Ecclesia Reformata

Posté par jeanbesset le 21 juin 2017

Ecclésia Reformata : Jean 15/12-17 : une spiritualité de l’autocritique –

 

Fatigués par la répétition des idées du passé, on aimerait que les choses changent en matière spirituelle.  On voudrait innover afin que la pensée au sujet de Dieu se modernise.  Mais, en même temps, on aspire aussi à plus de stabilité. Nous sommes en pleine contradiction intérieure ! On voudrait qu’en matière de foi les choses évoluent et aussi qu’elles restent immuables ! 

 Mais tout cela n’est que fiction ! 

Les idées rassurantes sur Dieu que nous croyions avoir bercé les générations qui nous ont précédées ne l’étaient pas. Le péché pesait d’un poids énorme sur les consciences et vouait à l’enfer quiconque se croyait coupable. La menace était telle qu’on a dû inventer l’existence du purgatoire afin de mettre un peu d’espoir dans la vie des croyants. 

 On avait alors procédé, comme si on pouvait disposer à sa guise de la volonté même de Dieu et dessiner selon la fantaisie des penseurs du moment  les frontières du paradis.  Ainsi se laisse-t-on trop souvent aller à imaginer l’existence d’un Dieu  dont la réalité reste imprécise à notre esprit  et dont on se plait à modifier l’aspect, suivant les idées en vogue. La Réforme avait-elle été le produit  d’une nouvelle mode ?  S’était-elle appuyée sur ce principe quand  elle a défini l’Eglise comme étant une réalité qui devait être réformée et toujours à réformer  afin de proposer aux hommes un Dieu acceptable? 

Si je me suis permis de tels questionnements, c’est que nous ne sommes pas au clair sur la notion de Dieu. Qu’on le veuille ou non, nous avons seulement conscience  qu’il relève d’  une réalité qui nous dépasse. On cherche parfois  à s’en libérer en s’appuyant sur les philosophes du moment, d’autant plus  qu’ayant hérité des idées sur Dieu de nos pères,  il  nous parait opportun de nous en séparer  ou de  les faire  évoluer à notre guise pour nous sentir libres par rapport  au passé.. 

 En fait la question de Dieu ne nous laisse pas indifférents. Qu’on  l’accepte ou qu’on le rejette on  aimerait  que cette intuition sur lui s’accorde avec nos idées modernes. On aimerait que les églises nous y aident en se réformant radicalement.  Cela  ne parait pourtant pas être le cas et nous nous sentons bien seuls face à nos questions spirituelles, car il y a des moments où « ça parle en nous » et pour essayer de capter ces voix intérieures  et les comprendre, nous ne pouvons que nous appuyer  sur ce que nous avons appris des autres. 

Mais qui est ce Dieu, cet Être suprême, ce Tout autre,  celui qui vient ainsi bousculer nos pensées et parler en nous ? Et pourquoi le fait-il ? L’affaire est trop personnelle pour en parler à ceux qui nous entourent,  surtout par les temps qui courent où toute question sur Dieu parait obsolète voire même suspecte.  A qui confier nos inquiétudes, si non à Jésus ? C’est lui qui nous semble le plus à même pour nous aider à percer le mystère de ce Dieu qui vient par moment habiter nos pensées. 

Jésus partait du principe selon lequel  les ancêtres du judaïsme avaient perçu de Dieu,  qu’il était bon.  Cette idée se trouvait dans  les Ecritures qui parlaient  de la générosité d’un Dieu créateur qui accompagnait ses enfants  dans leur histoire. Mais tout cela n’était pas gratuit et tous ne pouvaient se reconnaitre comme ses enfants. Seuls ceux qui se revendiquaient comme appartenant à son peuple le pouvaient et lui  devaient une obéissance absolue.  Cela impliquait donc que  l’on devait rejeter et détester les autres qui n’étaient pas ses enfants, si bien que dans leurs pensées,  l’amour  que l’on devait  à  ses  semblables  était aussi fort que la haine avec laquelle on devait regarder  ses   ennemis. Ces idées avaient  acquis force de loi et impliquaient que l’on devait rejeter quiconque ne partageait pas cette pensée. Tel était le monde dans lequel Jésus a commencé son ministère ! 

L’intimité de Jésus avec  Dieu lui fit entendre une autre  voix. Il comprit que Dieu avait une valeur universelle et  que l’amour pour lui n’impliquait pas le rejet des autres mais impliquait  qu’on devait les aimer  eux aussi. Moïse avait enseigné à séparer  le bon du mauvais  et considérait que quiconque n’était pas avec Dieu  était  son ennemi. Etait-il possible d’entendre Dieu autrement que Moïse l’avait fait ? 

La notion  de blasphème s’imposa alors dans le discours des adversaires de Jésus, on entreprit lentement d’équarrir le bois de sa croix et de forger les clous de son supplice.  La suite donna cependant raison à Jésus. Même si beaucoup de ceux qui se réclament de lui pensent encore le contraire, sans oser le dire, un fait semble  désormais acquis, c’est celui, selon lequel la connaissance  de Dieu peut se transmettre par étapes  et que les acquis de la pensée  à son sujet peuvent toujours s’enrichir. 

Il fallut  bien admettre que la pensée de Jésus était le reflet de la pensée de Dieu et que l’amour  de Dieu pour les hommes impliquait l’amour des hommes pour tous les hommes.  Le péché prit alors une autre coloration et concerna désormais plus  l’offense aux hommes que l’offense à Dieu. C’est encore dur à admettre aujourd’hui !  Sans le dire explicitement, Jésus avait posé un principe  nouveau selon lequel  l’écoute attentive de la parole de Dieu  impliquait  le fait qu’il  était nécessaire de réformer  périodiquement  la manière de dire Dieu en fonction des progrès que faisait la connaissance des hommes à son sujet.   

Héritier de ce nouveau principe sur Dieu l’Eglise était désormais équipée pour la conquête du monde.  Une longue histoire allait commencer. Mais on a plus retenu les persécutions qu’elle subit au cours des premiers siècles  que de la lente acquisition du pouvoir dont l’Eglise s’empara progressivement.  C’est là que le bât blesse. C’est l’empereur Constantin  qui modifia les choses en se donnant  pour  dépositaire de la volonté de Dieu. 

 Au moment de sa conversion, en mettant  le signe de Jésus sur ses étendards, « in hoc signo vinces, » il  imposa la religion chrétienne  comme seule religion de l’empire. La légende  devint vérité et il fut admis  que c’est sous l’effet d’une  vision divine  que le souverain reçut la faveur de Dieu. Cette  vérité s’imposa  au même titre que l’Evangile  et sous couvert des conciles, l’empereur décida de la foi de chacun.

 Il  expulsa les évêques récalcitrants, condamna les hérétiques, et refusa même à Dieu une autre autorité que celle du pouvoir temporel. 

 Evidemment Dieu ne cautionnait pas une telle doctrine, mais on avait réussi à étouffer sa voix ! Et l’Eglise, tout au moins celle qui avait droit de cité, fut bien aise de partager le pouvoir avec le souverain. Les choses furent engagées ainsi pour longtemps. 

Il est bien évident que Dieu ne restait pas silencieux pour autant. Des hommes et des femmes entendaient sa voix mais ceux qui en rendirent témoignage furent  éliminés, exécutés, brûlés. Une chape de silence tomba sur l’Eglise et pendant des siècles, on décida que telle était la volonté  de Dieu !  Puis, les siècles passants,   le cours de l’histoire s’inversa. Le pouvoir changea de camp, la vérité  sur Dieu prit une autre allure. Enfin, sa voix fut à nouveau audible. 

 Il fut alors admis que la volonté de Dieu ne s’imposerait plus  par la force. Le vent de la Réforme contenu jusqu’à présent put enfin souffler et la voix de Dieu à nouveau  se fit entendre. Pierre Valdo,  Jean Huss, Luther et les autres tentèrent une parole à leur corps défendant. Un nouveau principe commença  à s’imposer comme l’expression de ce souffle qui venait de Dieu : Ecclesia reformata, sed ecclesia reformanda. La Réforme naissante découvrait un principe inhérent à la révélation elle-même et sur lequel  Jésus s’était déjà appuyé. 

Elle   s’appropria, sans s’en apercevoir, un principe  qui remontait à Jésus lui-même. Il s’agissait d’affirmer  l’idée selon laquelle aucune  vérité ne pouvait s’imposer  sans être éclairée par une parole de Dieu  qui s’adaptait  au cours du temps. Ni l’église ni personne n’était  propriétaire d’une vérité immuable sur Dieu. L’Eglise désormais devait rendre témoignage d’une pensée capable d’évoluer et qui devait s’adapter  au cours de l’histoire. 

Il fallait désormais que les églises (on passe du singulier au pluriel) cherchent à écouter fidèlement la parole de Dieu et la mettent en pratique. Comment alors écouter, et surtout, comment entendre ? Devait-on tout transformer ou modifier quelques aspects  seulement ? Qui allait s’arroger l’autorité pour interpréter correctement une parole venue de Dieu et la dire aux peuples ? 

Une  assemblée de croyants serait sans doute plus à même  de percevoir cette vérité qu’un seul individu, c’est pourquoi la Réforme adopta le régime des assemblées à tous les niveaux. Mais était-ce normatif ?  Dieu pouvait-il se faire entendre quand des voix venues du monde se confondaient avec la sienne ? Ainsi les  grands problèmes sociaux  bousculèrent-ils les églises au titre même de la fidélité à Dieu. 

 Le problème de la guerre et de la paix, aussi bien que celui des pauvres et des esclaves, celui de la justice sociale, celui du rôle des femmes,  de l’accueil des étrangers, des couples de même sexe de l’écologie n’ont pas cessé de bousculer les consciences dans des églises  toujours en quête d’une parole de Dieu sur toutes les questions qui se posaient à elle.

  La voix de Dieu pouvait-elle être  occultée  par d’autres voix que la sienne  ou se confondre avec elle ?  Les églises ont toujours eu beaucoup  de mal à l’entendre et à réformer leurs institutions pour les adapter aux sollicitations du temps. Mais qu’elles le veillent ou non il leur faut le courage d’écouter,  d’entendre et de réagir. 

Et maintenant, la question posée au début réclame un éclairage qui aidera chacun à savoir  comment interpréter ses  propres voix intérieures. 

De quel Dieu, ces voix  nous parlent-elles ? Qui a autorité pour nous imposer une opinion plutôt qu’une autre ? C’est d’amour plus fort que la mort qu’elles nous parlent. C’est cette vérité, cueillie sur les lèvres de Jésus qui nous  invite à la méditation intérieure  et  qui avoisine à la prière, à la patience aussi, car la vérité a toujours  besoin de temps pour s’imposer. 

 Dieu, qui parle en nous par son esprit aura toujours assez d’amour et de patience pour nous amener  à comprendre quel est le chemin le mieux adapté pour construire notre vie et accomplir avec nous les projets qu’il formule pour tous. Il nous invite alors à nous prendre par la main et  à entrer avec son Eglise dans ce mouvement de réforme permanente  dont dépend notre avenir à tous.

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2 Rois 4/8-16 Il faut prendre Dieu au sérieux – dimanche 2 juillet 2017

Posté par jeanbesset le 21 juin 2017

 2 Rois 4 :8-16

On prendra tout le récit  2 Rois  4/8-37

8 Un jour Élisée passait par Shounem. Il y avait là une femme de haut rang, qui le pressa d’accepter à manger. Dès lors, toutes les fois qu’il passait, il se retirait chez elle pour manger.

9 Elle dit à son mari : Je sais que cet homme qui passe constamment chez nous est un saint homme de Dieu.

10 Je t’en prie, faisons une petite chambre en dur à l’étage, et mettons-y pour lui un lit, une table, un siège et un porte-lampes. Quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer.

11 Le jour où Élisée revint, il se retira dans la chambre à l’étage et s’y coucha.

12 Il dit à Guéhazi, son serviteur : Appelle cette Shounamite. Guéhazi l’appela, et elle se présenta devant lui.

13 Élisée dit à Guéhazi : Dis-lui, je te prie : Tu as fait beaucoup de choses pour nous ; que peut-on faire pour toi ? Faut-il parler pour toi au roi ou au chef de l’armée ? Elle répondit : J’habite au milieu de mon peuple.

14 Il dit alors : Que faire pour elle ? Guéhazi répondit : Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est vieux.

15 Elisée dit : Appelle-la. Guéhazi l’appela ; elle se présenta à la porte.

16  Élisée lui dit : A cette époque-ci, l’année prochaine, tu auras un fils dans tes bras. Elle dit alors : Non, mon seigneur, homme de Dieu ! Ne me mens pas, à moi, ta servante !

17 Cette femme fut enceinte ; elle mit au monde un fils à la même époque, l’année suivante, comme Elisée le lui avait dit.

Mort du fils de la Shounamite

18 L’enfant grandit. Un jour qu’il était sorti vers son père, auprès des moissonneurs,

19 il dit à son père : Ma tête ! ma tête ! Le père dit à son serviteur : Porte-le à sa mère.

20 Il l’emporta et l’amena à sa mère ; l’enfant resta sur les genoux de sa mère jusqu’à midi, puis il mourut.

21 Elle monta, le coucha sur le lit de l’homme de Dieu, ferma la porte sur lui et sortit.

22 Elle appela son mari et lui dit : Envoie-moi, je te prie, un des serviteurs et une des ânesses ; je cours trouver l’homme de Dieu et je reviens.

