Matthieu 25:14-30 la parabole des talents – dimanche 19 novembre 2017

Posté par jeanbesset le 9 novembre 2017

Matthieu 25 :14-30 Taalents 3

La parabole des talents.

14 Il en sera comme d’un homme qui, sur le point de partir en voyage, appela ses esclaves et leur confia ses biens. 15 Il donna cinq talents à l’un, deux à l’autre, et un au troisième, à chacun selon ses capacités, et il partit en voyage. Aussitôt 16 celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla les faire valoir et en gagna cinq autres. 17 De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. 18 Celui qui n’en avait reçu qu’un alla faire un trou dans la terre et cacha l’argent de son maître. 19 Longtemps après, le maître de ces esclaves arrive et leur fait rendre compte. 20 Celui qui avait reçu les cinq talents vint apporter cinq autres talents et dit : Maître, tu m’avais confié cinq talents ; en voici cinq autres que j’ai gagnés. 21 Son maître lui dit : C’est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître. 22 Celui qui avait reçu les deux talents vint aussi et dit : Maître, tu m’avais confié deux talents, en voici deux autres que j’ai gagnés. 23 Son maître lui dit : C’est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître. 24  Celui qui n’avait reçu qu’un talent vint ensuite et dit : Maître, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes où tu n’as pas semé, et tu récoltes où tu n’as pas répandu ; 25  j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre : le voici ; prends ce qui est à toi. 26  Son maître lui répondit : Esclave mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé et que je récolte où je n’ai pas répandu ? 27  Alors tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon arrivée j’aurais récupéré ce qui est à moi avec un intérêt. 28Enlevez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. 29— Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on enlèvera même ce qu’il a. — 30  Et l’esclave inutile, chassez-le dans les ténèbres du dehors ; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents.

Qu’a-t-il fait, de si contestable cet homme pour être condamné à l’infamie par son maître et pour être chassé vers les ténèbres du dehors ? Pourquoi son maître lui fait-il subir une telle humiliation devant les autres  à ce mal chanceux, ce moins doué que les autres,  Ce maître est-il une image possible de Dieu ?
J’entends, à travers la frustration de cet homme la vague de protestations qui monte du cœur de tous ces frustrés de la planète que l’on culpabilise pour mieux les rejeter, car on a toujours tendance à rendre responsables de leurs propres mTalents 4ur le moment, je vous invite à vous  indigner en partageant l’injustice dont il est victime et je vous invite à lui prêter votre voix pour dire à Jésus qui rapporte cette histoire, qu’il se trompe, que Dieu n’est pas comme ce maître. Il n’est ni versatile, ni dur ni méchant, nous ne croyons pas qu’il moissonne où il n’a pas semé. Nous nous portons en faux contre l’idée en laquelle croyait cet homme, selon laquelle Dieu pouvait le juger et le culpabiliser sur la manière dont il a géré son talent.

Cette idée serait la trace qui nous habite encore et que Jésus n’a pas réussi à évacuer complètement. Dieu subsisterait en notre imaginaire, comme celui que l’on redoute sans le nommer et dont on craint les jugements, celui qui mènerait le monde à sa guise d’une manière arbitraire, qui réclamerait nos hommages et dont on devrait accepter les décisions sans protester. Ce Dieu irréel n’existe pas puisqu’il est irréel et il n’existait pas dans l’opinion de Jésus.

Si ce Dieu n’existe pas, croyez vous que ce serviteur ait raison de se plaindre de son maître et nous de notre Dieu? Non, car lui non plus, n’a pas plus d’existence que ce Dieu dont on parle, il est inexistant lui aussi. Nous nous étions fourvoyés puisque nous avions envisagé de prendre la défense d’un homme qui n’existe pas au regard de Dieu mais qui habite encore la triste réalité de ce monde.

Nous avons bien repéré que Dieu ici, est présenté sous deux aspects contradictoires. Dans les deux  premier cas, si on identifie Dieu au maître de la parabole, on constate qu’ il est bon et généreux, puisqu’il distribue avec largesse ses biens à ses serviteurs. Il  les connaît bien puisqu’il donne à chacun selon ses capacités. Ce faisant, il tient compte des injustices de ce monde dont nous constatons  régulièrement la réalité. Nous savons que dans la nature les dons sont inégalement répartis entre les individus. L’un est fort, l’autre est faible. L’un aime le sport et l’autre n’aime pas l’effort physique et apprécie la musique. L’un est doué pour les chiffres, l’autre pour les lettres. Le maître, derrière lequel Dieu se cache, en tient compte sans aucun commentaire, c’est un état de fait qu’il ne remet pas en cause pour le moment, mais qu’il n’ignore pas.Talents 2

Chacun reçoit un don conséquent, même celui qui n’a reçu qu’un talent, car un seul talent lui permettrait de vivre plusieurs années sans rien faire. (1) Les deux premiers avec audace se lancent dans l’aventure, le troisième cache l’argent dans la terre. Il n’avait pas compris que cet argent lui avait été donné. Cette méprise nous montre qu’il ne connaît ni son maître ni Dieu. Le don du maître lui aurait permis de vivre comme un homme libre. En s’en faisant pas usage, il a agi comme s’il refusait cette facilité de vie supplémentaire qui lui était donné. Ainsi le lecteur avait cru que ce personnage existait vraiment alors qu’en refusant la vie qui lui était donnée, il n’existait pas !

 A quoi bon se soucier de son sort ? S’il a enfoui dans la terre ce qui pouvait le faire vivre, c’est qu’il ne vivait pas. La terre n’est-elle pas le lieu où on dépose les morts ? Son trésor devenait alors pour le troisième serviteur porteur de mort. S’il n’avait pas compris que son maître lui donnait une nouvelle vie, comment aurait-il pu comprendre Dieu dont il était l’image ?  Il était donc mort avant d’avoir commencé à exister.

S’il ne comprend pas le don de vie qui lui est fait, il ne comprend pas non plus son maître dont il fait un portrait qui ne correspond pas à la réalité. Il en va de même pour Dieu. Le maître vint alors, est-il dit. Non pas il revint, mais il vint, non pas pour réclamer son du, mais pour partager sa joie avec ceux qu’il a comblé de vie. Là aussi la traduction selon laquelle il leur fait rendre compte est mauvaise, le texte original ne dit pas cela, il dit : « il vint et ils parlèrent de comptes », et c’est effectivement ce qu’ils ont fait.

En fait les deux serviteurs ne rapportent pas l’argent donné, ils apportent simplement l’argent gagné, non pas pour le donner au maître, mais pour le lui montrer et se réjouir avec lui de leur bonne fortune. Voila le maître tel que Jésus nous le décrit et qui lui sert d’exemple pour parler de Dieu. Dieu vient vers les hommes et se réjouit avec eux de la vie qu’il transforme par sa présence. Certes cette vie transformée n’est pas parfaite, elle comporte des injustices, mais ce n’est pas ici que l’on pourra disserteTalentsr sur les injustices de ce monde, ce n’est pas le sujet. La réalité de l’injustice n’est cependant pas escamotée, elle est même présentée avec réalisme.

En effet les deux hommes n’ont pas reçu des dons à part égale. L’un serait-il plus doué pour les affaires que l’autre ? Ce n’est pas dit. Le premier reçoit 5 talents et le deuxième 2. La différence est de 3. Mais en doublant la mise, comme il est dit,  la différence double également et passe de 3 à 6. La question de l’injustice est donc vraiment posée, car ainsi est ce monde.

Le troisième personnage apparaît. Chose curieuse, à ce moment précis du récit le maître change de casquette, Dieu devient différent et se fait complice de l’injustice. Il devient selon les dire du troisième personnage dur et injuste. Pire que cela, il accepte sans broncher les reproches qui lui sont faits comme s’ils étaient des vérités et il envoie le serviteur malheureux dans les ténèbres de la mort où il était déjà depuis le début de l’histoire, et pour en rajouter une couche, il récupère le talent qu’il avait donné au troisième pour le remettre au plus riche.

Si, pour un temps, nous nous sommes appesantis sur le sort de ce troisième personnage, c’est que nous nous sentions, nous aussi victimes d’un destin qui nous accable où l’injustice est dominante et où on prend aux pauvres pour donner aux riches. Les plus chanceux supplantent les autres et les plus démunis sont la proie des nantis. Il est difficile d’être plus plus réaliste. Mais, la parabole nous a rassurés car Dieu n’est en rien lié à ce monde là.

