Ce qui est la bonne méthode pour passer à côté la vérité du texte, car la vrai explication est ailleurs que dans le miracle.

Réflexion faite, on constatera que la plupart de ces peuples parlaient grec si bien que je ne pense pas que le prodige figure dans les langues. On a aussi cherché les symboles dans les chiffres exprimant leur nombre, 14 nations, cela faisait 2 fois 7, mais ça ne nous avance pas beaucoup. Il paraît plus vraisemblable qu’il s’agisse plutôt de l ‘énumération des peuples qui constituaient le monde civilisé de l’époque (à remarquer que les Gaulois, dont beaucoup parmi vous sont les descendants, n’y figuraient pas, la modestie nous oblige à constater que nous sommes des pièces rapportées venues de loin !)

Par contre, il nous est dit par 3 fois que ces foules entendent. Et qui dit entendre, dit aussi comprendre. Ils comprennent les merveilles de Dieu, car tel est le destin de l’Église naissante : parler des merveilles de Dieu aux nations. Et ça, ils ne l’avaient pas encore compris, tous maintenant, ont droit à connaître les merveilles de Dieu qui pour le moment sont perçues comme des délires d’ivrognes. Mais Jésus lui-même ne fut -il pas accusé d’ivrognerie? (Luc 7/34)

Quand il était parmi eux, Jésus s’était appliqué à dire qu’il fallait que tous se convertissent à la « bonne nouvelle » qu’il était venu apporter. Il expliquait que cela signifiait qu’ils devaient voir les choses autrement. C’est à Pâques qu’ils furent sensés avoir compris que la mort n’était pas la fin de toute chose, ils auraient du découvrir que Dieu bousculait les limites de la vie et que chacun devenait compagnon de Dieu jusqu’à la fin des temps sans autre condition que celle de croire. C’était ça la merveille qu’il fallait comprendre. Il n’y avait désormais plus aucune barrière humaine pour limiter l’espace réservé à Dieu, il n’y avait plus de convention sociale pour codifier nos relations avec lui. Il fallait désormais le vivre et le dire

Quand le pouvoir civil comprendra que ces propos sur Dieu bousculaient l’équilibre de la société et que la pax romana était compromise, il déclenchera des persécutions pour tenter d’éradiquer le ver qui était dans le fruit et qui désormais, y restera.

Ce ver, coïncide avec ce qu’on appelle « merveille de Dieu ». Cette merveille nous enseigne que Dieu n’est pas ce que les hommes disent de lui. Il ne se cache pas derrière des lois, fussent-elles celles de Moïse, mais il permet aux hommes de vivre en pleine liberté avec lui. Une nouvelle relation d’amour avec lui, dont aucune règle n’a été écrite à l’avance est possible. Dieu parle désormais au cœur des hommes et se fait entendre par eux. C’est cette découverte qui fait tant de bruit à Pentecôte dans le silence du cœur de chacun et qui les brûle du sentiment étrange que produit l’amour en plénitude.

Mais si chaque homme a la liberté d’écouter Dieu, il ne prend pas forcément le temps de l’entendre, car le Dieu qui s’offre aux hommes en toute liberté ne peut être reconnu par les hommes, que s’ils acceptent de l’entendre, et ça prend du temps.

Ce qu’il faut entendre, ou comprendre, c’est qu’il y a un code qui permet d’être en liberté avec Dieu. Le code de la liberté a pour clé le mot amour et le mot vie. Cela implique que l’amour sera toujours premier dans nos relations avec les autres. C’est alors que rien désormais ne s’opposera à ce que chacun ait une relation directe et personnelle avec Dieu. Même la mort n’y pourra plus rien.

Sont-ce là des propos d’ivrognes ou est-ce là l’expression ultime de la sagesse divine ?

 

Illustrations Sacramentaire Drogon Metz 845 voir http:www.artbible.net

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Actes 1/12-14 L’Ascension – dimanche 28 mai 2017

Posté par jeanbesset le 8 mai 2017

Actes :1 :12-14 :

1Cher Théophile, J’ai parlé, dans mon premier livre, de tout ce que Jésus a commencé de faire et d’enseigner2jusqu’au jour où il fut enlevé après avoir donné ses ordres, par l’Esprit saint, aux apôtres qu’il avait choisis. 3C’est à eux aussi qu’avec beaucoup de preuves il se présenta vivant après avoir souffert ; il leur apparut pendant quarante jours, parlant du règne de Dieu. 4Comme il se trouvait avec eux, il leur enjoignit de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis — ce dont, leur dit-il, vous m’avez entendu parler : 5Jean a baptisé d’eau, mais vous, c’est un baptême dans l’Esprit saint que vous recevrez d’ici peu de jours. 6Ceux qui s’étaient réunis lui demandaient : Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? 7Il leur répondit : Il ne vous appartient pas de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. 8Mais vous recevrez de la puissance quand l’Esprit saint viendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. 9Après avoir dit cela, pendant qu’ils regardaient, il fut élevé et une nuée le déroba à leurs yeux. 10Et comme ils fixaient le ciel, pendant qu’il s’en allait, deux hommes en habits blancs se présentèrent à eux 11et dirent : Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à scruter le ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu aller au ciel.

 12Alors ils retournèrent à Jérusalem, depuis le mont dit des Oliviers, qui est près de Jérusalem, dans le rayon des déplacements autorisés le jour du sabbat. 13Quand ils furent rentrés, ils montèrent dans la chambre à l’étage où ils se tenaient d’ordinaire ; il y avait Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques, fils d’Alphée, Simon le Zélote et Judas, fils de Jacques. 14Tous, d’un commun accord, étaient assidus à la prière, avec des femmes, Marie, mère de Jésus, et les frères de celui-ci.

 Ascension 1

Après l’événement de l’Ascension,  il était normal que les amis de Jésus se retrouvent entre eux pour faire le point sur ce qu’ils avaient vécu et qu’ils réalisent  ce qui les attendait. Était-ce le début du ministère de l’Église ou était-ce la fin du ministère terrestre de Jésus ? Les deux hypothèses se bousculaient dans l’esprit du rédacteur qui cherchait à rendre compte de la situation. Sans doute avait-il déjà saisi la portée de l’événement dans le premier tome de son œuvre qui est l’Évangile de Luc, car, vous le savez sans doute, le Livre  des Actes  fait suite à l’Évangile de Luc et provient sans doute de la même plume. C’est ce qui est il dit en Actes 1/1.

En effet dans l’Évangile, Luc avait dit que peu après la résurrection et l’apparition de Jésus aux onze, il s’était séparé d’eux en s’élevant vers le ciel. Mais après cet événement, le temps avait passé. L’Église s’était organisée. Vingt ou trente années s’étaient écoulées, une horrible guerre qui n’est racontée ni dans les Évangile ni dans le Livre des Actes avait ravagé le Moyen Orient. Cela avait entrainé l’exode  de nombreux croyants, chrétiens ou juifs  dont les communautés s’étaient organisées comme elles le pouvaient. 

Maintenant, sous toute réserve, L’Église était en paix. Luc  avait écrit son Évangile, le Livre des Actes était encore à faire. Pour mettre de l’ordre dans tout cela, les  responsables de  l’Église n’étaient pas restés inactifs,  administrateurs et théologiens  ils ne chômaient pas. Si les Évangile étaient en train  de prendre corps, il fallait mettre de l’ordre et de la cohérence dans  de ce qui avait été vécu par les uns et par les autres depuis que Jérusalem n’était plus le centre de la vie spirituelle des Églises. Pour mettre de l’ordre dans tout cela, ils avaient songé au fait que le nombre  symbolique de quarante avait été utilisé pour rendre compte  des grands moments de la révélation.

 

Il avait désigné le nombre d’années de pérégrination des  Hébreux dans le désert avant l’entrée en Terre Sainte. Quarante était aussi le nombre des jours passés par Moïse avant de descendre du Sinaï avec les Tables de la Loi.   Ne serait-il pas opportun d’utiliser ce même nombre pour marquer le temps de préparation des chrétiens avant de prendre en main la responsabilité de l’Église ? C’est sans doute  ce qui fut retenu pour donner de la cohérence aux événements qui avaient suivi la résurrection.  La date de 40 jours fut retenue pour marquer ce moment de préparation  entre la résurrection de Jésus et le début de la prise de conscience des  croyants, que la responsabilité de la suite leur incombait désormais.  Ce chiffre marquerait désormais le temps de préparation nécessaire, comme un temps intermédiaire pour que les hommes assurent le destin de la révélation de Jésus sans lui. 

Il n’y avait plus qu’à attendre que le Saint Esprit donne le coup d’envoi pour que tout se mette en marche. Mais le nombre de 40 n’est pas le seul élément retenu dans cette  aventure. Il y a la présence des deux hommes en blanc (des anges ?), il y a  aussi le ciel vers lequel  Jésus s’élève pour disparaître enveloppé par la nuée. 

 La nuée avait déjà servi dans les Ecritures à signaler la présence de Dieu. Elle était présente au moment où Moïse reçut la Loi. Elle servait non seulement à indiquer la présence de Dieu, mais aussi à  la dissimuler aux yeux des hommes. Elle joua le même rôle au moment de la transfiguration (Luc 9/34) en présence de deux personnages qui sont  Moïse et Elie. Dans le récit de l’ascension, ils n’ont pas de nom. Les Ecritures nous parlent aussi de deux êtres  chargés de garder  l’entrée du Jardin d’Eden ainsi que  le trône de Dieu dans le Saint des saints du Temple. Ils sont aussi présents dans le tombeau au moment de la résurrection (Luc 24/4) et attestent de la présence de la réalité divine dans l’événement. 

Si le ciel absorbe Jésus et le rend invisible, c’est sur terre que la réalité divine  s’accomplira désormais. C’est  ce que leur rappellent les êtres célestes en leur indiquant  que c’est sur terre que se situe leur mission et  que  c’est là que se teindra désormais  le Seigneur pour les accompagner. 

Que  s’est-il passé en réalité ? Nul ne le sait vraiment car les mots humains ont du mal à rendre compte  d’une réalité divine. Mais Luc ne réussit pas  mal dans cette entreprise. Ce que nous découvrons ici, c’est que dans un raccourci remarquable, l’auteur de ce texte a rassemblé tous les éléments nécessaires pour dire à la fois que Jésus ne sera  plus physiquement visible, mais qu’il reste vivant au milieu des siens et que tout cela  est l’œuvre de Dieu qui mandate les croyants pour parcourir le monde afin de donner suite à la mission entreprise par Jésus. Etait-il possible de faire mieux, plus précis et plus bref ?

 Ascension 2

L’auteur a choisi  de ne pas s’étendre sur l’événement, bien qu’il en ait dit l’essentiel, car c’est ce qui va se passer par la suite qui sera déterminent pour L’église qui est en train de se mettre en mouvement. Au lieu de  s’interroger sur la réalité de ce qui est décrit ici et de s’appesantir sur son aspect merveilleux, il est encore plus important de s’intéresser au procédé littéraire qui rend compte à la fois de la  portée théologique de l’Ascension qui est présentée comme la suite logique de la résurrection et l’annonce prophétique de la mission de l’Église. Ainsi il est dit ici que avant même que l’Eglise ait reçu son ordre  de mission, celui-ci était déjà formulé par Jésus comme son dernier message aux siens.