23 Il dit : Pourquoi vas-tu le voir aujourd’hui ? Ce n’est ni nouvelle lune ni sabbat. Elle répondit : Tout va bien.

24 Puis elle fit seller l’ânesse et dit à son serviteur : Conduis-la et marche ; ne m’arrête pas en route sans que je te le dise.

25 Elle partit donc trouver l’homme de Dieu au mont Carmel. Quand l’homme de Dieu l’aperçut de loin, il dit à Guéhazi, son serviteur : C’est cette Shounamite !

26 Maintenant, cours à sa rencontre, je te prie, et dis-lui : Vas-tu bien ? Ton mari va-t-il bien ? L’enfant va-t-il bien ? Elle répondit : Tout va bien.

27 Dès qu’elle fut arrivée auprès de l’homme de Dieu dans la montagne, elle lui saisit les pieds. Guéhazi s’approcha pour la repousser, mais l’homme de Dieu dit : Laisse-la, car elle est amère ; le SEIGNEUR me l’a caché, il ne m’en a pas informé.

28 Alors elle dit : T’ai-je demandé un fils, mon seigneur ? N’ai-je pas dit : Ne me trompe pas !

29 Élisée dit à Guéhazi : Passe une ceinture à tes reins, prends mon bâton et va. Si tu rencontres quelqu’un, ne le bénis pas ; et si quelqu’un te bénit, ne lui réponds pas. Tu mettras mon bâton sur le visage du garçon.

30 La mère du garçon dit : Par la vie du SEIGNEUR et par ta propre vie, je ne te quitterai pas ! Alors il se leva et la suivit.

31 Guéhazi les avait devancés et il avait mis le bâton sur le visage du garçon ; mais il n’y eut ni voix ni signe d’attention. Il revint à la rencontre d’Élisée et le mit au courant en disant : Le garçon ne s’est pas réveillé.

Élisée rend la vie à l’enfant

32 Lorsque Élisée entra dans la maison, le garçon était mort, couché sur son lit.

33 Elisée entra et ferma la porte sur eux deux pour prier le SEIGNEUR.

34 Il monta et se coucha sur l’enfant ; il mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains. Il resta courbé sur lui, et la chair de l’enfant se réchauffa.

35 Élisée revint dans la maison et se mit à marcher de long en large ; puis il remonta et se courba sur l’enfant ; alors le garçon éternua sept fois et ouvrit les yeux.

36 Élisée appela Guéhazi et lui dit : Appelle cette Shounamite. Guéhazi l’appela, et elle vint vers Élisée qui dit : Prends ton fils.

37 Elle vint et tomba à ses pieds, prosternée jusqu’à terre ; puis elle prit son fils et sortit.

 Elisée

Il y a des moments où l’actualité de notre foi se trouve enrichie par l’évocation du passé, si bien que la sécheresse spirituelle qui semble traverser nos communautés aujourd’hui se trouve dynamisée par la glorieuse histoire de nos Pères fondateurs. Tout cela se produit en ces temps ci,  quand nos communautés   éprouvent le besoin d’un nouveau souffle.  A n’en pas  douter, vous avez compris que j’évoque  la  modeste réalité  de nos églises d’aujourd’hui, face à l’ampleur de l’événement  que prend  l’évocation  des cinq cents ans  de la naissance du protestantisme.  Nos églises y puisent avec espoir un renouveau qu’elles espèrent revitalisant. Ce n’est pas la première fois que la sècheresse de l’actualité se trouve irriguée par l’évocation du passé.

 

Que retiendront les Églises de cette page d’histoire ? Vont-elles vivre un renouveau ou vont-elles se replonger dans la nostalgie ambiante de ce  XXI eme siècle qui se cherche et qui ne trouve plus dans l’Évangile le carburant nécessaire pour alimenter le moteur de leur  foi ? L’histoire nous le dira.

Nous nous servirons de cet épisode de la geste d’Élisée pour nous aider à comprendre notre propre situation. Mais qui aujourd’hui connait l’histoire d’Élisée et  sait qu’il est compté parmi les grands prophètes de l’histoire d’Israël ?  Aucun livre de la Bible  ne lui est  consacré. On trouve  le récit de son épopée  dans  quelques chapitres du deuxième livre des Rois. Il nous est raconté qu’il reçut avec le manteau d’Élie le double de sa sagesse. Élie, quant à lui, est perçu par la tradition comme le prince des prophètes. Il ne connut pas la mort et fut enlevé vers le ciel par un char de feu, son disciple Élisée vaut le maître.

Élisée qui prit sa suite ne fut  pas le moindre des prophètes. Ce faiseur de roi est connu pour l’abondance de ses miracles. Homme de graElisée 2nde autorité,  il  ne badinait pas avec la morale. Il arriva qu’on l’insultât et  il ordonna aux ours de tuer  ses provocateurs. Ce héro de la foi vivait dans le Royaume du Nord vers l’an –800, à l’époque de la double monarchie. Farouche défenseur du monothéisme de Yahvé, on le trouve à l’œuvre sur tous les plans.

Son histoire fut rédigée beaucoup plus tard après le retour de l’exil, comme la plupart des textes bibliques,  à une époque  où malgré l’activisme des scribes et autres clercs,  on cherchait  à construire  la foi au vrai Dieu.  Le peuple était revenu en Israël après cinquante ans d’exil.  Il  n’y avait plus de roi et si le temple avait été reconstruit, il n’avait pas la splendeur de celui de Salomon. L’ambiance donnait dans le marasme.

Les scribes s’affairaient  en plusieurs écoles à rédiger  les textes de la Bible. Ils étaient sans doute à la recherche de héros dont l’histoire pourrait stimuler la foi. Élisée faisait sans doute partie de ces personnages dont  l’histoire haute en couleur  permettrait de donner du courage à un peuple en manque d’espérance.  C’est apparemment le but de l’épisode que nous étudions dans ce passage. Mais prêtez attention au texte, il agit comme une vraie leçon de théologie, c’est pourquoi   il dit peut être le contraire de ce qu’il raconte  car  la leçon qu’il cherche à donner est ailleurs que dans le récit lui-même.

Nous allons faire une paraphrase de ce texte en insistant sur les éléments clé de ce qu’il raconte. Élisée, trouva grâce auprès d’une femme riche et pieuse qui pourvoyait à ses besoins pendant ses séjours à Sumène, village dont on ne sait rien. Comment la remercier de sa générosité ? Constatant son manque d’enfant et la vieillesse de son mari, le prophète lui promet une naissance prochaine. De quoi se mêle-t-il ?  Une telle promesse aurait mérité un peu plus  de tact et de la délicatesse. Ne se prenait-il pas pour l’ange  qui annonça la future naissance d’Isaac à Abraham ? Mais  il n’était   pas mandaté par Dieu pour cela.

Cette promesse qu’il fit à la femme ne fut pas perçue comme une bonne nouvelle : «  Non, non, mon Seigneur, homme de Dieu ne déçoit pas ta servante » !  Sa protestation  montre peut être qu’elle est porteuse d’un secret que le prophète, malgré son intention de bien faire n’a pas perçu.  Il n’a pas été capable de discernement et il n’a pas compris qu’il s’aventurait dans un domaine où son intrusion n’était pas souhaitée. En cela  il  manquait de la délicatesse dont  il aurait eu besoin  pour  porter un message  de la part de son Dieu qu’il n’a pas consulté, si bien que ses paroles généreuses ne sont pas fondées.

Un enfant  naquit cependant. L’intuition du prophète  avait-elle été bonne ? Mais quand on est homme de Dieu, on ne parle pas par intuition, on parle parce qu’on est chargé d’un message par Dieu, mais Dieu n’avait pas été consulté. Le prophète avait agit  comme s’il savait mieux que Dieu ce qui était bon pour elle.

Puis l’enfant meurt sous le regard assez indifférent de son père. C’est comme si le père blasé s’y attendait,Elisée 3 c’est comme s’il s’attendait à l’événement. C’est comme si cette femme mettait au monde des enfants qui ne peuvent pas vivre longtemps. Ce n’était sans  doute pas sa première expérience dans ce sens.  Était-ce une maladie génétique qui atteignait tous les enfants qu’elle portait, on ne sait ?  Quoi qu’il en soit  Élisée ne comprend toujours pas le double langage de la femme. En la voyant venir à lui, un jour  où il n’y avait pas de raison qu’elle vienne, il aurait du comprendre. Elle lui fit dire que tout va bien alors que tout va mal.  C’est en fait de Dieu qu’elle attend quelque chose  et pas de lui. Mais il met du temps à comprendre son  désarroi.

S’il envoie son serviteur  en toute hâte pour opérer un geste qui semble magique, lui Élisée ne se presse pas. Il espère peut être que son bâton opérera le miracle sans que lui intervienne, comme l’avait fait jadis le bâton de Moïse. Mais ni le bâton de Moïse, ni le sien ne sont magiques. En fait  c’est Moïse qui tenait le bâton et c’est lui,  et non pas le bâton qui accomplit le miracle.  Ici ce n’est pas Élisée qui tient le bâton, et il n’y a pas de miracle. C’est  n’est que sur l’insistance de la femme,  qu’Élisée se déplace, et c’est elle qui invoque l’Éternel et non lui. C’est alors qu’il se permet de faire le même geste qu’Élie avait fait dans une circonstance semblable et qu’il avait réveillé un enfant. Mais à la différence d’Élie, il doit s’y prendre à deux fois, comme si  l’Éternel ne reconnaissait pas sa compétence, mais qu’en fin de compte, par égard pour cette femme il acceptait que l’enfant vive.

On pourrait s’arrêter là, la suite se passe de commentaire. Ce n’est pas parce qu’un homme est célèbre et dont la foi est reconnue que les actes qu’il faits sont le reflet de la volonté de Dieu. Les historiens de la Réforme n’ont pas manqué de souligner les faiblesses des Réformateurs et nous  invitent à en tenir compte. Ici le Livre des Rois nous invite à voir avec sagesse comment, même un prophète prestigieux peut se fourvoyer quand il fait l’économie de la foi dans l’exercice de son ministère. La foi, c’est cette sagesse qui nous vient de Dieu quand on sait avec modestie le mettre au centre de nos préoccupations.

Dans les moments de sécheresse spirituelle, quand on a l’impression que le monde se détourne de Dieu, ce n’est pas l’évocation glorieuse du passé qui redonne du lustre à L’Église, c’est l’humble fidélité de chacun de ses membres à l’écoute de la parole par laquelle L’Église comprendra quelle est la volonté de Dieu dans ce temps précis où nous vivons.

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Jérémie 20: 10-13 Peut-on tout accepter de Dieu ? Dimanche 25 juin 2017

Posté par jeanbesset le 15 juin 2017

Jérémie, 20 :10-13

  • Chapitre 20

1Pashhour, fils d’Immer, le prêtre, inspecteur en chef de la maison du SEIGNEUR, entendit Jérémie prononcer ces paroles en prophète.

2Pashhour frappa Jérémie, le prophète, et le mit aux entraves à la porte Haute de Benjamin, dans la maison du SEIGNEUR. Jérémie - Chagall 1

3Le lendemain, Pashhour fit sortir Jérémie des entraves. Alors Jérémie lui dit : Ce n’est pas du nom de Pashhour que le SEIGNEUR t’a appelé, mais du nom de Magor-Missabib (« Effroi de tous côtés ») .

4 Car ainsi parle le SEIGNEUR : Je te livre à l’effroi, toi et tous tes amis ; ils tomberont par l’épée de leurs ennemis, et tes yeux le verront. Je livrerai aussi tout Juda au roi de Babylone, qui les exilera à Babylone et les tuera d’un coup d’épée.

5 Je livrerai toutes les réserves de cette ville, tout le produit de son travail, tout ce qu’elle a de précieux, je livrerai tous les trésors des rois de Juda à leurs ennemis, qui en feront leur butin ; ils les prendront et les emporteront à Babylone.

6 Quant à toi, Pashhour, et à tous ceux qui habitent dans ta maison, vous irez en captivité ; tu iras à Babylone : c’est là que tu mourras, c’est là que tu seras enseveli, toi et tous tes amis pour lesquels tu as parlé en prophète par le mensonge.

7 Tu m’as dupé, SEIGNEUR, et je me suis laissé duper ; tu m’as saisi, et tu l’as emporté. Je suis sans cesse en butte à la dérision, tout le monde se moque de moi.

8 Car toutes les fois que je parle, je crie, je proclame : « Violence et ravage ! »La parole du SEIGNEUR m’expose sans cesse aux outrages et aux railleries.

9 Si je dis : « Je ne l’évoquerai plus, je ne parlerai plus en son nom », c’est dans mon cœur comme un feu dévorant, enfermé dans mes os ; je me fatigue à le contenir, et je n’y parviens pas.

10 Car j’apprends les mauvais propos d’une multitude : Effroi de tous côtés ! Annoncez ! Annonçons-le ! — Tous mes amis m’observent pour voir si je vais chanceler : Peut-être se laissera-t-il duper, et nous l’emporterons sur lui, nous nous vengerons de lui !

