2 Timothée 4: 6-8 Paul médite sur son sort en prison – dimanche 23 octobre 2016

Posté par jeanbesset le 27 septembre 2016

6 Quant à moi, en effet, je suis déPauljà répandu en libation, et le temps de mon départ est arrivé. 7 J’ai mené le beau combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. 8 Désormais la couronne de justice m’est réservée ; le Seigneur, le juge juste, me la donnera en ce jour-là, et non pas seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront aimé sa manifestation.

 A  mesure que les années passent, le regard que nous portons sur nous-mêmes  et sur les autres, change au point que  nous avons  une autre  conception des choses. Ce n’est pas que nous devenions plus sages, mais  c’est que notre pensée mûrie d’expériences plus nombreuses à tendance à relativiser les événements. Notre esprit plus réfléchi et moins entreprenant calme nos ardeurs tandis  que notre corps lui-même est moins spontané à réagir. La foi elle-même prend des teintes nouvelles, si bien que l’on peut se demander si ce Dieu qui, dans un premier temps nous poussait à l’aventure, ne nous invite pas de temps en temps  à  ralentir notre marche en avant et  à faire une pause.  Nous rejoignons ici l’apôtre Paul qui constate qu’il  est arrivé en fin de course et qu’il doit faire le point sur ce qu’à été son parcours. Il reste serein, malgré les épreuves qui l’attendent. Il reste aussi lucide sur lui-même et prêt à affronter  les nouveaux défis de la vie avec foi, même si ce sont les derniers.

 Il repense sans doute aux aventures qu’il a vécues en suivant ce Dieu qui l’a surpris un jour  après une chute de cheval et à la suite duquel il s’est engagé. Ce fut une longue aventure qui commença par une fuite hors des murs de la ville accroupi au fond  d’ un panier dans lequel on l’avait descendu pour le soustraire à ceux qui déjà le persécutaient. Ce fut  ensuite une longue errance dans le désert qu’il consacra à construire sa foi. Parti au service de Jésus, il traversa mers et déserts sans jamais s’arrêter. Contesté par les uns, adulé par les autres, trainé devant les tribunaux, il parla aux grands et aux petits, dressa des communautés de croyants. A peine arrêté, il repartait à nouveau. Telle fut la vie qu’il lui a plu de mener par fidélité à celui  à qui il avait consacré sa vie.

 Au terme de cette lettre à Timothée, il fait le point sur ce qu’il a été et devine le sort que les hommes lui réservent. Apparemment, le voila à nouveau en prison dans les geôles de Néron qui, on le sait ne fut pas tendre avec les chrétiens. Il pressent qu’il fera partie de la prochaine charrette, mais nous n’en savons rien car tout cela n’est que supposition. Ce qui est sûr cependant  c’est sa sérénité et sa lucidité.

 Les chrétiens ont des parcours de foi différents les uns des autres et celui de Paul est exceptionnel, mais tous comme lui sont invités à faire le point sur les différentes étapes de leur vie. Ici, pour Paul c’est sans doute la dernière, c’est aussi le repos forcé,  il ne maîtrise plus rien, mais il est inutile d’être arrivé aux derniers moments de sa vie pour faire le bilan sur ce que l’on a vécu jusqu’à maintenant et pour préciser la nature de sa foi.  Il est bon de se demander si elle s’est affadie ou renforcée et de chercher à distinguer les contours  du visage de Dieu. Il est bon de savoir s’ils  sont devenus plus flous ou plus précis, si nous avons l’impression  de nous être éloigné de lui  ou si c’est lui qui s’est rapproché de nous dans les différents moments que notre vie a traversés.

Il n’est pas  obligatoire d’attendre de se trouver dans des moments de repos forcé pour faire  retour sur nous-mêmes et prendre le temps de la réflexion. Cela relève de notre responsabilité d’interrompre la marche que nous menons au travers de la vie pour mettre un temps d’arrêt et réfléchir au compagnonnage que nous avons mené avec Dieu. Quelle place lui avons-nous concédée et quel rôle a-t-il joué dans notre existence passée ? Mieux encore,  quand le vent de l’adversité a soufflé sur nous et que les sollicitations causées par l’épreuve ont été si intenses que l’on n’a pas pris le temps de songer à Dieu, il est bon de s’interroger sur le rôle qu’il a joué pour que notre foi ne s’effrite pas et que notre espérance ne se liquéfie pas. Il est utile alors  de repérer les traces de sa présence et de considérer quelles empreintes elles ont laissées en nous au moment où on ne pensait pas à lui, car Dieu travaillait en nous et on ne le savait sans doute pas. C’est alors qu’il nous faut prendre le temps de renouer les liens qui nous rapprochent de lui pour que notre vie se continue, éclairée par sa présence active.

 Nous reconnaissons alors, grâce à des détails que nous seuls sommes capables de repérer, que malgré l’oubli où nous l’avons tenu, Dieu  a été d’une fidélité remarquable.  Paul songeant aux événements difficiles qu’il a traversés constate ici qu’il a gardé la foi.  Nous aimerions tous comme lui, pouvoir être aussi affirmatifs, mais  il serait bon de faire le point sur ce que signifie pour nous cette expression. En effet, la foi ne nous appartient pas et nous ne sommes pas responsables de la garder ou de la perdre. Cela laisse sous entendre que pendant les différentes épreuves traversées, Dieu restait  assez vigilent pour que la foi  continue à nous porter, même si nous n’en avons pas été toujours conscients.

 Paul est tellement sûr de lui, alors qu’il fait le point sur sa vie écoulée  qu’il s’attribue à lui-même la responsabilité d’avoir conservé la foi, comme si Dieu n’y avait joué aucun rôle. En fait pour Paul le partenariat avec Dieu était tellement fort que la présence de Dieu en lui  ne lui a jamais fait défaut. Faisant un avec Dieu, corps et âme, il s’attribue à lui-même les conséquences de cette vie qu’il a menée en osmose avec Dieu. En fait, il dit d’une manière un peu rapide qu’il a su, tout au long des épreuves discerner en lui la présence de Dieu qui n’a jamais cessé d’être  présent. La  vigueur de l’esprit l’a amené à ne jamais douter.

C’est en effet, dans la réalité du  doute que se tient le  nœud  du problème. Ici nous ne sommes ni vous ni moi capables, de dire que nous n’avons jamais douté. Le doute se produit quand une nouvelle difficulté se rajoute à une autre et que nous nous trouvons dépassés par une situation que nous ne maîtrisons plus. C’est  le cumul des épreuves qui nous amène à nous demander si Dieu joue un rôle dans notre existence. Y a-t-il un remède ? La distance avec Dieu se creusant encore davantage nous n’avons plus alors de possibilité de recours que dans la prière que nous adressons à celui qui semble-t-il n’intervient plus en nous.  La prière est le seul lien qui existe encore avec ce Dieu qui est devenu sourd et muet pour nous.  Nous ne savons  pas pourquoi il en est ainsi, mais la prière est le seul moyen de garder avec Dieu un lien possible, si bien que lentement le voile opéré par le doute s’estompe. L’épreuve étant dépassée nous pourrons faire le bilan de notre foi en réalisant que la seule force qui nous a permis de ne pas couper avec Dieu a été la prière. Alors, rejoignant Paul nous pouvons dire  que nous avons gardés la foi, en sachant que sans le silence, Dieu n’a jamais cessé d’être présent, même si le doute le rendait inexistant.

Ce genre de victoire nous permet de considérer que la foi est tenace et que Dieu lui permet  de  triompher des moments où nous croyons l’avoir perdue. Ainsi en faisant le bilan de notre foi après que les épreuves subies aient été surmontées, nous pouvons renouveler notre confiance en Dieu, même si nous pressentons que de nouvelles épreuves  doivent survenir. Nous serons d’autant plus forts si régulièrement nous avons fait le point des étapes passées, pour construire une foi, toujours plus purifiée et plus efficace.

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Exode 17:8-13 Moïse et Amaleq – dimanche 16 octobre 2016

Posté par jeanbesset le 21 septembre 2016

8 A Rephidim, Amalec vint faire la guerre à Israël. 9 Alors Moïse dit à Josué : Choisis-nous des hommes, sors et combats Amalec ; demain je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. 10 Josué fit ce que Moïse lui avait dit pour combattre Amalec. Moïse, Aaron et Hour montèrent au sommet de la colline. 11 Lorsque Moïse élevait sa main, Israël était le plus fort ; lorsqu’il reposait sa main, Amalec était le plus fort. 12 Comme les mainsAmaleq 2 de Moïse se faisaient lourdes, ils prirent une pierre qu’ils placèrent sous lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour soutenaient ses mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre ; ainsi ses mains restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. 13 Josué vainquit Amalec et son peuple au fil de l’épée.

 Notre vie n’a jamais été un long fleuve tranquille. Nous rencontrons tous sur notre chemin des obstacles imprévus qui nous remettent régulièrement en cause et notre foi interpellée à du mal à résister. Pourquoi Dieu permet-il ces attaques imméritées. Notre vie de foi honnête ne semble nous servir d’aucune protection. Sans le dire nous adressons à Dieu cette prière secrète : «  Qu’ai-je fais Seigneur pour qu’une telle chose m’arrive ? » Seul le silence de Dieu répond à notre question ! Mais les silences de Dieu sont parfois éloquents pour qui sait écouter. Ainsi aujourd’hui allons-nous essayer de percer le mutisme de Dieu avec l’histoire de l’affrontement  que subit Israël face à Abimelec.

 Encore un texte qui nous parle de guerre  et où Dieu se fait complice de la violence allons-nous penser. Mais où est Dieu dans ce récit ? Son nom n’est même pas prononcé, l’action se passe sans lui.  La sagesse nous suggère donc de rejoindre Dieu là où il se trouve et non pas là où il n’est pas.

  Jésus a passé sa courte vie à baliser pour nous le chemin qui nous mène à la découverte du Dieu véritable qui est bien différent  de celui auquel la culture ambiante nous a habitué. Jésus le voyait sous les traits d’un Père aimant plus que sous les traits d’un potentat céleste tout puissant. Il s’est appliqué à bousculer les images transmises par la tradition. A la toute puissance de Dieu il a opposé l’amour, à la rigidité de la loi il a opposé la liberté. A la lecture magique des textes sacrés il a opposé une réflexion personnelle. Il nous a libérés du monde de la mort pour nous offrir la résurrection.

 Mais Jésus n’a pas inventé de toute pièce l’Evangile qui nous ouvre au salut, il l’a recueilli en partie dans ces mêmes Ecritures que nous a transmis la  tradition biblique. Dieu s’y révèle à son peuple depuis des millénaires par la voix des prophètes. Jésus a trouvé l’Evangile qu’il nous a enseigné, dissimulé dans les  textes sacrés comme des pépites d’or qu’il a fallu séparer des graviers. Il l’a rassemblé dans un enseignement qui nous étonne encore. C’est ainsi que sont nés les textes évangéliques du Nouveau Testament soigneusement mis par écrit par les premiers chrétiens pour devenir ce joyau de sagesse qui nous fait vivre. Ainsi la parole de Dieu  n’a eu vraiment d’effet qu’au moment où Jésus  lui a donné sa voix. Le petit texte contenant  le récit de la victoire de Josué sur Amalec  est une de  ces pépites enfouie dans la gangue des texteAmaleq 1s anciens. Comme des chercheurs d’or, il va nous falloir user de patience pour en découvrir la pertinence.

 Alors que le peuple Hébreu, en fuite hors d’Egypte tente de traverser le désert à la suite de Moïse, Amaleq vint combattre Israël et s’opposa à son passage. Les difficultés  n’avaient pas été épargnées aux fugitifs, faim, soif avaient été leur lot,  et maintenant voila que le tenant du lieu leur refusait le passage. Le conflit ressemble tellement à celui de l’actualité qu’il est inutile de le commenter. Inutile aussi d’en tirer une leçon immédiate pour aujourd’hui car la situation n’est pas la même. Amaleq qui entre en scène va faire figure d’ennemi traditionnel  du peuple d’Israël. Continuellement  il opposera ses armées aux combattants hébreux et ce n’est que David qui le vaincra définitivement. Il est donc plutôt l’incarnation du mal récurent qui s’oppose à Israël. 