La Parabole n’a pas nié la réalité de notre monde, mais elle nous a invités à discerner le rôle que Dieu y joue. Elle nous a invités à le reconnaître dans le maître des deux premiers serviteurs. Même s’il n’enlève pas les injustices, il cherche cependant à rendre les hommes heureux. Il va à contre temps du monde apparent et partage avec les hommes les parcelles de bonheur qui peuvent leur incomber.

Si nous identifiions Dieu au maître du troisième serviteur qui pactise avec l’injustice, nous entrerions dans le domaine de la mort où l’espérance est vaine où la seule réalité est dans les ténèbres du dehors. Toute réalité de Dieu qui ne s’identifierait pas à la première image qui nous en est donnée n’a pas lieu d’être. Quant à l’homme qui a peur et qui n’y croit pas, comme le troisième personnage, il doit s’efforcer de se convertir à ce Dieu bon, qui accepte d’intervenir dans ce monde d’injustice pour donner aux humains le goût de la vie. Si la fin de parabole nous est donnée comme insupportable, c’est pour que nous la réfutions au nom même de Dieu.

1. Le talent valait 60 mines, c’est-à-dire 6000 deniers, environ 5 500 francs or ( note de la Bible à la Colombe)

images, auteur inconnu

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Proverbes 8/12-20 et 32-36 la Sagesse: dimanche 12 novembre 2017

Posté par jeanbesset le 3 novembre 2017

Sagesse B

12 Moi, la sagesse, j’ai pour demeure l’esprit avisé, je sais trouver la connaissance de la réflexion.

13 La crainte du SEIGNEUR, c’est détester le mal ; la suffisance, l’orgueil, la voie mauvaise et la bouche perverse, je les déteste.

14 Le conseil et la raison m’appartiennent ; je suis l’intelligence, la force m’appartient.

15 C’est par moi que les rois règnent et que les princes légifèrent avec justice ;

16 c’est par moi que gouvernent les chefs, les nobles, tous les juges de la terre.

17 Moi, j’aime ceux qui m’aiment, et ceux qui me cherchent me trouvent.

18 Avec moi il y a richesse et gloire, biens durables et justice.

19 Mon fruit est meilleur que l’or, que l’or fin, et ce que je rapporte vaut plus que l’argent de choix.

20 Je marche sur le chemin de la justice, par les sentiers de l’équité,

32 Maintenant donc, mes fils, écoutez-moi ; heureux ceux qui gardent mes voies !

33 Ecoutez l’instruction, et devenez sages ; n’en faites pas peu de cas.

34 Heureux celui qui m’écoute, qui veille jour après jour à mon seuil, qui monte la garde près des montants de mes portes !

35 Car celui qui me trouve,  trouve la vie et obtient la faveur du SEIGNEUR.

36 Mais celui qui me manque se fait du tort à lui-même ; tous mes ennemis aiment la mort.

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Il est une discrète compagne de  Dieu qui vient à la rencontre  de ses amis quand ils  méditent sur  le sens des choses  et de leur vie, c’est la Sagesse. Elle s’est infiltrée dans quelques livres de la . Elle lui a même consacré tout un livre qui porte  son nom, le livre de la Sagesse qui figure dans les livres deutérocanoniques et  que les protestants n’ont pas retenu. On la trouve, comme ici dans le livre des Proverbes. L’Ecclésiaste, le Cantique des cantiques et le livre de Job sont également imprégnés de sa pensée.

D’une manière générale cependant, elle n’est pas la confidente des grands lecteurs de la Bible et ne rivalise pas avec les grands écrits des prophètes, même si ses propos s’y sont glissés subrepticement. On ne la trouve pas dans les Ecris du Nouveau Testament, et pourtant elle les a imprégnés. Très discrète, elle est venue habiter toute la Bible, mais beaucoup ignorent l’influence qu’elle a pu avoir sur les écrits bibliques au point qu’ils ont sans doute été surpris  quand j’ai osé dire qu’elle était la compagne de Dieu. Elle ne l’était pas comme une épouse, bien évidemment,  mais comme une expression de la pensée divine.

Selon les écrits qui lui sont consacrés,  Dieu conçut la création grâce à elle et il façonna l’esprit des humains pour qu’ils puissent pénétrer les pensées de Dieu et orienter leur vie. Dieu et l’homme étaient prévus pour  agir en harmonie avant même que le coup d’envoi fut donné à la création. Ainsi, grâce à la Sagesse qui présida à la naissance de l’homme, celui-ci pouvait œuvrer avec intelligence pour que sa vie prenne du sens  en compagnie de ses semblables et de toute la nature. Il nous appartient de mettre désormais en pratique ce que la Sagesse nous révèle de nous et qui nous vient de Dieu. C’est ainsi que nous puiserons à la source de la vie et que nous pourrons nous  parer du  titre de sage.

Tel fut le projet de Dieu,  il a été décrit comme celui  de Salomon le grand roi, même si le personnage historique ne correspond pas au personnage tel que la Sagesse le décrit. Tel est aussi le destin de tous ceux qui ont charge de gouverner les nations. Nous devons saluer ici l’esprit dans lequel agit la Sagesse car ses pensées ont une portée universelle. Elles ne sont pas seulement  propres au peuple d’Israël, mais  on les retrouve aussi d’une manière universelle dans la pensée des grands peuples  du Moyen Orient.

La sagesse   semble  avoir une portée universelle  et nous apparaît comme une qualité innée de l’homme. S’il la mettait en pratique avec intelligence, tout irait bien sur terre. Les peuples dirigés par des hommes qui se réclament d’elle devraient être heureux et la vie sur terre serait paradisiaque. Ce n’est donc pas par hasard si la Bible ouvre ses premiers chapitres sur une évocation du paradis où les hommes étaient destinés à vivre en harmonie de pensée avec Dieu dans une nature  où rien de leur serait hostile.

Mais nous le savons, ça n’a pas marché comme prévu, la  Sagesse, dès le point de départ s’est trouvée voilée par l’orgueil de l’homme et son esprit de domination l’a détourné de l’harmonie avec Dieu.   L’homme a détourné à son avantage personnel les valeurs que la Sagesse le poussait à partager.  La notion de partage, qui est le bien le plus sacré que la sagesse nous ait donné a eu du mal à s’inscrire dans les fondements de notre nature, c’est pourquoi,  nous avons tendance à supprimer le partage de la dimension que la « sagesse divine » nous a donné. Si Adam et Eve  ont partagé ensemble le fruit du jardin,  ce n’est pas pour rester en harmonie avec Dieu mais pour le tromper.  C’est là une autre manière de voir le récit de la chute, qui consiste  à détourner de son but ce qui avait été prévu autrement par Dieu.  C’est exactement là que se trouve l’origine du péché qui peut être perçu comme un détournement de la sagesse.

Pour se justifier vis-à-vis d’eux-mêmes et usurper une partie de la sagesse,  les hommes ont inventé toutes sortes de raisons pour ne pas partager entre eux.  Une de ces raisons consiste à inventer de fausses raisons et à prêter à Dieu des pensées qu’il n’a pas.  On a prétendu   qu’il aurait fait les hommes tous différents des uns des autres ce qui  justifierait la possibilité que les  uns ont de dominer les autres.  Une telle contre vérité étant acquise, la sagesse ne peut plus jouer correctement son rôle et Dieu  serait inévitablement  amené à changer  de visage.

Par de nombreux exemples la Bible s’efforce alors de nous démontrer que les hommes doivent faire un effort sur eux-mêmes pour retrouver la voie de la sagesse, sans toujours y arriver. Elle ne leur est pas fermée, mais ne peut leur être accessible qu’avec l’aide de Dieu. Le paradis étant  désormais inaccessible du fait que l’homme en a chassé Dieu en perdant  la possibilité de cohabiter avec lui, c’est l’arrogance et la jalousie qui vont devenir  les principales conseillères de l’homme.