11 Mais le SEIGNEUR est avec moi comme un héros brutal ; c’est pourquoi mes persécuteurs trébucheront et ne l’emporteront pas. Ils auront bien honte de n’avoir pas réussi : ce sera une confusion pour toujours ; on ne l’oubliera pas.

12  Le SEIGNEUR (YHWH) des Armées sonde le juste, il voit les reins et les cœurs. Que je voie ta vengeance contre eux, car c’est à toi que j’ai confié ma cause !

13  Chantez pour le SEIGNEUR, louez le SEIGNEUR ! Car il délivre le pauvre de la main des mauvais.

14 Maudit soit le jour où je suis né ! Le jour où ma mère m’a mis au monde, qu’il ne soit pas béni !

15 Maudit soit celui qui porta à mon père la bonne nouvelle : « Un fils, un mâle, est né de toi ! » et qui le combla de joie !

16Que celui-là soit comme les villes que le SEIGNEUR a détruites sans regret ! Qu’il entende des cris dès le matin, et des acclamations guerrières à l’heure de midi !

17Que ne m’a-t-il fait mourir depuis le ventre de ma mère ? Ma mère aurait été ma tombe et sa grossesse n’aurait jamais atteint son terme.

18Pourquoi suis-je sorti du ventre de ma mère si je dois voir l’oppression et la douleur et achever mes jours dans la honte ?

 

Nombreux sont les croyants, qui, par dévotion n’osent  pas poser à Dieu les questions qui les tourmentent et qui perturbent leur évolution spirituelle. Ils gardent en eux des questions rentrées  pour   lesquelles ils bricolent des réponses qui dénaturent leur perception de la réalité de Dieu. Ces questions nous sont posées ici par Jérémie lui-même dans le chapitre 20 de son livre dont il ne faut pas prendre que l’extrait qui nous est proposé. Il  y pose  les questions sans réponse qui hantent sa vie et qui parfois perturbent la nôtre. Il ne  sait pas leur donner  de vraies réponses. «Seigneur, tu m’as  séduit et je me suis laissé séduire » dit-il au verset 7, ou «  maudit soit le jour de ma naissance » (verset 14) En réponse à ces questions, il n’obtient que le silence de Dieu. Patiemment  il faudra attendre que Jésus s’empare du problème pour obtenir une réponse qui ait du sens et que nous essayerons de  découvrir au cours de ce propos. Jérémie - Chagall

En fait que  reproche-t-il  à Dieu ? Il lui reproche  d’envoyer ses fidèles au combat et de ne pas leur apporter secours quand ils sont menacés.  Jérémie s’est mis au service de Dieu et quand il subit des vexations à cause de lui, il ne reçoit même pas l’assurance d’être dans le vrai. Il se sent oublié,  même  quand il  est  jeté à terre  et réduit  à l’agonie.  La question que nous nous posons alors avec lui est de savoir qui est ce Dieu qui semble se complaire à voir les siens tourmentés sans leur porter secours ? Bien évidemment, Job s’était posé les mêmes questions. Et se vit imposer le silence  pour toute réponse, quand sa femme le poussa à la révolte et que ses amis le soupçonnaient d’avoir déplu à Dieu sans s’en rendre compte. 

Le soupçon ! Voilà le mauvais confident de celui qui ne comprend pas et qui croit que dans son malheur Dieu lui fait des reproches. Pourtant, quand il fait   le bilan de sa vie il ne trouve pas de cause profonde qui justifieraient l’abandon de Dieu. Il pense alors que si ce n’est pas lui qui est responsable de la situation, « c’est donc son frère », comme l’agneau de la fable face au loup ou «  que les Pères ont mangé des raisins verts et ce sont  les enfants qui ont eu les dents agacés », comme le dit le dicton biblique (Jérémie 31/29).  Ceux dont la foi est plus éprouvée écartent toutes ces excuses et se réfugient dans la « toute-puissance de Dieu » qui fait les choses comme il l’entend et ne rend compte à personne. Mais est-ce conforme  au Dieu de la révélation ? 

Intérieurement,  le  croyant qui  arrive à une telle abnégation devant ce qu’il ne comprend pas n’éprouve-t-il pas l’impression d’une profonde injustice ? Certes, on peut  subir avec sérénité l’arbitraire  divin, mais peut-on aimer, comme il nous le demande ce Dieu qui exerce à notre égard, une autre attitude que celle qui nous invite à l’aimer ?  

En effet, si  malgré tout, nous arrivons à aimer un Dieu que nous soupçonnerions d’injustice et dont nous subirions les décisions arbitraires  sans les   comprendre, c’est que nous aurions nous-mêmes un comportement incompréhensible, car il serait anormal d’aimer celui qui nous enfonce dans la détresse. Il  serait plus noble et plus digne de notre part de se révolter contre lui plutôt que de se réfugier dans une résignation aimante. 

Encore faut-il bien préciser de quel amour on parle, car notre langue se sert de ce  mot comme d’un fourre-tout où on met tout et son contraire. Bien évidemment, il nous faut écarter l’amour physique et il nous faudra retenir que ce qui est de l’ordre du sentiment. Dieu n’ayant pas de membres pour agir, car il n’a ni bras, ni mains,  ne peut agir que par le sentiment qu’il nous inspire et qu’il projette sur nous. C’est parce que nous nous sentons aimés, que nous aimons à notre tour. Dans les situations où notre vie est menacée, c’est par l’affection que nous ressentons de la part  de Dieu que nous éprouvons les effets de son amour. Il met alors en nous assez d’espérance pour que nous recevions de lui le dynamisme suffisant pour nous permettre de réagir face à l’preuve. C’est donc dans cette relation étroite qu’il y a entre son esprit et notre esprit que l’amour agit et se manifeste. 

Ce raisonnement nous effleure rarement. En fait, quand nous reprochons à Dieu de ne pas agir quand ses adorateurs sont en difficulté, c’est à un autre Dieu  que  nous  nous adressons.  Si Dieu se  rendait efficace dans les épreuves qui troublent les hommes, comme nous le souhaitons et s’il  sauvait  systématiquement ceux qui prétendent l’aimer, nous aurions  à faire  à un Dieu injuste. En effet, il agirait efficacement en faveur de ceux qui apparemment le mériteraient d’une façon ou d’une autre. L’espérance ne serait accordée qu’à ceux  qui  l’aimeraient  d’une manière conforme à ses désirs.  C’est donc la soumission à Dieu  qui  justifierait son intervention en leur faveur. Une telle attitude serait en désaccord avec la notion d’amour telle que nous la  concevons de la part de Dieu. 

 Or Dieu ne se révèle pas à nous comme un Dieu   qui cherche à prouver son existence  par la manière dont il récompense ceux qui se soumettent à lui.  Il  ne le fait pas par les actions qu’il opèrerait sur les hommes qui lui sont favorables.  Dieu ne se démontre pas, c’est seulement par le lien d’amour qui s’établit entre lui et nous  que nous le connaissons. 

Job nous raconte d’une manière imagée que Dieu n’agit pas directement contre  le Satan, ou contre le hasard ou le diable,  quel que soit le nom que l’on veut bien lui donner. Il ne l’affronte pas dans un combat singulier comme s’ils étaient deux puissances qui s’opposent.   Mais Dieu ne se détourne pas de Job pour autant. 

Le cas de Jérémie est cependant un cas intéressant et nous aide à nous situer face à nos propres incompréhensions  au sujet de Dieu.  Jérémie  mobilise toute son énergie en faveur de Dieu et il n’en retire aucune satisfaction. Mais si Dieu intervenait et lui donnait raison ce Dieu  serait en fait un autre Dieu que celui auquel il rendrait témoignage. Ce serait un Dieu manipulateur, interventionniste, injuste, indigne de l’amour qu’il lui porte, car Dieu ne se démontre pas par des actions qui le valorisent.  Il serait justement le Dieu que Jérémie conteste et que ses contemporains souhaiteraient voir à l’action. Le Dieu que prêche Jérémie, c’est le Dieu qui n’intervient que par amour au moyen duquel il transforme les hommes afin que ceux-ci transforment le monde. Jérémie 5

C’est à ce même Dieu que Jésus a consacré sa vie, et c’est toujours ce même Dieu qui nous propose de l’aimer et d’aimer les hommes afin que le monde aille mieux, même si ça ne se voit pas et que nos actions ne reçoivent aucune récompense. Mais est-ce ce Dieu là que veut le monde ? Ne nous étonnons si le monde le rejette et rejette ses témoins, car c’est la conversion à ce Dieu là que nous prêchons  et si nous nous révoltons contre  les injustices qui le cachent, c’est en sa faveur que nous nous révoltons pour mieux rentre l’autre Dieu inopérant  sur nous et sur les autres. Quand nous nous révoltons contre Dieu à cause de ce que nous croyons injuste, c’est  en faveur du Dieu de Jésus Christ que nous agissons et que nous rendons témoignage, c’est alors que le monde changera !

Illustrations: Jérémie vu par Chagall

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Deutéronome 8/1-16 – ne pas oublier Dieu – dimanche 18 juin 2017

Posté par jeanbesset le 7 juin 2017

1Tout le commandement que j’institue pour toi aujourd’hui, vous veillerez à le mettre en pratique, afin que vous viviez, que vous vous multipliiez et que vous entriez en possession du pays que le SEIGNEUR a promis par serment à vos pères.

2Tu te souviendras de tout le chemin que le SEIGNEUR, ton Dieu, t’a fait parcourir pendant ces quarante années dans le désert, afin de t’affliger et de te mettre à l’épreuve, pour savoir ce qu’il y avait dans ton cœur, pour voir si tu observerais ou non ses commandements.

3Il t’a donc affligé, il t’a fait souffrir de la faim et il t’a nourri de la manne que tu ne connaissais pas et que tes pères n’avaient pas connue, afin de t’apprendre que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais que l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche du SEIGNEUR.

4Ton manteau ne s’est pas usé sur toi et tes pieds n’ont pas enflé pendant ces quarante années. Deutéronome 1

5Sache donc bien que le SEIGNEUR, ton Dieu, t’instruit comme un homme instruit son fils.

6Tu observeras les commandements du SEIGNEUR, ton Dieu, en suivant ses voies et en le craignant.

Les tentations dans le pays promis

7Car le SEIGNEUR, ton Dieu, te fait entrer dans un bon pays, un pays de cours d’eau, de sources et d’abîmes qui jaillissent dans les vallées et dans les montagnes ;

8un pays de froment, d’orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers ; un pays d’huile d’olive et de miel ;

9un pays où tu mangeras sans avoir à te rationner, où tu ne manqueras de rien ; un pays où les pierres sont du fer, et où tu extrairas le cuivre des montagnes.

10Lorsque tu mangeras et que tu seras rassasié, tu béniras le SEIGNEUR, ton Dieu, pour le bon pays qu’il t’a donné.

11Garde-toi d’oublier le SEIGNEUR, ton Dieu, de ne pas observer ses commandements, ses règles et ses prescriptions, tels que je les institue pour toi aujourd’hui.

12Lorsque tu mangeras et que tu seras rassasié, lorsque tu bâtiras et habiteras de belles maisons,

13lorsque ton gros bétail et ton petit bétail se multiplieront, que l’argent et l’or se multiplieront pour toi et que tout ce qui t’appartient se multipliera,

14prends garde, de peur que ton cœur ne s’élève et que tu n’oublies le SEIGNEUR, ton Dieu, qui te fait sortir de l’Egypte, de la maison des esclaves.

15Il t’a fait marcher dans ce désert grand et redoutable, pays des serpents brûlants, des scorpions et de la soif, où il n’y a pas d’eau ; il a fait jaillir pour toi de l’eau du rocher de granit,

16il t’a fait manger dans le désert la manne que tes pères ne connaissaient pas, afin de t’affliger et de te mettre à l’épreuve, pour te faire du bien par la suite.

 

Compte les bienfaits de Dieu ! … Tous connaissent ce cantique qui fait partie de notre recueil habituel  et que l’on utilise volontiers dans nos célébrations dominicales.  Mais qui le met en pratique ? Qui se donne la peine de faire le point sur ce qui caractérise la présence heureuse de Dieu dans ce monde? A part ceux  qui vivent  en contact direct avec Dieu  à tous les instants de leur vie et qui  s’émerveillent à sans discontinuer des prodiges de sa présence,  bien peu,  une fois ce cantique pieusement chanté ne songent à lui donner suite. Ainsi les éléments qui font le fondement de notre culte ne se répercutent  que rarement  dans notre vie quotidienne,  une fois franchises les portes du sanctuaire. deutéronome 6

Dans les campagnes de jadis, les  crucifix aux carrefours  des routes rappelaient aux croyants la présence de Dieu et  provoquaient  parfois en eux  une pensée à son intention. La sonnerie des cloches au moment de l’angélus les invitait à une action de grâce pour la journée écoulée.  Mais si l’angélus sonne encore, les bruits de la vie moderne  couvrent la voix  des cloches et nous ne percevons plus leur invitation. Jadis,  et dans un passé encore récent, il y avait des monuments construits par les hommes  qui leur  rappelaient  la présence de Dieu.  Mais ces signes, quand ils existent encore,  à moins d’intéresser les touristes à cause de leur valeur artistique ou historique n’attirent plus notre attention  car la vitesse à laquelle nous les dépassons les soustrait à notre  attention.