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Jean 14:15-21 – http://jeanbesset.unblog.fr/files/2017/05/beaute-c.jpgL’amour de Dieu – dimanche 21 mai 2017 reprise de dimanche 25 mai 2014

Posté par jeanbesset le 1 mai 2017

beauté c

15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. 16 Moi, je demanderai au Père de vous donner un autre défenseur pour qu’il soit avec vous pour toujours, 17 l’Esprit de la vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il sera en vous.

18 Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens à vous. 19 Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez, parce que, moi, je vis, et que vous aussi, vous vivrez. 20 En ce jour-là, vous saurez que, moi, je suis en mon Père, comme vous en moi et moi en vous. 21 Celui qui m’aime, c’est celui qui a mes commandements et qui les garde. Or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui.

22 Judas, non pas l’Iscariote, lui dit : Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? 23 Jésus lui répondit : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure auprès de lui. 24 Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Et la parole que vous entendez n’est pas la mienne, mais celle du Père qui m’a envoyé.

25 Je vous ai parlé ainsi pendant que je demeurais auprès de vous. 26 Mais c’est le Défenseur, l’Esprit saint que le Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que, moi, je vous ai dit. 

  Une immense bonté habite le monde, mais qui s’en rend compte ? La lecture de nous journaux quotidiens semble même nous dire le contraire. Ils ne cessent de nous énumérer toutes ces choses dont l’humanité  serait victime, si bien qu’on a pris l’habitude de considérer que le monde serait aux mains du « mauvais » et que c’était lui qui en était devenu le maître. Dans le récit de la Tentation rapporté par les évangiles ne nous raconte-t-on pas qu’il se présente comme le maître du monde ?  Si Jésus ne tombe pas dans le panneau, la plupart des humains se laissent avoir.

Sans doute les médias,  aussi se font prendre au  même piège et s’ingénient à présenter le mauvais côté des choses. Cependant,  il suffit de jeter un coup d’œil sur tout ce qui nous entoure pour constater la beauté qui irradie de toute part. Du lever du soleil jusqu’à son couchant, que de merveilles ne défilent pas sous nos yeux !  Avec un peu d’attention nous voyons  la bonté de tous ces humains à l’œuvre quand ils  s’entraident  mutuellement. Nous partageons aussi   cette immense espérance qui fait vibrer nos cœurs  et qui installe en nous  l’idée que demain portera des fruits meilleurs que ceux d’aujourd’hui.beauté b

  Il y a un fond d’optimisme en nous que nous prenons soin de cacher, comme si c’était malsain de voir les choses sous un jour heureux. Ce fond d’optimisme correspond sans doute à la trace de Dieu qui se promène incognito  dans notre monde (1) et qui sème quelques bribes de lui-même partout où il passe. C’est ce qui   nous permet inconsciemment de profiter de la vie.

Pourtant ce sont d’autres idées sur Dieu qui habitent nos esprits. Elles sont assez généralement partagées dans ce monde-ci.  Dieu serait perçu par beaucoup comme  l’ « être suprême » cher aux philosophes des Lumières qui ne se soucierait  pas beaucoup du sort de l’humanité. On le considère, dans le meilleur des cas comme celui qui aurait jeté le monde sur sa lancée, mais qui, depuis le big-bang qu’il aurait initié, le laisserait  évoluer  à sa guise. Ce Dieu ne serait en rien dérangé  par les guerres que se font les hommes entre eux, ni par  les trains qui déraillent, ni par  les petits enfants qui ont faim.

Telle est la vision de Dieu qui se répand dans notre société. Si on croit en Dieu, on ne lui accorde que peu de cas. Notre société évolue sur un fond de panthéisme qui nous suggère qu’à la fin,  notre vie s’achèvera dans un Grand Tout  où curieusement nous conserverons peut-être une partie de notre personnalité. Ce sont les médias qui encore une fois accréditent cette idée. En effet, il suffit qu’une personnalité disparaisse pour que l’on nous suggère que là où elle est désormais, elle nous voit et participe d’une manière ou d’une autre à la suite des événements. Nos contemporains s’approprient volontiers  les idées d’un de nos anciens présidents  défunts qui avant de mourir laissait entendre qu’il ne nous quitterait pas tout à fait parce qu’il croyait aux forces de l’esprit. Mais bien évidemment nous avons du mal à nous y retrouver.

Dans le monde antique juif dont nous sommes héritiers et dans lequel vivait Jésus, il n’en allait pas ainsi. On pensait que Dieu était beaucoup plus présent dans le monde dont il avait jeté les bases. On pensait qu’il pouvait intervenir  dans la société des hommes pour faire respecter ses préceptes et ses lois, sans quoi le monde ne pourrait évoluer selon le programme qu’il  aurait établi. Le Dieu créateur aurait fait l’homme libre. Seulement sa liberté se limiterait à discerner sa volonté et à la respecter. Partant de préceptes remontant à Moïse, et même au-delà de lui à Noé, les penseurs de la Bible ont rédigé tout un arsenal de préceptes, au nombre de 613, qu’il fallait respecter, sous peine de voir le visage de Dieu s’empourprer pour laisser éclater sa colère et punir les contrevenants. Dieu était cependant perçu comme infiniment bon  mais sa bonté, pour s’exercer impliquait que l’on respecte ses commandements.

C’est dans ce double contexte du présent et du passé que nous nous approprions le message de Jésus pour ce jour. Il précise  ses rapports avec Dieu et avec nous. Bien entendu il ne s’accorde avec aucune des thèses suggérées  dans mon propos. Ses rapports avec les hommes sont réglés par la notion d’amour. L’amour de Dieu pour les hommes tel que Jésus l’enseigne est inconditionnel. Dieu  est perçu  par Jésus comme un Père essentiellement bon. La bonté de Dieu se répand sur le monde et Dieu la communique aux hommes par le relais de Jésus. Grâce à ce nouveau regard que Jésus porte sur Dieu, les choses prennent un aspect bien différent et notre relation à Dieu prend une allure toute nouvelle. Le vrai visage de Dieu se révèle alors à nous grâce à notre capacité à aimer. Tel serait en quelque sorte le testament spirituel de Jésus avant sobeauté fn départ de ce monde.

Bien que cet enseignement de Jésus nous soit connu de longue date, nous avons conservé de par nous-mêmes  des conceptions de Dieu qui relèvent encore de la conception des contemporains de Jésus auquel il s’est vivement opposé. Un tel portrait de Dieu où la notion d’amour serait dominante nous paraît encore vraiment réducteur. Nous considérons que les attributs traditionnels de Dieu n’y sont  pas assez pris en compte. Beaucoup trouvent que l’on n’insiste pas assez   sur la toute-puissance de Dieu, ni sur sa capacité à créer, ni sur sa  justice.

 En fait Jésus ne met nullement en cause les attributs de Dieu, mais il rappelle que l’essentiel dans la relation que Dieu veut entretenir avec les hommes est l’amour  qui passe  avant la justice, la loi  et son action de créateur. Si cette capacité à aimer est première en Dieu, elle doit l’être aussi, bien évidemment en l’homme. C’est en mettant l’amour en pratique  que nous maintiendrons une  relation cohérente avec Dieu.

Il est important  de constater que dans notre lecture de l’Évangile, nous avons bien repéré l’insistance que Jésus accorde à l’amour que les hommes doivent avoir les uns pour les autres et aussi pour Dieu. Il est inutile d’énumérer toutes les paraboles qui insistent sur cet aspect des choses. Il est aussi inutile de rappeler tous les passages où Jésus parle du commandement d’amour. Pourtant nous donnons priorité à d’autres valeurs dans nos relations à Dieu, et sans même nous en rendre compte, nous donnons priorité aux anciennes valeurs du judaïsme contre lesquelles Jésus s’est élevé avec force. Nous mettons en avant notre péché, comme s’il fallait encore et toujours négocier notre pardon. Nous nous interrogeons sur notre salut. Nous revêtons Dieu de la toge du juste juge en oubliant   que c’est la notion de Père  aimant que Jésus  a mis  en avant.

Les chrétiens se sont jadis séparés les uns des autres  et se sont érigés en églises distinctes sur des notions de justice.  Ils se sont excommuniés  mutuellement sur des principes légalistes, et aujourd’hui encore ils n’arrivent pas à se réconcilier sur ces mêmes principes alors  que ce qui devrait avoir priorité sur tout le reste devrait être  notre référence à l’amour que Dieu éprouve pour chacun de nous et que nous devrions avoir pour lui et pour les autres.

Selon Jésus le moteur du monde devrait être l’amour, car c’est cette notion qu’il a choisie pour révéler aux hommes sa relation à Dieu qui vient vers eux comme un Père. Cette notion de Père contient en elle  le seul secret  qui nous soit révélé de la part de Dieu et   que nous devons mettre en pratique  pour que le monde  évolue dans la bonne voie. C’est  cet amour que l’on doit  manifester aux autres, même s’ils ne le partagent pas, et même s’ils le combattent.

Jésus savait bien qu’une telle idée serait difficile à faire partager aux hommes, pourtant elle est  la vérité la plus essentielle que Dieu ait voulu nous transmettre. Curieusement les hommes l’admettent volontiers, mais pourquoi ne la mettent-ils pas en pratique ?

 

beauté e

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Actes 5:1-7 le premier des ministères est celui du service – dimanche 14 mai 2017

Posté par jeanbesset le 28 avril 2017

1En ces jours-là, comme les disciples se multipliaient, les gens de langue grecque se mirent à maugréer contre les gens de langue hébraïque, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service quotidien.

2Les Douze convoquèrent alors la multitude des disciples et dirent : Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables.

3Choisissez plutôt parmi vous, frères, sept hommes de qui l’on rende un bon témoignage, remplis d’Esprit et de sagesse, et nous les chargerons de cela.

4Quant à nous, nous nous consacrerons assidûment à la prière et au service de la Parole.

5Ce discours plut à toute la multitude. Ils choisirent Etienne, homme plein de foi et d’Esprit saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d’Antioche.

6Ils les présentèrent aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

7La parole de Dieu se répandait, le nombre des disciples se multipliait rapidement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres obéissait à la foi.servir

 L’institution d’un collège de chrétiens destinés au service des plus déshérités remonte aux origines  de l’Église.  C’est ce que Luc, l’auteur du livre des Actes a retenu quand il publia son  récit 30 ans après l’événement relaté ici. C’est même une des toutes premières initiatives prises à ce moment là, comme si le bien être des plus démunis faisait partie d’un des enseignements essentiels qu’ils avaient retenus de l’enseignement de leur maître. Luc en a fait état pour aider les premières communautés chrétiennes qui cherchaient à s’organiser dans tous le bassin méditerranéen  et qui se servait des écrits de Marc, Matthieu et Luc pour s’édifier en communautés de foi.

 Luc écrivait  dans un but didactique, mais il était assez perspicace pour déceler que les choses ne s’étaient pas passées aussi heureusement qu’il le raconte. Son but était d’édifier l’Église et non pas de polémiquer. A le lire avec un peu d’attention on remarquera que, même placées sous  les effets de la descente de l’esprit à Pentecôte, des tensions subsistaient entre  les membres de l’Église naissante, et pas forcément, là où on croyait les discerner.  Qu’on me pardonne si je mets  en cause l’harmonie que l’on croyait exister entre les membres de  la première église. Bien évidemment ces dysfonctionnements avaient des causes qui rejoignaient sans doute les mêmes dysfonctionnements que l’on note encore aujourd’hui dans  nos églises.