 C’est alors que la deuxième page de la Bible nous met en présence de deux hommes dans une situation où la sagesse n’a plus de prise. Caïn tue son frère.   Le récit   nous montre ainsi que sans  la sagesse, c’est la mort qui devient la principale compagne  de l’homme. Mort pour lui, mais aussi mort pour Dieu. Si Caïn tue son frère, ce n’est pas tellement pour s’en prendre à lui et assouvir sa jalousie, c’est pour défier Dieu à qui il prête une logique qui n’est pas la sienne et une sagesse qui ne correspond  plus au Dieu de la sagesse, mais à un Dieu conçu par l’homme à sa propre image.

Pour trouver de la cohérence à ses sentiments vis-à-vis de son frère,  Caïn se forge une image de Dieu à sa propre ressemblance. Il imagine un Dieu aussi injuste que lui conforme à ses propres aliénations.  Il serait injuste dans ses choix et  dans ses relations avec les humains. En détruisant son frère, Caïn  détruit  aussi le Dieu injuste qu’il a créé à sa propre image et qui lui préfère son frère. S’il se libère de ce faux Dieu, il ne restaure pas pour autant le « Dieu sage » qui est à l’origine de tout et dont il s’est détourné.   Pour l’atteindre, il faudra qu’il fasse un effort et qu’il chasse de lui-même tout ce qui le détourne de la sagesse afin de retrouver la vie qu’il a tenté de détruire. Il lui faut retrouver cet autre Dieu qui a créé le monde avec équité et qui  tente de faire de l’homme son partenaire et son vis-à-vis capable de dialoguer avec lui et de  créer avec lui. 

Pour en finir avec cette question de sagesse, c’est Dieu lui-même qui tentera de reprendre la main. Il lui faudra détruire lui-même cette fausse image de Dieu que les hommes ont conçue.  Il faudra alors que ce soit lui, qui en blasphémant contre cette fausse image de Dieu, attire la mort sur lui.. C’est Jésus qui assumera ce rôle. C’est alors que la sagesse reprendra ses droits et deviendra à nouveau accessible  à tous ceux qui reconnaitront en cette image restaurée de Dieu, l’image du vrai Dieu. Jésus redonne alors à l’homme la possibilité de redevenir « sage »

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Matthieu 23/1-12 5 novembre 2017 reprise du 30 octobre 2011 « indignez-vous »

Posté par jeanbesset le 25 octobre 2017

Pour le  5 novembre 2017. Reprise de « Indignez-vous » du  dimanche 30 octobre 2011

Matthieu 23 :1-12

Jésus met en garde contre les scribes et les pharisiensMatthieu 23

1 Alors Jésus dit aux foules et à ses disciples : 2 Les scribes et les pharisiens se sont assis dans la chaire de Moïse. 3 Faites et observez donc tout ce qu’ils vous diront, mais n’agissez pas selon leurs œuvres, car ils disent et ne font pas. 4 Ils lient des charges lourdes, difficiles à porter, pour les mettre sur les épaules des gens, mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. 5 Toutes leurs œuvres, ils les font pour être vus des gens. Ainsi, ils élargissent leurs phylactères et ils agrandissent les houppes de leurs vêtements ; 6 ils se plaisent à avoir la première place dans les dîners et les premiers sièges dans les synagogues, 7 être salués sur les places publiques et être appelés Rabbi par les gens.

8 Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre maître, et vous, vous êtes tous frères. 9 Et n’appelez personne sur la terre « père », car un seul est votre père, le Père céleste. 10 Ne vous faites pas appeler docteurs, car un seul est votre docteur, le Christ. 11 Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. 12 Qui s’élèvera sera abaissé, et qui s’abaissera sera élevé.

Indignez-vous, tel semble être le mot d’ordre que le philosophe Stéphane Hessel ait lancé à l’intention de la jeunesse en révolte sur tous les continents du monde en ce début de vingt et unième siècle. Il s’agit de s’indigner parce qu’on n’y trouve pas son compte et parce que l’on ne trouve pas sa place en ce monde en cours de mutation. Il s’agit de s’indigner parce que les vraies valeurs sont bafouées, que les jeunes diplômés ne trouvent pas d’emplois à la mesure de leurs études, et que les classes privilégiées continuent à l’être au détriment de celles qui ne le sont pas.

Ce mouvement des indignés a fait tâche d’huile et continue à se répandre sur toute la planète, il a provoqué des mouvements contestataires et s’en est  pris  pacifiquement aux gouvernements en place qui s’en sont émus. Ce mouvement a déclenché la sympathie des uns et inquiété les autres.

 Très vite il nous vient à l’idée de créer un amalgame entre le mouvement que Jésus a suscité il y a vingt siècle et celui dont je viens de parler. On imagine volontiers Jésus, descendant dans les rues, occupant pacifiquement l’espace publique et dénonçant comme il avait l’habitude de le faire l’attitude insupportable des privilégiées de son temps. N’était-ce pas d’ailleurs ce qu’il était en train de faire quand il s’en prenait aux pharisiens qui se prévalaient de leurs privilèges pour donner des leçons aux autres.

Jésus s’indignait au nom de préceptes divins dont les directives étaient malmenées par ceux là même qui étaient chargés de les enseigner et de les faire respecter. Il proclamait haut et fort que la justice était dans son camp et s’attirait de nombreuses sympathies.

Mais avant de vous indigner à votre tour à la suite de mon propos à cause des libertés que je m’autorise à prendre en ce début de sermon, prenez quelques instants pour savourer les propos de Jésus. Vous constaterez sans doute, avec le décalage nécessaire du temps qu’ils collent à l’actualité. Il s’en prend aux pharisiens et aux scribes qui sont les intellectuels de cette époque qui ont accaparés des privilèges et qui se justifient du droit, en cours à l’époque, pour les conserver. Ils ne se rendent pas compte que c’est le droit qu’ils utilisent pour se légitimer qui les condamne.

Certes le droit est de leur côté en dépit des sarcasmes de Jésus. Ils payent l’impôt ecclésiastique sans rechigner. Ils sont moralement vertueux. Ils respectent tous les préceptes religieux. Tout en s’opposant au pouvoir de l’occupant romain, ils ne font cependant pas de troubles dans les rues, si bien qu’un semblant de paix a cours dans leurs cités. Citoyens soumis et contestataires à la fois, ils vivent assez mal le procès d’intention que leur fait Jésus.

S’ils sont hypocrites, ils le sont honorablement. Ils acceptent de se mettre en cause si on le leur fait remarquer courtoisement selon les règles qui ont cours dans les débats rabbiniques de leur temps. Mais ils n’acceptent pas les provocations telles que Jésus les pratiquait en les interpelant dans les lieux publiques. Si tout bon lecteur de l’Évangile prend ici partie pour Jésus, il doit se méfier de ne pas mettre en cause tous les indignés de notre temps et tout ceux qui se réclament de leur bon droit en se drapant dans le respect des droits de l’homme.

En effet, nous nous indignons volontiers contre ceux qui abusent de la situation qui les favorisent. Nous souhaiterions que les privilégiés le soient moins et surtout que d’autres soient reconnus à leur tour, quand ils ne le sont pas, dans les privilèges qu’ils ont acquis. Nous voudrions que les diplômes ouvrent la voie à des professions qui leurs correspondent. Nous voudrions que l’on reconnaisse aux indignés les privilèges auxquels ils n’ont pas encore accès mais auxquels ils aspirent justement croient-ils.

Privilégiés avons-nous dit, serviteurs répond Jésus. L’’image du service est au cœur même de son Évangile et prend la place centrale de son propos que nous recevons aujourd’hui, « car le plus grand parmi-vous sera votre serviteur ».

Qu’on ne se méprenne cependant pas, Jésus parle bien de service et non d’esclavage. Ce n’est pas le même mot et Jésus ne pratique pas la confusion des genres. Il utilise bien le mot de serviteur et il fait référence à une fonction de service pour porter son indignation. En dépit de ce que les grammairiens ou les linguistes pourront dire, il y a une distinction qu’il faut faire entre serviteur et esclave. Nous n’envisagerons pas ici le problème des esclaves, nés comme tels, ni des mauvais maîtres qui les maltraitent, c’est un autre sujet contre lequel Jésus nous laissera le soin de nous indigner plus tard. Nous mettrons 17 siècles à le faire.