Hors de nos Eglises, les signes nous rappelant l’existence de Dieu ne frappent plus notre attention.  Nous nous sentons excusables de ne pas les  voir quand ils existent  et de ne pas leur accorder trop d’attention, laïcité oblige !

Quand la question de Dieu se pose à nous, c’est que nous prenons l’initiative de nous la poser parce qu’un événement nous interpelle à son sujet et surtout parce que l’attitude des autres nous interpelle parce que nous la trouvons trop provocante.  Inutile de rappeler que les attentats meurtriers dont nos peuples sont victimes nous interrogent sur Dieu  et produisent en nous  l’indignation plus que la louange.   Nous restons discrets sur  la question et  nous gardons  nos opinions pour nous.

Ces événements qui mettent Dieu au premier plan de l’actualité nous provoquent d’une manière insupportable et n’ont plus rien à voir avec ces signes  qui rappelaient aux croyants de jadis la réalité quotidienne de Dieu.

Si le contexte de la vie a changé notre approche quotidienne de la présence de Dieu,  bien peu parmi-nous ne s’interrogent sur les signes qui  provoquent notre foi et  nous invitent à l’émerveillement parce que nous avons perdu l’habitude de repérer Dieu dans les mouvements de la nature. La science  a considérablement changé notre manière de voir les choses. Nous savons bien, maintenant que  la prière ou les processions ne servent à rien pour changer le temps et améliorer les récoltes, d’autant plus  que plus de 90 pour cent de nos concitoyens, vivent  à l’écart du monde agricole et ne s’occupent pas de la météo  pour savoir si la sècheresse ravagera leurs récoltes, ils s’intéressent à elle pour savoir comment ils organiseront leurs vacances. Deutéronome 4

Nous savons aussi que les peuples sont dirigés par des autorités civiles qui s’appuient sur ces critères économiques,  valables ou pas,  pour les diriger  et que Dieu n’influe pas sur leurs décisions, même si certains d’entre eux le croient.

Mais n’allons-nous pas un peu trop vite en besogne en éliminant Dieu aussi vite de nos pensées quotidiennes ?   La seule évocation du nom de Dieu ne réveille-t-elle pas en nous, le souvenir de quelques recommandations venues de son enseignement, qui faute  d’avoir été respectées ont entraîné des catastrophes.  On a méprisé la nature, tant aimée de Dieu et elle en pâtit. Certaines attitudes politiques qui méprisent la valeur du  « de prochain » que Dieu reconnait à tous les hommes, n’ont-elles pas eu des effets catastrophiques sur certaines catégories de population ? Faute d’avoir oublié des préceptes  que la tradition nous a transmis au nom de Dieu, nous avons compromis l’harmonie du monde et de ses peuples.

Nous en sommes là aujourd’hui, et le texte que nous avons lu tout à l’heure dans le livre du Deutéronome nous met en garde contre le danger qu’il y a d’exclure Dieu de nos pensées et de ne pas régler notre existence sur des consignes que la tradition fait remonter jusqu’à lui. C’est en tout cas ce que les anciens qui ont produit ce texte ont  compris de leur propre histoire et c’est ce qu’ils ont essayé de nous transmettre.

Quand, à leur retour d’exil, quelques 450 ans avant Jésus Christ,  les Hébreux mirent par écrit les textes qui allaient composer les différents éléments de la Bible, ils ont bien insisté sur l’importance qu’il y avait de ne pas oublier que Dieu se proposait de participer à notre vie et qu’il y avait des enseignements à recevoir de sa part, même dans nos échecs.

Le passage qui  suscite notre méditation de ce jour nous met en garde contre la  nécessité de ne pas oublier Dieu. Il ne nous livre pas un long discours ni sur sa nature divine ni sur sa manière de se rendre présent à notre esprit, mais il nous met en garde contre les conséquences fâcheuses qu’il y aurait dans notre vie si nous en excluions Dieu et que nous nous comportions  comme s’il n’avait pas existé par le passé et qu’il n’avait pas  de part,  dans notre présent. En effet,  quiconque oublie le Dieu qui est sensé mettre de l’harmonie dans nos vies, court le risque de se tourner vers d’autres  formes de divinité, telles, l’égoïsme, le culte du moi, l’exploitation des autres…ce qui nous conduirait inévitablement à la mort de notre humanité. Deutéronome 5

Pas besoin de théologie bien élaborée, pas besoin même de formuler  sa foi en Dieu d’une manière claire, pour savoir que  celui qui  ne respecte pas ce qui ce qui caractérise Dieu, court à  sa perte, car la seule raison qu’il a de partager notre vie c’est de lui donner du sens. Il n’est pas besoin  de formuler une confession de foi élaborée pour qu’il guide nos pas. Mais faute de pouvoir en  dire  plus à son sujet et  pour être sûrs  cependant de ne pas s’égarer loin de lui, il nous suffit de l’imaginer sous les traits du Père, tels que Jésus Christ les lui a donnés. Cela  suffira pour qu’on se souvienne de  l’intérêt  qu’il porte aux hommes.  Si nous voulons donc que notre vie se déroule le mieux possible, nous devons prendre garde à ne pas négliger la présence de Dieu dans notre vie quotidienne. C’est pour  cela que  ce texte du Deutéronome nous supplie de ne jamais  oublier Dieu, pas même une journée

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Actes 5:1-7 le premier des ministères est celui du service – dimanche 14 mai 2017

Posté par jeanbesset le 28 avril 2017

1En ces jours-là, comme les disciples se multipliaient, les gens de langue grecque se mirent à maugréer contre les gens de langue hébraïque, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service quotidien.

2Les Douze convoquèrent alors la multitude des disciples et dirent : Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables.

3Choisissez plutôt parmi vous, frères, sept hommes de qui l’on rende un bon témoignage, remplis d’Esprit et de sagesse, et nous les chargerons de cela.

4Quant à nous, nous nous consacrerons assidûment à la prière et au service de la Parole.

5Ce discours plut à toute la multitude. Ils choisirent Etienne, homme plein de foi et d’Esprit saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d’Antioche.

6Ils les présentèrent aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

7La parole de Dieu se répandait, le nombre des disciples se multipliait rapidement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres obéissait à la foi.servir

 L’institution d’un collège de chrétiens destinés au service des plus déshérités remonte aux origines  de l’Église.  C’est ce que Luc, l’auteur du livre des Actes a retenu quand il publia son  récit 30 ans après l’événement relaté ici. C’est même une des toutes premières initiatives prises à ce moment là, comme si le bien être des plus démunis faisait partie d’un des enseignements essentiels qu’ils avaient retenus de l’enseignement de leur maître. Luc en a fait état pour aider les premières communautés chrétiennes qui cherchaient à s’organiser dans tous le bassin méditerranéen  et qui se servait des écrits de Marc, Matthieu et Luc pour s’édifier en communautés de foi.

 Luc écrivait  dans un but didactique, mais il était assez perspicace pour déceler que les choses ne s’étaient pas passées aussi heureusement qu’il le raconte. Son but était d’édifier l’Église et non pas de polémiquer. A le lire avec un peu d’attention on remarquera que, même placées sous  les effets de la descente de l’esprit à Pentecôte, des tensions subsistaient entre  les membres de l’Église naissante, et pas forcément, là où on croyait les discerner.  Qu’on me pardonne si je mets  en cause l’harmonie que l’on croyait exister entre les membres de  la première église. Bien évidemment ces dysfonctionnements avaient des causes qui rejoignaient sans doute les mêmes dysfonctionnements que l’on note encore aujourd’hui dans  nos églises.

 Il y avait parmi les membres de la première église des gens qui subissaient une discrimination à cause de leur origine païenne et bien évidemment on les distinguait grâce   à la langue grecque qu’ils parlaient, alors que les apôtres et les gens d’origine juive parlaient  l’hébreu. Cette discrimination  avait lieu a l’égard des femmes de ce groupe en particulier qui n’avaient pas la protection d’un mari. Il y avait donc deux  groupes dans l’Église qui se distinguaient les uns par rapport aux autres à cause de leur langue et de leur origine ethnique. 

 On peut imaginer que les pauvres d’origine juive, donc  officiellement de religion juive, pouvaient trouver des subsides  en se réclamant de la générosité que le Temple devait octroyer à ses pauvres. Cela relevait même d’un commandement. Les grecs, n’étant pas d’origine juive ne pouvait réclamer le même droit. On ne sait pas d’ailleurs comment ces pauvres de langue grecque avaient rejoint l’église en grand nombre. Peut-être étaient-il restés dans la communauté depuis Pentecôte et que leurs réserves financières  s’étaient amenuisées. En tout cas ils ne trouvaient pas leur compte auprès de la communauté.

 Cette situation insupportable va trouver un remède qui apparemment va satisfaire tout le monde, mais qui, sous couvert d’une « apparente justice » va sans doute couvrir une  « profonde injustice ». En fait le problème de la langue et du manque de ressources parait  secondaire. Il semblerait que la plupart des membres de cette fraction de langue grecque  étaient issus de la diaspora juive ou de ses sympathisants   et étaient vraisemblablement bilingues, comme Paul  à qui Luc consacrera la plus grande partie de son livre. Par contre, ceux qui sont appelés ici, les Hébreux, dont faisaient partie les apôtres, et notamment Pierre étaient uniquement de langue juive. Y avait-il déjà, chez les gens de langue grecque une tendance à s’imposer du fait de leur bilinguisme et de leur grande culture? La suite nous montrera que c’était peut être le cas et qu’il y avait peut être sous-jacent à ce problème de « tables », un problème de rivalité et de jalousie qu’il va nous falloir débusquer.

 Pour l’instant, apparemment, le problème était celui des pauvres et pour le régler on  avait eu recours à une sorte d’élection au suffrage universel pour désigner  7 membres d’origine grecque qui géreraient cette difficulté. Quoi de plus équitable que la démocratie pour régler un problème litigieux ?  Bien évidemment  les plus fougueux parmi eux  étaient connus de tous. Ils furent donc désignés par le suffrage universel, avec en premier, Étienne et Philippe dont le livre des Actes parlera très vite par la suite. Les apôtres sacralisèrent leur élection en leur imposant les mains, alors qu’au premier chapitre du livre, on nous dit que Matthias qui fut appelé comme apôtre pour remplacer Judas n’avait pas eu droit à un tel geste de faveur. L’intention  était ici de donner  au nouveaux élus un ministère nouveau  qui les  cantonnerait  dans une fonction reconnue : le service des tables. Les voila donc  apparemment écartés de la fonction d’enseignement  désormais réservée aux apôtres.

 Il semble donc  que sous couvert d’aider les pauvres, on ait trouvé un moyen de remédier à un autre problème sous-jacent,  si non deux : celui de maintenir les apôtres  dans leur privilège d’enseignement et celui de la supériorité de la langue hébraïque sur le grec.

 Mais vous l’avez compris, ça ne s’est pas passé comme cela. Les plus déterminés parmi les nouveaux promus, ceux que l’on voulait écarter du ministère de la parole réservé aux apôtres, vont  quand même se consacrer au ministère de l’enseignement avec succès. Dans les pages suivantes du récit  on nous  présentera Étienne et Luc en pleine  action. Étienne sera même le premier martyr et Luc consacrera tout un long passage à décrire avec émotion la grâce qui émanait de lui lors de son supplice.  Curieusement, quelques pages plus loin, on ne fera que mentionner le supplice de Jacques, le premier apôtre martyr. C’est comme si dans ce récit la faveur de l’auteur semblait passer des apôtres de langue juive aux judéo-chrétiens de langue grecque. Il faut dire que dans l’Église  de Luc, 30 ans après, le nom d’Étienne avait été sans doute conservé alors que celui de Jacques avait déjà été oublié.  Même si pendant quelques pages, Pierre reste apparemment favori dans le texte, son personnage finira vite par être éclipsé en faveur de Paul et à disparaître lui aussi du récit.

 Tout  se passe ici comme si le nouveau collège instauré par l’élection et l’imposition des mains était comme une sorte de clergé  destiné à remplacer celui des apôtres qui étaient sans doutes tous morts au moment de la rédaction de ce texte. Les apôtres ne sont plus et la langue grecque a supplanté l’hébreu. Il semblerait  ici que Luc  considère que c’est la langue dominante du lieu où on se trouve qui doit être la langue de l’Église, à la différence de la synagogue  qui considérait que l’hébreu devait s’imposer de partout là où le culte juif était célébré.  C’était sans doute une des questions qui se posait vers les années 80 alors que le schisme entre l’Église et la synagogue n’était pas encore vraiment consommé. Bien évidemment le problème reste secondaire par rapport à celui de la circoncision qui sera posé et pas forcément réglé au chapitre  15 de ce même livre.