 Il y avait parmi les membres de la première église des gens qui subissaient une discrimination à cause de leur origine païenne et bien évidemment on les distinguait grâce   à la langue grecque qu’ils parlaient, alors que les apôtres et les gens d’origine juive parlaient  l’hébreu. Cette discrimination  avait lieu a l’égard des femmes de ce groupe en particulier qui n’avaient pas la protection d’un mari. Il y avait donc deux  groupes dans l’Église qui se distinguaient les uns par rapport aux autres à cause de leur langue et de leur origine ethnique. 

 On peut imaginer que les pauvres d’origine juive, donc  officiellement de religion juive, pouvaient trouver des subsides  en se réclamant de la générosité que le Temple devait octroyer à ses pauvres. Cela relevait même d’un commandement. Les grecs, n’étant pas d’origine juive ne pouvait réclamer le même droit. On ne sait pas d’ailleurs comment ces pauvres de langue grecque avaient rejoint l’église en grand nombre. Peut-être étaient-il restés dans la communauté depuis Pentecôte et que leurs réserves financières  s’étaient amenuisées. En tout cas ils ne trouvaient pas leur compte auprès de la communauté.

 Cette situation insupportable va trouver un remède qui apparemment va satisfaire tout le monde, mais qui, sous couvert d’une « apparente justice » va sans doute couvrir une  « profonde injustice ». En fait le problème de la langue et du manque de ressources parait  secondaire. Il semblerait que la plupart des membres de cette fraction de langue grecque  étaient issus de la diaspora juive ou de ses sympathisants   et étaient vraisemblablement bilingues, comme Paul  à qui Luc consacrera la plus grande partie de son livre. Par contre, ceux qui sont appelés ici, les Hébreux, dont faisaient partie les apôtres, et notamment Pierre étaient uniquement de langue juive. Y avait-il déjà, chez les gens de langue grecque une tendance à s’imposer du fait de leur bilinguisme et de leur grande culture? La suite nous montrera que c’était peut être le cas et qu’il y avait peut être sous-jacent à ce problème de « tables », un problème de rivalité et de jalousie qu’il va nous falloir débusquer.

 Pour l’instant, apparemment, le problème était celui des pauvres et pour le régler on  avait eu recours à une sorte d’élection au suffrage universel pour désigner  7 membres d’origine grecque qui géreraient cette difficulté. Quoi de plus équitable que la démocratie pour régler un problème litigieux ?  Bien évidemment  les plus fougueux parmi eux  étaient connus de tous. Ils furent donc désignés par le suffrage universel, avec en premier, Étienne et Philippe dont le livre des Actes parlera très vite par la suite. Les apôtres sacralisèrent leur élection en leur imposant les mains, alors qu’au premier chapitre du livre, on nous dit que Matthias qui fut appelé comme apôtre pour remplacer Judas n’avait pas eu droit à un tel geste de faveur. L’intention  était ici de donner  au nouveaux élus un ministère nouveau  qui les  cantonnerait  dans une fonction reconnue : le service des tables. Les voila donc  apparemment écartés de la fonction d’enseignement  désormais réservée aux apôtres.

 Il semble donc  que sous couvert d’aider les pauvres, on ait trouvé un moyen de remédier à un autre problème sous-jacent,  si non deux : celui de maintenir les apôtres  dans leur privilège d’enseignement et celui de la supériorité de la langue hébraïque sur le grec.

 Mais vous l’avez compris, ça ne s’est pas passé comme cela. Les plus déterminés parmi les nouveaux promus, ceux que l’on voulait écarter du ministère de la parole réservé aux apôtres, vont  quand même se consacrer au ministère de l’enseignement avec succès. Dans les pages suivantes du récit  on nous  présentera Étienne et Luc en pleine  action. Étienne sera même le premier martyr et Luc consacrera tout un long passage à décrire avec émotion la grâce qui émanait de lui lors de son supplice.  Curieusement, quelques pages plus loin, on ne fera que mentionner le supplice de Jacques, le premier apôtre martyr. C’est comme si dans ce récit la faveur de l’auteur semblait passer des apôtres de langue juive aux judéo-chrétiens de langue grecque. Il faut dire que dans l’Église  de Luc, 30 ans après, le nom d’Étienne avait été sans doute conservé alors que celui de Jacques avait déjà été oublié.  Même si pendant quelques pages, Pierre reste apparemment favori dans le texte, son personnage finira vite par être éclipsé en faveur de Paul et à disparaître lui aussi du récit.

 Tout  se passe ici comme si le nouveau collège instauré par l’élection et l’imposition des mains était comme une sorte de clergé  destiné à remplacer celui des apôtres qui étaient sans doutes tous morts au moment de la rédaction de ce texte. Les apôtres ne sont plus et la langue grecque a supplanté l’hébreu. Il semblerait  ici que Luc  considère que c’est la langue dominante du lieu où on se trouve qui doit être la langue de l’Église, à la différence de la synagogue  qui considérait que l’hébreu devait s’imposer de partout là où le culte juif était célébré.  C’était sans doute une des questions qui se posait vers les années 80 alors que le schisme entre l’Église et la synagogue n’était pas encore vraiment consommé. Bien évidemment le problème reste secondaire par rapport à celui de la circoncision qui sera posé et pas forcément réglé au chapitre  15 de ce même livre.

 Tout au long de mon propos je n’ai pas utilisé le terme de « diacre » que la tradition a retenu pour désigner le ministère des  7 promus. Il n’est pas utilisé dans le récit mais le sera plus tard dans L’Église pour désigner  ceux qui sont chargés  du service des pauvres. Bien évidemment on réservera d’autres termes pour parler de ceux qui sont chargés de l’enseignement  tels celui de prêtre. La fonction de service  continuera donc  à être considérée comme seconde par rapport à celle de celui qui enseigne.servir 2

 Mais nous retiendrons de ce texte, malgré les controverses que nous avons soulignées, que c’est la notion de service  qui est première dans toutes les fonctions  qui sont  retenues par Luc, car c’est en étant au service des plus faibles qu’on est fidèle à l’Évangile et on ne  peut se permettre de l’enseigner que lorsque l’on a accompli cette première fonction. Même si ce n’était pas  ce but qui était celui de ceux qui ont instauré la fonction, c’est pourtant ce but qui s’est réalisé, car le saint Esprit  était à l’œuvre  pour que cette vérité s’impose.  

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Jean 10:1-10 La parabole du bon berger – dimanche 7 mai 2017

Posté par jeanbesset le 25 avril 2017

1 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre point par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par un autre côté, celui-là est un voleur et un brigand. 2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. 3 Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent et les mène dehors. 4 Lorsqu’il a fait sortir toutes celles qui lui appartiennent, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. 5 Elles ne suivront point un étranger ; mais elles fuiront loin de lui, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers.

6 Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.Bon berger 1

7 Jésus leur dit encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, moi, je suis la porte des brebis. 8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. 9 Moi, je suis la porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera des pâturages. 10 Le voleur ne vient que pour voler et tuer et détruire ; moi, je suis venu, afin que les brebis aient la vie et qu’elles l’aient en abondance.

 11 Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. 12 Mais le mercenaire, qui n’est pas berger et à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, abandonne les brebis et s’enfuit. Et le loup s’en empare et les disperse. 13 C’est qu’il est mercenaire et qu’il ne se met pas en peine des brebis. Moi, je suis le bon berger. 14 Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, 15 comme le Père me connaît, et comme je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis

Nous rajouterons au textes prévu pour ce jour les versets 11 à 15qui font partie du même contexte;

Nous sommes tellement habitués à cette image du bon berger qui donne sa vie pour ses brebis que nous ne faisons pas attention à tout ce qu’il y a derrière ce texte. Nous oublions la plupart du temps que le métier de berger était dans l’antiquité juive, un métier méprisé et qu’il était réservé aux plus modestes. Leur sort était parfois moins enviable que celui d’un esclave. Quant aux moutons, ils ne font pas partie de la catégorie animale la mieux perçue. Ils sont à juste titre considérés comme des animaux peu doués. On ne les élève que pour la viande et accessoirement pour la laine. Ils sont tous destinés à finir sous le couteau du sacrificateur ou du boucher. On a cependant une tendresse particulière pour les agneaux, quand ils sont tout petits. Mais cette tendresse est purement sentimentale et elle décroît à mesure que l’animal vieillit

Nous apprécions cette histoire en fonction de l’intérêt que nous y trouvons en tant qu’humain. Je vous propose cependant de la regarder du côté des moutons. Nous nous demanderons alors en quoi le sort des moutons est modifié s’ils périssent sous les dents du loup plutôt que sous le couteau du sacrificateur ? Violence et cruauté, mort et souffrance sont au même rendez-vous et l’issue de l’entreprise reste la même : la mort. Si le loup est mis en fuite, le berger du troupeau sauve son capital. Il y trouve son compte,  c’est donc  pour une raison économique qu’il peut envisager d’exposer sa vie pour que le troupeau qui lui appartient ne soit pas anéanti. Le mercenaire n’en a cure, il sauve sa vie sans affronter le loup. Il est dit alors que le « bon berger » donne sa vie pour ses brebis ! La belle affaire, elles seront de toute façon sacrifiées et mangées et ne trouveront aucun intérêt dans cette nouvelle situation.Vergilius Romanus

Pourtant, Jésus a bien pris soin d’attirer notre attention sur un autre aspect des choses. Il nous dit qu’il est le « bon berger » pour que ses brebis aient la vie en abondance. Plus question de mort ou de sacrifice, plus question de transformer les brebis en viande,   plus question de voir le côté utilitaire des choses. Avec Jésus les choses prennent une autre couleur, Il nous entraîne sur un chemin irréaliste qui consiste à octroyer aux moutons un autre destin que celui que nous leurs connaissons. Avec Jésus, les brebis auront un autre avenir que celui de servir de nourriture aux hommes.

Il est bien évident que pour nous approprier quelque chose de ce passage il faut que chacun de nous, à son tour se substitue aux moutons de ce texte et comprenne que chacun d’entre nous fait d’abord partie de cette masse humaine qui recouvre la planète comme un troupeau de moutons qui remplirait l’enclos où il est parqué.

Qui sommes-nous si non un individu parmi les milliards qui s’agitent sur la surface de la terre, malmenés par le hasard, bousculés par les éléments et parfois maltraités par les dirigeants ? A vue humaine Il semble que nous soyons tous destinés à disparaître sans ne laisser aucune trace, à part exception rarissime.

A la lecture de ce récit, les choses changent. Chacun d’entre nous, bien qu’il fasse partie de la masse des 7 milliards d’individus que l’on côtoie sur cette planète prend un visage distinct. Nous découvrons que notre existence prend une autre valeur aux yeux de Dieu que celle de se trouver mêlés à la masse de tous les humains qui peuplent cette terre. Notre existence ne consiste plus à être en survie parmi tous ceux qui nous entourent, mais nous sommes destinés à jouir d’ « une super vie » qui s’individualise sous l’influence de Dieu qui nous prend en charge, chacune et chacun à notre tour.