Nous nous écarterons aussi de la notion moderne du service, selon laquelle nous ne devrions être en tant qu’hommes et femmes libres les serviteurs de personne, alors que nous sommes tous au service de quelqu’un ou de quelque chose.

Nous resterons un peu sur une notion archaïque du service. Le serviteur a passé un contrat avec celui qui l’emploie. Les clauses de ce contrat peuvent se résumer en une seule. Le serviteur est embauché pour que le patron trouve dans son service un mieux être. Plus le patron trouve de satisfaction dans le service donné, mieux il se porte. Si Jésus envisage pour nous la fonction de serviteur, c’est pour que celui au service duquel nous sommes attachés se porte mieux.

Il s’agit maintenant de savoir de qui on est appelé à être le serviteur. De Dieu, allons-nous dire ! Jésus dit bien que ce n’est pas le cas. C’est ce que croyaient les pharisiens, il leur donne tort. Il s’agit ici d’être le serviteur des autres. C’est à n’y rien comprendre. Si Jésus participe à notre indignation face aux injustices qui nous sont faites, pourquoi nous ramène-t-il dans une nouvelle situation de dépendance et de service ? Sommes-nous installés par lui dans la fonction de serviteurs de la cause pour laquelle nous contestons ?

Mais quelle cause défendons-nous donc ? Défendons-nous la cause de ceux qui n’ont pas de privilèges mais que nous cherchons à acquérir pour eux. Dans ce cas nous acceptons que le fait d’être privilégiés est un principe incontournable puisque nous nous efforçons d’y faire entrer ceux qui n’y sont pas encore

Vu sous cet angle là l’Évangile ne nous paraît-il pas un peu réducteur? J’ai fortement l’impression que Jésus ne nous suivrait pas dans cette voie. En fait Jésus ne précise pas au service de quelle cause nous sommes appelés, car nous sommes les serviteurs des autres, c’est-à-dire de l’humanité. En effet, nous est-il venu un jour à l’idée que si Dieu a été reconnu comme le créateur de l’humanité, c’est pour le bonheur des hommes et pour leur bien être. Si nous reconnaissons que Dieu donne du sens à l’humanité, ce n’est pas pour établir des catégories parmi les êtres humains, ni pour créer des castes de privilégiés en fonction de leurs diplômes ou de leurs lieux d’origine, mais pour établir un mouvement général selon lequel tous les hommes ont droit au bonheur. C’est pour accomplir ce projet que nous sommes embauchés par Dieu comme serviteurs.

Sans doute le bonheur se définit-il différemment suivant les lieux où l’on habite ou selon la culture à laquelle nous appartenons, mais tous les humains ont droit au bonheur et à la satisfaction de vivre. Si ce n’était pas le cas, Dieu n’aurait plus sa place parmi nous en tant que créateur.

Nous sommes donc mis par Dieu au service du mieux être de l’humanité, et si cela passe par la défense des privilèges de certains non reconnus pour le moment, ce ne peut être que provisoire, car tout ne peut être fait en un seul mouvement, mais il faut donner du temps au temps pour que le vaste monde se mette à l’unisson de Dieu qui réclame nos services pour que l’harmonie du monde s’approche le plus possible de sa perfection.

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Exode 22:20-26 Dieu est-il interventionniste? Dimanche 29 octobre 2017

Posté par jeanbesset le 14 octobre 2017

Exode 22/20- 26

20Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas : vous avez été des immigrés en Egypte.

21Vous n’affligerez jamais la veuve ni l’orphelin.

22Si tu les affliges et qu’ils crient vers moi, j’entendrai leurs cris ;

23je me mettrai en colère, et je vous tuerai par l’épée : vos femmes seront veuves, et vos enfants orphelins.

24Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, au pauvre qui est chez toi, tu ne te comporteras pas à son égard comme un prêteur sur gages : tu n’exigeras pas de lui un intérêt.

25Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil ;

26car sa seule couverture, c’est le manteau qu’il a sur la peau : dans quoi coucherait-il ? S’il crie vers moi, je l’entendrai, car je suis clément.

 

 Voir aussi le fils prodigue Luc 15 :11-32

 freres 6

Le Livre de l’Exode mériterait qu’on s’y attache davantage, car placé en deuxième position des livres de la Bible, son message est perçu par ceux qui nous l’ont transmis comme essentiel pour nous dire la révélation de Dieu. Il nous le présente comme un Dieu qui  libère les hommes de leurs oppresseurs. ( Nous en éclairerons la lecture du fragment proposé pour ce jour par la parabole du fils prodigue dont nous garderons les péripéties présentes à  l’esprit.) En fait ce n’est pas Dieu qui libère vraiment,  comme ce n’est pas le Père du fils prodigue qui rend son fils libre,  mais il lui en offre la possibilité. Ainsi Dieu  pousse les hommes à se libérer eux-mêmes et il les accompagne dans cette entreprise.

Sous son impulsion, les hommes deviennent les instruments de leur propre destin  et sous l’inspiration de Dieu ce destin leur devient favorable.  Ainsi, ceux qui nous ont transmis ces récits ont cherché à nous dire que l’esprit des hommes était habité par le désir de ne pas vivre captifs des autres quels qu’ils soient, et que Dieu se trouvait sur le chemin de ceux qui veulent  œuvrer à réaliser par eux-mêmes leur propre histoire. Dieu  n’est  sans doute pas un Dieu interventionniste qui  agirait avec puissance dans le cours des événements, il  se contenterait d’intervenir  auprès des hommes par la puissance de son esprit qui sans cesse les pousse à se prendre eux-mêmes en charge et à construire leur avenir.

Bien évidemment, les Hébreux qui sont les héros  de cette histoire vont refuser cette image de Dieu, ils vont même le provoquer pour qu’il intervienne et Dieu, pour que l’histoire ait du  sens accepte d’être perçu comme tel. Il affirme sa puissance devant le pharaon.  Il écarte la mer  pour rendre possible le passage des fugitif vers une terre de liberté, il couvre les buissons de substance nourrissante pour que le peuple en fuite ne meure pas de faim, il cache des sources sous les rochers pour qu’il n’ait plus soif.  Cette image de Dieu qui intervient quand on le supplie cache  l’autre image de Dieu, celui qui inspire, qui donne espoir et montre la route à suivre

Ainsi, deux images de Dieu rivalisent-elles sous nos yeux alors que nous parcourons ce livre. Il est bien évident que c’est l’image de Dieu qui intervient qui a la faveur des auteurs de ce récit mais que notre raison récuse. Ces deux images de Dieu correspondent aussi aux aspirations profondes de l’humanité.  En effet,  si les humains aspirent à être pris par la main pour avancer, s’ils aspirent à être protégés quand ils se sentent  menacés et s’’ils espèrent  que Dieu fera face pour eux  aux adversités,  leurs pensées profondes  s’opposent  aussi à ce Dieu auquel ils aspirent mais qui  les place sous la dépendance de ses interventions, comme par magie.

Il y a donc un autre aspect du divin auquel nous aspirons. Il correspond  à ce moment où quittant l’enfance, nous cherchons à rejeter la tutelle de nos parents pour  se laisser habiter par des idées nouvelles  et  prendre en charge notre vie nous-mêmes.  Apparemment c’est cet aspect de Dieu qui  nous pousse à  devenir responsables de nous-mêmes, qui prend le pas sur cet autre aspect de Dieu dans cette histoire.  Mais ces forces qui émanent de Dieu rivalisent entre elles et nous préférons que Dieu réalise nos désirs de vie plutôt que de les réaliser nous-mêmes sous son inspiration. Malgré le désir d’indépendance que Dieu nous inspire, malgré le désir d’assumer nous-mêmes nos responsabilités,  nous n’osons pas le mettre en pratique  et   nous cherchons  quand même à nous réfugier  sous la protection de ce Dieu que nous aimerions voir agir à notre place.