 A travers ce récit nous verrons aussi l’histoire de notre propre vie, traversée d’événements  hostiles qui tombent sur nous au moment où on ne s’y attend pas et qui opposent à notre existence des défis réguliers qui nous provoquent  à tout bout de champ sans  que nous ayons pu voir venir la menace. Il y a toujours un Amaleq dans notre vie qui nous empêche d’en jouir pleinement, mais silencieusement Dieu reste attentif

 Face à la difficulté, Moïse monte sur la colline, le bâton de Dieu à la main, ce bâton avait servi à manifester la puissance de Dieu devant le pharaon et à faire jaillir l’eau du rocher. Il est accompagné par Aaron, son frère, le grand prêtre et Hur qui les assistent.  Il se présente ainsi à tous, sur  un lieu  élevé, les bras tendus vers le ciel dans la position traditionnelle de la prière.  Pour compenser la fatigue qui l’assaille on calle Moïse dans sa position par un rocher  et ses deux compagnons soutiennent ses bras pour qu’ils ne s’abaissent pas.  Nous avons dans ce tableau impressionnant assez d’éléments symboliques pour évoquer le temple qui sera construit  bien plus tard, sur un rocher, sur la montagne de Sion. Dans le lieu saint du temple on avait déposé les tables de la Loi. La prière y était célébrée jour et nuit par les descendants  d’Aaron. Cette simple constatation nous autorise à voir  dans  cette évocation  la place que doit prendre  Dieu dans notre  vie, alors que depuis le début du récit, le nom de Dieu n’a pas été mentionné  et ne le sera qu’incidemment à la fin.

 Nous comprenons bien vite que la victoire sur le mal ne s’accomplit pas par les armes traditionnelles  mais par la fidélité à l’Eternel qui est exigeante.  Quand la prière cesse et que Moïse baisse les bras, les armées reculent, quand Moïse  épuisé lève à nouveau les bras, les combattants  qui de la plaine le voient  reprennent de la vigueur.  Moïse n’arrive pas tout seul à accomplir sa tâche, l’aide de  ses compagnons lui est indispensable. Il a beau être un homme providentiel, il a beau être mis à part par Amaleq 3Dieu, il ne peut rien tout seul, même dans une attitude de prière où il ne prononce pas un seul mot.

 Jusqu’ici, le nom de Dieu n’a pas été pas mentionné, car Dieu occupe tout l’espace.  Il n’y a pas des moments dans notre existence où il est plus présent que d’autres. Il est présent en totalité et il n’agit pas seulement parce que notre prière serait plus efficace à certains moments qu’à d’autres, notre prière constante  maintient un lien permanent avec lui.  Notre prière n’a pas besoin de mots pour être perçue par Dieu, il s’agit seulement d’être conscient  du fait qu’à chaque instants de notre vie, Dieu est présent. Le récit semble nous dire ici que quand les difficultés surviennent, il faut laisser Dieu envahir notre vie et combattre avec lui contre l’adversité. Nous ne savons pas quelle issue aura chaque nouveau défi, mais nous savons que Dieu restera présent, même si les événements semblent l’enfermer dans le silence. Notre prière n’a pas besoin de mots formulés, sa réponse ne se fait pas sentir par des  événements perceptibles, mais il suffit que par la foi nous soyons assurés de sa présence pour que nous ne perdions pas pied.

 La prière ne nous dispense pas de l’action, pendant que Moïse se tient sur la montagne les bras levés,  Josué dans la plaine mène le combat. Si on reste passif à attendre  de voir le résultat de l’action de Dieu, nous risquons d’attendre longtemps. Dieu n’apporte pas des solutions toutes faites à nos problèmes. Il ne s’agit pas de s’assoir sur un rocher et de tendre les mains vers le ciel pour que le miracle se produise. Par contre Dieu participe volontiers à notre action et nous inspire pour que nous puissions trouver les bonnes solutions. Mais ce travail est parfois contraignant, il demande l’oubli de soi et  une constance dans la prière.  Ce n’est pas Dieu qui agit, c’est nous. Quant à Dieu, il contribue par  sa présence constante à maintenir en nous l’espérance qui est l’instrument nécessaire dont nous avons besoin, pour mener heureusement notre  vie.

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2 Rois 5: 14-17 Guérison de Naaman le lépreux dimanche 9 octobre 2016

Posté par jeanbesset le 20 septembre 2016

1 Naaman, le chef de l’armée du roi d’Aram, était un homme important aux yeux de son seigneur ; il jouissait d’une grande considération, car c’est par lui que le SEIGNEUR avait donné la victoire à Aram. Mais cet homme, ce vaillant guerrier, était « lépreux ». 2 Lors d’une expédition, des troupes araméennes avaient ramené captive, du pays d’Israël, une petite fille. Elle était au service de la femme de Naaman. 3 Elle dit à sa maîtresse : Oh ! si mon maître allait chez le prophète qui est à Samarie, celui-ci le débarrasserait de sa « lèpre » ! 4Naaman vint dire à son seigneur : La jeune fille d’Israël a parlé de telle et telle manière. 5 Alors le roi d’Aram dit : Vas-y ; j’enverrai une lettre au roi d’Israël. Il partit en prenant avec lui dix talents d’argent, six mille pièces d’or et dix vêtements de fête. 6 Il apporta au roi d’Israël la lettre, où il était dit : Avec cette lettre je t’envoie Naaman, mon serviteur, afin que tu le débarrasses de sa « lèpre ». 7 Après avoir lu la lettre, le roi d’Israël déchira ses vêtements et dit : Suis-je Dieu, pour faire mourir et pour faire vivre, qu’il s’adresse ainsi à moi afin que je débarrasse un homme de sa « lèpre » ? Constatez, je vous prie, qu’il me cherche querelle ! 8 Lorsque Elisée, l’homme de Dieu, apprit que le roi d’Israël avait déchiré ses vêtements, il fit dire au roi : Pourquoi as-tu déchiré tes vêtements ? Laisse-le venir chez moi, je te prie, et il saura qu’il y a un prophète en Israël. 9Naaman vint avec ses chevaux et son char et s’arrêta à l’entrée de la maison d’Elisée. 10 Elisée envoya un messager lui dire : Va te laver sept fois dans le Jourdain ; ta chair redeviendra saine, et tu seras pur. 11 Naaman s’irrita ; il s’en alla en disant : Je me disais : Il sortira et se tiendNaaman-2ra devant moi, il invoquera le nom du SEIGNEUR (YHWH), son Dieu, il agitera sa main sur l’endroit malade et débarrassera le « lépreux » de sa « lèpre ». 12 Les fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar, ne valent-ils pas mieux que toutes les eaux d’Israël ? Ne pouvais-je pas m’y laver pour devenir pur ? Il repartit en fureur. 13 Mais ses serviteurs vinrent lui dire : Si le prophète t’avait demandé quelque chose de difficile, ne l’aurais-tu pas fait ? A plus forte raison s’il te dit : « Lave-toi et sois pur ! »

 

 14 Il descendit alors et se plongea sept fois dans le Jourdain, selon la parole de l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint comme celle d’un petit garçon : il était pur.

15 Il revint vers l’homme de Dieu, avec toute sa suite. Lorsqu’il fut arrivé, il se présenta devant lui et dit : Je sais qu’il n’y a pas de Dieu sur toute la terre, si ce n’est en Israël. Maintenant, accepte, je te prie, un cadeau de ma part. 16 Elisée répondit : Par la vie du SEIGNEUR, au service duquel je me tiens, je n’accepterai pas. Naaman insista pour qu’il accepte, mais il refusa. 17 Alors Naaman dit : Dans ce cas, je te prie, qu’on me donne, à moi, ton serviteur, de la terre, la charge de deux mulets ; car je ne veux plus offrir ni holocauste, ni sacrifice, à d’autres dieux qu’au SEIGNEUR (YHWH) .

 

Quand la  Bible attire notre attention sur un miracle, il ne faut pas se laisser séduire par l’aspect merveilleux de la situation qu’elle présente, car le miracle ne vise pas à provoquer notre admiration au sujet d’un personnage particulier qui aurait été méritant des faveurs de Dieu, si c’est ce que nous  cherchons à y découvrir, nous ferions fausse route.  Le miracle vise avant tout à nous révéler un aspect de Dieu auquel nous n’aurions pas encore prêté attention.

  Quel serait ici le mérite de Naaman  qui justifierait qu’il bénéficie de la faveur de Dieu? Il serait un  général Syrien qui aurait vaincu les armées d’Israël grâce à la faveur de Dieu.  Au premier abord, tout se passe comme si Dieu  était passé à l’ennemi et protégeait l’adversaire. Mais la protection de Dieu n’aurait pas été aussi efficace qu’il y paraît puisque Naaman  fut frappé de la lèpre, maladie entachée de la malédiction divine. Il y a ici une contradiction dans les intentions divines que nous ne découvrirons peut-être pas. Certes, il fut miraculeusement guéri, c’est le sujet du récit, mais au prix de notre incohérence, c’est à se demander quel jeu Dieu joue ici ?

 L’origine du miracle est suspecte elle aussi, car le miracle se produira grâce à l’intervention audacieuse d’une jeune  israélite capturée par les troupes de Naaman,  réduite en esclavage par ses soins et mise au service de sa maisonnée. C’est elle qui le mit sur la voie de la guérison en parlant d’un prophète puissant en Israël capable de le guérir. C’est ainsi que tout commença.  A la fin du récit le général  ennemi fut guéri  et la jeune esclave  fut oubliée.  Il est difficile de raconter une histoire plus injuste et d’en rendre grâce à Dieu.

 Que le lecteur sache maintenant que l’histoire fut écrite à l’époque où Israël était retenu en exil à Babylone. Elle  relaterait un événement qui s’était produit 3 siècles plus tôt. On peut imaginer que la jeune fille puisse être identifiée au peuple captif toujours en espoir de libération si bien qu’il est vraisemblable d’imaginer que la jeune esclave espérait sa libération en récompense du succès du voyage que de son maître allait entreprendre pour obtenir sa guérison. C’est une extrapolation que l’on peut faire mais qui n’est nulle part suggérée. On  sait cependant  que les prophètes de l’exil ont entretenu l’espoir d’une libération qui ne se produisit que cinquante ans  après le début de la captivité du peuple.

 Même si le récit est allégorique, on comprend mal pourquoi Dieu consentit à ce miracle en faveur  d’un général  ennemi.  A moins que l’universalisme que l’on trouve alors dans les récits  des prophètes de l’exil soit en train de s’installer dans l’esprit des narrateurs. Ce récit porte-t-il en lui l’espérance selon laquelle tous les peuples seraient invités à rejoindre la foi d’Israël ? On nous montrerait alors ici par quel chemin Dieu ferait passer tous les hommes pour les gagner à sa cause.

 Si derrière le personnage de Naaman, nous voyons l’humanité en quête de Dieu, malade de sa propre ignorance et désireuse de trouver  la vraie voie de Dieu, mais enfermée dans  ses vanités humaines, si derrière la jeune fille esclave, nous voyons les croyants d’Israël privés de liberté lors de l’exil babylonien, confrontés aux injustices qui les accablent et pourtant remplis d’espérance en ce Dieu qui sauve, si nous voyons dans tout cela nos propres questionnements sur la foi, l’espérance et la présence de Dieu dans le monde, nous risquons de découvrir comment Dieu aide les hommes à se frayer un chemin au travers  vicissitudes du monde.

 En écoutant ce récit dont nous n’avons pas de raisons de douter de ses  origines historiques, nous gardons cependant à l’esprit l’idée que les écrivains bibliques ont cherché à répondre aux questions qui habitaient l’esprit de leurs contemporains au moment de l’exil. Dieu pouvait-il abandonner son peuple dans la tourmente ? L’espérance qui l’animait encore était-elle justifiée ? Dieu peut-il nous ab      donner ?

 Habités par ces questions, nous pouvons aller à la rencontre de Naaman. Imbu de sa prestance de général vainqueur, il croit qu’il peut se sortir de sa situation sans perdre sa prestance alors que la maladie qui l’a atteint risque de le défigurer  et d’anéantir  sa vie sociale. Le statu de notable  se croit supérieur  à tous ceux qui lui sont inférieurs est incompatible avec  la vie que Dieu propose à tout un chacun. Nous allons voir comment Dieu le conduit à  renoncer à tout ce qui flatte  son orgueil  pour le  prix de la vie  qu’il lui propose. Sa conversion à ce Dieu qui fait cas de sa personne, indépendamment de ses privilèges va pourtant  le rend heureux. C’est là que se tient le vrai miracle.