 Tout au long de mon propos je n’ai pas utilisé le terme de « diacre » que la tradition a retenu pour désigner le ministère des  7 promus. Il n’est pas utilisé dans le récit mais le sera plus tard dans L’Église pour désigner  ceux qui sont chargés  du service des pauvres. Bien évidemment on réservera d’autres termes pour parler de ceux qui sont chargés de l’enseignement  tels celui de prêtre. La fonction de service  continuera donc  à être considérée comme seconde par rapport à celle de celui qui enseigne.servir 2

 Mais nous retiendrons de ce texte, malgré les controverses que nous avons soulignées, que c’est la notion de service  qui est première dans toutes les fonctions  qui sont  retenues par Luc, car c’est en étant au service des plus faibles qu’on est fidèle à l’Évangile et on ne  peut se permettre de l’enseigner que lorsque l’on a accompli cette première fonction. Même si ce n’était pas  ce but qui était celui de ceux qui ont instauré la fonction, c’est pourtant ce but qui s’est réalisé, car le saint Esprit  était à l’œuvre  pour que cette vérité s’impose.  

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Jean 10:1-10 La parabole du bon berger – dimanche 7 mai 2017

Posté par jeanbesset le 25 avril 2017

1 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre point par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par un autre côté, celui-là est un voleur et un brigand. 2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. 3 Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent et les mène dehors. 4 Lorsqu’il a fait sortir toutes celles qui lui appartiennent, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. 5 Elles ne suivront point un étranger ; mais elles fuiront loin de lui, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers.

6 Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.Bon berger 1

7 Jésus leur dit encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, moi, je suis la porte des brebis. 8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. 9 Moi, je suis la porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera des pâturages. 10 Le voleur ne vient que pour voler et tuer et détruire ; moi, je suis venu, afin que les brebis aient la vie et qu’elles l’aient en abondance.

 11 Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. 12 Mais le mercenaire, qui n’est pas berger et à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, abandonne les brebis et s’enfuit. Et le loup s’en empare et les disperse. 13 C’est qu’il est mercenaire et qu’il ne se met pas en peine des brebis. Moi, je suis le bon berger. 14 Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, 15 comme le Père me connaît, et comme je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis

Nous rajouterons au textes prévu pour ce jour les versets 11 à 15qui font partie du même contexte;

Nous sommes tellement habitués à cette image du bon berger qui donne sa vie pour ses brebis que nous ne faisons pas attention à tout ce qu’il y a derrière ce texte. Nous oublions la plupart du temps que le métier de berger était dans l’antiquité juive, un métier méprisé et qu’il était réservé aux plus modestes. Leur sort était parfois moins enviable que celui d’un esclave. Quant aux moutons, ils ne font pas partie de la catégorie animale la mieux perçue. Ils sont à juste titre considérés comme des animaux peu doués. On ne les élève que pour la viande et accessoirement pour la laine. Ils sont tous destinés à finir sous le couteau du sacrificateur ou du boucher. On a cependant une tendresse particulière pour les agneaux, quand ils sont tout petits. Mais cette tendresse est purement sentimentale et elle décroît à mesure que l’animal vieillit

Nous apprécions cette histoire en fonction de l’intérêt que nous y trouvons en tant qu’humain. Je vous propose cependant de la regarder du côté des moutons. Nous nous demanderons alors en quoi le sort des moutons est modifié s’ils périssent sous les dents du loup plutôt que sous le couteau du sacrificateur ? Violence et cruauté, mort et souffrance sont au même rendez-vous et l’issue de l’entreprise reste la même : la mort. Si le loup est mis en fuite, le berger du troupeau sauve son capital. Il y trouve son compte,  c’est donc  pour une raison économique qu’il peut envisager d’exposer sa vie pour que le troupeau qui lui appartient ne soit pas anéanti. Le mercenaire n’en a cure, il sauve sa vie sans affronter le loup. Il est dit alors que le « bon berger » donne sa vie pour ses brebis ! La belle affaire, elles seront de toute façon sacrifiées et mangées et ne trouveront aucun intérêt dans cette nouvelle situation.Vergilius Romanus

Pourtant, Jésus a bien pris soin d’attirer notre attention sur un autre aspect des choses. Il nous dit qu’il est le « bon berger » pour que ses brebis aient la vie en abondance. Plus question de mort ou de sacrifice, plus question de transformer les brebis en viande,   plus question de voir le côté utilitaire des choses. Avec Jésus les choses prennent une autre couleur, Il nous entraîne sur un chemin irréaliste qui consiste à octroyer aux moutons un autre destin que celui que nous leurs connaissons. Avec Jésus, les brebis auront un autre avenir que celui de servir de nourriture aux hommes.

Il est bien évident que pour nous approprier quelque chose de ce passage il faut que chacun de nous, à son tour se substitue aux moutons de ce texte et comprenne que chacun d’entre nous fait d’abord partie de cette masse humaine qui recouvre la planète comme un troupeau de moutons qui remplirait l’enclos où il est parqué.

Qui sommes-nous si non un individu parmi les milliards qui s’agitent sur la surface de la terre, malmenés par le hasard, bousculés par les éléments et parfois maltraités par les dirigeants ? A vue humaine Il semble que nous soyons tous destinés à disparaître sans ne laisser aucune trace, à part exception rarissime.

A la lecture de ce récit, les choses changent. Chacun d’entre nous, bien qu’il fasse partie de la masse des 7 milliards d’individus que l’on côtoie sur cette planète prend un visage distinct. Nous découvrons que notre existence prend une autre valeur aux yeux de Dieu que celle de se trouver mêlés à la masse de tous les humains qui peuplent cette terre. Notre existence ne consiste plus à être en survie parmi tous ceux qui nous entourent, mais nous sommes destinés à jouir d’ « une super vie » qui s’individualise sous l’influence de Dieu qui nous prend en charge, chacune et chacun à notre tour.

C’est alors que nous devons prendre conscience des loups qui nous menacent. Les loups vont s’en prendre à l’aspect grégaire de notre personnalité, ils vont chercher à faire que nous nous comportions comme des moutons sans berger en détruisant en nous ce qui nous distingue des autres. Ils vont nous faire perdre toute spécificité et feront dBon berger 3e nous des consommateurs qu’il faut séduire pour mieux les utiliser et les amalgamer au troupeau. Ils vont nous pousser à croire que pour le prix d’une jouissance immédiate, nous devons consacrer toute notre existence à la sacrifier aux lois du marché et de la mode afin de ressembler le plus possible aux modèles qu’on nous propose d’imiter. Ces loups qui dévorent notre autonomie et notre indépendance sont les alliés de tous les mercenaires qui se donnent des allures de bergers.

Ces mercenaires, ce sont tous ceux qui à coup d’arguments nous assurent que le succès de notre société n’a pas d’autres issue que de vendre son âme à la consommation et à la pensée unique. Ils prétendent que le bonheur est dans la jouissance immédiate. Suivant les époques, leurs discours se sont colorés différemment, mais ils ont toujours visés à engloutir la masse des humains dans des projets globalisants où chacun suivrait le même chemin que son voisin et redouterait d’être différent de lui au risque d’être rejeté.

Les faux bergers se cachent aussi derrières les idées du moment. Elles aussi empruntent le même chemin que la mode. Suivant les époques, et les intérêts de ceux qui influent sur nous, elles nous poussent à devenir des va-t-en guerre ou des va-t-en paix et nous entraînent à discriminer les uns pour valoriser les autres si bien que cbon berger 4hacun est invité à faire chorus avec la foule. Chacun s’habille comme tout le monde pour finir par penser comme tout le monde. En tant que minoritaires protestants nous sommes avantagés sur les autres car nous devons résister aux idées du moment pour conserver notre spécificité.

Grâce à Dieu le « bon berger » est là au milieu du troupeau pour faire de nous autres chose que des brebis qui suivent sans retenue celui qui les entraîne. Il est dit qu’il donne sa vie pour nous, c’est à dire qu’il offre son exemple, son évangile, sa manière de penser comme solution alternative aux pressions extérieures qui pèsent sur nous. Il propose le temps et l’éternité là où les valeurs ambiantes proposent l’urgence et les utopies provisoires.

.Il nous propose de trouver en nous-mêmes du sens à notre existence qui ne soit dicté ni par les médias ni par la mode du moment. Il nous apprend que nous ne sommes pas des individus dont la vie est destinée à ressembler à celle de la masse. Il se propose d’enrichir et valoriser notre vie pour qu’elle devienne une super vie. Le bon berger se propose donc de donner de la valeur à notre individu. Il est capable d’aller jusqu’au fond même du cœur de chacun d’entre nous pour y injecter un supplément de vie dont lui seul est dépositaire.

Le « bon berger » ne conçoit nos existences que si lui même  les partage pour y introduire le divin qui est en lui. Ainsi il se propose de nous apporter une originalité qui nous soit propre. Cette originalité consiste à savoir qu’il nous prend lui-même en main et nous propose de vivre selon notre nature profonde qui est marquée du doigt de Dieu depuis les origines de l’humanité. En faisant de nous des individus autonomes et responsables il pèsera sur l’évolution du monde qui s’orientera de ce fait dans le sens où il souhaite qu’il évolue.

Nous n’avons pas vocation à être une goutte d’eau parmi les autres gouttes d’eau, nous avons vocation a devenir des individus distincts des autres au service des autres pour que chacun puisse jouir ici bas d’une vie qui le dépasse. Pour cela il est nécessaire que nous soyons attentifs à la voix du berger et non à celle des mercenaires.

Les illustrations proviennent du Codex Vergilius Romanus

 

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Luc 24: 13-34 les disciples d’Emmaüs – dimanche 30 avril 2017

Posté par jeanbesset le 14 avril 2017

 

13 Or, ce même jour, deux d’entre eux se rendaient à un village du nom d’Emmaüs, à soixante stades de Jérusalem,

14 et ils s’entretenaient de tout ce qui s’était passé.

15 Pendant qu’ils s’entretenaient et débattaient, Jésus lui-même s’approcha et fit route avec eux.

16 Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.

17 Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? Ils s’arrêtèrent, l’air sombre.

18 L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit : Es-tu le seul qui, tout en séjournant à Jérusalem, ne sache pas ce qui s’y est produit ces jours-ci ?

19— Quoi ? leur dit-il. Ils lui répondirent : Ce qui concerne Jésus le Nazaréen, qui était un prophète puissant en œuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple,

20 comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour qu’il soit condamné à mort et l’ont crucifié.

21 Nous espérions que ce serait lui qui apporterait la rédemption à Israël, mais avec tout cela, c’est aujourd’hui le troisième jour depuis que ces événements se sont produits.

22 Il est vrai que quelques femmes d’entre nous nous ont stupéfiés ; elles se sont rendues de bon matin au tombeau et,

23 n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles avaient eu une vision d’anges qui le disaient vivant.

24 Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses tout comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu.

25 Alors il leur dit : Que vous êtes stupides ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes !

26 Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte pour entrer dans sa gloire ?

27 Et, commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur fit l’interprétation de ce qui, dans toutes les Ecritures, le concernait.

28 Lorsqu’ils approchèrent du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin.

29 Mais ils le pressèrent, en disant : Reste avec nous, car le soir approche, le jour est déjà sur son déclin. Il entra, pour demeurer avec eux.

30 Une fois installé à table avec eux, il prit le pain et prononça la bénédiction ; puis il le rompit et le leur donna.

31 Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux.

32 Et ils se dirent l’un à l’autre : Notre cœur ne brûlait-il pas en nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait le sens des Ecritures ?

33 Ils se levèrent à ce moment même, retournèrent à Jérusalem et trouvèrent assemblés les Onze et ceux qui étaient avec eux,

34 qui leur dirent : Le Seigneur s’est réellement réveillé, et il est apparu à Simon !

35 Ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment il s’était fait reconnaître d’eux en rompant le pain.

Emmaüs 2

 L’événement  qui a marqué  l’épisode vécu  sur la route d’Emmaüs  par deux disciples avait du être vraiment marquant pour qu’on s’en souvienne aussi longtemps après qu’il ait eu lieu. C’est un des récits  que Luc  relate dans le dossier qu’il a constitué  pour écrire son Évangile, 20 ou 30 ans après  les événements. Il a sélectionné cet épisode parmi les cinq cents  récits concernant  les apparitions de Jésus après sa résurrection, si l’on en croit les dires de Paul  qui affirme que plus de cinq cent frères ont bénéficié du  privilège d’avoir une histoire avec  Jésus ressuscité ( 1 Cor 15/6). Il a donc fallu que le récit de Cléopas pèse d’un certain poids  parmi tous les témoignages reçus  car il n’est pas sans intérêt  qu’il soit  revenu en pleine nuit après une journée de marche  pour raconter ce qu’il avait vécu avec Jésus ressuscité.

 Au matin  du dimanche qui suivit l’exécution de Jésus, chacun  était toujours profondément  perturbé par  sa propre lâcheté.  Le remord de chacun  plombait l’atmosphère  du lieu où ils se trouvaient encore.  Chacun  répondait à son impulsion du moment. Les femmes  décidaient  d’accomplir leur devoir en allant rendre au défunt les derniers devoirs requis par la religion.  En effet, après l’exécution, quelques uns des amis de Jésus  avaient surmonté la panique qui les avait dispersés et ils étaient allé réclamer le corps du supplicié pour lui offrir une sépulture décente, mais faite à la hâte. 