C’est dans  cette double tension vis-à-vis de Dieu que nous nous réfugions aujourd’hui. Nous refusons ce Dieu interventionniste au nom de nos philosophies contemporaines et au nom de la science qui a lentement  édulcoré  cette image de Dieu.  Mais nous refusons aussi l’autre image de Dieu, car nous voulons être maîtres de notre destin en contestant le fait que Dieu puisse nous inspirer ce que nous devrions faire ou penser. Nous pensons  qu’il peut y avoir des idées nouvelles qui font l’économie de Dieu. Nous voila dans la situation du fils prodigue qui veut faire sa route tout seul et qui se croyant capable de diriger sa vie  tout seul se prive de son père et se trouve très vite en situation d’échec. Il se précipite alors dans les bras paternels  espérant que celui-ci interviendra, comme quand il était  un petit enfant.

Les peuples et les individus en passent tous par là et Jésus a bien vu la situation quand il raconte cette parabole célèbre du fils prodigue. La parabole s’achève sur un question ouverte et on ne sait pas comment elle peut finir.   Mais le livre de l’Exode ne s’arrête pas sur une interrogation comme la parabole, au contraire il s’achève sur l’espérance d’une marche en avant en compagnie de l’Éternel dans le respect  de sa volonté.

Mais en quoi consiste la volonté de Dieu ? Elle réside dans la découverte d’un  secret concernant le mieux vivre ensemble  dont dépend la réussite de toute entreprise humaine.  Ce secret, chacun devra le découvrir  mais aura du mal à l’accepter. Il  réside dans la manière dont chaque individu et chaque peuple se comportera vis  à vis de l’autre.  L’autre, le prochain le frère, doit avoir priorité dans toutes nos actions. freres

C’est ce que  le frère du fils prodigue n’a pas compris quand  il reste à la porte du jardin pour bouder au lieu d’accueillir son frère.  Cette découverte de la valeur de l’autre doit triompher de notre égoïsme et contient le secret de la vie, car  l’amour qui lui donne sa valeur est la définition même que Jésus donne à Dieu. Ce Dieu cesse alors d’être le  Dieu interventionniste pour devenir celui  qui nous pousse à vivre en compagnie des autres car c’est la seule manière d’accomplir heureusement son destin

Encore une remarque avant de clore cet entretien.  Si dans le commentaire qui est fait de la loi dans les versets qui ont été lus pour soutenir ce sermon les écrivains bibliques  ont laissé planer l’idée de mort contre ceux qui ne la respecteraient pas, il ne s’agit pas d’une mort due à la condamnation des transgresseurs par Dieu, bien que cela soit suggéré, mais il s’agit là de la conséquence  inéluctable du manque d’amour à l’égard de l’autre, du prochain, ou  du frère. En fait ce n’est pas Dieu qui punit mais c’est la conséquence de nos comportements  discriminatoires à l’égard des autres que  l’on voudrait faire endosser à Dieu mais qui découle  tout naturellement du mauvais  comportement que nous pourrions avoir avec les autres. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Esaïe 45:1-6 Dieu et l’histoire – dimanche 22 octobre 2017

Posté par jeanbesset le 10 octobre 2017

Chapitre 45

1 Voici ce que dit le SEIGNEUR à l’homme qui a reçu son onction, — à Cyrus, que j’ai saisi par la main droite, pour terrasser devant lui des nations, pour détacher la ceinture des rois, pour ouvrir devant lui les deux battants, et que les portes des villes ne soient plus fermées :

2 Je marcherai moi-même devant toi, j’aplanirai les pentes, je briserai les battants de bronze et je casserai les verrous de fer.

3 Je te donnerai des trésors enfouis, des richesses cachées, afin que tu saches que c’est moi, le SEIGNEUR (YHWH), qui t’appelle par ton nom, et que je suis le Dieu d’Israël.

4 A cause de Jacob, mon serviteur, d’Israël, celui que j’ai choisi, je t’ai appelé par ton nom ; je t’ai paré d’un titre, sans que tu me connaisses.

5 Je suis le SEIGNEUR (YHWH), et il n’y en a pas d’autre, à part moi il n’y a pas de Dieu ; je t’ai préparé au combat, sans que tu me connaisses,

6 afin que l’on sache, du soleil levant au couchant, qu’en dehors de moi il n’y a que néant : je suis le SEIGNEUR (YHWH), et il n’y en a pas d’autre.Cyrus 1

Sans le savoir, Cyrus est entré dans le projet de Dieu.  Ce roi  païen est devenu à son insu un des héros de l’histoire d’Israël  et il a été perçu par le prophète Esaïe comme un instrument dans la main de Dieu  pour que s’accomplisse le destin du peuple juif. Par le truchement du prophète il a été inscrit sur  la liste de ceux que Dieu auraient  mis à part pour que l’histoire d’Israël s’accomplisse  heureusement. Il  serait  ainsi  entré dans le  projet  divin sans s’en apercevoir. Il y a même fort à parier que cette révélation d’Esaïe n’a jamais  été portée à sa connaissance. Si le prophète le revêt ici du titre de Messie, le roi des Perses n’en a jamais rien su.

Après ces quelques paroles d’introduction, il n’est pas inutile que nous nous interrogions sur la manière dont Dieu intervient dans l’histoire  et comment il se servirait des puissants, bien malgré eux pour que s’accomplisse l’histoire.  N’a-t-il pas été dit que pour libérer les Hébreux  captifs en terre d’Égypte, Dieu endurcit le cœur de pharaon  et qu’il fut ainsi manipulé par Dieu?  Ici, on nous laisse entendre que Cyrus bénéficia de la sympathie de Dieu afin d’entrer dans son projet libérateur des Hébreux captifs à Babylone. Dieu l’aurait-il manipulé à son tour comme il le fit du pharaon ?

Ceux qui ont raconté l’histoire d’Israël telle qu’on la trouve dans le Livre des Rois notamment, ont tenté de chercher  des constantes  pour découvrir comment  Dieu se servait du caractère et de l’action des rois pour  provoquer des événements conformes à sa volonté divine. On a tenté de faire croire que Dieu utilisait la force des ennemis d’Israël pour punir  le peuplCyrus 2e   de ses mauvais comportements ou de son manque de foi. Si Israël se montrait docile à la volonté de Dieu, s’il obéissait à ses commandements, si  ses dirigeants respectaient les consignes de la loi de Moïse, si les solennités liturgiques manifestaient un respect de la Loi divine, tout allait bien.  Dans le cas contraire, ce qui était fréquent, les ennemis d’Israël étaient utilisés par Dieu, comme le bâton dont Dieu se servait pour corriger son peuple. On retrouve ce principe dans les nombreux enseignements des prophètes, mais s’ils l’enseignaient, y croyaient-ils vraiment ?

Certains événements ont démenti de telles assertions, en particulier l’épisode concernant le roi Josias. Il a été considéré comme un roi pieux parmi les rois pieux. On lui a attribué la réforme du culte et la promulgation du Deutéronome, mais le sort lui fut contraire. Il périt sur l’intervention du pharaon Nékao. Sa mort sonna le glas de l’indépendance d’Israël et  déclencha le mouvement qui entraîna sa perte et l’exil. Compte tenu de cet exemple, il ne parait pas possible de retenir la thèse selon laquelle Dieu écrirait l’histoire en réagissant d’une manière positive ou négative face aux comportements  du peuple d’Israël et des autres. Dieu n’écrit pas l’histoire en faisant châtier les uns par les autres suivant son bon vouloir.

Ce qui semble plus vraisemblable, c’et que Dieu fasse connaître sa volonté  par l’enseignement des prophètes et des patriarches. Ils nous ont appris que  la volonté de Dieu était liée au respect de  l’amour du prochain à  la libération de l’opprimé et au secours de la veuve et de l’orphelin. C’est l’histoire de la sortie d’Égypte qui leur sert de norme en la matière. Mais la question reste de savoir comment Dieu s’y prend pour faire  respecter sa volonté  pour le mieux être des peuples. Nous avons du mal à retenir l’hypothèse selon laquelle Dieu endurcit le cœur du pharaon afin que celui-ci chasse Israël d’Égypte et finisse par trouver la mort dans les eaux de la Mer Rouge. Cela ne semble pas compatible avec l’image que nous avons retenue de Dieu ni celle de l’enseignement que nous donnera Jésus Christ plus tard. 

Nous allons essayer de comprendre comment Dieu fonctionne vis-à-vis des peuples en nous penchant sur l’histoire de Cyrus. Israël était alors un peuple en exil,  à des centaines de kilomètres de sa terre d’origine. Il était un peuple réduit en esclavage et opprimé par la main pesante des souverains successifs de Babylone. En devenant vainqueur de Babylone, le roi des perses Cyrus  proposa un autre destin à Israël.