C’est alors que nous devons prendre conscience des loups qui nous menacent. Les loups vont s’en prendre à l’aspect grégaire de notre personnalité, ils vont chercher à faire que nous nous comportions comme des moutons sans berger en détruisant en nous ce qui nous distingue des autres. Ils vont nous faire perdre toute spécificité et feront dBon berger 3e nous des consommateurs qu’il faut séduire pour mieux les utiliser et les amalgamer au troupeau. Ils vont nous pousser à croire que pour le prix d’une jouissance immédiate, nous devons consacrer toute notre existence à la sacrifier aux lois du marché et de la mode afin de ressembler le plus possible aux modèles qu’on nous propose d’imiter. Ces loups qui dévorent notre autonomie et notre indépendance sont les alliés de tous les mercenaires qui se donnent des allures de bergers.

Ces mercenaires, ce sont tous ceux qui à coup d’arguments nous assurent que le succès de notre société n’a pas d’autres issue que de vendre son âme à la consommation et à la pensée unique. Ils prétendent que le bonheur est dans la jouissance immédiate. Suivant les époques, leurs discours se sont colorés différemment, mais ils ont toujours visés à engloutir la masse des humains dans des projets globalisants où chacun suivrait le même chemin que son voisin et redouterait d’être différent de lui au risque d’être rejeté.

Les faux bergers se cachent aussi derrières les idées du moment. Elles aussi empruntent le même chemin que la mode. Suivant les époques, et les intérêts de ceux qui influent sur nous, elles nous poussent à devenir des va-t-en guerre ou des va-t-en paix et nous entraînent à discriminer les uns pour valoriser les autres si bien que cbon berger 4hacun est invité à faire chorus avec la foule. Chacun s’habille comme tout le monde pour finir par penser comme tout le monde. En tant que minoritaires protestants nous sommes avantagés sur les autres car nous devons résister aux idées du moment pour conserver notre spécificité.

Grâce à Dieu le « bon berger » est là au milieu du troupeau pour faire de nous autres chose que des brebis qui suivent sans retenue celui qui les entraîne. Il est dit qu’il donne sa vie pour nous, c’est à dire qu’il offre son exemple, son évangile, sa manière de penser comme solution alternative aux pressions extérieures qui pèsent sur nous. Il propose le temps et l’éternité là où les valeurs ambiantes proposent l’urgence et les utopies provisoires.

.Il nous propose de trouver en nous-mêmes du sens à notre existence qui ne soit dicté ni par les médias ni par la mode du moment. Il nous apprend que nous ne sommes pas des individus dont la vie est destinée à ressembler à celle de la masse. Il se propose d’enrichir et valoriser notre vie pour qu’elle devienne une super vie. Le bon berger se propose donc de donner de la valeur à notre individu. Il est capable d’aller jusqu’au fond même du cœur de chacun d’entre nous pour y injecter un supplément de vie dont lui seul est dépositaire.

Le « bon berger » ne conçoit nos existences que si lui même  les partage pour y introduire le divin qui est en lui. Ainsi il se propose de nous apporter une originalité qui nous soit propre. Cette originalité consiste à savoir qu’il nous prend lui-même en main et nous propose de vivre selon notre nature profonde qui est marquée du doigt de Dieu depuis les origines de l’humanité. En faisant de nous des individus autonomes et responsables il pèsera sur l’évolution du monde qui s’orientera de ce fait dans le sens où il souhaite qu’il évolue.

Nous n’avons pas vocation à être une goutte d’eau parmi les autres gouttes d’eau, nous avons vocation a devenir des individus distincts des autres au service des autres pour que chacun puisse jouir ici bas d’une vie qui le dépasse. Pour cela il est nécessaire que nous soyons attentifs à la voix du berger et non à celle des mercenaires.

Les illustrations proviennent du Codex Vergilius Romanus

 

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Luc 24: 13-34 les disciples d’Emmaüs – dimanche 30 avril 2017

Posté par jeanbesset le 14 avril 2017

 

13 Or, ce même jour, deux d’entre eux se rendaient à un village du nom d’Emmaüs, à soixante stades de Jérusalem,

14 et ils s’entretenaient de tout ce qui s’était passé.

15 Pendant qu’ils s’entretenaient et débattaient, Jésus lui-même s’approcha et fit route avec eux.

16 Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.

17 Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? Ils s’arrêtèrent, l’air sombre.

18 L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit : Es-tu le seul qui, tout en séjournant à Jérusalem, ne sache pas ce qui s’y est produit ces jours-ci ?

19— Quoi ? leur dit-il. Ils lui répondirent : Ce qui concerne Jésus le Nazaréen, qui était un prophète puissant en œuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple,

20 comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour qu’il soit condamné à mort et l’ont crucifié.

21 Nous espérions que ce serait lui qui apporterait la rédemption à Israël, mais avec tout cela, c’est aujourd’hui le troisième jour depuis que ces événements se sont produits.

22 Il est vrai que quelques femmes d’entre nous nous ont stupéfiés ; elles se sont rendues de bon matin au tombeau et,

23 n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles avaient eu une vision d’anges qui le disaient vivant.

24 Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses tout comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu.

25 Alors il leur dit : Que vous êtes stupides ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes !

26 Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte pour entrer dans sa gloire ?

27 Et, commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur fit l’interprétation de ce qui, dans toutes les Ecritures, le concernait.

28 Lorsqu’ils approchèrent du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin.

29 Mais ils le pressèrent, en disant : Reste avec nous, car le soir approche, le jour est déjà sur son déclin. Il entra, pour demeurer avec eux.

30 Une fois installé à table avec eux, il prit le pain et prononça la bénédiction ; puis il le rompit et le leur donna.

31 Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux.

32 Et ils se dirent l’un à l’autre : Notre cœur ne brûlait-il pas en nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait le sens des Ecritures ?

33 Ils se levèrent à ce moment même, retournèrent à Jérusalem et trouvèrent assemblés les Onze et ceux qui étaient avec eux,

34 qui leur dirent : Le Seigneur s’est réellement réveillé, et il est apparu à Simon !

35 Ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment il s’était fait reconnaître d’eux en rompant le pain.

Emmaüs 2

 L’événement  qui a marqué  l’épisode vécu  sur la route d’Emmaüs  par deux disciples avait du être vraiment marquant pour qu’on s’en souvienne aussi longtemps après qu’il ait eu lieu. C’est un des récits  que Luc  relate dans le dossier qu’il a constitué  pour écrire son Évangile, 20 ou 30 ans après  les événements. Il a sélectionné cet épisode parmi les cinq cents  récits concernant  les apparitions de Jésus après sa résurrection, si l’on en croit les dires de Paul  qui affirme que plus de cinq cent frères ont bénéficié du  privilège d’avoir une histoire avec  Jésus ressuscité ( 1 Cor 15/6). Il a donc fallu que le récit de Cléopas pèse d’un certain poids  parmi tous les témoignages reçus  car il n’est pas sans intérêt  qu’il soit  revenu en pleine nuit après une journée de marche  pour raconter ce qu’il avait vécu avec Jésus ressuscité.

 Au matin  du dimanche qui suivit l’exécution de Jésus, chacun  était toujours profondément  perturbé par  sa propre lâcheté.  Le remord de chacun  plombait l’atmosphère  du lieu où ils se trouvaient encore.  Chacun  répondait à son impulsion du moment. Les femmes  décidaient  d’accomplir leur devoir en allant rendre au défunt les derniers devoirs requis par la religion.  En effet, après l’exécution, quelques uns des amis de Jésus  avaient surmonté la panique qui les avait dispersés et ils étaient allé réclamer le corps du supplicié pour lui offrir une sépulture décente, mais faite à la hâte. 

 A leur retour  les femmes  racontèrent  qu’elles n’avaient pas retrouvé le corps au petit matin. S’étaient-elles trompées de lieu de sépulture ? Elles  croyaient avoir vu   des anges, elles  avaient même parlé de résurrection usant des mêmes propos que Jésus  avait tenus devant elles de son vivant. De telles assertions leur permettaient peut-être de se sentir moins coupables de l’avoir laissé aller seul au procès puis au supplice. Certains des compagnons de Jésus,  séduits par ces propos  étaient allés vérifier la véracité de ces dires, d’autres, plus réalistes tels les deux amis dont le récit nous intéresse décidèrent de fuir cette hystérie collective qui s’étaient emparée de ceux  qui étaient encore présents à Jérusalem et  pour tourner définitivement une page qui leur rappelait le mauvais rôle que tous avaient joué, ils avaient  donc décidé de partir..

C’est leur retour, tard le soir qui constitue l’événement remarquable de  ce récit.  Ils avaient marché toute la journée en ressassant les événements que nous venons d’évoquer.  Le souvenir  de ces trois jours passés ne cessait de tarauder leur esprit. Le sentiment de leur  culpabilité ne cédait pas de terrain. Alors qu’ils parlaient de lui en marchant , ils avaient l’impression qu’il était encore avec eux. En évoquant les événements  ils avaient l’impression d’entendre le son de sa voix. Les propos  qu’il avait tenus vivant avec eux prenaient le ton d’une vérité étrange, car il leur avait dit tout ce qui allait se passer. Il leur avait parlé de la puissance  de Dieu ! Il avait-même dit que les morts se relèveraient d’entre les morts et les choses  prenaient du sens alors qu’ils les évoquaient. C’était comme s’il était là, mais peut-être était-il là. En tout cas, il s’était emparé de leur esprit et ne le quittait plus. Tout ce qu’ils évoquaient à son sujet semblait  être vrai. Il semblait leur tenir compagnie  comme un marcheur invisible à leurs côtés.

 Une auberge ! Autant se restaurer et méditer puisque les choses semblaient prendre une autre tournure. Il était toujours là tel un compagnon anonyme qui savait tout sur lui. Cette impression d’une présence à  côté d’eux  était-elle une présence physique, ou était-elle une vue de leur esprit ? Ils ne le savaient pas, mais il était sous l’emprise de la puissance de Dieu qui rendait possible pour chacun d’eux la réalité qu’ils n’avaient cessée de nier depuis le matin alors qu’ils fuyaient leurs amis, leur remord et leur passé.

 C’est la bénédiction du pain, telle qu’elle avait lieu lors de chaque repas qui fut l’acte déclenchant, qui ouvrit leurs yeux. Ils  comprirent  alors que celui qu’ils avaient cru mort avait pris corps dans leur  esprit et qu’il les avait intégrés dans la réalité où il était désormais. En refaisant le geste qu’ils avaient l’habitude de faire avec lui, sa présence à leurs côtés devenait bien réelle. Ils n’avaient plus besoin de sa présence physique, plus besoin de le voir  pour savoir qu’il était là et qu’il avait cheminé avec eux tout au long de leur   parcours. Le maître bien aimé continuait à vivre en eux par la force de Dieu qu’il leur avait révélé, malgré le supplice et la mort qu’il avait supportés quelques jours auparavant.

 Tout ce qu’il leur avait dit sur la mort prenait du sens, tout son enseignement sur la vie éternelle prenait du sens. L’autorité que Dieu avait sur la vie devenait réalité, la résurrection était autre chose qu’un simple retour à la vie, elle devenait une réalité nouvelle, jusque là inimaginable en vertu de la quelle la mort ne pouvait reprendre la vie nouvelle que Dieu nous donne, quand on se met à croire à la réalité de Dieu, telle que Jésus en a parlé.