 Mais d’abord Naaman doit renoncer  à tout ce qui le valorise à ses propres yeux. Nous en avons l’énumération dans les préparatifs qu’il fait pour son voyage. Il met dans ses bagages tout ce qui caractérise son rang, dix uniformes et vêtements d’apparat, la lettre de recommandation du roi de Syrie dont seul un haut dignitaire  peut se prévaloir, une escorte digne de son rang. Toute cette opulence a pour effet de produire la terreur du roi d’Israël qui le reçoit  et qui croit déceler un piège dans tout cet artifice. Conduit chez le prophète Elysée, puisque tel est le but de son voyage, celui-ci ne le reçoit pas et lui fait dire d’aller  se baigner dans un ruisseau boueux, le Jourdain  qui coule à quelques dizaines de kilomètres de là. Ce n’est pas digne de lui et il se met en colère devant ce manque d’égards à son endroit. Il faut la sagesse de ses serviteurs pour qu’il ne reparte pas et obéisse à la recommandation du prophète. Mais  il n’est pas arrivé au bout de ses peines. Il doit s’humilier lui-même, se défaire  de ses beaux vêtements  et se  mettre à nu devant toute sa suite avant d’entrer dans les eaux. C’est alors que se produisit le miracle.

 Le miracle est-il dans sa guérison  ou dans l’acceptation  d’avoir reconnu qu’il était un simple humain contraint par des événements indépendants de sa volonté à se comporter comme un citoyen ordinaire. Le résultat de sa guérison le ramène à un état d’ enfant.  «  Sa chair devint claire comme la chair d’un jeune garçon » Cette remarque nous renvoie à la rencontre de Jésus avec  Nicodème quand il lui dit : «  si un homme ne naît de nouveau, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » Jean 3ss. Mais il n’est pas encore quitte. Sa fortune qu’il a emportée, que va-t-il en faire ?  Le prophète la dédaigne, « Va en paix lui dit-il »  en la refusant.

 Pour en arriver à l’acte de foi qu’il confesse alors, il a fallu l’intervention anonyme d’une modeste esclave victime de ses propres faits d’armes, il a fallu l’action convaincante de tous ses serviteurs qui l’ont accompagné et conseillé avec sagesse. Dieu a mobilisé  tous ces hommes et ces femmes pour arriver à sa conversion.

 Et maintenant il appartient à chacun de se demander où se situe  vraiment le miracle ? Il est sans doute dans tout ce déploiement de personnages que Dieu a mis en action pour le convaincre de partir et pour l’accompagner  tout au long de son voyage. Il est aussi, bien entendu dans la vie nouvelle dont il se trouve revêtu en sortant de l’eau, comme une anticipation du baptême.

 Si l’histoire est allégorique, nous  trouverons dans le retour  d’exil d’Israël la récompense que la jeune esclave espérait et son retour à la liberté.Naaman 1

 Mais direz-vous encore :   « Vous n’avez pas parlé de Jésus dans tout ce sermon ! » Il n’est pas besoin de parler de lui pour qu’il soit présent.  C’est bien à cause de Jésus et de son regard sur les  Ecritures que j’ai compris ce texte comme j’ai tenté de l’expliquer. Si non j’aurais considéré que Dieu avait été injuste et qu’il n’aurait pas sauvé Naaman par grâce mais pour d’autres intérêts.   Si l’histoire a une issue favorable pour Naaman et l’a amené à la découverte de la patience, de l’amour et  de la persévérance de Dieu, l’histoire nous dit aussi que Dieu déploie la même force et la même énergie pour chacune et chacun de nous, et  certainement aussi  pour la jeune esclave dont nous avons interprétée l’issue heureuse par allégorie. Cela   n’a sans doute pas échappée à la sagacité de l’écrivain biblique qui a fait confiance à notre culture biblique pour nous laisser le découvrir.

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Luc 17:5-10 Donne-nous plus de foi – dimanche 2 Octobre 2016

Posté par jeanbesset le 17 septembre 2016

Moïse 1

 

5 Les apôtres dirent au Seigneur : Donne-nous plus de foi. 6 Le Seigneur répondit : Si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce mûrier : « Déracine-toi et plante-toi dans la mer », et il vous obéirait.

7 Qui de vous, s’il a un esclave qui laboure ou fait paître les troupeaux, lui dira, quand il rentre des champs : « Viens tout de suite te mettre à table ! » 8 Ne lui dira-t-il pas au contraire : « Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après cela, toi aussi, tu pourras manger et boire. » 9 Saura-t-il gré à cet esclave d’avoir fait ce qui lui était ordonné ? 10 De même, vous aussi, quand vous aurez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : « Nous sommes des esclaves inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. »

Il nous a été dit que Dieu écrivit un jour avec son doigt, des préceptes à l’usage du genre humain sur des tables de pierre. Mais, Moïse qui se considérait comme arbitre entre Dieu et les hommes considéra que les hommes ne s’en été  pas montrés  dignes selon lui car en son absence ils s’étaient construit une statue en forme de veau d’or sensée représenter Dieu. Moïse brisa alors les tables que Dieu avait écrites de sa main. Que pensez-vous qu’il arriva ? Quelles furent les conséquences de ce crime de lèse-majesté divine ?

Au lieu de punir le geste inqualifiable de celui qui venait de détruire son œuvre, Dieu enjoignit Moïse de faire de sa propre main une réplique de ce que Dieu avait produit. L’Écriture a tellement légitimé le geste destructeur de Moïse qu’on a du mal à voir ce qu’il pouvait y avoir de choquant dans son attitude. Pourtant, le crime du peuple qui avait fait une image de Dieu en forme de veau était-il plus irresponsable que celui  de Moïse qui avait détruit le seul écrit existant de Dieu?

La deuxième édition du texte des lois, faite de la main d’un homme, Moïse fut déclarée sacrée, elle fut enfermée dans un coffre non moins sacré, lui aussi fait de main d’homme, et le tout fut enfermé dans le lieu très saint du sanctuaire qui fut plus tard le Temple, lui aussi sacré construit par Salomon et fait de main d’homme. Les pèlerinages dans ces lieux sacrés étaient censés renforcer l’intensité de la foi. Mais tout cela  a disparu au cours des siècles et il n’en reste rien aujourd’hui. Quant à la pierre, brisée par Moïse sur laquelle Dieu écrivit, il n’en a subsisté pas même un éclat. Tout ce qui avait été déclaré sacré, avait été  œuvre d’homme. La montagne sur laquelle cette histoire est censée avoir eu lieu a été déclarée sacrée à son tour, nul ne sait cependant où elle est vraiment, si bien  qu’il ne reste plus rien sur terre de sacré qui concerne Dieu.

Rien de ce qui est déclaré sacré ne le touche. C’était sans doute une des raisons pour laquelle La Bible a conservé ce récit au sujet du veau d’or et de la destruction des tables de la Loi, pour attester la vanité des tentatives humaines de s’approprier le sacré.  Ces quelques constatations préliminaires semblent n’avoir rien à voir avec la prière des disciples : « Donne-nous plus de foi ! » Nous allons voir qu’il y a sans doute un lien entre les deux car les hommes sont toujours à l’affût  des preuves de l’existence de Dieu et de sa présence dans le monde des humains.  Les lieux sacrés comme nous l’avons vu sont le fruit de leur imaginaire inventés par eux pour stimuler leur foi. 

 rembrandt-Moise-et-les-tables-de-la-loi

Quels seraient donc alors les signes de la présence de Dieu parmi-nous? Après  les lieux sacrés que nous venons d’écarter, il y aurait  ensuite les miracles qui seraient les signes de sa présence parmi eux et attesteraient de la faveur divine de ceux qui en bénéficient.

Mais quelle signification ont-ils vraiment ? A y regarder de plus près on constate que Dieu, qui en est l’auteur se met lui-même en porte à faux quand il en fait, par rapport au rôle qu’il est sensé jouer au milieu des hommes. En faisant des miracles, il se conteste lui-même. En effet, si Dieu est juste, ce que nous croyons, les miracles, eux sont injustes. Ils mettent à part leurs bénéficiaires et les séparent de ceux qui n’en profitent pas. Si un malade est guéri au détriment de ceux qui ne le sont pas, Dieu commet une injustice. Pour être juste, tous ceux qui sont atteints du même mal devraient être guéris. Si c’était le cas, si tous étaient guéris, ce mal n’existerait plus,  le mal étant définitivement éradiqué le problème ne se poserait plus et il en irait de même pour tout ce qui va mal, le problème du miracle et de la guérison n’existerait donc plus et ne servirait plus de preuve à la présence de Dieu.  

Jésus était très conscient de ce fait, c’est pourquoi, quand il opérait lui-même des miracles, il recommandait le silence. En les faisant, il cherchait à rendre compte de la réalité d’une puissance qui nous dépasse, il voulait montrer que le mal n’a pas d’emprise sur Dieu. En même temps il ne voulait pas que Dieu puisse être perçu comme injuste en privilégiant certains au détriment des autres. En opérant des miracles trop visibles il aurait laissé entendre que certains pouvaient avoir plus de foi que d’autres, si bien que la demande des apôtres aurait été légitimée : « Seigneur donne-nous plus de foi. » Nous voilà arrivés à la pointe du texte.

Quand on prête attention un instant à l’histoire des croyants, on réalise que c’est le contraire qui se passe. Ceux dont la foi a été donnée en exemple, ceux que la tradition a classés parmi les saints, n’ont pas bénéficié de miracles et sont morts martyrs. Par contre, ceux qui ont été au bénéfice d’un miracle,  ont  déclenché des jalousies (Exemple de l’aveugle en Jean 9: 1-41). Il nous faut sans doute réviser notre théologie du miracle et  veiller à ne pas confondre foi et religiosité..

Si donc Dieu se cache et si les miracles ne sont pas les bons repères pour marquer sa présence parmi les hommes, quels seraient alors les critères sur lesquels nous pourrions nous appuyer pour parler de foi ? Il n’y en a sans doute pas. Pour enfoncer le clou, Jésus va nous faire une démonstration par l’absurde sur l’impossibilité de quantifier la foi des croyants. Il émet l’hypothèse selon laquelle la foi pourrait-être mesurable. Pour cela il suggère de prendre la plus petite unité de mesure qui soit à notre disposition : le grain de moutarde. A partir de là il déduit que si la foi était quantifiable, le plus humble des croyants pourrait faire des miracles extraordinaires avec le peu de foi dont il disposerait. En conséquence, ceux de ses interlocuteurs qui pensent avoir une foi supérieure à celle des autres devraient être inscrits au livre des records en matière de miracle. Jésus ne cherche pourtant pas à nous dire que si nous n’arrivons pas à faire des miracles, c’est que nous n’avons pas la foi, mais il veut montrer qu’il est impossible de la mesurer..

 

Il n’est donc pas question d’augmenter les doses de foi des fidèles pour avoir une église triomphante et efficace. Il faut s’y prendre autrement. Nous avons compris que la foi ne se démontrait pas, or nous sommes ainsi faits que nous ne croyons qu’à ce qui se démontre, nous ne croyons qu’à la visibilité des faits. Nous voulons voir, nous voulons toucher, faute de preuves nous demeurons incrédules.

Or la foi chrétienne repose sur l’affirmation selon laquelle, l’infini de Dieu peut investir le monde fini des hommes. Nous croyons que la vie peut prendre le pas sur la mort. Nous affirmons que la résurrection est au cœur de notre foi. Cela ne se démontre pas, mais cela se ressent et se vit. Il y a donc des certitudes qui s’établissent en nous sans preuves apparentes.

Peut-on aller plus loin ? Il semblerait que la foi soit provoquée par une rencontre intérieure avec Dieu. Il nous arrive  d’éprouver des intuitions qui ne viennent pas de nous mais qui nous bouleversent. Elles nous viennent d’ailleurs. Nous découvrons qu’il y a un ailleurs au-delà de nous-mêmes qui ne nous appartient pas.

Il nous faut cependant  aller plus loin encore. Nous découvrons que ces vérités intérieures que nous qualifions de foi ont été ressenties par d’autres avant nous avec autant d’intensité et parfois plus. Elles nous motivent d’autant plus qu’elles ont laissé des traces qui ont été consignées par écrit par ceux qui les ont ressenties. Ces traces nous les retrouvons dans ce qu’il est convenu d’appeler les Ecritures. Autrement dit la Bible.

Jésus a vécu cela avec une telle intensité que la mort n’a eu aucune  prise sur sa vie et sur ses dire. Nous découvrons avec lui que si Dieu demeure caché dans tout ce qui est sensible, il se livre à nous dans ce que nous ressentons à l’intérieur de nous-mêmes, cela  ne nous appartient pas et cela vient d’ailleurs. Il nous entraîne ainsi dans les mystères de l’infini où nous nous trouvons bien. Nous rejoignons dans le secret de notre être ceux qui ont fait les mêmes expériences et en particulier Jésus Christ. La vie s’impose alors à nous comme un mystère que nous accueillons dans un joyeux dépassement.