 A leur retour  les femmes  racontèrent  qu’elles n’avaient pas retrouvé le corps au petit matin. S’étaient-elles trompées de lieu de sépulture ? Elles  croyaient avoir vu   des anges, elles  avaient même parlé de résurrection usant des mêmes propos que Jésus  avait tenus devant elles de son vivant. De telles assertions leur permettaient peut-être de se sentir moins coupables de l’avoir laissé aller seul au procès puis au supplice. Certains des compagnons de Jésus,  séduits par ces propos  étaient allés vérifier la véracité de ces dires, d’autres, plus réalistes tels les deux amis dont le récit nous intéresse décidèrent de fuir cette hystérie collective qui s’étaient emparée de ceux  qui étaient encore présents à Jérusalem et  pour tourner définitivement une page qui leur rappelait le mauvais rôle que tous avaient joué, ils avaient  donc décidé de partir..

C’est leur retour, tard le soir qui constitue l’événement remarquable de  ce récit.  Ils avaient marché toute la journée en ressassant les événements que nous venons d’évoquer.  Le souvenir  de ces trois jours passés ne cessait de tarauder leur esprit. Le sentiment de leur  culpabilité ne cédait pas de terrain. Alors qu’ils parlaient de lui en marchant , ils avaient l’impression qu’il était encore avec eux. En évoquant les événements  ils avaient l’impression d’entendre le son de sa voix. Les propos  qu’il avait tenus vivant avec eux prenaient le ton d’une vérité étrange, car il leur avait dit tout ce qui allait se passer. Il leur avait parlé de la puissance  de Dieu ! Il avait-même dit que les morts se relèveraient d’entre les morts et les choses  prenaient du sens alors qu’ils les évoquaient. C’était comme s’il était là, mais peut-être était-il là. En tout cas, il s’était emparé de leur esprit et ne le quittait plus. Tout ce qu’ils évoquaient à son sujet semblait  être vrai. Il semblait leur tenir compagnie  comme un marcheur invisible à leurs côtés.

 Une auberge ! Autant se restaurer et méditer puisque les choses semblaient prendre une autre tournure. Il était toujours là tel un compagnon anonyme qui savait tout sur lui. Cette impression d’une présence à  côté d’eux  était-elle une présence physique, ou était-elle une vue de leur esprit ? Ils ne le savaient pas, mais il était sous l’emprise de la puissance de Dieu qui rendait possible pour chacun d’eux la réalité qu’ils n’avaient cessée de nier depuis le matin alors qu’ils fuyaient leurs amis, leur remord et leur passé.

 C’est la bénédiction du pain, telle qu’elle avait lieu lors de chaque repas qui fut l’acte déclenchant, qui ouvrit leurs yeux. Ils  comprirent  alors que celui qu’ils avaient cru mort avait pris corps dans leur  esprit et qu’il les avait intégrés dans la réalité où il était désormais. En refaisant le geste qu’ils avaient l’habitude de faire avec lui, sa présence à leurs côtés devenait bien réelle. Ils n’avaient plus besoin de sa présence physique, plus besoin de le voir  pour savoir qu’il était là et qu’il avait cheminé avec eux tout au long de leur   parcours. Le maître bien aimé continuait à vivre en eux par la force de Dieu qu’il leur avait révélé, malgré le supplice et la mort qu’il avait supportés quelques jours auparavant.

 Tout ce qu’il leur avait dit sur la mort prenait du sens, tout son enseignement sur la vie éternelle prenait du sens. L’autorité que Dieu avait sur la vie devenait réalité, la résurrection était autre chose qu’un simple retour à la vie, elle devenait une réalité nouvelle, jusque là inimaginable en vertu de la quelle la mort ne pouvait reprendre la vie nouvelle que Dieu nous donne, quand on se met à croire à la réalité de Dieu, telle que Jésus en a parlé.

 Il leur fallait donc partager cette vérité avec les autres, c’est pourquoi ils reprennent la route de nuit, ils retournent vers les autres bravant tous les dangers car c’est avec eux qu’ils doivent partager ce qu’ils viennent de comprendre, et qui vient de jaillir en eux comme une lumière. Cependant, jusque là, ils  ne s’en rendaient pas compte. Entre temps, les autres feront  des expériences personnelles de rencontre avec le ressuscité  différentes de la leur  mais tout aussi instructives.

 L’histoire vécue par Cléopas et  son compagnon a été tellement saisissante qu’elle est devenue par la suite la norme de toutes les expériences de rencontre avec le ressuscité pour les membres de la première église. La présence du ressuscité s’impose à celui qui médite sur sa propre vie en évoquant le supplice et la mort de Jésus, si bien que celui qui médite ne sait plus où se situe la réalité. Est-ce dans son esprit ou est-ce dans la réalité du moment? Qu’importe ! Ce qui se passe en lui se manifeste  avec une telle intensité qu’il n’a pas besoin d’en savoir plus.

 Où avaient-ils l’intention d’aller  ces deux compagnons  quand ils sont partis ce matin là ? Ils allaient vers un village nommé Emmaüs qui ne se trouve sur aucune carte, car le lieu où l’on va quand on ne sait  rien de la vie avec Dieu n’a aucune importance. Dès que Dieu s’impose à nous, la direction de notre vie s’impose différemment, car c’est la résurrection que Dieu nous donne qui impose désormais les orientations de notre vie.  Le souffle qui se dégage de ce récit donne à chaque lecteur le désir de vivre  cette expérience avec la même intensité que Cléopas et son compagnon.

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Actes 2:42-47 La première Eglise dimanche 23 avril 2017

Posté par jeanbesset le 14 avril 2017

La première communauté chrétienne

42Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, au partage du pain et aux prières.
43La crainte s’emparait de chacun, et beaucoup de prodiges et de signes se produisaient par l’entremise des apôtres.
44Tous les croyants étaient ensemble et avaient tout en commun.
45Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun.
46Chaque jour, ils étaient assidus au temple, d’un commun accord, ils rompaient le pain dans les maisons et ils prenaient Eglise 3leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur ;

47ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qu’il sauvait.

Quand l’Esprit souffle sur l’Église, c’est une atmosphère de paix et de sérénité qui s’en dégage, c’est en tout cas ce que tente de dire ce texte qui en trouve les origines dans l’évocation de la première église qu’il nous décrit ici. Elle doit son épanouissement à la méditation des textes rapportés par les Apôtres, à la prière, à la vie en commun, au partage du pain,  à la mise en commun des biens et à  une joie profonde qui se dégage de  l’existence de cette  église qui s’ouvre à la vie. C’est comme si ses quelques membres étaient transportés dans un  autre monde, le monde du futur, le Royaume annoncé. Et pourtant tous ont bien  les pieds sur terre.  Sous l’impulsion de l’esprit, l’Église s’était  mise à croître à un tel rythme que le nombre des nouveaux adeptes  qui étaient  venus  gonfler les rangs des premiers croyants avaient crû d’une manière extraordinaire.  Si cela avait continué, l’église aujourd’hui compterait plus de membres que la  totalité des habitants du  monde. Mais il n’en est rien. Quelques chose a dysfonctionné depuis  cette évocation de l’origine de l’Église.

La suite du récit, dans ce Livre même des Actes  montre que le phénomène n’a pas duré.  Les rivalités à l’intérieur du groupe n’ont pas tardé à naître et la défaveur  des observateurs de l’extérieur s’est vite retourné contre l’Église naissante, s’est   transformée en haine et a pris le ton de la persécution. Un peu plus tard, c’est sur l’enseignement même des apôtres que les membres de l’Église seront en désaccord affirmera Paul autour des années 50 dans la première épître aux Corinthiens ( 1 Cor 1/12) « J’entends que chacun de vous dit : Moi je suis de Paul, et moi de Céphas et moi de Christ… ».  Nous sommes à peine 20 ans  après l’événement rapporté ici.  Dans les pages suivantes, nous verrons la communauté se déliter. Le partage des biens sera accompagné de mensonge, et même le partage du pain de la Sainte Cène donnera lieu à des attitudes critiquables et  même scandaleuses de la part des  membres de l’Église de Corinthe en particulier. Du côté du baptême, ce ne fut pas mieux,  on cherchait à se faire valoir par le prestige personnel  du baptiseur si bien que Paul se félicitera de n’avoir baptisé  que très peu de personnes de la communauté de Corinthe.  Que s’était-il donc passé dans l’Église pour qu’en moins d’une génération on en soit arrivé là ?

Le problème de la première église sont les mêmes que ceux de celle d’aujourd’hui. Tout se passe comme si nous n’arrivions pas à instaurer dans nos rangs une  société de fidèles  dont  la foi serait  assez forte pour que  les croyants puissent se libérer  des  mêmes contraintes que celles  auxquelles sont  soumis les gens de ce   monde.  Quand, à d’autres moments de l’histoire, on a cru pouvoir y arriver, comme dans le Genève de Calvin par exemple,  on n’a fait  que créer des comportements sectaires intolérants  qui ont rendu la vie impossible aux habitants de la ville, tant  la pratique de l’espionnage des uns  par les autres devenait insupportable ainsi que les sanctions qui s’en suivaient.  Ce genre de phénomène se produit  toujours   quand on  essaye de faire fit du péché,  c’est-à-dire de tous les comportements qui opposent les hommes entre eux. Ce sont la convoitise, l’arrogance, l’orgueil  qui ne disparaissent pas d’un seul coup du moment que l’on s’est converti au  message de Dieu et qu’on a accepté son salut. On a beau savoir  que la bonne nouvelle de la résurrection  a changé notre relation à Dieu  et au monde, elle n’a pas changé notre nature profonde.  Il faut que Dieu lui-même nous entraîne à faire un pas de plus.

Nous comprenons alors que l’auteur de  ces lignes éprouve un certain agacement au contact  de l’Église  où il se trouve quelques 30 ans après la résurrection de Jésus. La  société  de l’Église n’a pas changé autant qu’on aurait pu l’espérer. C’est pour cela qu’il ne peut  s’empêcher de décrire l’Église,  non pas telle qu’elle était, mais telle qu’elle aurait du être : il idéalise la première église comme une société  parfaite, capable par  ses propres vertus et  d’abnégation de soi d’attirer tous les hommes à elle.

 Mais en écrivant cela, il mettait le doigt sur un défaut  permanent qui est le nôtre, celui de croire que les hommes par leurs actions, leurs vertus ou leur morale peuvent changer quelque chose au monde si Dieu  n’agit pas à leurs côtés. C’est par l’action de Dieu sur les hommes que ceux-ci  pourront changer quelque chose à la situation existante. Si Dieu, quant à lui, ne veut pas directement intervenir dans  le monde et le faire évoluer dans  le sens où la vie de chacun s’améliorerait et où  le mieux être prendrait le dessus,  ce n’est pas non plus les hommes, indépendamment de lui qui y arriveront.  Il faut que  par leurs actions conjuguées, à savoir : celle de  Dieu qui agit pour que la transformation intérieure des individus  s’opère et celle des hommes qui agissent selon sa volonté pour que  « le mieux » prenne le dessus sur le mauvais. L’homme ne peut agir que par l’action de Dieu qui se révèle en lui et qui le transforme de fond en comble

Seul Dieu, en agissant  sur nous peut changer les choses en profondeur,  mais cela n’est jamais acquis pour toujours. Seule sa présence constante en nous  peut modifier nos comportements. Pour cela  il faut que chacun reste fidèle à ce que Dieu lui a révélé. Il faut qu’il  se convertisse à nouveau chaque jour et laisse Dieu agir en lui.  Ainsi il s’appliquera à lui-même, avant de l’appliquer à l’Église cet acquis de la Réforme selon lequel l’Église et nous-mêmes  doivent se réformer  et ne jamais cesser de le faire.

Par quoi  faut-il alors commencer ? Le premier de ces fondamentaux  qu’il doit mettre en valeur et dont  tous les autres découlent est la foi.  La foi devrait-être un sujet de joie, de sérénité et  de satisfaction pour nous. Mais elle est devenue dans nos sociétés d’église un sujet de rivalité entre les croyants, déjà dénoncé par Paul, mais qui n’a fait que s’aggraver depuis.   La  foi  est devenue  un sujet d’exclusion des uns par les autres, de refus de dialogue à tel point que l’on oublie d’abord que la foi est un don de Dieu, liée à l’irruption de la réalité qu’il représente  dans notre vie. Nous ne nous mettons à croire vraiment que si Dieu lui-même s’est saisi de notre vie et qu’il inspire nos pensées par son esprit qu’il répand sur nous et dont aucun humain ne peut assurer le contrôle pour nous. La foi établit un lien étroit entre nous et Jésus qui mystérieusement partage notre vie et nous ouvre les portes d’un au-delà qui nous était fermé jusque là. La vie en Église est basée sur le partage de cette certitude, sur  la mise en commun de nos expériences et la prière avec Dieu.

C’est alors que le péché que nous croyions  aboli par notre conversion à Dieu risque de prendre sournoisement le dessus. Il consiste à donner priorité  à la pensée humaine et à prétendre que les croyants peuvent prendre le pas sur la volonté de Dieu. Il nous amène à croire que notre propre personne doit être au centre de notre  pensée  et qu’elle nécessite plus d’attention que les autres. Pour  combattre cette tendance mortifère que nous cultivons à plaisir, Jésus nous a donné pour  seul précepte  celui d’aimer les autres comme nous-mêmes,  c’est en faisant cela que nous manifesterons notre amour pour Dieu. Mais sans l’esprit de Dieu qui nous stimule, nous n’y arriverons jamais par nous-mêmes. Chacun se prenant pour le centre de ses propres préoccupations  croit  que Dieu obéit aux mêmes impératifs et  place les  civilisations chrétiennes au dessus des autres, si bien que  celles-ci devraient  s’imposer aux autres.