 Il leur fallait donc partager cette vérité avec les autres, c’est pourquoi ils reprennent la route de nuit, ils retournent vers les autres bravant tous les dangers car c’est avec eux qu’ils doivent partager ce qu’ils viennent de comprendre, et qui vient de jaillir en eux comme une lumière. Cependant, jusque là, ils  ne s’en rendaient pas compte. Entre temps, les autres feront  des expériences personnelles de rencontre avec le ressuscité  différentes de la leur  mais tout aussi instructives.

 L’histoire vécue par Cléopas et  son compagnon a été tellement saisissante qu’elle est devenue par la suite la norme de toutes les expériences de rencontre avec le ressuscité pour les membres de la première église. La présence du ressuscité s’impose à celui qui médite sur sa propre vie en évoquant le supplice et la mort de Jésus, si bien que celui qui médite ne sait plus où se situe la réalité. Est-ce dans son esprit ou est-ce dans la réalité du moment? Qu’importe ! Ce qui se passe en lui se manifeste  avec une telle intensité qu’il n’a pas besoin d’en savoir plus.

 Où avaient-ils l’intention d’aller  ces deux compagnons  quand ils sont partis ce matin là ? Ils allaient vers un village nommé Emmaüs qui ne se trouve sur aucune carte, car le lieu où l’on va quand on ne sait  rien de la vie avec Dieu n’a aucune importance. Dès que Dieu s’impose à nous, la direction de notre vie s’impose différemment, car c’est la résurrection que Dieu nous donne qui impose désormais les orientations de notre vie.  Le souffle qui se dégage de ce récit donne à chaque lecteur le désir de vivre  cette expérience avec la même intensité que Cléopas et son compagnon.

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Actes 2:42-47 La première Eglise dimanche 23 avril 2017

Posté par jeanbesset le 14 avril 2017

La première communauté chrétienne

42Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, au partage du pain et aux prières.
43La crainte s’emparait de chacun, et beaucoup de prodiges et de signes se produisaient par l’entremise des apôtres.
44Tous les croyants étaient ensemble et avaient tout en commun.
45Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun.
46Chaque jour, ils étaient assidus au temple, d’un commun accord, ils rompaient le pain dans les maisons et ils prenaient Eglise 3leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur ;

47ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qu’il sauvait.

Quand l’Esprit souffle sur l’Église, c’est une atmosphère de paix et de sérénité qui s’en dégage, c’est en tout cas ce que tente de dire ce texte qui en trouve les origines dans l’évocation de la première église qu’il nous décrit ici. Elle doit son épanouissement à la méditation des textes rapportés par les Apôtres, à la prière, à la vie en commun, au partage du pain,  à la mise en commun des biens et à  une joie profonde qui se dégage de  l’existence de cette  église qui s’ouvre à la vie. C’est comme si ses quelques membres étaient transportés dans un  autre monde, le monde du futur, le Royaume annoncé. Et pourtant tous ont bien  les pieds sur terre.  Sous l’impulsion de l’esprit, l’Église s’était  mise à croître à un tel rythme que le nombre des nouveaux adeptes  qui étaient  venus  gonfler les rangs des premiers croyants avaient crû d’une manière extraordinaire.  Si cela avait continué, l’église aujourd’hui compterait plus de membres que la  totalité des habitants du  monde. Mais il n’en est rien. Quelques chose a dysfonctionné depuis  cette évocation de l’origine de l’Église.

La suite du récit, dans ce Livre même des Actes  montre que le phénomène n’a pas duré.  Les rivalités à l’intérieur du groupe n’ont pas tardé à naître et la défaveur  des observateurs de l’extérieur s’est vite retourné contre l’Église naissante, s’est   transformée en haine et a pris le ton de la persécution. Un peu plus tard, c’est sur l’enseignement même des apôtres que les membres de l’Église seront en désaccord affirmera Paul autour des années 50 dans la première épître aux Corinthiens ( 1 Cor 1/12) « J’entends que chacun de vous dit : Moi je suis de Paul, et moi de Céphas et moi de Christ… ».  Nous sommes à peine 20 ans  après l’événement rapporté ici.  Dans les pages suivantes, nous verrons la communauté se déliter. Le partage des biens sera accompagné de mensonge, et même le partage du pain de la Sainte Cène donnera lieu à des attitudes critiquables et  même scandaleuses de la part des  membres de l’Église de Corinthe en particulier. Du côté du baptême, ce ne fut pas mieux,  on cherchait à se faire valoir par le prestige personnel  du baptiseur si bien que Paul se félicitera de n’avoir baptisé  que très peu de personnes de la communauté de Corinthe.  Que s’était-il donc passé dans l’Église pour qu’en moins d’une génération on en soit arrivé là ?

Le problème de la première église sont les mêmes que ceux de celle d’aujourd’hui. Tout se passe comme si nous n’arrivions pas à instaurer dans nos rangs une  société de fidèles  dont  la foi serait  assez forte pour que  les croyants puissent se libérer  des  mêmes contraintes que celles  auxquelles sont  soumis les gens de ce   monde.  Quand, à d’autres moments de l’histoire, on a cru pouvoir y arriver, comme dans le Genève de Calvin par exemple,  on n’a fait  que créer des comportements sectaires intolérants  qui ont rendu la vie impossible aux habitants de la ville, tant  la pratique de l’espionnage des uns  par les autres devenait insupportable ainsi que les sanctions qui s’en suivaient.  Ce genre de phénomène se produit  toujours   quand on  essaye de faire fit du péché,  c’est-à-dire de tous les comportements qui opposent les hommes entre eux. Ce sont la convoitise, l’arrogance, l’orgueil  qui ne disparaissent pas d’un seul coup du moment que l’on s’est converti au  message de Dieu et qu’on a accepté son salut. On a beau savoir  que la bonne nouvelle de la résurrection  a changé notre relation à Dieu  et au monde, elle n’a pas changé notre nature profonde.  Il faut que Dieu lui-même nous entraîne à faire un pas de plus.

Nous comprenons alors que l’auteur de  ces lignes éprouve un certain agacement au contact  de l’Église  où il se trouve quelques 30 ans après la résurrection de Jésus. La  société  de l’Église n’a pas changé autant qu’on aurait pu l’espérer. C’est pour cela qu’il ne peut  s’empêcher de décrire l’Église,  non pas telle qu’elle était, mais telle qu’elle aurait du être : il idéalise la première église comme une société  parfaite, capable par  ses propres vertus et  d’abnégation de soi d’attirer tous les hommes à elle.

 Mais en écrivant cela, il mettait le doigt sur un défaut  permanent qui est le nôtre, celui de croire que les hommes par leurs actions, leurs vertus ou leur morale peuvent changer quelque chose au monde si Dieu  n’agit pas à leurs côtés. C’est par l’action de Dieu sur les hommes que ceux-ci  pourront changer quelque chose à la situation existante. Si Dieu, quant à lui, ne veut pas directement intervenir dans  le monde et le faire évoluer dans  le sens où la vie de chacun s’améliorerait et où  le mieux être prendrait le dessus,  ce n’est pas non plus les hommes, indépendamment de lui qui y arriveront.  Il faut que  par leurs actions conjuguées, à savoir : celle de  Dieu qui agit pour que la transformation intérieure des individus  s’opère et celle des hommes qui agissent selon sa volonté pour que  « le mieux » prenne le dessus sur le mauvais. L’homme ne peut agir que par l’action de Dieu qui se révèle en lui et qui le transforme de fond en comble

Seul Dieu, en agissant  sur nous peut changer les choses en profondeur,  mais cela n’est jamais acquis pour toujours. Seule sa présence constante en nous  peut modifier nos comportements. Pour cela  il faut que chacun reste fidèle à ce que Dieu lui a révélé. Il faut qu’il  se convertisse à nouveau chaque jour et laisse Dieu agir en lui.  Ainsi il s’appliquera à lui-même, avant de l’appliquer à l’Église cet acquis de la Réforme selon lequel l’Église et nous-mêmes  doivent se réformer  et ne jamais cesser de le faire.

Par quoi  faut-il alors commencer ? Le premier de ces fondamentaux  qu’il doit mettre en valeur et dont  tous les autres découlent est la foi.  La foi devrait-être un sujet de joie, de sérénité et  de satisfaction pour nous. Mais elle est devenue dans nos sociétés d’église un sujet de rivalité entre les croyants, déjà dénoncé par Paul, mais qui n’a fait que s’aggraver depuis.   La  foi  est devenue  un sujet d’exclusion des uns par les autres, de refus de dialogue à tel point que l’on oublie d’abord que la foi est un don de Dieu, liée à l’irruption de la réalité qu’il représente  dans notre vie. Nous ne nous mettons à croire vraiment que si Dieu lui-même s’est saisi de notre vie et qu’il inspire nos pensées par son esprit qu’il répand sur nous et dont aucun humain ne peut assurer le contrôle pour nous. La foi établit un lien étroit entre nous et Jésus qui mystérieusement partage notre vie et nous ouvre les portes d’un au-delà qui nous était fermé jusque là. La vie en Église est basée sur le partage de cette certitude, sur  la mise en commun de nos expériences et la prière avec Dieu.

C’est alors que le péché que nous croyions  aboli par notre conversion à Dieu risque de prendre sournoisement le dessus. Il consiste à donner priorité  à la pensée humaine et à prétendre que les croyants peuvent prendre le pas sur la volonté de Dieu. Il nous amène à croire que notre propre personne doit être au centre de notre  pensée  et qu’elle nécessite plus d’attention que les autres. Pour  combattre cette tendance mortifère que nous cultivons à plaisir, Jésus nous a donné pour  seul précepte  celui d’aimer les autres comme nous-mêmes,  c’est en faisant cela que nous manifesterons notre amour pour Dieu. Mais sans l’esprit de Dieu qui nous stimule, nous n’y arriverons jamais par nous-mêmes. Chacun se prenant pour le centre de ses propres préoccupations  croit  que Dieu obéit aux mêmes impératifs et  place les  civilisations chrétiennes au dessus des autres, si bien que  celles-ci devraient  s’imposer aux autres.