 

Que faut-il dire de plus, si non qu’il est vain de demander à Dieu de nous augmenter la foi, puisque nous avons la plénitude de Dieu en nous. Ce contact avec Dieu, appuyé par  le témoignage de l’Esprit que Jésus fait reposer sur nous, devient le seul critère dont nous avons besoin pour vivre avec exaltation tous les dépassements nécessaires à notre épanouissement.

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Luc 16:19-31 le riche et le pauvre Lazare dimanche 25 septembre 2016

Posté par jeanbesset le 14 septembre 2016

Il y avait un homme riche qui s’habillait de pourpre et de linge fin et qui faisait chaque jour de brillants festins. 20 Un pauvre du nom de Lazare gisait couvert d’ulcères au porche de sa demeure. 21 Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses ulcères.

22« Or le pauvre mourut et fut emporté par les anges au côté d’Abraham ; le riche mourut aussi et fut enterré. 23 Au séjour des morts, comme il était à la torture, il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare à ses côtés. 24 Alors il s’écria : “Abraham, mon père, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre le supplice dans ces flammes.” 25 Abraham lui dit : “Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu ton bonheur durant ta vie, comme Lazare le malheur ; et maintenant il trouve ici la consolation, et toi la souffrance. 26 De plus, entre vous et nous, il a été disposé un grand abîme pour que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le puissent pas et que, de là non plus, on ne traverse pas vers nous.” 27« Le riche dit : “Je te prie alors, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, 28 car j’ai cinq frères. Qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture.”

29 Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent.” 30 L’autre reprit : “Non, Abraham, mon père, mais si quelqu’un vient à eux de chez les morts, ils se convertiront.” 31 Abraham lui dit : “S’ils n’écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si quelqu’un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus.” »

Voilà une parabole qui va dans le sens des idées que véhicule la tradition populaire sans y croire vraiment. Et c’est pour cela qu’elle nous gêne car nous avons du mal à y discerner le plan de Dieu. Dieu lui-même est absent dans ces lignes. Nous y rencontrons un riche qui mène joyeuse vie en profitant d’une manière totalement irresponsable de sa grande richesse. Nous n’aurons aucune peine à le fustiger, mais nous ne le ferons pas.

Au centre de ce récit, nous rencontrons le personnage du pauvre Lazare. Le contexte nous le rend sympathique, d’autant plus qu’il porte le nom d’un ami intime de Jésus. Nous faisons vite l’amalgame et nous lui attribuons les faveurs du Seigneur. La scène qui le montre couché à la porte d’une riche demeure, affamé au milieu des chiens rend le riche à nos yeux, coupable d’indifférence, mais nous ne nous appesantirons pas dans cette voie là non plus.Lazare 4

Évidemment, les lieux où se déroulent la suite de l’histoire ne nous laissent pas indifférents et provoquent notre réaction étonnée. L’enfer ici décrit correspond à l’image que l’on s’en fait généralement dans les récits populaires. Il est décrit comme un lieu de tourment dans une chaleur insupportable. On croyait que Jésus avait dépassé cette conception. Apparemment il n’en est rien. Quant au paradis, il est tout à fait conforme à ce que ce même discours populaire laisse entendre, mais on aurait quand même pensé que le Royaume des cieux, annoncé par Jésus correspondrait à une autre réalité et serait différent de ce lieu où il ne se passe rien. La description de Lazare lové dans le sein d’Abraham semble devoir le condamner à l’inaction perpétuelle. C’est là une situation un tant soit peu limitée pour y passer l’éternité.

Il serait facile maintenant de s’en prendre au riche de ce récit et d’étendre notre critique à tous les riches de la terre. Nous avons dit que nous ne le ferons pas car ce serait se laisser aller à la facilité. En effet, bien que le récit soit assez bref, on découvre que malgré son égoïsme et sa vie de plaisir insouciant, cet homme a un bon fond. Il n’est pas dépourvu de sentiments. Arrivé au plus bas de sa déchéance et dans une souffrance extrême, il s’intéresse au sort de ses proches à qui il voudrait bien éviter de faire les mêmes erreurs que lui. Il n’est donc pas dépourvu de valeur morale, mais jusqu’ici, il n’a pas eu l’occasion de l’exercer, semble-t-il.

Le pauvre Lazare, quant à lui ne suscite pas le courant de sympathie que j’évoquais plus haut. Il est apathique à la porte du riche, incapable de repousser les chiens et de revendiquer très fort son droit à ne pas mourir de faim. Il est d’une passivité déprimante. C’est dans cette même situation d’apathie résignée qu’on le retrouve dans le paradis où il se prélasse dans le sein d’Abraham. Il n’exprime aucun sentiment pour ce riche en souffrance qui crie vers lui. C’est Abraham qui intervient alors que lui, Lazare, ne bouge même pas le doigt qu’on lui demande de tremper dans l’eau fraîche. Le riche tend à nous devenir plus sympathique alors que notre tendresse pour Lazare s’effrite.

Nous pourrions nous en tenir là en maudissant la fatalité et en constatant que les choses sont mal faites. Nous avons vu comment en quelques simples images, Jésus réussit à retourner la situation. Le riche devient plus sympathique et le pauvre cesse de l’être. Mais ça ne change rien cependant. Tout semble être dit, car la mort rend les choses irréversibles. Il n’aurait pas fallu grand-chose cependant pour faire évoluer la situation, mais c’est trop tard. Pas de grâce possible ! Un avenir figé par la loi immuable de la compensation des mérites.

Ce phénomène semble être le tronc commun de la plupart des religions, qui veut que les riches perdent tous leurs avantages dans l’autre monde alors que les pauvres y bénéficieraient du salut éternel. Même la justice humaine n’y trouve pas son compte, comme nous venons de le suggérer,

elle reste réservée aux vertus personnelles du pauvre Lazare qui semble n’en avoir aucune. Seul Dieu pourrait changer les choses ! Mais Dieu est absent !

Il n’y a pas trace de Dieu dans ce récit, ni en enfer, ce qui est normal, ni au paradis ce qui est surprenant, ni même dans la vie ordinaire des deux hommes. Dieu est totalement absent de ce récit. Aucun des acteurs ne tient son rôle. Dans les autres paraboles, c’est le Père, ou le roi ou le maître qui font référence à Dieu. Ici, c’est le vide absolu ! C’est le monde désespérant de l’athéisme. C’est parce que Dieu est apparemment absent de ce récit que l’enfer y paraît si cruel et le paradis si fade. Mais nous ne pouvons  en rester là. Il est impensable que Dieu n’ait pas sa place dans ce texte. Il doit certainement se cacher quelque part, mais où?Lazare 2

Telle pourrait bien être la question que Jésus aurait pu poser à ses auditeurs comme  il avait l’habitude de le faire dans ses propos de table. Peut-être l’a-t-il fait d’ailleurs, puisqu’il avait coutume de raconter ses paraboles au cours des repas que lui offraient les riches. Le fait qu’il soit invité par des riches apporte d’ailleurs un certain éclairage à ce texte.

Voilà donc maintenant une devinette à laquelle nous devons essayer de donner une réponse, sans quoi cette histoire serait désespérante. Cette histoire se déroule dans un monde où Dieu est absent, absent de la maison du riche où l’insouciance l’a rendu inutile, tant il est vrai que quand tout va bien, on ne se soucie pas de Dieu. Dieu est également absent des soucis du pauvre qui dans sa détresse n’éprouve même plus la force de crier l’injustice de sa situation devant Dieu puisque les hommes ne la voient pas.

Nous sommes ici dans un monde désespérément divisé où chacun ignore l’autre. Le pauvre est en dehors du jardin du riche et ne fait donc pas partie de son univers. Le pauvre est trop cassé par la maladie et la pauvreté pour espérer un secours quelconque. On se console de cette situation désespérante en imaginant que la mort va inverser les rôles.

Nous sommes arrivés au point fort de ce texte, car c’est là que nous allons découvrir le lieu où Dieu se cache et recevoir enfin la note d’espérance nécessaire.  Ce n’est pas dans la réprobation du riche  dans le monde des morts que se trouve la réponse. Nous ne pourrions  nous en satisfaire.  Alors qu’il est dans la tourmente de l’enfer, le riche lève la tête et voit Lazare. C’est la première fois que Lazare prend  de la consistance et devient une réalité. L’espérance naît alors pour le riche, il espère qu’il va être sauvé. Il croit que maintenant qu’il a vu Lazare tout va changer. Déception ! Cela semble impossible.

Attention cependant, ce n’est qu’une histoire. C’est comme si Jésus avait fait le pari de rendre Dieu absent de son récit et avait laissé au lecteur le soin de l’y introduire. Et voici que le verbe  « voir » fait tout à coup son apparition dans ce texte. Tout peut alors devenir différent, car Dieu devient visible. Dieu se fait présent quand les hommes acceptent de se voir. Contrairement au récit tel qu’il est raconté, l’usage du verbe voir  permet  à l’espérance de pointer son nez. Et avec l’espérance, c’est Dieu qui fait son entrée et rend l’avenir possible. Jésus n’a pas hésité à rendre son récit désespérant pour que chacun prenne en compte la réalité des gens qui l’entourent. Jésus laisse alors entendre que c’est dans le regard de l’autre que l’on découvre celui de Dieu.  Mais dans ce récit, c’est trop tard. Car bien que le riche perçoive la présence de Lazare dans le sein d’Abraham, Dieu continuera à rester invisible, car il n’y a aucune présence possible de Dieu dans le monde de la mort.

Jésus essaye de nous faire comprendre que, l’autre, le prochain quel qu’il soit, c’est celui qui a besoin qu’on le voit pour qu’il puisse vivre.  Mais cela doit se faire dans le monde des vivants et non dans celui des morts. Celui qui voit, ne peut continuer à vivre sans avoir mis en œuvre tout ce qui est nécessaire pour que la situation se retourne vraiment  et que la situation de  mort devienne une situation de vie.

Il est Lazare 3bien évident que dans sa vie inutile, le riche ne cherchait pas Dieu et ne le priait pas. S’il l’avait fait, il aurait vu le pauvre à sa porte et il serait intervenu de manière appropriée. Si aujourd’hui, nous avons l’impression de vivre dans un monde sans Dieu, c’est que les hommes ne savent pas voir, car ils ne prient pas Dieu pour qu’il les aide à voir. Ils construisent des murs deséparation entre eux et ces murs leur cache le visage de Dieu. C’est le regard que nous portons sur les autres qui nous révèle la présence de Dieu. C’est quand l’homme découvre le visage de son frère que la réalité de Dieu lui est révélée. Le jour où nous saurons regarder, le monde changera et la présence de Dieu deviendra évidente pour tous.

Illustrations:  Le mauvais riche et le pauvre Lazare ou la vie de l’âme après la mort dans l’annuaire orthodoxe de 2010

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Luc 16:1-13 l’intendant habile dimanche 18 septembre 2016

Posté par jeanbesset le 12 septembre 2016

Reprise du texte proposé le  16 septembre 2010.

1 Il disait aussi aux disciples : Un homme riche avait un intendant ; celui-ci fut accusé de dilapider ses biens. 2 Il l’appela et lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton intendance, car tu ne pourras plus être mon intendant. 3 L’intendant se dit : Que vais-je faire, puisque mon maître me retire l’intendance ? Bêcher ? Je n’en aurais pas la force. Mendier ? J’aurais honte. 4 Je sais ce que je vais faire, pour qu’il y ait des gens qui m’accueillent chez eux quand je serai relevé de mon intendance.argent J.G. Mantel

5 Alors il fit appeler chacun des débiteurs de son maître ; il dit au premier : Combien dois-tu à mon maître ? 6— Cent baths d’huile, répondit-il. Et il lui dit : Prends ton billet, assieds-toi vite, écris : cinquante. 7 Il dit ensuite à un autre : Et toi, combien dois-tu ? — Cent kors de blé, répondit-il. Et il lui dit : Prends ton billet et écris : Quatre-vingts. 8 Le maître félicita l’intendant injuste, parce qu’il avait agi en homme avisé. Car les gens de ce monde sont plus avisés dans leurs rapports à leurs semblables que les fils de la lumière.