 Pour des raisons propres à la politique qu’il appliquait à l’égard des peuples soumis, il décida du retour d’Israël sur sa terre d’origine. Ce projet correspondait bien à ce que nous  croyons  du désir de Dieu. Mais si cela correspondait au désir de Dieu, cela ne voulait pas dire pour autant qu’il se servait de Cyrus  pour  faire sa volonté, ni même qu’il avait inspiré un projet libérateur à Cyrus..

 Cela voulait simplement dire que la politique de Cyrus allait dans le sens du Cyrus 3désir de Dieu. Cela ne voulait pas dire  que Dieu était intervenu d’une manière ou d’une autre pour que l’histoire prenne le cours qu’elle avait pris même si Le prophète Esaïe a laissé entendre que l’action de Dieu allait dans ce sens et que Cyrus était un instrument dans sa main. Pour que ce fût le cas, il aurait fallu que Cyrus lui-même témoigne du fait qu’il avait compris la volonté de Dieu et que Dieu lui ait parlé dans ce sens. Ce ne fut pas le cas.

Que dire alors ?  Dieu est-il vraiment un Dieu libérateur et intervient-il d’une manière ou d’une autre pour que l’histoire aille dans le sens où il le désire ?  Il serait faux de dire que Dieu instrumentalise les hommes et qu’il influence leurs actions afin qu’elles aillent dans le sens où il le désire. Mais on peut dire par contre que c’est l’Esprit de Dieu qui souffle sur le monde et sur ceux qui le  dirigent afin qu’ils  agissent dans le sens où l’esprit de Dieu les inspire. 

 Dans de telles situations  on peut alors dire que Dieu prend à son compte les projets libérateurs des hommes pour les faire siens.  On peut même dire, comme ce fut le cas pour Cyrus que Dieu se reconnait dans un projet libérateur, même quand  le but du projet  n’est pas  la libération de ce peuple  mais que malgré tout il va dans ce sens. C’est sans doute la lecture qu’Ésaïe a fait de cet événement. 

Il n’est pas pour autant exclu que les dirigeants soient inspirés par la loi de Dieu et qu’ils cherchent le bien des peuples par obéissance à  cette loi. Mais dans l’histoire du monde ce fut rarement le cas. Il n’empêche cependant que la volonté de Dieu consiste à œuvrer  pour le mieux être de l’humanité. Pour cela, il mobilise spirituellement qui ceux  qui ont autorité sur les peuples, sans leur imposer quoi que ce soit, si non il empièterait sur leur liberté et s’il s’imposait à eux il mettrait en cause sa nature même de Dieu qui consiste à laisser  librement venir à lui tous les hommes qui ont compris sa nature divine et qui  se laissent influencer par son amour et seulement par son amour.

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Matthieu 22/1-14 La paranole des noces – dimanche 15 octobre 2015 reprise du 9 octobre 2011

Posté par jeanbesset le 9 octobre 2017

Matthieu 22 :1-14 La parabole des noces

1 Jésus leur parla encore en paraboles ; il dit : 2 Il en va du règne des cieux comme d’un roi qui faisait les noces de son fils. 3 Il envoya ses esclaves appeler ceux qui étaient invités aux noces ; mais ils ne voulurent pas venir. 4 Il envoya encore d’autres esclaves en leur disant : Allez dire aux invités : « J’ai préparé mon déjeuner, mes bœufs et mes bêtes grasses ont été abattus, tout est prêt ; venez aux noces ! » 5 Ils ne s’en soucièrent pas et s’en allèrent, celui-ci à son champ, celui-là à son commerce ; 6 les autres se saisirent des esclaves, les outragèrent et les tuèrent. 7 Le roi se mit en colère ; il envoya son armée pour faire disparaître ces meurtriers et brûler leur ville. 8 Alors il dit à ses esclaves : Les noces sont prêtes, mais les invités n’en étaient pas dignes. 9 Allez donc aux carrefours, et invitez aux noces tous ceux que vous trouverez. 10 Ces esclaves s’en allèrent par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, mauvais et bons, et la salle des noces fut remplie de convives. 11 Le roi entra pour voir les convives, et il aperçut là un homme qui n’avait pas revêtu d’habit de noces. 12 Il lui dit : Mon ami, comment as-tu pu entrer ici sans avoir un habit de noces ? L’homme resta muet. 13 Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les pieds et les mains, et chassez-le dans les ténèbres du dehors ; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. 14 Car beaucoup sont appelés, mais peu sont choisis. noces 3

Qu’aurait-on dit, si au mariage du prince William un des invités était venu en blue-jeans et polo avec des savates aux pieds ? L’humour britannique aurait peut être trouvé une telle attitude courageuse, géniale ou choquante. Il y a fort à parier que les services du protocole auraient réagi fermement et auraient opté pour une attitude conforme à celle de la parabole. Cependant, à part le fait que dans les deux cas, il s’agissait de noces royales, la situation n’était pas la même.

Dans le contexte de la parabole, il ne s’agissait pas de pousser vers la sortie un lord provoquant ou arrogant, il s’agissait d’exclure un va-nu-pieds ramassé dans les faux bourgs mal famés et contraint par les forces de l’ordre de se joindre aux invités qui étaient tous comme lui, des marginaux que l’on n’avait pas prévu d’inviter et qui se trouvaient contraints et forcés d’entrer dans la salle du banquet.

Tout nous choque dans cette affaire, à commencer par l’attitude du roi. Il s’en est d’abord pris à ses invités indélicats qu’il a fait tuer, puis il a bouté hors de sa salle à manger ce pauvre bougre qui n’avait pas le vêtement requis. Il n’avait sans doute pas les moyens ni la possibilité de se changer tant l’affaire avait été mené rondement. Ses co-invités étaient dans la même situation, semble-t-il, et pourtant il ne leur est rien arrivé de fâcheux, c’est bien là le problème ! Comment alors expliquer l’attitude du roi qui nous parait inconvenante ?

Quand on veut, on peut, dira-t-on. Malgré ses haillons, il avait sans doute les moyens de faire apparaître ouvertement qu’il était à la fête. C’est ce que les autres avaient certainement fait. Mais comment s’y étaient-ils pris ? A nous de l’imaginer : une fleur des champs à la boutonnière, une plume d’oiseau au chapeau, un simple coup de brosse sur la poussière de leur pantalon, que sais-je encore ? Il y a, en tout cas, un minimum qu’il aurait pu faire et qu’il n’a pas fait.

Mais prenons un peu de distance avec cette parabole que nous avons de la peine à expliquer et essayons de percer l’intention de Jésus. Il est clair que Jésus veut signifier que les invités, c’est-à-dire les dignitaires juifs, pharisiens, scribes et consorts n’auraient pas leur place dans le Royaume que Jésus était venu annoncer. C’est là un constat récurant pour qui a un peu de pratique dans la lecture des paraboles du Royaume. Ceux à qui était destiné la bonne nouvelle de Jésus l’ayant refusée, ce sont d’autres apparemment  moins dignes que les premiers qui devaient les remplacer.

Bon nombre des premiers chrétiens faisaient partie de ces gens marginalisés par les scribes et les pharisiens, certains même dans la toute première génération ont été recrutés parmi les païens. Ils ont du se reconnaître dans ces invités de la dernière heure. Plus aucune contrainte n’était désormais exigée pour faire partie de ce nouveau peuple de Dieu. Mais cette parabole, dans un contexte aussi farouche nous apprend que tous ne sont pas les biens venus et que malgré l’invitation générale, tous ne sont pas invités.