 Nous comprenons alors que si nous ne nous appuyons pas sur ce qui est  fondamental  dans  la foi, c’est-à-dire l’amour du prochain qui rend tous les hommes égaux devant Dieu, nous passerons à côté  de la vision qu’il a  pour le monde et nous le trahirons en croyant le servir. L’avenir de l’Église et du monde passe  donc  par une conversion de nous-mêmes, de l’Église et des autres, c’est alors  que le monde  sera sauvé

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Actes 10: 34-43 Plus d’angoisse dimanche 16 avril 2017

Posté par jeanbesset le 6 avril 2017

34 Alors Pierre prit la parole : En vérité, dit-il, je comprends que Dieu n’est pas partial, 35 mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice est agréé de lui. 36 Il a envoyé la Parole aux Israélites, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ : c’est lui qui est le Seigneur de tous. 37 Vous, vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée, à la suite du baptême que Jean a proclamé : 38 comment Dieu a conféré une onction d’Esprit saint et de puissance à Jésus de Nazareth qui, là où il passait, faisait du bien et guérissait tous ceux qui étaient opprimés par le diable ; car Dieu était avec lui. 39 Nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le pendant au bois, 40 Dieu l’a réveillé le troisième jour ; il lui a donné de se manifester, 41 non à tout le peuple, mais aux témoins désignés d’avance par Dieu, à nous qui avons mangé et bu avec lui après qu’il s’est relevé d’entre les morts. 42 Et il nous a enjoint de proclamer au peuple et d’attester que c’est lui que Dieu a institué juge des vivants et des morts. 43 Tous les prophètes lui rendent ce témoignage : quiconque met sa foi en lui reçoit par son nom le pardon des péchés.van-gogh-moisson

Nous devrions être des gens heureux et épanouis dans le monde où nous sommes.  Certes tous  n’ont pas le même sort et nous ne  devrions pas  négliger  les injustices qui sont faites au mal chanceux dans notre pays et dans les autres.  Mais si on se permet de jeter  un regard sur le passé, nous constaterons que  le sort de ceux qui vivaient,  ne serait-ce que deux générations plus tôt,  ne souffre pas la comparaison avec la nôtre.   Malgré  les insatisfactions  dont on ne cesse de faire état, nous sommes bien forcés d’admettre que  les techniques de progrès ne cessent de battre des records d’ingéniosité et nous espérons qu’en  dépit de la surpopulation de la planète, le génie humain réussira à nourrir tout le monde et à gommer les dernières difficultés qui font encore de l’ombre au tableau de notre insatisfaction.

Certains de la capacité humaine à surmonter les obstacles, il est  évident semble-t-il que  nous nous avançons vers un avenir serein et sans nuage puisque les désastres   causés par les guerres sont  définitivement relégués au magasin des choses dépassées.   Pourtant un tel discours  est perçu  comme relevant d’une utopie ridicule. Et on  se gausse à l’idée que quelques illuminés  pourraient tenir un tel langage.  Face  à un tel discours, chacun s’empresse d’énumérer les causes d’insatisfaction qui contrediraient les propos qui viennent d’être suggérés.  Il faut donc se résigner au constat selon lequel l’homme, au faîte  de sa réussite technique et à la veille de mettre en place des prouesses médicales inespérées ne réussit pas à rendre ses peuples heureux. Que leur manque-il donc ? S’ils le savaient ils sauraient dans quel sens orienter leurs recherches, mais ils ne le savent pas.

En fait l’insatisfaction que tous ressentent ne se formule pas de la même manière chez les uns et chez les autres.  De ce constat nous comprenons  que l’homme qui  se comporte comme un champion de la découverte et  s’affiche  comme un prince de l’invention, qui est également  un génie de la technique est en fait insatisfait de lui-même. Son insatisfaction  et sa morosité ne viennent pas de l’extérieur de lui, mais lui sont intérieurs.  Ce phénomène sévit à tous  les niveaux de la société et n’épargne personne  parce qu’on ne peut retourner ses griefs contre personne.  On ne peut même pas accuser les autres  car chacun fait partie des autres  et partage la morosité collective.

Jadis, les hommes savaient donner des noms à ce  qui les perturbait  et ils savaient la cause de leurs inquiétudes. Ils accusaient les mauvais génies  qui peuplaient les forêts et qui se faisaient la guerre entre eux au détriment  des hommes.  Ils pensaient aussi que les dieux dans les lieux où ils se trouvaient se jouaient des humains et éprouvaient un malin plaisir  à leur rendre la vie rude. Quand le génie humain (encore lui) a  compris que les esprits de la forêt  étaient inoffensifs parce qu’inexistants et que le  Panthéon  ou l’Olympe étaient sans locataires parce qu’il n’y avait qu’un seul Dieu pour régenter l’univers,  les humains  n’en sont pas moins restés  inquiets.  Leur angoisse a seulement  changé d’aspect.  Bien évidemment cela ne s’est pas fait d’un seul coup,  mais c’est  dans ce sens là que s’est fait l’évolution de la pensée, par un transfert et une modification des angoisses, et c’est Dieu lui-même qui en  fut le sujet.

Les humains ont  alors  pensé  que leurs malheurs et leurs inquiétudes  avaient  pour origine leur mauvaise relation avec ce Dieu tout puissant qui, pour régner en maître, était jaloux de ses prérogatives et faisait subir des sévisses à l’humanité insoumise et désobéissante.  C’est au  moment  où cette crise s’est faite insupportable qu’est née la Réforme comme une forme de révolte contre ce Dieu  insupportable, comme si Jésus Christ n’avait rien changé auparavant au   cours des choses.  Apparemment  son action n’avait pas suffi et la crainte n’avait pas disparu. Tous les hommes n’en avaient pas été libérés. Il y avait donc, encore  d’autres comportements à dénoncer.   Pourtant depuis des siècles  Jésus avait fait tout le travail, mais on n’avait pas  vraiment compris ce qu’il était venu apporter.

Si  dans les temps modernes que nous traversons les croyances  en Dieu se sont atténuées et  ont rendu  Dieu inoffensif, croit-on,  les angoisses ont subsisté cependant. Ce n’est pas en s’écartant de Dieu que les choses allaient changer pour ceux qui ne  croyaient plus en lui. Ils auraient mieux fait  d’écouter ce que Jésus  avait  dit à son sujet   jadis, et d’essayer de comprendre quelles solutions il avait tenté d’apporter à leurs peurs. Un retour aux sources s’impose donc. On découvrira alors   que Jésus demandait aux siens d’inverser les valeurs pour que tout change et que les peurs se transforment en espérance.

Souvenez-vous  des propos de Jésus quand il parlait  de Dieu, c’est à un Père bien veillant et miséricordieux qu’il nous adressait et il donnait des tas d’exemples où ce Père était en décalage complet avec l’image qu’on se faisait traditionnellement de Dieu. Il accueillait son fils débauché sans repentir, absolvait une femme adultère sans aucune  réserve, promettait le salut à des païens aussi bien qu’à des samaritains ou à des juifs. Avant tout  le  Dieu dont il parlait était infiniment bon,  et préférait faire aveu de faiblesse plutôt que de faire violence contre qui que ce soit. Appelez le donc Papa, et vous verrez que ça changera vos relations avec lui.Van Gogh

Ne pensez pas non plus que ce Dieu voulait punir les hommes  en leur envoyant toutes sortes de maladies, mais  c’est plutôt lui qui cherchait à les guérir quand ils étaient en souffrance. Jésus mêlant le geste à la parole imposait les mains aux malades et ils étaient guéris. Si vous croyez encore que Dieu voulait  imposer sa toute puissance  aux hommes  en  menaçant   de les punir de leurs péchés par  les effets  destructeurs des  éléments déchaînés, tournez les regards vers Jésus qui apaisait la tempête pour sécuriser ses amis inquiets. Jésus était habité par l’esprit de Dieu qui refusait d’agir contre les hommes pour les contraindre à l’obéissance.  Au contraire, il  leur communiquait l’énergie de son esprit qui les rendait capables de voir  les choses  autrement  et d’agir autrement.

C’est en tenant  des propos semblables que Pierre s’est adressé aux païens stupéfaits. Ce discours nouveau les a étonné et les a séduits. C’est alors qu’ils ont senti l’esprit les pénétrer  et qu’ils se sont  mis  à croire à ce Dieu qui se présentait d’une manière toute nouvelle, qui les déculpabilisait et qui colorait l’avenir d’espérance.

Il y a cependant  un pas de plus à faire. Il ne suffit pas  seulement de croire. Il faut  encore donner du sens  à sa vie  en se laissant guider par cet  esprit qui s’impose à nous de la part de Dieu et donne du sens à notre ’avenir.

Mais l’avenir, c’est quoi ? 

Si l’esprit de Dieu nous habite tout entier, il habite notre présent  et  aussi notre avenir si bien que  la mort qui nous attend prend  un tout autre aspect. Elle devient certes la fin de quelque chose, mais elle devient aussi le début d’autre chose si bien que la mention de la résurrection arrive ici comme une cerise sur le gâteau  pour apporter une conclusion positive à notre propos. 

 Jésus a été le témoin de ce Dieu qui nous invite à voir les choses autrement.  Il a manifesté que le mot « divinité » se confondait avec celui de  « bonté »  et aussi avec celui de « vie », c’est pourquoi  le pardon des péchés a pris une si grande place dans ses propos. Il est  désormais important pour nous  que  nous orientions  notre vie pour que tout cela devienne vérité en nous. C’est alors que l’espérance qui se manifestera  au travers de nos dires et de nos faires sera le meilleur témoignage que  nous pourrons rendre à ce Dieu qui domine nos craintes, anéantit nos peurs et nous ouvre à une vie véritable. 

Ces quelques illustrations de van Gogh me semblent aptes à illustrer ce qui vient d’être écrit

rophètes lui rendent ce témoignage : quiconque met sa foi en lui reçoit par son nom le pardon des péchés.

Nous devrions être des gens heureux et épanouis dans le monde où nous sommes.  Certes tous  n’ont pas le même sort et nous ne  devrions pas  négliger  les injustices qui sont faites au mal chanceux dans notre pays et dans les autres.  Mais si on se permet de jeter  un regard sur le passé, nous constaterons que  le sort de ceux qui vivaient,  ne serait-ce que deux générations plus tôt,  ne souffre pas la comparaison avec la nôtre.   Malgré  les insatisfactions  dont on ne cesse de faire état, nous sommes bien forcés d’admettre que  les techniques de progrès ne cessent de battre des records d’ingéniosité et nous espérons qu’en  dépit de la surpopulation de la planète, le génie humain réussira à nourrir tout le monde et à gommer les dernières difficultés qui font encore de l’ombre au tableau de notre insatisfaction.

Certains de la capacité humaine à surmonter les obstacles, il est  évident semble-t-il que  nous nous avançons vers un avenir serein et sans nuage puisque les désastres   causés par les guerres sont  définitivement relégués au magasin des choses dépassées.   Pourtant un tel discours  est perçu  comme relevant d’une utopie ridicule. Et on  se gausse à l’idée que quelques illuminés  pourraient tenir un tel langage.  Face  à un tel discours, chacun s’empresse d’énumérer les causes d’insatisfaction qui contrediraient les propos qui viennent d’être suggérés.  Il faut donc se résigner au constat selon lequel l’homme, au faîte  de sa réussite technique et à la veille de mettre en place des prouesses médicales inespérées ne réussit pas à rendre ses peuples heureux. Que leur manque-il donc ? S’ils le savaient ils sauraient dans quel sens orienter leurs recherches, mais ils ne le savent pas.

En fait l’insatisfaction que tous ressentent ne se formule pas de la même manière chez les uns et chez les autres.  De ce constat nous comprenons  que l’homme qui  se comporte comme un champion de la découverte et  s’affiche  comme un prince de l’invention, qui est également  un génie de la technique est en fait insatisfait de lui-même. Son insatisfaction  et sa morosité ne viennent pas de l’extérieur de lui, mais lui sont intérieurs.  Ce phénomène sévit à tous  les niveaux de la société et n’épargne personne  parce qu’on ne peut retourner ses griefs contre personne.  On ne peut même pas accuser les autres  car chacun fait partie des autres  et partage la morosité collective.

Jadis, les hommes savaient donner des noms à ce  qui les perturbait  et ils savaient la cause de leurs inquiétudes. Ils accusaient les mauvais génies  qui peuplaient les forêts et qui se faisaient la guerre entre eux au détriment  des hommes.  Ils pensaient aussi que les dieux dans les lieux où ils se trouvaient se jouaient des humains et éprouvaient un malin plaisir  à leur rendre la vie rude. Quand le génie humain (encore lui) a  compris que les esprits de la forêt  étaient inoffensifs parce qu’inexistants et que le  Panthéon  ou l’Olympe étaient sans locataires parce qu’il n’y avait qu’un seul Dieu pour régenter l’univers,  les humains  n’en sont pas moins restés  inquiets.  Leur angoisse a seulement  changé d’aspect.  Bien évidemment cela ne s’est pas fait d’un seul coup,  mais c’est  dans ce sens là que s’est fait l’évolution de la pensée, par un transfert et une modification des angoisses, et c’est Dieu lui-même qui en  fut le sujet.