L’argent injuste et le bien véritable

9 Eh bien, moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec le Mamon de l’injustice, pour que, quand il fera défaut, ils vous accueillent dans les demeures éternelles. 10 Celui qui est digne de confiance dans une petite affaire est aussi digne de confiance dans une grande, et celui qui est injuste dans une petite affaire est aussi injuste dans une grande. 11 Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance avec le Mamon injuste, qui vous confiera le bien véritable ? 12 Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour ce qui appartenait à quelqu’un d’autre, qui vous donnera votre propre bien ? 13 Aucun domestique ne peut être esclave de deux maîtres. En effet, ou bien il détestera l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez être esclaves de Dieu et de Mamon.

 

C’est l’argent qui pourrit le monde disent les uns, ou c’est l’argent qui est le nerf de la guerre disent les autres. Ce n’est pas nouveau, cela date depuis toujours, mais une fois que l’on a dit cela, à part quelques exceptions, nous ne pouvons pas nous empêcher d’avoir besoin d’argent et de nous en servir. Nous jugeons la réussite des uns et des autres à l’argent qu’ils gagnent. Ce n’est sans doute pas le seul critère retenu, mais c’est quand même un critère de référence.

L’argent joue un rôle dans nos comportements de société parce qu’il a sa place de partout. Les peuples et les gens ont des comportements différents suivant la manière dont ils en parlent. Les Européens quant à eux sont discrets, voire même secrets sur leurs avoirs financiers, quant aux Américains, ils les étalent. Dans nos églises protestantes de France on utilise des aumônières plutôt discrètes pour récolter les offrandes si bien que personne ne sait ce que son voisin a donné. Cette manière de faire amuse les visiteurs qui ne sont pas habitués à nos méthodes. Ils ont l’habitude pour leur part des paniers ou des plateaux qui rendent visibles les offrandes pour susciter la générosité. Mais passons, quelle que soit la manière de récolter les offrandes, nous solennisons notre action au point d’en faire un acte liturgique, c’est dire la place que prend l’argent même dans nos communautés.

Pourtant, depuis l’origine de l’Église la tradition veut que l’on considère l’absence d’argent comme une vertu. Paul, pour sa part se faisait un honneur de ne devoir rien à personne. Il était fier de travailler de ses mains pour gagner sa nourriture. Dans les communautés monastiques on fait vœu de pauvreté croyant pieusement imiter Jésus qui apparemment vivait d’aumônes. C’est à cause de cela que l’on a pris l’habitude de considérer qu’il était pauvre et que la pauvreté était une vertu. Cependant, Jésus mangeait chez les riches et se faisait entretenir par les dames de la haute société, dont Suzanne entre autres, femme de l’intendant d’Hérode.

Quoi qu’on en dise, on a apparemment pris l’habitude d’être discrets sur les questions d’argent. Pourtant le texte de ce jour nous laisse entendre un autre son de cloche. Jésus une fois de plus nous surprend. Il semble approuver le comportement sordide d’un homme malhonnête qui entraîne ses semblables à détourner des fonds qui ne leur appartiennent pas.

Quelques remarques de bons sens s’imposent :

- pour inventer une telle histoire, il faut que Jésus ait eu une piètre idée du niveau moral de ses semblables.

- aucun des deux débiteurs de la parabole n’a un sursaut d’honnêteté en entendant les propositions de l’intendant. Ils entrent tous les deux dans la magouille et la tromperie, sans discuter.

- On ne nous signale aucune réaction d’indignation ou de surprise parmi les auditeurs de Jésus, pas même dans les rangs des apôtres, Il semble que nous assistions à un consensus général qui n’est pas à l’honneur de la société de ce temps.

Quoi qu’il en soit Jésus éprouve des réserves quant au comportement des meilleurs parmi ses compatriotes qu’il appelle des «fils de lumière ». Il faut sans doute voir là une remarque que fait Jésus à l’égard des Esséniens, les gens de Qumran. Ils vivaient en confréries à l’ écart des autres. Ils faisaient vœu de chasteté et de pauvreté pour aider Dieu, pensaient-ils à hâter la fin des temps. Même à ces gens là, Jésus semble reprocher d’avoir une mauvaise attitude à l’égard de l’argent alors que notre intendant indélicat trouve grâce à ses yeux.

En effet, ce monsieur dispose des biens de son patron pour se faire des copains. L’argent est devenu dans ses mains un moyen pratique dont la seule utilité est de s’assurer l’amitié de gens qui ne seraient pas enclins à le devenir. Au cas où son patron le traînerait devant les tribunaux, il s’assure ainsi la complicité nécessaire requise par la loi, de deux témoins qui ont intérêt à l’innocenter. Sa démarche à leur égard est donc loin d’être innocente.

Jésus ne donne à l’argent aucune autre valeur que celle d’être un moyen d’échange entre les humains, mais qu’on ne s’y méprenne pas il le qualifie en même temps d’ «injuste. » Pour l’instant, Jésus constate que l’intendant s’en est servi comme d’un moyen mis à sa disposition pour se sortir d’une mauvaise affaire. Il avait pourtant d’autres choix à sa disposition mais il les récuse : il ne voulait pas manier la bêche parce que ça fatigue, il ne voulait pas avoir recours à la mendicité, parce que c’est dégradant. Alors, il utilise ce qu’il a à sa disposition pour se sortir de ce mauvais pas : l’argent des autres.

Que cet argent ne lui appartienne pas n’a aucune importance pour lui, ce n’est qu’un instrument qui pour le moment est à sa disposition pour établir de bonnes relations et se maintenir en vie. On ne voit quand même pas très bien où Jésus veut en venir. Il nous apprend que l’argent est un outil, mais on ne comprend pas comment cet outil, malhonnêtement utilisé par un homme indélicat peut nous servir et nous aider à comprendre les choses. Le procédé manque pour le moins de rigueur morale, mais Jésus n’en a cure et il continue à parler de l’argent, mais cette fois-ci il s’exprime en lui mettant un A majuscule.

Il lui donne un nom, que les traductions n’ont pas toujours respecté. Il l’appelle Mammon, «ce sur quoi on peut compter » C’est là où est le nœud du problème. Nous, à la différence de l’intendant mal honnête, nous lui accordons une valeur intrinsèque, nous considérons que celui qui en possède a du pouvoir, et se trouve élevé au rang de maître. C’est sa possession croyons-nous qui donne le pouvoir aux uns et son absence qui rend les autres dépendants et qui en fait des esclaves.

Nos sociétés l’ont divinisé en lui accordant un pouvoir qui supplante même celui que l’on accorde à Dieu. Contrairement à Dieu il ne sert pas à unir les gens, mais à les diviser, il crée des ruptures entre les hommes alors qu’il devrait les unir. Le monsieur malhonnête de notre histoire l’utilise, lui, pour créer un lien qui unit des gens entre eux. Il sait bien qu’il est perdu et il ne peut s’en sortir sans se faire des amis, c’est pourquoi il détourne de l’argent pour en faire profiter les autres. Il aurait pu l’utiliser autrement, mais non, il trouve plus profitable de l’utiliser pour établir des relations d’amitiés, amitiés douteuses, il va s’en dire, mais amitiés quand même avec des hommes. Il n’est plus alors dépendant de l’argent mais de l’amitié des autres. Il redonne ainsi, sans le savoir sa vraie valeur à l’argent. Il devient un instrument qui fait vivre en réunissant les hommes entre eux.

L’argent est ici un instrument de vie pour lui et pour ses complices. Quant à nous, les gens honnêtes, nous en avons fait une idole que Jésus qualifie d’ « injuste », c’est à dire de suspecte. Il est dangereux de le manipuler sans précaution et de l’utiliser sans tenir compte de sa vraie fonction. C’est pourquoi il faut le manipuler avec sagesse. Sa vraie fonction, selon Jésus est la même que celle de tous les instruments, il doit servir à établir des liens d’amitié entre les humains. Si nous ne l’utilisons pas dans ce sens, c’est lui qui prendra le pouvoir sur nous. Il deviendra une contre divinité qui nous opposera aux autres au lieu de nous rapprocher d’eux, c’est en cela qu’il est mauvais. C’est pourquoi, Jésus en le traitant de Mammon, dit qu’il est injuste.

Malgré l’usage malhonnête qu’en fait l’intendant de la parabole il procède quand même d’une démarche plus saine, quoi qu’on en dise, que celle qu’utilisent les gens « honnêtes », même si la morale n’y trouve pas son compte. S’il ne nous appartient pas de donner des leçons de morale aux autres, il nous appartient, dans la mesure du possible de nous approprier la joyeuse démarche de Jésus par rapport à l’argent. Il a su vivre dans l’abondance, quand son entourage le lui permettait et il n’en a rien gardé. L’abondance, nous l’avons ! Comment allons nous la gérer pour que nous n’en soyons pas dépendants et que les autres en profitent ? C’est cette question que pose ce texte.  L’argent ne devrait pas avoir d’autres fonctions que d’établir des liens d’amitié entre les hommes. Qui dit mieux?  

 

L’image est de J.G. Mantel,

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Luc 15:1-32 Les deux frères, dimanche 11 septembre 2016

Posté par jeanbesset le 2 septembre 2016

 

Il dit encore : Un homme avait deux fils. 12 Le plus jeune dit à son père : 

    « Père, donne-moi la part de fortune qui doit me revenir. » Le père partagea son bien entre eux. 13 Peu de jours après, le plus jeune fils convertit en argent tout ce qu’il avait et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortunLes deux frères 1e en vivant dans la débauche. 14 Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à manquer de tout. 15 Il se mit au service d’un des citoyens de ce pays, qui l’envoya dans ses champs pour y faire paître les cochons. 16 Il aurait bien désiré se rassasier des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. 17 Rentré en lui-même, il se dit : « Combien d’employés, chez mon père, ont du pain de reste, alors que moi, ici, je meurs de faim ? 18 Je vais partir, j’irai chez mon père et je lui dirai : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi ; 19 je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes employés.” » 20 Il partit pour rentrer chez son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa.21 Le fils lui dit : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. » 22 Mais le père dit à ses esclaves : « Apportez vite la plus belle robe et mettez-la-lui ; mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. 23 Amenez le veau engraissé et abattez-le. Mangeons, faisons la fête, 24 car mon fils que voici était mort, et il a repris vie ; il était perdu, et il a été retrouvé ! » Et ils commencèrent à faire la fête.

25  Or le fils aîné était aux champs. Lorsqu’il revint et s’approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses. 26 Il appela un des serviteurs pour lui demander ce qui se passait. 27 Ce dernier lui dit : « Ton frère est de retour, et parce qu’il lui a été rendu en bonne santé, ton père a abattu le veau engraissé. » 28 Mais il se mit en colère ; il ne voulait pas entrer. Son père sortit le supplier. 29 Alors il répondit à son père : « Il y a tant d’années que je travaille pour toi comme un esclave, jamais je n’ai désobéi à tes commandements, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis ! 30 Mais quand ton fils que voici est arrivé, lui qui a dévoré ton bien avec des prostituées, pour lui tu as abattu le veau engraissé ! » 31 Le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ; 32 mais il fallait bien faire la fête et se réjouir, car ton frère que voici était mort, et il a repris vie ; il était perdu, et il a été retrouvé ! »

Il n’est pas étonnant que deux frères élevés sous le même toit se chamaillent et rivalisent entre eux. Rien d’étonnant non plus si le plus grand qui est généralement le plus fort essaye d’épater le plus jeune par ses prouesses qui lui donnent l’impression de lui être supérieur. Rien d’étonnant si le plus jeune ne s’en tient pas là et s’il veut en remontrer à l’autre. Rien d’étonnant donc si en fin de compte ils finissent par en découdre en se livrant à une bagarre en règle. La marque des bleus ou l’empreinte des bosses témoignent de la réalité des coups mais quand ils rentrent au logis, ils gardent l’impression de s’être bien amusés. Ils s’entendent comme des frères et ils s’entendent comme chien et chat. C’est de l’ordre de la logique. Leurs pugilats quotidiens qui mettent leur mère en émois forgent leur caractère et font naître une profonde tendresse entre eux et rien ne saurait les séparer parce qu’ils sont frères. C’est ainsi que l’on conçoit une relation normale entre deux frères..

Il y a beaucoup de récits dans la Bible où des frères sont concernés. Mais l’image que l’Écriture a retenue de leurs rapports entre frères est bien différente de celle que nous avons évoquée. Bien entendu, ils se bagarrent, et c’est conforme au comportement de garçons que l’on élève ensemble. Mais cette vie en commun et les coups échangés ne créent pas ce ciment durable qui devrait sceller leur amour fraternel. C’est même tout à fait le contraire. 