L’exclusion de cet homme, sans vêtement de fête, apporte un démenti fâcheux à notre espérance et jette le trouble dans notre esprit. Voila que notre théorie sur la gratuité du salut se trouve malmenée. Elle est même remise en cause et nous nous demandons ce qu’il en est de notre théologie de la grâce..Noces

On remarquera que cette parabole ne figue pas dans l’Évangile de Marc qui est le plus ancien des Évangiles. Par contre cette même parabole est rapportée dans l’Évangile de Luc sous une forme qui pourrait nous paraître édulcorée. Luc l’a simplifiée. Dans le texte qu’il transmet, Il n’y a plus de roi, c’est un riche bourgeois qui le remplace. Les invités qui refusent de venir s’excusent poliment et on ne leur fait aucun mal. Personne n’est exclu de la salle du banquet. Luc a-t-il adouci volontairement les rugosités d’une parabole, venue d’une autre tradition que Marc ne connaissait pas et que Matthieu aurait trouvée ailleurs et aurait conservée dans toute sa dureté ? On peut même se demander si Jésus n’a pas raconté cette parabole dans deux situations différentes, ce qui expliquerait la différence des textes transmis par les deux évangiles. Nul ne le sait. La seule chose que l’on sait, c’est que Matthieu a rapporté quant à lui, un détail navrant dont il nous faut ici rendre compte.

Comme dans toutes les paraboles, il y a des incohérences. Outre l’histoire de l’habit de noce, dont on n’a toujours pas trouvé d’explication, il y a la violence du roi qui fait tuer et assassiner les invités indélicats et détruire leurs villes si bien qu’on a du mal à reconnaître dans ce roi le Père dont Jésus se réclame. On verrait plutôt en lui ce Dieu autoritaire et jaloux qui faute d’être aimé et respecté préfère détruire et tuer tout ce qui ne se soumet pas à sa volonté. Il agit comme le Dieu qui décida du déluge et de la destruction de la population  hostile à l’étranger à Sodome et Gomorrhe. 

Selon certains chrétiens c’est ce même Dieu qui présiderait encore à la destinée de chacun. Après avoir rejeté son peuple élu qui n’aurait pas reconnu en Jésus le Messie, il exigerait de son nouveau peuple, l’Église chrétienne, la même obéissance et quiconque ne se soumettrait pas à sa loi serait passible d’un jugement encore plus sévère que par le passé. Quiconque n’aurait pas la bonne confession de foi se verrait rejeté dans les ténèbres du dehors. Voila l’inquisition, les croisades et les guerres de religions à nouveau justifiées. Tous ceux qui sont adeptes d’un évangile pur et dur où la justice devance le pardon se trouvent ici confortés dans leur intégrisme.

Cette parabole dans laquelle nous ne reconnaissons pas Dieu dans le personnage du roi et dont nous contestons la conclusion nous a-t-elle été donnée comme un contre évangile qui par voie de déduction nous amènerait à trouver en opposition le vrai évangile? C’est sans doute la tentation dans laquelle je suis en train de vous entraîner, comme si Jésus se permettait de prêcher le faux pour qu’on découvre le vrai. Mais tel n’est pas le fonctionnement habituel de sa pensée. Serait-ce alors un procédé littéraire propre à Matthieu ? Pas davantage ! Mais pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

Revenons donc à cette histoire de vêtement qui n’est pas conforme à ce qu’il devrait être. Ce n’est pas la première fois que la Bible accorde une valeur symbolique au vêtement. Le vêtement prend parfois une signification particulière dans la relation de l’homme à Dieu.

Dans le jardin d’Éden, une fois leur faute commise, Adam et Eve ne veulent plus paraître nus devant Dieu. Ils se bricolent alors des pagnes en feuillage. C’est Dieu lui-même qui leur confectionne un vêtement décent pour qu’ils puissent paraître devant lui. Le Grand prêtre lui-même devait porter un vêtement spécial pour assurer ses fonctions devant Dieu dans le Temple. Dans l’Évangile on nous raconte l’histoire de ce jeune homme qui laissa son vêtement aux mains des soldats et partit tout nu pour ne pas se faire arrêter en même temps que Jésus. Il perdit son vêtement pour prix de son infidélité. Inversement, dans l’Évangile de Jean c’est Pierre qui était nu alors qu’il était à la pêche et qui se revêtit pour se rendre acceptable devant Jésus.

La mention du vêtement ici n’est donc pas sans importance. C’est par lui qu’on peut être reconnu comme acceptable devant Dieu. La parabole en dépit de ses aspects insupportables se déroule dans une ambiance de fête. Malgré les violences qui y sont noces 2relatées, malgré la brutalité des événements, malgré l’attitude arbitraire du roi, malgré tout ce qui nous pousse à rejeter cette parabole et à la qualifier d’inacceptable, elle implique une attitude de fête et de joie. Elle pourrait très bien caractériser l’attitude du chrétien dans notre société moderne. En effet, on prétend aujourd’hui que la violence s’accroît, on nous dit que nous sommes dans l’insécurité, les violences de toutes sortes  se déroulent à notre  porte,  mais Dieu n’a-t-il pas mis en nous l’espérance qui devrait se manifester par une sérénité affichée, et par une confiance affirmée en l’avenir. 

Malgré la réalité d’une société violente et injuste, malgré l’arbitraire des pouvoirs en place, malgré la fausse image de Dieu que l’on essaye de nous asséner, Jésus nous demande d’afficher notre sérénité face aux événements et notre confiance en ce Dieu qui n’est pas nommé ici mais qui est l’objet de notre espérance. C’est l’espérance affichée qui doit révéler notre foi. Il nous faut donc manifester ouvertement que nous croyons possible la venue de ce Royaume de paix annoncé par Jésus. Nous devons donc rendre visible notre sérénité comme on le ferait d’un vêtement de noce. Espérance et sérénité, voila ce qui se cache derrière ce vêtement mystérieux.

Illustrations: musée de Clermont Ferrand

 

Les images viennent du Musée de Clermont-Ferrand

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Matthieu 21/33-43 la parabole des vignerons – dimanche 8 octobre 2017

Posté par jeanbesset le 2 octobre 2017

La parabole des vignerons dimanche 2 octobre 2011

Ecoutez une autre parabole. Il y avait un maître de maison qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir et y construisit une tour, puis il la loua à des vignerons et partit en voyage. 34 A l’approche des vendanges, il envoya ses esclaves chez les vignerons, pour recevoir les fruits de la vigne. 35 Les vignerons prirent ses esclaves ; l’un, ils le battirent ; un autre, ils le tuèrent ; un autre encore, ils le lapidèrent. 36 Il envoya encore d’autres esclaves, en plus grand nombre que les premiers ; les vignerons les traitèrent de la même manière. 37 Enfin il leur envoya son fils, en disant : « Ils respecteront mon fils ! » 38 Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent : « C’est l’héritier ! Venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. »39 Ils le prirent, le chassèrent hors de la vigne et le tuèrent. 40 Lorsque le maître de la vigne viendra, comment traitera-t-il donc ces vignerons ?

 41 Ils lui répondirent : Ces misérables, il les fera disparaître misérablement, et il louera la vigne à d’autres vignerons qui lui donneront les fruits en leur temps.42 Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures :C’est la pierre que les constructeurs ont rejetée qui est devenue la principale, celle de l’angle ;cela est venu du Seigneur, c’est une chose étonnante à nos yeux.43 C’est pourquoi, je vous le dis, le règne de Dieu vous sera enlevé et sera donné à une nation qui en produira les fruits. 44 Quiconque tombera sur cette pierre s’y brisera, et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera.45 Après avoir entendu ses paraboles, les grands prêtres et les pharisiens comprirent que c’était d’eux qu’il parlait ; 46 ils cherchaient à le faire arrêter, mais ils eurent peur des foules, parce qu’elles le tenaient pour un prophète.

vignerons  4

Si on cherche à trouver le sens de cette parabole en regardant seulement le titre qu’en donnent les traductions les plus usuelles de nos Bibles, on constatera que les éditeurs nous engagent à lire ce texte comme si les ouvriers qui travaillent dans la vigne étaient mauvais.

En effet les titres qui sont donnés à ce passage dans les Bibles sont les suivants:

- parabole des vignerons ( Colombe)

- parabole des vignerons homicides ( Jérusalem)

- parabole des vignerons mauvais ( Chouraqui)

- Les métayers révoltés ( TOB)

Un seul de ces titres est neutre par rapport aux vignerons. Les autres ont déjà formulé un jugement négatif sur eux.