 Nous comprenons alors que si nous ne nous appuyons pas sur ce qui est  fondamental  dans  la foi, c’est-à-dire l’amour du prochain qui rend tous les hommes égaux devant Dieu, nous passerons à côté  de la vision qu’il a  pour le monde et nous le trahirons en croyant le servir. L’avenir de l’Église et du monde passe  donc  par une conversion de nous-mêmes, de l’Église et des autres, c’est alors  que le monde  sera sauvé

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Actes 10: 34-43 Plus d’angoisse dimanche 16 avril 2017

Posté par jeanbesset le 6 avril 2017

34 Alors Pierre prit la parole : En vérité, dit-il, je comprends que Dieu n’est pas partial, 35 mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice est agréé de lui. 36 Il a envoyé la Parole aux Israélites, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ : c’est lui qui est le Seigneur de tous. 37 Vous, vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée, à la suite du baptême que Jean a proclamé : 38 comment Dieu a conféré une onction d’Esprit saint et de puissance à Jésus de Nazareth qui, là où il passait, faisait du bien et guérissait tous ceux qui étaient opprimés par le diable ; car Dieu était avec lui. 39 Nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le pendant au bois, 40 Dieu l’a réveillé le troisième jour ; il lui a donné de se manifester, 41 non à tout le peuple, mais aux témoins désignés d’avance par Dieu, à nous qui avons mangé et bu avec lui après qu’il s’est relevé d’entre les morts. 42 Et il nous a enjoint de proclamer au peuple et d’attester que c’est lui que Dieu a institué juge des vivants et des morts. 43 Tous les prophètes lui rendent ce témoignage : quiconque met sa foi en lui reçoit par son nom le pardon des péchés.van-gogh-moisson

Nous devrions être des gens heureux et épanouis dans le monde où nous sommes.  Certes tous  n’ont pas le même sort et nous ne  devrions pas  négliger  les injustices qui sont faites au mal chanceux dans notre pays et dans les autres.  Mais si on se permet de jeter  un regard sur le passé, nous constaterons que  le sort de ceux qui vivaient,  ne serait-ce que deux générations plus tôt,  ne souffre pas la comparaison avec la nôtre.   Malgré  les insatisfactions  dont on ne cesse de faire état, nous sommes bien forcés d’admettre que  les techniques de progrès ne cessent de battre des records d’ingéniosité et nous espérons qu’en  dépit de la surpopulation de la planète, le génie humain réussira à nourrir tout le monde et à gommer les dernières difficultés qui font encore de l’ombre au tableau de notre insatisfaction.

Certains de la capacité humaine à surmonter les obstacles, il est  évident semble-t-il que  nous nous avançons vers un avenir serein et sans nuage puisque les désastres   causés par les guerres sont  définitivement relégués au magasin des choses dépassées.   Pourtant un tel discours  est perçu  comme relevant d’une utopie ridicule. Et on  se gausse à l’idée que quelques illuminés  pourraient tenir un tel langage.  Face  à un tel discours, chacun s’empresse d’énumérer les causes d’insatisfaction qui contrediraient les propos qui viennent d’être suggérés.  Il faut donc se résigner au constat selon lequel l’homme, au faîte  de sa réussite technique et à la veille de mettre en place des prouesses médicales inespérées ne réussit pas à rendre ses peuples heureux. Que leur manque-il donc ? S’ils le savaient ils sauraient dans quel sens orienter leurs recherches, mais ils ne le savent pas.

En fait l’insatisfaction que tous ressentent ne se formule pas de la même manière chez les uns et chez les autres.  De ce constat nous comprenons  que l’homme qui  se comporte comme un champion de la découverte et  s’affiche  comme un prince de l’invention, qui est également  un génie de la technique est en fait insatisfait de lui-même. Son insatisfaction  et sa morosité ne viennent pas de l’extérieur de lui, mais lui sont intérieurs.  Ce phénomène sévit à tous  les niveaux de la société et n’épargne personne  parce qu’on ne peut retourner ses griefs contre personne.  On ne peut même pas accuser les autres  car chacun fait partie des autres  et partage la morosité collective.

Jadis, les hommes savaient donner des noms à ce  qui les perturbait  et ils savaient la cause de leurs inquiétudes. Ils accusaient les mauvais génies  qui peuplaient les forêts et qui se faisaient la guerre entre eux au détriment  des hommes.  Ils pensaient aussi que les dieux dans les lieux où ils se trouvaient se jouaient des humains et éprouvaient un malin plaisir  à leur rendre la vie rude. Quand le génie humain (encore lui) a  compris que les esprits de la forêt  étaient inoffensifs parce qu’inexistants et que le  Panthéon  ou l’Olympe étaient sans locataires parce qu’il n’y avait qu’un seul Dieu pour régenter l’univers,  les humains  n’en sont pas moins restés  inquiets.  Leur angoisse a seulement  changé d’aspect.  Bien évidemment cela ne s’est pas fait d’un seul coup,  mais c’est  dans ce sens là que s’est fait l’évolution de la pensée, par un transfert et une modification des angoisses, et c’est Dieu lui-même qui en  fut le sujet.

Les humains ont  alors  pensé  que leurs malheurs et leurs inquiétudes  avaient  pour origine leur mauvaise relation avec ce Dieu tout puissant qui, pour régner en maître, était jaloux de ses prérogatives et faisait subir des sévisses à l’humanité insoumise et désobéissante.  C’est au  moment  où cette crise s’est faite insupportable qu’est née la Réforme comme une forme de révolte contre ce Dieu  insupportable, comme si Jésus Christ n’avait rien changé auparavant au   cours des choses.  Apparemment  son action n’avait pas suffi et la crainte n’avait pas disparu. Tous les hommes n’en avaient pas été libérés. Il y avait donc, encore  d’autres comportements à dénoncer.   Pourtant depuis des siècles  Jésus avait fait tout le travail, mais on n’avait pas  vraiment compris ce qu’il était venu apporter.

Si  dans les temps modernes que nous traversons les croyances  en Dieu se sont atténuées et  ont rendu  Dieu inoffensif, croit-on,  les angoisses ont subsisté cependant. Ce n’est pas en s’écartant de Dieu que les choses allaient changer pour ceux qui ne  croyaient plus en lui. Ils auraient mieux fait  d’écouter ce que Jésus  avait  dit à son sujet   jadis, et d’essayer de comprendre quelles solutions il avait tenté d’apporter à leurs peurs. Un retour aux sources s’impose donc. On découvrira alors   que Jésus demandait aux siens d’inverser les valeurs pour que tout change et que les peurs se transforment en espérance.

Souvenez-vous  des propos de Jésus quand il parlait  de Dieu, c’est à un Père bien veillant et miséricordieux qu’il nous adressait et il donnait des tas d’exemples où ce Père était en décalage complet avec l’image qu’on se faisait traditionnellement de Dieu. Il accueillait son fils débauché sans repentir, absolvait une femme adultère sans aucune  réserve, promettait le salut à des païens aussi bien qu’à des samaritains ou à des juifs. Avant tout  le  Dieu dont il parlait était infiniment bon,  et préférait faire aveu de faiblesse plutôt que de faire violence contre qui que ce soit. Appelez le donc Papa, et vous verrez que ça changera vos relations avec lui.Van Gogh

Ne pensez pas non plus que ce Dieu voulait punir les hommes  en leur envoyant toutes sortes de maladies, mais  c’est plutôt lui qui cherchait à les guérir quand ils étaient en souffrance. Jésus mêlant le geste à la parole imposait les mains aux malades et ils étaient guéris. Si vous croyez encore que Dieu voulait  imposer sa toute puissance  aux hommes  en  menaçant   de les punir de leurs péchés par  les effets  destructeurs des  éléments déchaînés, tournez les regards vers Jésus qui apaisait la tempête pour sécuriser ses amis inquiets. Jésus était habité par l’esprit de Dieu qui refusait d’agir contre les hommes pour les contraindre à l’obéissance.  Au contraire, il  leur communiquait l’énergie de son esprit qui les rendait capables de voir  les choses  autrement  et d’agir autrement.

C’est en tenant  des propos semblables que Pierre s’est adressé aux païens stupéfaits. Ce discours nouveau les a étonné et les a séduits. C’est alors qu’ils ont senti l’esprit les pénétrer  et qu’ils se sont  mis  à croire à ce Dieu qui se présentait d’une manière toute nouvelle, qui les déculpabilisait et qui colorait l’avenir d’espérance.

Il y a cependant  un pas de plus à faire. Il ne suffit pas  seulement de croire. Il faut  encore donner du sens  à sa vie  en se laissant guider par cet  esprit qui s’impose à nous de la part de Dieu et donne du sens à notre ’avenir.

Mais l’avenir, c’est quoi ? 

Si l’esprit de Dieu nous habite tout entier, il habite notre présent  et  aussi notre avenir si bien que  la mort qui nous attend prend  un tout autre aspect. Elle devient certes la fin de quelque chose, mais elle devient aussi le début d’autre chose si bien que la mention de la résurrection arrive ici comme une cerise sur le gâteau  pour apporter une conclusion positive à notre propos. 

 Jésus a été le témoin de ce Dieu qui nous invite à voir les choses autrement.  Il a manifesté que le mot « divinité » se confondait avec celui de  « bonté »  et aussi avec celui de « vie », c’est pourquoi  le pardon des péchés a pris une si grande place dans ses propos. Il est  désormais important pour nous  que  nous orientions  notre vie pour que tout cela devienne vérité en nous. C’est alors que l’espérance qui se manifestera  au travers de nos dires et de nos faires sera le meilleur témoignage que  nous pourrons rendre à ce Dieu qui domine nos craintes, anéantit nos peurs et nous ouvre à une vie véritable. 

Ces quelques illustrations de van Gogh me semblent aptes à illustrer ce qui vient d’être écrit

rophètes lui rendent ce témoignage : quiconque met sa foi en lui reçoit par son nom le pardon des péchés.

Nous devrions être des gens heureux et épanouis dans le monde où nous sommes.  Certes tous  n’ont pas le même sort et nous ne  devrions pas  négliger  les injustices qui sont faites au mal chanceux dans notre pays et dans les autres.  Mais si on se permet de jeter  un regard sur le passé, nous constaterons que  le sort de ceux qui vivaient,  ne serait-ce que deux générations plus tôt,  ne souffre pas la comparaison avec la nôtre.   Malgré  les insatisfactions  dont on ne cesse de faire état, nous sommes bien forcés d’admettre que  les techniques de progrès ne cessent de battre des records d’ingéniosité et nous espérons qu’en  dépit de la surpopulation de la planète, le génie humain réussira à nourrir tout le monde et à gommer les dernières difficultés qui font encore de l’ombre au tableau de notre insatisfaction.

Certains de la capacité humaine à surmonter les obstacles, il est  évident semble-t-il que  nous nous avançons vers un avenir serein et sans nuage puisque les désastres   causés par les guerres sont  définitivement relégués au magasin des choses dépassées.   Pourtant un tel discours  est perçu  comme relevant d’une utopie ridicule. Et on  se gausse à l’idée que quelques illuminés  pourraient tenir un tel langage.  Face  à un tel discours, chacun s’empresse d’énumérer les causes d’insatisfaction qui contrediraient les propos qui viennent d’être suggérés.  Il faut donc se résigner au constat selon lequel l’homme, au faîte  de sa réussite technique et à la veille de mettre en place des prouesses médicales inespérées ne réussit pas à rendre ses peuples heureux. Que leur manque-il donc ? S’ils le savaient ils sauraient dans quel sens orienter leurs recherches, mais ils ne le savent pas.

En fait l’insatisfaction que tous ressentent ne se formule pas de la même manière chez les uns et chez les autres.  De ce constat nous comprenons  que l’homme qui  se comporte comme un champion de la découverte et  s’affiche  comme un prince de l’invention, qui est également  un génie de la technique est en fait insatisfait de lui-même. Son insatisfaction  et sa morosité ne viennent pas de l’extérieur de lui, mais lui sont intérieurs.  Ce phénomène sévit à tous  les niveaux de la société et n’épargne personne  parce qu’on ne peut retourner ses griefs contre personne.  On ne peut même pas accuser les autres  car chacun fait partie des autres  et partage la morosité collective.