C’est sur le récit d’une querelle tragique entre deux frères que s’ouvre la Bible dans ses premiers chapitres et c’est l’ainé qui tue le plus jeune. Au hasard des récits, nous avons aussi  l’histoire du très long conflit entre deux autres frères. Isaac, le fils de la promesse et Ismaël le fils de la servante. Tous deux fils d’Abraham scelleront par leur animosité une rivalité que les deux peuples à qui ils donneront naissance entretiendront jusqu’à nos jours.

Nous  trouverons également des frères jumeaux, Jacob et Esaü, qui rivaliseront entre eux dès le sein maternel. Très différents l’un de l’autre ils s’opposeront en une rivalité féroce. La faveur de Dieu pour l’un au détriment de l’autre nous étoles deux frères 5nne encore aujourd’hui. 

Toujours dans l’ancestrage des patriarches, nous croiserons les pas de Joseph, un jeune vantard qui profitera de sa beauté et de la faveur paternelle pour narguer ses frères. Mal lui en prit, ses frères se coalisèrent pour le tuer, mais ils préférèrent le vendre comme esclave. La série des frères ennemis n’est pas terminée. Les fils de David se battront à mort pour s’assurer de sa succession, et ce sera le moins légitime, Salomon, qui montera sur le trône avec la faveur de Dieu au prix de la vie de son frère aîné. La question qui se pose alors à nous est de savoir pourquoi Dieu prend parti dans leurs conflits en faveur de celui qui n’est pas toujours le plus sympathique ?

Dans chacun de ces affrontements, Dieu se compromet laissant le lecteur que nous sommes dans une perplexité extrême. Il prend parti pour l’un contre l’autre et se montre parfois terriblement injuste dans ses choix. Le fidèle chrétien, qui a appris par la bouche de Jésus que Dieu était juste et bon n’y trouve pas son compte. Certes les choses sont à la fois plus simples et plus compliquées qu’il n’y paraît, et la première victime dans tout cela c’est Dieu lui-même. Il a confié aux hommes la responsabilité de transmettre sa parole, et la parole ainsi transmise se trouve parfois altérée par le péché de celui qui la transmet.

Les  textes de la Bible nous parviennent d’abord comme une parole d’homme avant de devenir par l’action du saint Esprit parole de Dieu. Pour que nous puissions la recevoir comme parole de Dieu, il faut, que l’Esprit saint mette en nous la faculté de faire le tri entre ce qui vient des hommes et ce qui vient de Dieu. Les écrivains bibliques qui nous ont rapportés ces récits étaient eux mêmes impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans les événements dont ils établissaient le texte. C’est donc le point de vue du camp de celui qui rapporte le récit que nous avons, et à travers son récit nous devons saisir ce qui nous vient de Dieu, mais tout ne vient pas de lui.

C’ est la même raison qui pousse les hommes d’aujourd’hui à remercier Dieu des victoires que nos armées ont pu remporter. D’un côté on chante des Te Deum, de l’autre on se contente de pleurer les morts ! Où est vraiment l’action de Dieu dans tout cela ? Il appartient donc au lecteur fidèle de la Bible de trouver l’éclairage nécessaire qui lui permettra de lire l’Écriture sans risquer de se fourvoyer dans des spéculations hasardeuses. Il devra donc user de la lumière qu’apporte Jésus Christ pour remonter le cours de l’histoire et retrouver au travers des conflits qui lui sont racontés le vrai visage de Dieu que seul l’amour du Christ peut nous révéler. Il sera alors surpris de découvrir derrière les injustices, les violences et les impartialités prêtées à Dieu une immense tendresse, que la rudesse des textes n’a jamais réussi à voiler complètement. En procédant ainsi, nous découvrirons que c’est Jésus en tant que fils qui révèle le vrai visage de Père que Dieu nous offre au travers de toute l’Écriture..les deux frères 4

C’est avec tous ces questionnements que nous pouvons maintenant aborder ce texte très connu du fils prodigue. Nous nous interrogerons sur l’attitude de Dieu dans ce conflit entre deux frères où il semble favoriser le plus coupable au détriment du plus sage. A priori, les deux frères ne sont pas en conflit, ils s’ignorent plus qu’ils ne rivalisent vraiment. Le plus jeune est trop mal dans sa peau pour rester vivre à la maison, il a besoin d’aventure, de liberté et surtout il rejette toute forme de contrainte ! « A moi la vie » se dit-il en claquant la porte de la maison et en empochant les sous de Papa. L’aîné quant à lui manque d’audace, il souffre de mener une vie terne et privilégiée qu’il doit lui aussi, aux sous de ce même Papa. Il cherche le bonheur sans le trouver et subit son existence comme une servitude. Inutile de se poser la question pour savoir s’il y a une once d’amour entre ces deux hommes. Ils s’ignorent si bien qu’à la fin du récit le frère aîné verrait bien son frère cadet disparaître de son existence.

Aujourd’hui, les parents de tels enfants, après s’être culpabilisés d’avoir produit de tels énergumènes, se renverraient l’un sur l’autre la responsabilité de leur carence éducative. La seule chose sur laquelle ils tomberaient d’accord c’est d’avoir recours à un psychologue efficace. Mais dans tout cela je me livre à des élucubrations qui n’ont pas cours dans le fil de l’histoire. Si nous raisonnions ainsi, nous aurions tout faux. En fait, on ne nous dit rien sur les parents, nous sommes seulement invités à entrer dans cette histoire au moment de la crise.

.Ayant claqué la porte, le plus jeune se met à faire la vie. Il va en boîte, zone dans les coins les moins recommandés de la ville et il descend en quatrième vitesse tous les échelons de la vie sociale. Avant de devenir complètement sdf, il se souvient qu’il a une famille, qui ne le rejettera pas complètement s’il revient. Il a vu juste.

L’aîné, enfermé dans ce qu’il croit être son bon droit voit arriver ce parasite d’un mauvais œil. Comment l’autre ose-t-il venir s’établir sur ses terres ! Il rumine contre ce qu’il ressent comme une injustice de la part de son père et préfère rester bouder dans son coin. C’est alors qu’apparaît Dieu qui se cachait derrière le couple parental. Je dis bien le couple parental, car si la mère est absente de la scène, ne serait-ce pas parce que Dieu qui s’est drapé dans les vêtements du père, se manifeste plutôt dans une attitude qui appartient à la tendresse de la mère ?

Les  parents n’ont pas été évoqués jusqu’à présent et Dieu non plus n’est pas intervenu. Ce n’est pas lui qui a forgé le caractère des enfants. Le bon Dieu n’a joué aucun rôle dans l’évolution qui est la leur, pas plus que leurs parents. Que les parents qui se culpabilisent au sujet des échecs de leurs enfants se rassurent donc ! Ce n’est ni Dieu ni leurs carences éducatives, à moins qu’elles soient évidentes, qu’il faut incriminer. Les gosses ont évolué sans que l’on sache vraiment comment, si bien qu’élevés dans les mêmes conditions, ils sont devenus radicalement différents l’un de l’autre.

C’est au moment de la crise que le rôle de Dieu devient apparent et c’est le côté maternel de son personnageles deux frères 3 qui prend le dessus. Il va vers chacun d’eux individuellement. Il sort en courant de la propriété pour aller au-devant du plus jeune. Il quitte la fête qui bat son plein pour sortir à la rencontre du plus âgé qui boude en pleurant sans vouloir franchir la porte. Dieu mère-père va à la rencontre de chacun d’eux. A aucun des deux il ne fait de sermon. Il ouvre son cœur pour leur offrir à l’un comme à l’autre une vie meilleure. « Tu n’as pas d’autres solution, semble-t-il dire à l’aîné que d’aller vers la nouvelle vie de ton frère, car ce n’est qu’à ce prix-là que toi tu peux vivre heureux. Il n’y a pas d’autre solution, même si tout cela te paraît injuste, même si tu crois que ton Père est partial, même si tu penses qu’en aimant comme il le fait ton Dieu t’apparaît comme injuste. »

C’est la vie qui doit prendre le dessus. L’histoire s’arrête là, pas de conclusion, pas de morale. Le cadet a-t-il compris que seul l’amour de Dieu lui permet de tout recommencer ? L’aîné a-t-il compris que la porte qui le mène vers le bonheur espéré lui est ouverte? C’est ainsi que Dieu privilégie la vie, même si c’est perçu comme une injustice. Il promet la vie à Caïn meurtrier de son frère, il permettra à Jacob et à son frère de se retrouver, Joseph et ses frères pourront à nouveau vivre ensemble. La vie, toujours la vie prend le dessus dans ce que Dieu propose. Quant à Salomon, il jouira jusqu’à la fin d’une sagesse imméritée, mais ce sont les hommes qui ont écrit l’histoire ainsi, pas Dieu !

Illustrations: P. Picasso : les deux frères 1905-1906

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Luc 14: 25-33 porter sa croix dimanche 4 septembre 2016

Posté par jeanbesset le 26 août 2016

 Reprise du même sermon en 2010

De grandes foules faisaient route avec lui. Il se retourna et leur dit :

26 Si quelqu’un vient à moi et ne déteste pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27 Et quiconque ne porte pas sa croix pour venir à ma suite ne peut être mon disciple.PORTER SA CROIXjpg

28 En effet, lequel d’entre vous, s’il veut construire une tour, ne s’assied pas d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer, 29 de peur qu’après avoir posé les fondations, il ne soit pas capable d’achever, et que tous ceux qui le verront ne se moquent et ne disent : 30 « Cet homme a commencé à construire, et il n’a pas été capable d’achever. »

31 Ou bien quel roi, s’il part en guerre contre un autre roi, ne s’assied pas d’abord pour se demander s’il peut, avec dix mille hommes, affronter celui qui vient au-devant de lui avec vingt mille ? 32 Sinon, tandis que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander les conditions de paix. 33Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.

La tradition a rendu populaire une certaine image de Jésus que Théodore Botrel parmi tant d’autres a chanté dans le folklore breton. Jésus y est présenté comme le doux Sauveur à barbe blonde avec de grands yeux doux. Le cinéma américain a contribué pour sa part à vulgariser cette image. Les peintres classiques n’ont pas échappé à ce canon de beauté pour présenter le visage du Seigneur. Mais ce serait mal lire l’Évangile que de voir Jésus sous ce seul portrait. Le texte que nous avons lu nous présente un autre aspect de Jésus, plus rude, d’où la tendresse est absente. Le rôle de Jésus est de nous faire découvrir Dieu. Ici il le fait sans ménagement car le Dieu dont il est le témoin est différent de celui que Jésus lui-même nous a habitué à découvrir dans ses propos.porter sa croix 2

Qui est Dieu pour vous ? En quoi votre existence est-elle affectée par la réalité de Dieu ? Comment agit-il en vous ? Ces questions tant de fois répétées, tant de fois formulées nécessitent qu’on ose se les poser au moins une fois de temps en temps. Chacun y répondra mentalement et à sa façon. On pourra dire que Dieu est une force qui vient d’en haut et qui s’empare de nous, qui habite notre âme et notre esprit. On dira aussi que c’est une certitude rassurante selon laquelle notre vie serait ballottée au rythme des hasards dans une société globalisante. Nous dirons aussi que Dieu donne du sens à notre être. Nous nous garderons de vérifier si notre réponse est conforme à la théologie en vigueur dans notre église. Mais nous savons fondamentalement, que nous ne chercherions pas Dieu s’il ne nous avait déjà trouvés, et que c’est lui qui nous pousse à le chercher. Nous percevons intuitivement qu’il y a un lien entre lui et nous et nous croyons qu’il a quelque chose à voir avec notre existence dans ce monde.

Il est donc normal que nous cherchions Dieu, sans pour autant jamais le trouver complètement. Écoutez ce que dit le poète Kalil Gibran : « Contemplez le ruisseau, écoutez sa mélodie. Eternellement, il sera en quête de la mer, et bien que sa recherche n’ait pas de fin, il chante son mystère de crépuscule en crépuscule. Puissiez-vous chercher le Père comme le ruisseau cherche la mer » (1)

 porter sa croix 2

Nous savons que Dieu a laissé son empreinte en nous, c’est pourquoi Jésus nous aide à le trouver. Mais ce Dieu que Jésus nous aide à trouver est très différent de tout ce que l’on a dit, car il nous devient personnel. Dans le texte de ce matin Jésus s’implique dans notre recherche et nous provoque volontairement. Il ne s’encombre d’aucun a priori, et d’une manière surprenante il saute à pieds joints par-dessus les conventions. Il parle de haine alors que nous nous attendons à ce qu’il parle d’amour. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » nous plaisons-nous à répéter après lui et nous nous appuyons sur l’Evangile de Jean pour dire que Dieu est amour.