Les humains ont  alors  pensé  que leurs malheurs et leurs inquiétudes  avaient  pour origine leur mauvaise relation avec ce Dieu tout puissant qui, pour régner en maître, était jaloux de ses prérogatives et faisait subir des sévisses à l’humanité insoumise et désobéissante.  C’est au  moment  où cette crise s’est faite insupportable qu’est née la Réforme comme une forme de révolte contre ce Dieu  insupportable, comme si Jésus Christ n’avait rien changé auparavant au   cours des choses.  Apparemment  son action n’avait pas suffi et la crainte n’avait pas disparu. Tous les hommes n’en avaient pas été libérés. Il y avait donc, encore  d’autres comportements à dénoncer.   Pourtant depuis des siècles  Jésus avait fait tout le travail, mais on n’avait pas  vraiment compris ce qu’il était venu apporter.

Si  dans les temps modernes que nous traversons les croyances  en Dieu se sont atténuées et  ont rendu  Dieu inoffensif, croit-on,  les angoisses ont subsisté cependant. Ce n’est pas en s’écartant de Dieu que les choses allaient changer pour ceux qui ne  croyaient plus en lui. Ils auraient mieux fait  d’écouter ce que Jésus  avait  dit à son sujet   jadis, et d’essayer de comprendre quelles solutions il avait tenté d’apporter à leurs peurs. Un retour aux sources s’impose donc. On découvrira alors   que Jésus demandait aux siens d’inverser les valeurs pour que tout change et que les peurs se transforment en espérance.

Souvenez-vous  des propos de Jésus quand il parlait  de Dieu, c’est à un Père bien veillant et miséricordieux qu’il nous adressait et il donnait des tas d’exemples où ce Père était en décalage complet avec l’image qu’on se faisait traditionnellement de Dieu. Il accueillait son fils débauché sans repentir, absolvait une femme adultère sans aucune  réserve, promettait le salut à des païens aussi bien qu’à des samaritains ou à des juifs. Avant tout  le  Dieu dont il parlait était infiniment bon,  et préférait faire aveu de faiblesse plutôt que de faire violence contre qui que ce soit. Appelez le donc Papa, et vous verrez que ça changera vos relations avec lui.

Ne pensez pas non plus que ce Dieu voulait punir les hommes  en leur envoyant toutes sortes de maladies, mais  c’est plutôt lui qui cherchait à les guérir quand ils étaient en souffrance. Jésus mêlant le geste à la parole imposait les mains aux malades et ils étaient guéris. Si vous croyez encore que Dieu voulait  imposer sa toute puissance  aux hommes  en  menaçant   de les punir de leurs péchés par  les effets  destructeurs des  éléments déchaînés, tournez les regards vers Jésus qui apaisait la tempête pour sécuriser ses amis inquiets. Jésus était habité par l’esprit de Dieu qui refusait d’agir contre les hommes pour les contraindre à l’obéissance.  Au contraire, il  leur communiquait l’énergie de son esprit qui les rendait capables de voir  les choses  autrement  et d’agir autrement.

C’est en tenant  des propos semblables que Pierre s’est adressé aux païens stupéfaits. Ce discours nouveau les a étonné et les a séduits. C’est alors qu’ils ont senti l’esprit les pénétrer  et qu’ils se sont  mis  à croire à ce Dieu qui se présentait d’une manière toute nouvelle, qui les déculpabilisait et qui colorait l’avenir d’espérance.

Il yVan Gogh 2 a cependant  un pas de plus à faire. Il ne suffit pas  seulement de croire. Il faut  encore donner du sens  à sa vie  en se laissant guider par cet  esprit qui s’impose à nous de la part de Dieu et donne du sens à notre ’avenir.

Mais l’avenir, c’est quoi ? 

Si l’esprit de Dieu nous habite tout entier, il habite notre présent  et  aussi notre avenir si bien que  la mort qui nous attend prend  un tout autre aspect. Elle devient certes la fin de quelque chose, mais elle devient aussi le début d’autre chose si bien que la mention de la résurrection arrive ici comme une cerise sur le gâteau  pour apporter une conclusion positive à notre propos. 

 Jésus a été le témoin de ce Dieu qui nous invite à voir les choses autrement.  Il a manifesté que le mot « divinité » se confondait avec celui de  « bonté »  et aussi avec celui de « vie », c’est pourquoi  le pardon des péchés a pris une si grande place dans ses propos. Il est  désormais important pour nous  que  nous orientions  notre vie pour que tout cela devienne vérité en nous. C’est alors que l’espérance qui se manifestera  au travers de nos dires et de nos faires sera le meilleur témoignage que  nous pourrons rendre à ce Dieu qui domine nos craintes, anéantit nos peurs et nous ouvre à une vie véritable. 

Ces quelques illustrations de van Gogh me semblent aptes à illustrer ce qui vient d’être écrit

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Esaïe 50:4-7 Dimanche 9 avril 2017

Posté par jeanbesset le 5 avril 2017

 

4Le Seigneur DIEU m’a donné le langage des disciples, pour que je sache soutenir par une parole celui qui est épuisé ; chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille, pour que j’écoute à la manière des disciples.

5Le Seigneur DIEU m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas rebellé et je ne me suis pas dérobé.

6J’ai livré mon dos à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ; je ne me suis pas détourné des insultes et des crachats.

7Mais le Seigneur DIEU m’a secouru ; c’est pourquoi je n’ai pas été confus, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage semblable à du granit, sachant que je n’aurais pas honte. Rameaux B

Depuis des siècles, nous ouvrons la semaine sainte en écoutant le martellement des sabots d’un petit âne sur les pavés de la vieille ville de Jérusalem. Il emprunte à peu de choses près le même chemin que Salomon avait suivi, juché sur l’ânesse de son père pour être intronisé roi à sa suite. Il s’agissait d’une révolution de palais qui consistait à imposer Salomon sur le trône de David à la place de son ainé. L’affaire fut chaude. Il y a donc fort peu de similitude entre les deux événements si non le lieu et la monture. Pourtant il s’agit bien aussi pour Jésus d’une révolution, mais elle est d’un autre ordre.

Jésus ne cherche pas à renverser le pouvoir. Il ne bouscule pas les valeurs sociales, comme on l’imagine parfois. Il n’institue pas le règne des pauvres. Il ne suggère pas avant l’heure, une forme de dictature du prolétariat. Le mouvement qui anime Jésus puise ses racines dans les origines prophétiques du judaïsme. Il trouve son inspiration dans la longue complainte du « Serviteur souffrant » à la quelle le prophète Esaïe a prêté sa plume et sa voix. Son histoire trouve son épilogue dans l’agonie de Jésus, au moment où sur la croix il s’écrie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est là le dernier élément qui concerne la création, car c’est bien de la création qu’il s’agit, comme on le verra plus loin.

Nous le connaissons bien ce serviteur torturé du second Esaïe. On lui arrache la barbe sans qu’il se révolte, on le mène au supplice comme un agneau à la boucherie sans qu’il proteste. Les chants du « Serviteur souffrant » servent  de toile de fond à de nombreuses liturgies de la semaine sainte. Sa plainte trouve son accomplissement dans la mort de Jésus comme l’affirmation de la présence de Dieu au sein de la souffrance. Six siècles séparent les deux événements. L’Évangile donne dans la mort de Jésus une réponse aux questions que se posait déjà Esaïe au sujet de toutes les injustices et toutes les souffrances que subissent les humains. Dieu les prend en charge dans l’agonie de Jésus et transforme en espérance de vie tout ce qui était marqué par la mort. Rameaux C

Jadis le prophète Esaïe a osé dire qu’il n’y avait pas de rapport de cause à effet entre la souffrance des hommes et la volonté de Dieu. Il parlait d’un homme juste, persécuté par se semblables et il affirmait que ses souffrances n’avaient pas vraiment de cause.  On le persécutait  et Dieu semblait laisser faire. Il était torturé et Dieu n’intervenait pas. Le prophète savait bien, en disant cela qu’il  était témoin d’un des temps forts de la révélation et que la qualité de notre foi dépendait de la réponse qui sera donnée à toutes les questions qui surgissent sur ce sujet. Comment se fait-il que l’innocent puisse être considéré comme un coupable  sans que Dieu intervienne ? Est-il vraiment possible que l’on souffre sans raison apparente et que le seul baume qui soit efficace ne le soit que quand la mort aura fait son œuvre en nous ?

Dans la révolution instaurée dans les idées du moment par Esaïe, le prophète se propose de dire délibérément dans quel camp Dieu se situe.  Si Dieu participe à la révolte de celui qui souffre et le soutient dans son épreuve, il ne peut être en même temps dans le camp de celui qui inflige sa peine. Qu’on se le dise ! La  révolution que  le prophète Esaïe inaugure avec les chants du serviteur et que Jésus reprend à son compte signifie  que Dieu a  délibérément pris position en faveur de celui qui souffre. Ce n’est pas l’avis de ceux qui considèrent qu’il faut accepter son sort sans protester comme un acte de foi et  qu’il faut accepter que Dieu nous impose la souffrance comme une épreuve de notre foi.

Nous nous demandons alors comment Dieu peut-il correspondre au Père aimant en qui Jésus  trouve sa joie ?  Le prophète Esaïe qui nous rapporte ces faits est le deuxième du nom. Il vivait à l’époque de l’exil à Babylone.  Il a vu s’effondrer l’état d’Israël et il a partagé le sort de ses compatriotes en exil. Les savants se demandent encore qui est ce serviteur souffrant dont il parle ?  Est-ce le peuple d’Israël ? Est-ce le prophète lui-même dont un autre raconte les souffrances ? Dans ces textes provocants,  le prophète essaye de trouver de la cohérence dans ce qui est incohérent et de l’ordre dans le désordre. C’est  dans ces questions que nous rejoignons les interrogations sur la création que nous posions au début de notre propos.

Plus l’humanité évolue, plus elle se trouve engoncée dans ce qui n’a pas de sens. Plus l’humanité  tend à s’organiser, plus surgissent en son sein les causes les de rivalité et de désespoir. Plus la médecine évolue, plus les moyens de destruction augmentent. Nous sommes encore dans la même situation de chaos tel qu’il est décrit au début des Ecritures. A l’origine nous est-il dit, « L’esprit de Dieu se mouvait au dessus de l’immensité qui n’était qu’un Tohu Bohu  informe et vide. Cette description du début des temps, correspondrait-elle encore à la réalité  d’aujourd’hui ?

Dieu est-il encore en train de se battre contre le désordre qu’il essaye de réguler depuis toujours? Est-il encore en train de bousculer les forces hostiles pour que la terre s’épanouisse ? Est-il encore en train de diviser le firmament pour maintenir le jour en équilibre et  pour que l’ensemble de la planète évolue sans que la terre tremble et les océans ne se révoltent ?  Est-il toujours en train de pousser les hommes à agir au milieu de cette agitation pour que la cohérence prenne le dessus ? Tout se passe Rameaux Dcomme si toutes les étapes de la création étaient mêlées les unes aux autres et non pas classées en six jour distincts. C’est à ce demander si le  poète qui nous a transmis ce récit merveilleux de la Création n’a pas séparé les époques pour mieux les décrire, alors que dans le réalité elles étaient toutes imbriquées les unes dans les autres ? S’il en est ainsi, c’est que Dieu est encore aujourd’hui en train de s’efforcer de créer un monde à l’image de son désir et invite l’homme à l’y rejoindre. Alors que l’opération est en cours, Dieu  patiemment attend le septième jour qui n’est pas encore accompli et continue à se colleter avec le Tohu Bohu. Il s’efforce en même temps de projeter en chaque humain le désir d’ordre qui est en lui. Dieu a confiance en l’homme qu’il a créé et il cherche à s’en faire un partenaire, c’est pourquoi il a besoin de partager son désir avec lui pour l’aider à organiser le monde dans une évolution cohérente.

Il est dans la nature du monde de résister au talent organisateur de Dieu. Cette résistance prend toutes les formes possibles et contamine l’homme lui-même. Celui-ci, avant de se soumettre à Dieu reste le pur produit de ce monde rebelle. N’est-il pas selon les textes, issu de cette terre qui résiste à Dieu alors que Dieu essaye de la dompter pour la créer.

Dans la nature, toujours insoumise, les lions et les insectes ainsi que toutes les autres bêtes dites dangereuses tels les virus et les microbes se font la guerre entre eux et n’épargnent pas les humains. Ils les combattent jusqu’à ce que mort  s’en suive.  Y a-t-il encore du sens à tout cela ? Rameaux E

Tout cela a du sens si chacun entre dans le projet créateur de Dieu. Dieu quant à lui se refuse à se laisser dominer par un monde sans loi. Au contraire, il essaye de créer des lois  d’équilibre dont le seul secret est l’amour, c’est par lui qu’il agit sur les hommes pour qu’ils se tournent vers Dieu et adoptent son projet d’avenir. L’harmonie deviendra la règle et le mal vaincu s’estompera au point de disparaître. Dieu espère que grâce à sa prodigieuse intelligence, l’homme se mettra au service de ce monde nouveau qu’il espère. Il met  alors tout en œuvre pour que l’amour devienne la règle de l’évolution.

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