Jadis, les hommes savaient donner des noms à ce  qui les perturbait  et ils savaient la cause de leurs inquiétudes. Ils accusaient les mauvais génies  qui peuplaient les forêts et qui se faisaient la guerre entre eux au détriment  des hommes.  Ils pensaient aussi que les dieux dans les lieux où ils se trouvaient se jouaient des humains et éprouvaient un malin plaisir  à leur rendre la vie rude. Quand le génie humain (encore lui) a  compris que les esprits de la forêt  étaient inoffensifs parce qu’inexistants et que le  Panthéon  ou l’Olympe étaient sans locataires parce qu’il n’y avait qu’un seul Dieu pour régenter l’univers,  les humains  n’en sont pas moins restés  inquiets.  Leur angoisse a seulement  changé d’aspect.  Bien évidemment cela ne s’est pas fait d’un seul coup,  mais c’est  dans ce sens là que s’est fait l’évolution de la pensée, par un transfert et une modification des angoisses, et c’est Dieu lui-même qui en  fut le sujet.

Les humains ont  alors  pensé  que leurs malheurs et leurs inquiétudes  avaient  pour origine leur mauvaise relation avec ce Dieu tout puissant qui, pour régner en maître, était jaloux de ses prérogatives et faisait subir des sévisses à l’humanité insoumise et désobéissante.  C’est au  moment  où cette crise s’est faite insupportable qu’est née la Réforme comme une forme de révolte contre ce Dieu  insupportable, comme si Jésus Christ n’avait rien changé auparavant au   cours des choses.  Apparemment  son action n’avait pas suffi et la crainte n’avait pas disparu. Tous les hommes n’en avaient pas été libérés. Il y avait donc, encore  d’autres comportements à dénoncer.   Pourtant depuis des siècles  Jésus avait fait tout le travail, mais on n’avait pas  vraiment compris ce qu’il était venu apporter.

Si  dans les temps modernes que nous traversons les croyances  en Dieu se sont atténuées et  ont rendu  Dieu inoffensif, croit-on,  les angoisses ont subsisté cependant. Ce n’est pas en s’écartant de Dieu que les choses allaient changer pour ceux qui ne  croyaient plus en lui. Ils auraient mieux fait  d’écouter ce que Jésus  avait  dit à son sujet   jadis, et d’essayer de comprendre quelles solutions il avait tenté d’apporter à leurs peurs. Un retour aux sources s’impose donc. On découvrira alors   que Jésus demandait aux siens d’inverser les valeurs pour que tout change et que les peurs se transforment en espérance.

Souvenez-vous  des propos de Jésus quand il parlait  de Dieu, c’est à un Père bien veillant et miséricordieux qu’il nous adressait et il donnait des tas d’exemples où ce Père était en décalage complet avec l’image qu’on se faisait traditionnellement de Dieu. Il accueillait son fils débauché sans repentir, absolvait une femme adultère sans aucune  réserve, promettait le salut à des païens aussi bien qu’à des samaritains ou à des juifs. Avant tout  le  Dieu dont il parlait était infiniment bon,  et préférait faire aveu de faiblesse plutôt que de faire violence contre qui que ce soit. Appelez le donc Papa, et vous verrez que ça changera vos relations avec lui.

Ne pensez pas non plus que ce Dieu voulait punir les hommes  en leur envoyant toutes sortes de maladies, mais  c’est plutôt lui qui cherchait à les guérir quand ils étaient en souffrance. Jésus mêlant le geste à la parole imposait les mains aux malades et ils étaient guéris. Si vous croyez encore que Dieu voulait  imposer sa toute puissance  aux hommes  en  menaçant   de les punir de leurs péchés par  les effets  destructeurs des  éléments déchaînés, tournez les regards vers Jésus qui apaisait la tempête pour sécuriser ses amis inquiets. Jésus était habité par l’esprit de Dieu qui refusait d’agir contre les hommes pour les contraindre à l’obéissance.  Au contraire, il  leur communiquait l’énergie de son esprit qui les rendait capables de voir  les choses  autrement  et d’agir autrement.

C’est en tenant  des propos semblables que Pierre s’est adressé aux païens stupéfaits. Ce discours nouveau les a étonné et les a séduits. C’est alors qu’ils ont senti l’esprit les pénétrer  et qu’ils se sont  mis  à croire à ce Dieu qui se présentait d’une manière toute nouvelle, qui les déculpabilisait et qui colorait l’avenir d’espérance.

Il yVan Gogh 2 a cependant  un pas de plus à faire. Il ne suffit pas  seulement de croire. Il faut  encore donner du sens  à sa vie  en se laissant guider par cet  esprit qui s’impose à nous de la part de Dieu et donne du sens à notre ’avenir.

Mais l’avenir, c’est quoi ? 

Si l’esprit de Dieu nous habite tout entier, il habite notre présent  et  aussi notre avenir si bien que  la mort qui nous attend prend  un tout autre aspect. Elle devient certes la fin de quelque chose, mais elle devient aussi le début d’autre chose si bien que la mention de la résurrection arrive ici comme une cerise sur le gâteau  pour apporter une conclusion positive à notre propos. 

 Jésus a été le témoin de ce Dieu qui nous invite à voir les choses autrement.  Il a manifesté que le mot « divinité » se confondait avec celui de  « bonté »  et aussi avec celui de « vie », c’est pourquoi  le pardon des péchés a pris une si grande place dans ses propos. Il est  désormais important pour nous  que  nous orientions  notre vie pour que tout cela devienne vérité en nous. C’est alors que l’espérance qui se manifestera  au travers de nos dires et de nos faires sera le meilleur témoignage que  nous pourrons rendre à ce Dieu qui domine nos craintes, anéantit nos peurs et nous ouvre à une vie véritable. 

Ces quelques illustrations de van Gogh me semblent aptes à illustrer ce qui vient d’être écrit

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Esaïe 50:4-7 Dimanche 9 avril 2017

Posté par jeanbesset le 5 avril 2017

 

4Le Seigneur DIEU m’a donné le langage des disciples, pour que je sache soutenir par une parole celui qui est épuisé ; chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille, pour que j’écoute à la manière des disciples.

5Le Seigneur DIEU m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas rebellé et je ne me suis pas dérobé.

6J’ai livré mon dos à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ; je ne me suis pas détourné des insultes et des crachats.

7Mais le Seigneur DIEU m’a secouru ; c’est pourquoi je n’ai pas été confus, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage semblable à du granit, sachant que je n’aurais pas honte. Rameaux B

Depuis des siècles, nous ouvrons la semaine sainte en écoutant le martellement des sabots d’un petit âne sur les pavés de la vieille ville de Jérusalem. Il emprunte à peu de choses près le même chemin que Salomon avait suivi, juché sur l’ânesse de son père pour être intronisé roi à sa suite. Il s’agissait d’une révolution de palais qui consistait à imposer Salomon sur le trône de David à la place de son ainé. L’affaire fut chaude. Il y a donc fort peu de similitude entre les deux événements si non le lieu et la monture. Pourtant il s’agit bien aussi pour Jésus d’une révolution, mais elle est d’un autre ordre.

Jésus ne cherche pas à renverser le pouvoir. Il ne bouscule pas les valeurs sociales, comme on l’imagine parfois. Il n’institue pas le règne des pauvres. Il ne suggère pas avant l’heure, une forme de dictature du prolétariat. Le mouvement qui anime Jésus puise ses racines dans les origines prophétiques du judaïsme. Il trouve son inspiration dans la longue complainte du « Serviteur souffrant » à la quelle le prophète Esaïe a prêté sa plume et sa voix. Son histoire trouve son épilogue dans l’agonie de Jésus, au moment où sur la croix il s’écrie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est là le dernier élément qui concerne la création, car c’est bien de la création qu’il s’agit, comme on le verra plus loin.

Nous le connaissons bien ce serviteur torturé du second Esaïe. On lui arrache la barbe sans qu’il se révolte, on le mène au supplice comme un agneau à la boucherie sans qu’il proteste. Les chants du « Serviteur souffrant » servent  de toile de fond à de nombreuses liturgies de la semaine sainte. Sa plainte trouve son accomplissement dans la mort de Jésus comme l’affirmation de la présence de Dieu au sein de la souffrance. Six siècles séparent les deux événements. L’Évangile donne dans la mort de Jésus une réponse aux questions que se posait déjà Esaïe au sujet de toutes les injustices et toutes les souffrances que subissent les humains. Dieu les prend en charge dans l’agonie de Jésus et transforme en espérance de vie tout ce qui était marqué par la mort. Rameaux C

Jadis le prophète Esaïe a osé dire qu’il n’y avait pas de rapport de cause à effet entre la souffrance des hommes et la volonté de Dieu. Il parlait d’un homme juste, persécuté par se semblables et il affirmait que ses souffrances n’avaient pas vraiment de cause.  On le persécutait  et Dieu semblait laisser faire. Il était torturé et Dieu n’intervenait pas. Le prophète savait bien, en disant cela qu’il  était témoin d’un des temps forts de la révélation et que la qualité de notre foi dépendait de la réponse qui sera donnée à toutes les questions qui surgissent sur ce sujet. Comment se fait-il que l’innocent puisse être considéré comme un coupable  sans que Dieu intervienne ? Est-il vraiment possible que l’on souffre sans raison apparente et que le seul baume qui soit efficace ne le soit que quand la mort aura fait son œuvre en nous ?

Dans la révolution instaurée dans les idées du moment par Esaïe, le prophète se propose de dire délibérément dans quel camp Dieu se situe.  Si Dieu participe à la révolte de celui qui souffre et le soutient dans son épreuve, il ne peut être en même temps dans le camp de celui qui inflige sa peine. Qu’on se le dise ! La  révolution que  le prophète Esaïe inaugure avec les chants du serviteur et que Jésus reprend à son compte signifie  que Dieu a  délibérément pris position en faveur de celui qui souffre. Ce n’est pas l’avis de ceux qui considèrent qu’il faut accepter son sort sans protester comme un acte de foi et  qu’il faut accepter que Dieu nous impose la souffrance comme une épreuve de notre foi.

Nous nous demandons alors comment Dieu peut-il correspondre au Père aimant en qui Jésus  trouve sa joie ?  Le prophète Esaïe qui nous rapporte ces faits est le deuxième du nom. Il vivait à l’époque de l’exil à Babylone.  Il a vu s’effondrer l’état d’Israël et il a partagé le sort de ses compatriotes en exil. Les savants se demandent encore qui est ce serviteur souffrant dont il parle ?  Est-ce le peuple d’Israël ? Est-ce le prophète lui-même dont un autre raconte les souffrances ? Dans ces textes provocants,  le prophète essaye de trouver de la cohérence dans ce qui est incohérent et de l’ordre dans le désordre. C’est  dans ces questions que nous rejoignons les interrogations sur la création que nous posions au début de notre propos.

Plus l’humanité évolue, plus elle se trouve engoncée dans ce qui n’a pas de sens. Plus l’humanité  tend à s’organiser, plus surgissent en son sein les causes les de rivalité et de désespoir. Plus la médecine évolue, plus les moyens de destruction augmentent. Nous sommes encore dans la même situation de chaos tel qu’il est décrit au début des Ecritures. A l’origine nous est-il dit, « L’esprit de Dieu se mouvait au dessus de l’immensité qui n’était qu’un Tohu Bohu  informe et vide. Cette description du début des temps, correspondrait-elle encore à la réalité  d’aujourd’hui ?