Aujourd’hui, ce n’est pas le cas Jésus recommande de haïr ses proches, son père, sa mère ses frères et ses sœurs sa femme et les autres. Il n’a aucune parole rassurante pour mettre un baume sur nos inquiétudes. Pour nous stimuler, il nous promet de porter notre croix, comme W. Churchill promettait à son peuple du sang,  des larmes et de la sueur. Il ouvre devant nous une perspective de souffrance et de mort.

Ainsi provoqués, nous allons pouvoir exercer notre sagacité. En fait, le jeu en vaut la chandelle. Jésus a l’intention de nous faire sortir des chemins battus. Il nous montre que Dieu n’a rien à voir avec les critères soigneusement recensés par les religions. Dieu pour lui ne se trouve pas dans un code de morale. Il est ailleurs que dans nos définitions théologiques. Dieu se situe avant tout dans une relation avec nous. Comme il a sacrifié sa divinité pour venir jusqu’à nous, il s’attend à ce que nous lui consacrions notre humanité.Porter sa croix 4

Il nous propose sagement de faire le bilan de notre foi en nous racontant cette parabole banale du roi qui compte ses hommes, puis qui compte les hommes de l’adversaire et qui négocie la paix en fonction de ses propres forces parce qu’il préfère se soumettre plutôt que de risquer un combat perdu d’avance. La paix dans ce contexte devient un accord de moindre mal, un « gentleman agreement » que l’on a du mal à fonder théologiquement. Or nos vies ressemblent la plupart du temps à ces côtes mal taillée où l’on essaye de donner à chacun sa part. Dieu y compris. Nous composons avec Dieu, avec les hommes, avec notre vertu, avec le temps, si bien que notre existence ne ressemble plus à rien si non à un « melting pot » sans goût ni grâce ni saveur ni prétention.

En quelques phrases, Jésus a mis à mal tout notre édifice spirituel, pour que nous nous efforcions de le reconstruire. Nous n’osons même pas continuer notre lecture de l’Évangile de peur d’être encore plus déstabilisés car ajoute Jésus, «quiconque ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple ». Il faut comprendre clairement que cela veut dire qu’on ne peut pas découvrir Dieu en vérité sans abandonner tous les préjugés et tous les acquis de la société. Le chercheur de Dieu doit donc aller à contre courant d’une société qui centralise tout sur l’homme. C’est ce que préconise un petit livre paru au Etats Unis et qui est devenu un « best seller »:  « étrangers dans la cité » de S.Hauerwas et W.H.Willimon

Jésus met notre manière de raisonner totalement en cause en nous rappelant qu’avec Dieu, c’est tout ou rien. Pas question de partager prudemment entre Dieu et le monde. Pas question de demander à Dieu de se charger de notre âme d’une part et de choisir de gérer nous-mêmes et à notre gré nos autres activités. Il nous rappelle ainsiporter sa croix 5 que Dieu est envahissant.

Jésus contemple alors la foule qui le suit comme un troupeau bêlant. Il nous décrit comme des moutons cherchant à être pris en charge par un bon berger. Ils cherchent seulement un confort spirituel auprès d’un maître à la mode qui paraît pour lors efficace. Jésus renonce à se laisser manipuler par eux, il n’est pas un gourou rassurant qui profiterait des avantages de ses dons de guérisseur et de prédicateur pour s’assurer une notoriété. Il provoque la foule dont nous faisons tous partie pour que chacun sorte de lui-même et assume le poids de la croix qu’il doit porter.

Vous voulez être rassurés sur l’avenir de votre âme, vous voulez une religion facile qui soit distincte des religions traditionnelles . Vous voulez échapper aux tourments de la vie et être les privilégiés de Dieu, vous ne voulez plus être malades et vous voulez manger tous les jours à votre faim ! Mais vous valez mieux que cela, vous n’êtes pas des moutons promis à l’abattoir. Vous avez en vous la capacité d’être des rebelles, de vivre une passion dévorante, cette passion peut se vivre avec Dieu, mais elle réclame une rupture.

Dans l’Écriture, la rupture est parfois féconde et créatrice, car elle demande à être habitée par un esprit inventif. La rupture c’est la distanciation nécessaire qu’il nous faut prendre par rapport aux conventions sociales qui nous enferment dans des catégories ou des préjugés. Il n’est donc pas étonnant que Jésus prenne la famille pour cible, parce qu’elle a un pouvoir contraignant et enfermant sur les individus. Pour que Dieu puisse s’emparer de nous il ne faut être retenu par aucun autre intérêt. C’est ainsi libérés et placés tout entier sous le charme de Dieu que nous pourrons devenir les conquérants d’un monde nouveau. De même que l’homme doit quitter son père et sa mère  s’il veut aimer sa femme, de même il faut mettre les exigences familiales au second degré de nos préoccupations pour laisser l’intuition de Dieu nous saisir et mettre nos vies à la disposition de Dieu.

 Porter sa croix 6

Combien parmi nous ne trouvent-ils pas leur existence fade et sans avenir ? Ils se sont généralement comportés comme le roi de la parabole racontée par Jésus. Ils ont recherché leurs intérêts, ils ont fait la part des choses, et ils ont donné une importance calculée à chacun, ils n’ont cependant pas négligé Dieu, mais ils lui ont seulement réservé une part. Ils ont ainsi construit une vie raisonnable faite de concessions, sans que le hasard et l’aventure n’y aient leur place. Dieu mérite mieux que nos petites dispositions de sagesse humaine, il réclame toute notre activité, tous nos soucis, toutes nos préoccupations, la totalité de nos personnes. Dieu réclame de devenir le partenaire de notre vie et de la partager en totalité.

Affranchis des contingences humaines, Dieu nous rend libres et responsables. Il se peut que cette joyeuse liberté déplaise aux hommes qui cherchent à nous la prendre en nous enlevant la vie. Ce fut le cas de Jésus et de bien d’autres après lui. Mais leur mort ne fut-elle pas un cri de liberté et une ouverture vers la délivrance. Leur vie était en Dieu et la vie en Dieu est sans limite puisqu’elle lui est toute consacrée et qu’elle débouche quand tout est accompli dans la plénitude éternelle de Dieu. sans limite de temps et d’espace.

1. Jésus fils de l’homme page 71. Albin Michel

 

 

Ces images existent sur plusieurs blogs, mais je n’ai pas réussi à en trouver l’auteur. Qu’il soit félicité pour son talent. Si un lecteur trouve son nom, je le remercie de me le communiquer.

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Luc 14 :1-14 choisIr la bonne place – dimanche 28 août 2016

Posté par jeanbesset le 15 août 2016

 1Un jour de sabbat, il était venu manger chez l’un des chefs des pharisiens, et ceux-ci l’observaient. 2 Un hydropique était devant lui. 3 Jésus demanda aux spécialistes de la loi et aux pharisiens : Est-il permis ou non d’opérer une guérison pendant le sabbat ? 4 Ils gardèrent le silence. Alors il prit le malade, le guérit et le renvoya. 5 Puis il leur dit : Lequel de vous, si son fils ou son bœuf tombe dans un puits, ne l’en retirera pas aussitôt, le jour du sabbat ? 6 Et ils ne furent pas capables de répondre à cela.

.Choisir la dernière place

.7 Il adressa une parabole aux invités parce qu’il remarquait comment ceux-ci choisissaient les premières places ; il leur disait : 8 Lorsque tu es invité par quelqu’un à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’une personne plus considérée que toi n’ait été invitée, 9 et que celui qui vous a invités l’un et l’autre ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Tu aurais alors la honte d’aller t’installer à la dernière place. 10 Mais, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, afin qu’au moment où viendra celui qui t’a invité, il te dise : « Mon ami, monte plus haut ! » Alors ce sera pour toi un honneur devant tous ceux qui seront à table avec toi. 11 En effet, quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé.

Inviter les pauvresbanquet 1

12 Il disait aussi à celui qui l’avait invité : Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie pas tes amis, ni tes frères, ni les gens de ta parenté, ni des voisins riches, de peur qu’ils ne te rendent ton invitation et qu’ainsi tu sois payé de retour. 13 Mais lorsque tu donnes un banquet, invite des pauvres, des estropiés, des infirmes, des aveugles. 14 Heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont pas de quoi te payer de retour ! En effet, tu seras payé de retour à la résurrection des justes.

Il est des gens qui, forts de leurs expériences spirituelles se croient tout naturellement invités à occuper les premières places du banquet que  Jésus présidera à la fin des temps. Ils  racontent à qui veut l’entendre les merveilles que Dieu a faites pour eux. Ils ne se lassent pas de parler de leur conversion qui, selon eux relève du miracle permanent parce que leur vie a été changée et qu’ils ont réussi à améliorer leur situation sociale ou matérielle ou qu’ils ont été guéris de la maladie qui les accablait. En se donnant en exemple,  ils se proposent de guider sur les chemins de la foi ceux qui n’y sont pas encore parvenus. Ils ont déjà pris  place à la table et se sont approprié  les places d’honneur. Ils proposent leurs conseils aux  autres pour les aider à trouver les bonnes méthodes pour les imiter.

.Nous nous réjouissons avec eux de la manière dont Jésus a su toucher leur cœur et transformer leur vie, mais nous entendons aussi le maître leur suggérer qu’ils n’emploient pas la bonne méthode et que la modestie sied mieux aux croyants.  C’est ainsi qu’il les  invite à descendre vers le bas de la table car nul ne peut s’ériger en donneur de leçon si non le maître lui-même.banquet 2

 Sans s’en rendre compte et en croyant bien faire, ils se servent de Dieu pour se valoriser au détriment des autres. Ils ne savent toujours pas que le maître ne nous valorise pas par les honneurs mais qu’il s’intéresse plutôt à la manière dont chacun saura conduire sa vie pour que celle-ci plaise à Dieu. Or la vie qui plait à Dieu c’est celle de celui qui valorise les autres en s’effaçant lui-même.

.Pourtant, dans cette course à la meilleure place, nous en prenons tous pour notre grade, car nous estimons qu’il est nécessaire que notre vie de croyant soit reconnue par les autres car c’st ainsi que les autres comprendront l’action de Dieu en nous et qu’on évangélisera. Il est donc nécessaire que nous soyons distingués par des signes aux yeux des autres.

 Nombreux sont les croyants qui pensent que l’intervention de Dieu dans leur vie doit se manifester par des signes visibles sous forme de miracles. C’est ainsi que doit se révéler selon eux la faveur de Dieu, pensent-ils. Par ces signes, il sera clair pour eux et pour les autres  que Dieu agit en eux. Ces signes peuvent être  le rétablissement de leur santé ou l’amélioration de leur situation sociale ou tout autre avantage qui les distinguerait aux yeux de la société. Si cela ne se produisait pas, ils se sentiraient frustrés. Ils ne penseraient pas que Dieu serait à l’œuvre en eux. Ils se considéreraient alors comme trop pécheurs pour mériter l’attention du Seigneur. En se  culpabilisant  ainsi ils se mettent en dehors  du pardon de Dieu.

.Sans ces signes, visibles  parfois par eux seuls, ils  se mettraient à chercher ce qu’ils ont fait pour que soit barrée en eux l’action de Dieu. Nous savons qu’ils ont tort, mais comment leur faire comprendre que Dieu les aime et qu’il ne le montre pas forcément par les signes visibles? Comment leur faire comprendre que Jésus a renversé l’échelle des valeurs de la culpabilité et que tous les péchés, même les moins acceptables peuvent être pardonnés par l’effet de sa seule bonté ?

 S’ils  croient qu’ils ne peuvent  se sentir libérés que par des signes concrets, c’est qu’ils  n’osent pas  prendre l’évangile à la lettre et se croire pardonnés  sans que ça se voit, si bien qu’ils restent enfermés en eux-mêmes. Ils  ressassent une situation que Dieu ne demande qu’à améliorer pour peu qu’ils acceptent le pardon gratuit qui leur est déjà offert.

 En fait l’action de Dieu en nous,  avant d’être rendue visible aux yeux des autres doit d’abord opérer une transformation en nous-mêmes. Cette transformation est une transformation du cœur, si bien que tout se passe d’abord dans l’intimité de notre être. Cette transformation a pour première conséquence  de changer notre regard sur nous-mêmes.  Ce sont les autres qui prennent alors de la valeur à nos propres yeux. C’est eux qui doivent  mobiliser notre intérêt et qui motivent nos actions.  .

Notre intérêt personnel passe donc au deuxième plan, si bien que ce qui devient visible aux yeux des autres, c’est le souci que nous avons pour eux.  Nous ne cherchons plus à capter leur attention pour nous valoriser nous-mêmes, mais nous faiBanquet 3sons d’eux nos plus proches prochains et c’est pour leur mieux être que nous mobilisons nos actions.

Bien évidemment les choses ne vont pas de soi. Celui qui est  habité par Dieu et qui est poussé à l’action par lui, n’est pas tout naturellement accepté par les hommes comme  quelqu’un qui est animé par Dieu et transformé par lui. Au contraire, on conteste que ce soit Dieu qui inspire son action en faveur des autres.  On l’accuse de casser la société établie et de travailler plutôt contre Dieu.  Ce fut le cas de la plupart des esprits généreux qui inspirés par Dieu ont voulu changer la société en remettant de l’ordre et de la justice dans les affaires des hommes.  Le plus connu dans nos temps modernes est Martin Luther King, mais il y en a eu bien d’autres avant lui et il y en aura d’autres après lui et chaque jour de nouveaux  inspirés se dressent   parmi-nous et rares sont ceux  qui ont accès aux premières place de la société.
.

En fait, le problème n’est pas là. Jésus ne cherche pas à ce que nous soyons humiliés ou persécutés. Si c’était le cas, ce  serait même  une autre façon d’affirmer que le salut s’obtient par les œuvres.   A la différence des croyants dont je parlais tout à l’heure,  qui pensent que l’intervention de Dieu dans leur vie doit se manifester par des miracles visibles, Jésus nous propose de porter un autre regard sur nous-mêmes. Il ne veut pas que nous nous mettions dans la situation des assistés qui attendent qu’un prodige transforme leur vie. De tels  hommes seraient dans une situation de dépendance qui ne ferait pas d’eux des  hommes responsables mais des hommes sans caractère en attente de libération sans jamais y parvenir.

 Or Jésus veut faire de nous des hommes responsables, capables d’intervenir dans les affaires du monde pour le pousser à faire les bons choix  de société. Il veut que nous nous intéressions aux affaires de notre   prochain  pour l’aider à améliorer sa situation. Ce n’est pas en espérant ou en revendiquant une situation de notables que les choses évolueront, mais en nous mettant au service des gens qui ont besoin d’être aidés. C’est parce que nous aurons agi au niveau de la détresse des autres que nous serons reconnus par eux et que les miracles espérés pourront se produire. Ils se produisent rarement comme un don tombé du ciel mais comme le résultat de longs efforts menés patiemment par des hommes animés par Dieu au cœur même des difficultés de leurs semblables.banquet

N’oublions jamais que Dieu renforce nos âmes et fait de nous des fidèles aguerris, en nous invitant à devenir les serviteurs de nos semblables les plus malchanceux. Notre société ne reconnaît que rarement les mérites de ceux qui se font les serviteurs des autres, cependant c’est par leur action, souvent anonyme que les choses avancent. Jésus a une vision du monde radicalement différente de la nôtre. Il faut nous y faire.

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Luc 13:22-30 la porte étroite – dimanche 21 août 2016

Posté par jeanbesset le 8 août 2016

Luc 13: 22-30porte-étroite

22 Il traversait les villes et les villages, et il enseignait en faisant route vers Jérusalem. 23 Quelqu’un lui dit : Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens sauvés ? Il leur répondit : 24 Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. 25 Dès que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, et que, restés dehors, vous commencerez à frapper à la porte et à dire : « Seigneur, ouvre-nous ! », il vous répondra : « Vous, je ne sais pas d’où vous êtes. » 26 Alors vous commencerez à dire : « Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos grandes rues ! » 27 Et il vous répondra : « Vous, je ne sais pas d’où vous êtes ; éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice ! » 28 C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez chassés dehors. 29 On viendra de l’est et de l’ouest, du nord et du sud pour s’installer à table dans le royaume de Dieu. 30 Ainsi, il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.

 

Les portes du salut se fermeront-elles à tout jamais devant les pas de celui qui cherche à se sauver par lui-même, car ce n’est pas en accumulant des actes qui sont sensés plaire à Dieu que l’on gagne son salut ! Les bonnes actions et les dévotions font partie de toutes ces actions vides d’avenir si elles n’ont d’autre but que d’attirer l’attention de Dieu sur celui qui les commet. Depuis longtemps l’Ecclésiaste a attiré l’attention du lecteur biblique pour le mettre eporte étroite 6n garde contre la vanité des entreprises humaines qui ne visent qu’à valoriser leur auteur.

Ces réflexions blasées devraient aider le lecteur à comprendre ici les propos de Jésus qui semblent confirmer l’affirmation selon laquelle celui qui cherche à être sauvé par ses propres moyens ne fait qu’entreprendre une vaine poursuite du vent qui le mène à la vanité et non pas au salut. Sans doute faut-il que celui qui cherche le salut comprenne que ce n’est pas une chose qu’il peut acquérir mais c’est une chose qui lui est donnée sans qu’il cherche à s’en saisir. Encore faudra-t-il qu’il découvre ce que signifie « être sauvé » ! Quel danger le menace-t-il pour qu’il cherche à en être sauvegardé et contre lequel il devrait être protégé ? Où donc est le péril ?

Cette recherche est vide de sens si on ne dit pas ce que l’on redoute. Ainsi sommes-nous entourés de gens qui ont peur de quelque chose qu’ils n’arrivent pas à définir. Ce n’est pas un travers du Moyen Âge contre lequel la Réforme a essayé d’apporter des solutions, ce n’est pas un travers contemporain qui serait alimenté par l’angoisse d’un avenir incertain, cela existait déjà du temps de Jésus. Et Jésus essaye de répondre à cette préoccupation en dénonçant le mal fondé de leurs angoisses. Jésus a longuement dénoncé ces angoisses qui reposaient sur la crainte d’un jugement de Dieu. Il a voulu rassurer ceux qui au dernier jour redoutaient que les bons soient séparés des mauvais comme l’on sépare les brebis d’avec les boucs ou le blé de l’ivraie.

Si aujourd’hui la crainte du jugement s’est estompée, les hommes cherchent toujours à tirer inconsciemment profit de leurs bonnes actions si bien que quand un coup du sort les frappe, ils expriment leur incompréhension en disant qu’ils ne méritaient pas cela.

Bien que Jésus ait formulé des réponses claires, les humains ne semblent pas les entendre et cherchent inconsciemment à faire du bien pour que cela leur soit porté à crédit. Pourtant ils savent que les critères de Dieu ne sont pas les mêmes que les leurs. Jésus nous montre que pour Dieu tous les hommes entrent dans la même catégorie, car aucun ne serait capable de se tenir devant lui à cause de l’excellence de ses vertus. Cependant Dieu ne fait pas d’exception, il aime tous les hommes et propose à chacun d’entre eux de partager leur vie et de cheminer sur la même route qu’eux. Le salut n’est donc pas réservé au petit nombre des vertueux, mais il consiste à savoir que Dieu habite en nous et travaille notre esprit pour que nous nous impliquions dans un mode de vie qui lui convient.

D’emblée Jésus ouvre son propos en fermant toutes les possibilités aux hommes d’avoir accès au salut par eux-mêmes. S’il est dit dans les premiers versets que la porte est étroite pour atteindre Dieu, elle sera bien vite fermée complètement par la suite par le maître qui laisse dehors ceux qui se réclament de lui. Ceux qu’il laisse dehors lui rappellent pourtant en parlant à travers la porte fermée qu’ils ont mangé avec lui et qu’il a prêché la « bonne nouvelle » chez eux.

Il nous faut reconnaître dans ces premiers visés tous les gens de la communauté de ceux qui ont suivi Jésus et qui n’ont toujours rien porte étroite 5compris bien qu’ils rompent le pain avec lui et partagent sa coupe. Ils ont beau communier régulièrement, ils ont beau écouter la prédication de l’Évangile, ils ont beau venir au culte le dimanche, ils continuent à ne rien comprendre. Ils se croient supérieurs aux autres parce qu’ils font partie des intimes du Seigneur. Ils ont tort. Leur compagnonnage avec le Seigneur ne les rend pas meilleurs que les autres et ne leur garantit en rien leur salut, puisque le salut ne correspond à aucun critère de vertu.

Jésus semble avoir ouvert ici la boîte de Pandore en mettant à mal tous les arguments de ceux qui se croient sauvés par leurs propres vertus. Il évoque dans cet enseignement qui paraît un peu décousu tous les personnages qui nous sont déjà rendus familiers par les paraboles qu’il a prononcées, même si elles sont citées après ce passage dans cet Évangile ou même si elles sont citées dans d’autres évangiles et pas dans celui-ci.

Il commence par parler de la porte étroite. Il fait peut être allusion à une des portes de Jérusalem qui était si étroite que l’on devait décharger les chameaux pour qu’ils puissent la franchir. Jésus s’est sans doute servi de cette particularité pour en tirer un enseignement selon lequel il était plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’ entrer dans le Royaume de Dieu. Il signifiait par là qu’aucune qualité humaine ne permettait de s’approprier le Royaume de Dieu, pas même la richesse grâce à laquelle on pouvait faire de nombreuses générosités et améliorer le sort des plus démunis.

En parlant de la porte fermée au nez des amis, ne fait-il pas allusion à la parabole des cinq vierges sages et des cinq vierges folles ? Les vierges folles qui n’ont pas d’huile ne pourront s’en procurer nulle part ni l’échanger avec leurs copines ? l’huile signifierait-elle la foi qui ne peut se monnayer en aucune façon ? Les bonnes grâces de Dieu ne s’achètent pas elle nous sont données dans une relation toute personnelle avec Dieu. Cette relation est toujours possible sauf au cas où la porte se ferme et où la vie s’arrête. A ce moment là nul ne peut dire la suite de l’histoire qui nous est suggérée par la parabole du pauvre Lazare et du riche inconscient. Ce dernier arrivé dans l’au-delà ne peut accéder à Dieu malgré sa bonne volonté, et c’est malgré lui qu’il voit Lazare en compagnie d’Abraham et des patriarches jouissant de la béatitude éternelle.

Bien évidemment ce n’est pas la fin de ces paraboles qu’il faut retenir comme enseignement, mais l’impossibilité d’acquérir par ses propres moyens les faveurs de Dieu. En faisant allusion d’une manière plus ou moins voilées à des paraboles déjà prononcées Jésus veut rappeler qu’il a de nombreuses fois prêché sur ce même type d’enseignement. Les hommes ont en effet du mal à comprendre que c’est Dieu lui-même qui vient à leur rencontre. C’est Dieu lui-mêmeporte étroite 4 qui multiplie les occasions pour que chacun d’entre nous réalise que c’est lui qui frappe à la porte de notre cœur et qui nous sollicite pour que nous lui ouvrions.

Les valeurs sont complètement renversées. Ce n’est pas l’homme qui cherche Dieu, c’est Dieu qui le cherche. Ce n’est pas l’homme qui trouve Dieu, c’est Dieu qui trouve l’homme. L’initiative n’appartient pas à l’homme mais à Dieu. Le salut est donc l’état de celui qui sait que Dieu l’a trouvé et qui a su répondre à cette situation. On ne gagne pas son salut, mais on découvre que l’on est sauvé.

Dans ce récit, Jésus ne ferme la porte à personne pour le priver de son salut, mais il ferme la porte à toutes les mauvaises idées qui nous passent par la tête et que nous croyons bonnes pour nous placer sur le chemin de Dieu. Ce n’est donc pas pour être sauvés que nous faisons de bonnes actions, c’est parce que nous savons que nous sommes visités par Dieu et qu’il nous inspire les bonnes actions que nous faisons. Nous pouvons d’ailleurs être visités par lui sans en avoir encore pris conscience. Nous sommes donc invités à voir les choses d’une toute autre manière. C’est pour cela que l’Évangile de Matthieu commence par les béatitudes qui proposent une lecture des événements de ce monde en contradiction totale avec la réalité apparente de nos sociétés :

 

« Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux, Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés, Heureux ceux qui sont doux car ils hériteront la terre, Heureux ceux qui on faim et soif de justice car ils seront rassasiés, Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde, Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu, Heureux ceux qui procurent la paix car ils seront appelés fils de Dieu, Heureux ceux qui sont persécutés, car le Royaume des cieux est à eux, Heureux serez vous lorsque l’on vous insultera, car votre récompense sera grande dans les cieux. »

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