Dieu est-il encore en train de se battre contre le désordre qu’il essaye de réguler depuis toujours? Est-il encore en train de bousculer les forces hostiles pour que la terre s’épanouisse ? Est-il encore en train de diviser le firmament pour maintenir le jour en équilibre et  pour que l’ensemble de la planète évolue sans que la terre tremble et les océans ne se révoltent ?  Est-il toujours en train de pousser les hommes à agir au milieu de cette agitation pour que la cohérence prenne le dessus ? Tout se passe Rameaux Dcomme si toutes les étapes de la création étaient mêlées les unes aux autres et non pas classées en six jour distincts. C’est à ce demander si le  poète qui nous a transmis ce récit merveilleux de la Création n’a pas séparé les époques pour mieux les décrire, alors que dans le réalité elles étaient toutes imbriquées les unes dans les autres ? S’il en est ainsi, c’est que Dieu est encore aujourd’hui en train de s’efforcer de créer un monde à l’image de son désir et invite l’homme à l’y rejoindre. Alors que l’opération est en cours, Dieu  patiemment attend le septième jour qui n’est pas encore accompli et continue à se colleter avec le Tohu Bohu. Il s’efforce en même temps de projeter en chaque humain le désir d’ordre qui est en lui. Dieu a confiance en l’homme qu’il a créé et il cherche à s’en faire un partenaire, c’est pourquoi il a besoin de partager son désir avec lui pour l’aider à organiser le monde dans une évolution cohérente.

Il est dans la nature du monde de résister au talent organisateur de Dieu. Cette résistance prend toutes les formes possibles et contamine l’homme lui-même. Celui-ci, avant de se soumettre à Dieu reste le pur produit de ce monde rebelle. N’est-il pas selon les textes, issu de cette terre qui résiste à Dieu alors que Dieu essaye de la dompter pour la créer.

Dans la nature, toujours insoumise, les lions et les insectes ainsi que toutes les autres bêtes dites dangereuses tels les virus et les microbes se font la guerre entre eux et n’épargnent pas les humains. Ils les combattent jusqu’à ce que mort  s’en suive.  Y a-t-il encore du sens à tout cela ? Rameaux E

Tout cela a du sens si chacun entre dans le projet créateur de Dieu. Dieu quant à lui se refuse à se laisser dominer par un monde sans loi. Au contraire, il essaye de créer des lois  d’équilibre dont le seul secret est l’amour, c’est par lui qu’il agit sur les hommes pour qu’ils se tournent vers Dieu et adoptent son projet d’avenir. L’harmonie deviendra la règle et le mal vaincu s’estompera au point de disparaître. Dieu espère que grâce à sa prodigieuse intelligence, l’homme se mettra au service de ce monde nouveau qu’il espère. Il met  alors tout en œuvre pour que l’amour devienne la règle de l’évolution.

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Esaïe 50:4-7 Dimanche 9 avril 2017

Posté par jeanbesset le 5 avril 2017

4Le Seigneur DIEU m’a donné le langage des disciples, pour que je sache soutenir par une parole celui qui est épuisé ; chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille, pour que j’écoute à la manière des disciples.

5Le Seigneur DIEU m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas rebellé et je ne me suis pas dérobé.

6J’ai livré mon dos à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ; je ne me suis pas détourné des insultes et des crachats.

7Mais le Seigneur DIEU m’a secouru ; c’est pourquoi je n’ai pas été confus, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage semblable à du granit, sachant que je n’aurais pas honte.

Depuis des siècles, nous ouvrons la semaine sainte en écoutant le martellement des sabots d’un petit âne sur les pavés de la vieille ville de Jérusalem. Il emprunte à peu de choses près le même chemin que Salomon avait suivi, juché sur l’ânesse de son père pour être intronisé roi à sa suite. Il s’agissait d’une révolution de palais qui consistait à imposer Salomon sur le trône de David à la place de son ainé. L’affaire fut chaude. Il y a donc fort peu de similitude entre les deux événements si non le lieu et la monture. Pourtant il s’agit bien aussi pour Jésus d’une révolution, mais elle est d’un autre ordre. 

Jésus ne cherche pas à renverser le pouvoir. Il ne bouscule pas les valeurs sociales, comme on l’imagine parfois. Il n’institue pas le règne des pauvres. Il ne suggère pas avant l’heure, une forme de dictature du prolétariat. Le mouvement qui anime Jésus puise ses racines dans les origines prophétiques du judaïsme. Il trouve son inspiration dans la longue complainte du « Serviteur souffrant » à la quelle le prophète Esaïe a prêté sa plume et sa voix. Son histoire trouve son épilogue dans l’agonie de Jésus, au moment où sur la croix il s’écrie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est là le dernier élément qui concerne la création, car c’est bien de la création qu’il s’agit, comme on le verra plus loin. 

Nous le connaissons bien ce serviteur torturé du second Esaïe. On lui arrache la barbe sans qu’il se révolte, on le mène au supplice comme un agneau à la boucherie sans qu’il proteste. Les chants du « Serviteur souffrant » servent  de toile de fond à de nombreuses liturgies de la semaine sainte. Sa plainte trouve son accomplissement dans la mort de Jésus comme l’affirmation de la présence de Dieu au sein de la souffrance. Six siècles séparent les deux événements. L’Evangile donne dans la mort de Jésus une réponse aux questions que se posait déjà Esaïe au sujet de toutes les injustices et toutes les souffrances que subissent les humains. Dieu les prend en charge dans l’agonie de Jésus et transforme en espérance de vie tout ce qui était marqué par la mort. 

Jadis le prophète Esaïe a osé dire qu’il n’y avait pas de rapport de cause à effet entre la souffrance des hommes et la volonté de Dieu. Il parlait d’un homme juste, persécuté par se semblables et il affirmait que ses souffrances n’avaient pas vraiment de cause.  On le persécutait  et Dieu semblait laisser faire. Il était torturé et Dieu n’intervenait pas. Le prophète savait bien, en disant cela qu’il  était témoin d’un des temps forts de la révélation et que la qualité de notre foi dépendait de la réponse qui sera donnée à toutes les questions qui surgissent sur ce sujet. Comment se fait-il que l’innocent puisse être considéré comme un coupable  sans que Dieu intervienne ? Est-il vraiment possible que l’on souffre sans raison apparente et que le seul baume qui soit efficace ne le soit que quand la mort aura fait son œuvre en nous ? 

Dans la révolution instaurée dans les idées du moment par Esaïe, le prophète se propose de dire délibérément dans quel camp Dieu se situe.  Si Dieu participe à la révolte de celui qui souffre et le soutient dans son épreuve, il ne peut être en même temps dans le camp de celui qui inflige sa peine. Qu’on se le dise ! La  révolution que  le prophète Esaïe inaugure avec les chants du serviteur et que Jésus reprend à son compte signifie  que Dieu a  délibérément pris position en faveur de celui qui souffre. Ce n’est pas l’avis de ceux qui considèrent qu’il faut accepter son sort sans protester comme un acte de foi et  qu’il faut accepter que Dieu nous impose la souffrance comme une épreuve de notre foi.  

Nous nous demandons alors comment Dieu peut-il correspondre au Père aimant en qui Jésus  trouve sa joie ?  Le prophète Esaïe qui nous rapporte ces faits est le deuxième du nom. Il vivait à l’époque de l’exil à Babylone.  Il a vu s’effondrer l’état d’Israël et il a partagé le sort de ses compatriotes en exil. Les savants se demandent encore qui est ce serviteur souffrant dont il parle ?  Est-ce le peuple d’Israël ? Est-ce le prophète lui-même dont un autre raconte les souffrances ? Dans ces textes provocants,  le prophète essaye de trouver de la cohérence dans ce qui est incohérent et de l’ordre dans le désordre. C’est  dans ces questions que nous rejoignons les interrogations sur la création que nous posions au début de notre propos. 

Plus l’humanité évolue, plus elle se trouve engoncée dans ce qui n’a pas de sens. Plus l’humanité  tend à s’organiser, plus surgissent en son sein les causes les de rivalité et de désespoir. Plus la médecine évolue, plus les moyens de destruction augmentent. Nous sommes encore dans la même situation de chaos tel qu’il est décrit au début des Ecritures. A l’origine nous est-il dit, « L’esprit de Dieu se mouvait au dessus de l’immensité qui n’était qu’un Tohu Bohu  informe et vide. Cette description du début des temps, correspondrait-elle encore à la réalité  d’aujourd’hui ? 

Dieu est-il encore en train de se battre contre le désordre qu’il essaye de réguler depuis toujours? Est-il encore en train de bousculer les forces hostiles pour que la terre s’épanouisse ? Est-il encore en train de diviser le firmament pour maintenir le jour en équilibre et  pour que l’ensemble de la planète évolue sans que la terre tremble et les océans ne se révoltent ?  Est-il toujours en train de pousser les hommes à agir au milieu de cette agitation pour que la cohérence prenne le dessus ? Tout se passe comme si toutes les étapes de la création étaient mêlées les unes aux autres et non pas classées en six jour distincts. C’est à ce demander si le  poète qui nous a transmis ce récit merveilleux de la Création n’a pas séparé les époques pour mieux les décrire, alors que dans le réalité elles étaient toutes imbriquées les unes dans les autres ? S’il en est ainsi, c’est que Dieu est encore aujourd’hui en train de s’efforcer de créer un monde à l’image de son désir et invite l’homme à l’y rejoindre. Alors que l’opération est en cours, Dieu  patiemment attend le septième jour qui n’est pas encore accompli et continue à se colleter avec le Tohu Bohu. Il s’efforce en même temps de projeter en chaque humain le désir d’ordre qui est en lui. Dieu a confiance en l’homme qu’il a créé et il cherche à s’en faire un partenaire, c’est pourquoi il a besoin de partager son désir avec lui pour l’aider à organiser le monde dans une évolution cohérente. 

Il est dans la nature du monde de résister au talent organisateur de Dieu. Cette résistance prend toutes les formes possibles et contamine l’homme lui-même. Celui-ci, avant de se soumettre à Dieu reste le pur produit de ce monde rebelle. N’est-il pas selon les textes, issu de cette terre qui résiste à Dieu alors que Dieu essaye de la dompter pour la créer.  

Dans la nature, toujours insoumise, les lions et les insectes ainsi que toutes les autres bêtes dites dangereuses tels les virus et les microbes se font la guerre entre eux et n’épargnent pas les humains. Ils les combattent jusqu’à ce que mort  s’en suive.  Y a-t-il encore du sens à tout cela ? 

Tout cela a du sens si chacun entre dans le projet créateur de Dieu. Dieu quant à lui se refuse à se laisser dominer par un monde sans loi. Au contraire, il essaye de créer des lois  d’équilibre dont le seul secret est l’amour, c’est par lui qu’il agit sur les hommes pour qu’ils se tournent vers Dieu et adoptent son projet d’avenir. L’harmonie deviendra la règle et le mal vaincu s’estompera au point de disparaître. Dieu espère que grâce à sa prodigieuse intelligence, l’homme se mettra au service de ce monde nouveau qu’il espère. Il met  alors tout en œuvre pour que l’amour devienne la règle de l’évolution.

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