Avant même d’avoir commencé la lecture du texte, les vignerons sont désignés comme des méchants, si bien que notre opinion est déjà faite avant d’avoir commencé à lire. Il n’est pourtant pas évident que les vignerons soient coupables. Cela dépend du regard que l’on porte sur le droit en vigueur. Les éditeurs font intervenir dans les titres qu’ils ont donnés les reflets du droit de notre société occidentale orientée vers le respect absolu de la propriété. Si nous lisions cette parabole dans une autre société que la nôtre, celle où la maffia par exemple règne en maître on donnera d’autres titres que ceux que j’ai cité: on aura par exemple:

- histoire d’une révolution avortée ou

- échec de la libération.

Si on considère que la terre appartient à celui qui la cultive, on aura encore un autre regard sur cette histoire

N’oublions pas qu’un des textes fondateurs de la Bible nous parle de la révolte des esclaves égyptiens conduits par Moïse avec la bénédiction de Dieu. Pour Moïse l’aventure a réussi, pour les vignerons, elle a échoué.

Concentrons-nous sur l’attitude du propriétaire. Il se comporte d’une manière irresponsable et lâche. Je ne peux en aucune manière l’identifier à Dieu. Il abandonne les vignerons à leur tâche et se contente d’envoyer des serviteurs pour réclamer son argent. Il n’établit aucune relation humaine avec ses ouvriers, il n’y a aucun échange. Il ne reconnaît pour justifier son comportement que le droit établi en faveur des privilégiés. Comble de lâcheté le propriétaire envoie son propre fils mater la révolte, et ce fils se fait tuer. Sans que l’on ne sente aucun chagrin chez lui, on nous décrit simplement les représailles qu’il ordonne.

Peut être êtes vous irrités par cette entrée en matière, peut-être vous demandez-vous si je n’essaye pas de justifier quelques concepts appartenant au courants de la théologie de la libération chers aux pays d’Amérique Latine et condamnés par le pape ?

Je pense seulement que si on veut comprendre le message de Jésus, il faut le nettoyer de tous ce que les siècles ont accumulé de traditions à son sujet. Cela nous amène dans un premier temps à comprendre que si Jésus donne tort aux vignerons, il ne leur donne pas tort pour les raisons sociales qui nous viennent à l’esprit. Jésus ne leur donne pas tort d’avoir molesté les serviteurs et tué le fils, même si cela nous choque, il leur donne tort d’avoir voulu contraindre leur maître à changer de comportement vis à vis d’eux.

Il leur donne tort d’avoir rompu le contrat qui les liait à leur maître en lui confisquant le droit d’être le maître. Qu’il soit loin ou près, qu’il soit bon ou mauvais, que sa propriété de la terre soit légitime ou pas, le problème n’est pas là. Il est dit qu’il loua la terre aux vignerons, c’est à dire que les vignerons n’étaient pas des esclaves, mais qu’ils étaient liés au maître par contrat librement consenti. Ils devaient normalement payer au maître ce qui lui revenait sans tenir compte de l’éloignement qui les séparait. En agissant comme ils ont fait, ils ont voulu contraindre le maître à exister d’une autre manière, ils ont voulu le reconstruire à leur manière et en fait ils le contraignent à ne pas exister, c’est pourquoi ils tuent le fils. Plus de fils, plus d’héritier, plus de maître. Telle est leur logique.

C’est là où nous en sommes. Oublions pour un temps le propriétaire terrien et entrons dans l’allégorie de la parabole telle qu’elle nous est suggérée par le prophète Esaïe ( Es. 5/1-7 (1) ), dont Jésus emprunte une partie du texte. Considérons, pour un temps tout au moins, que le propriétaire représente Dieu, le vignerons sera donc celui qui fait contrat avec Dieu, c’est donc le juif pratiquant, circoncis le 8 eme jour, fidèlement assidu aux pèlerinages et aux sacrifices et par extension, ce sera le bon chrétien, baptisé, confirmé et bien dans sa peau de membre de l’Eglise. C’est donc le fidèle que nous sommes qui est mis en garde afin qu’il ne dénature pas la personne de Dieu, et qu’il ne tue pas Dieu en croyant bien faire.

Quand je dis le « bon chrétien », je devrais dire que tout chercheur de Dieu est concerné, car le chercheur de Dieu est celui qui est déjà en train d’établir un contact avec son Seigneur: Toute personne qui se sent liée à Dieu est concernée de près ou de loin par cet avertissement qui lui est fait de ne pas dénaturer la réalité de Dieu en le modelant à notre manière. C’est en agissant ainsi qu’on le tue.vignerons5

Pour éviter cela, Dieu a suscité de nombreux témoins dont l’Écriture nous rapporte l’histoire. Ils ont dit à leur manière la vraie nature de Dieu. Pourtant, beaucoup de gens, et même parfois des prédicateurs éliminent des aspects de Dieu qui ne leur conviennent pas, ainsi le déforment-ils au risque de le tuer. Ils prêchent un universalisme béat en prétendant qu’il suffit de faire le bien! Mais qu’est-ce que faire le bien ? Ils disent qu’il suffit d’aimer son prochain! Mais qui est mon prochain? Ils disent que Dieu pardonne toujours. Mais ils oublient que le pardon pour exister doit être précédé par la repentance et qu’il doit être suivi par un changement d’attitude.

Nous sommes invités à mieux lire l’Écriture, et à approfondir notre approche de la foi pour ne pas tomber dans le piège qui consiste à faire comme les autres, à suivre naïvement le troupeau, à faire confiance à la tradition aussi respectable soit-elle. Or la parole de Dieu récuse le bon droit de la tradition, parce qu’elle nous provoque toujours à la nouveauté. Elle nous provoque là où nous n’avons pas envie qu’elle nous interpelle. Elle nous propose des itinéraires que nous n’avons pas envie de suivre, elle met sur notre chemin des prochains que nous n’avons pas envie d’aimer.

Ni les patriarches, ni les prophètes ni les apôtres n’ont souhaités suivre les chemins que Dieu les a invités à emprunter; mais ils les ont suivis à cause justement de cette relation étroite, puisée dans l’ l’Écriture, qu’ils ont établie dans la vérité avec Dieu et que nous sommes tous invités à établir.

Je ne voudrais pas être mal compris. Je ne voudrais pas que l’un ou l’autre parmi-vous se mette à penser à la suite de ce texte que Dieu est comme le maître de la parabole et qu’il se venge au point de détruire ceux qui n’entrent pas dans ses projets et qui dénaturent son image. Dieu ne ressemble pas au propriétaire de la vigne, pas plus que vous ne ressemblez à ces vignerons mal intentionnés. Cette histoire nous est racontée pour nous dire que quand on veut modifier l’image de Dieu, Dieu nvignerons 6e répond pas à nos désirs et ne se conforme pas à ce que nous voulons.

N’imaginez pas, sous prétexte d’être fidèles au texte que Dieu va punir les infidèles comme le fait le maître de ce récit, au contraire, vous le savez bien, Dieu va s’acharner à gagner à lui tous les hommes en commençant par les vignerons de la parabole. C’est là que réside la difficulté de cette parabole. Elle ne nous demande pas d’identifier les personnages du récit avec Dieu ou avec nous-mêmes. Elle nous demande d’apprécier la situation ici décrite afin que nous corrigions, en fonction de ce que nous avons compris nos comportement défectueux à l’égard de Dieu.

Les illustrations proviennent d’ enluminures de l’Evangéliaire d’Echtermach

(1)

Esaïe 5:1-7
1 Laissez-moi, je vous prie, chanter pour mon ami
le chant de mon bien-aimé pour sa vigne.
Mon ami avait une vigne
sur un coteau fertile.
2 Il en travailla la terre, ôta les pierres
et y planta un cépage de choix ;
il bâtit une tour au milieu d’elle,
il y creusa aussi une cuve.
Il espérait qu’elle produirait des raisins,
mais elle a produit des fruits puants !
3 Maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda,
soyez juges, je vous prie, entre moi et ma vigne !
4 Qu’y avait-il encore à faire à ma vigne
que je n’aie pas fait pour elle ?
Pourquoi, quand j’espérais
qu’elle produirait des raisins,
a-t-elle produit des fruits puants ?
5 Maintenant laissez-moi, je vous prie, vous faire savoir
ce que je ferai à ma vigne.
J’en arracherai la haie,
pour qu’elle soit dévorée ;
j’ouvrirai des brèches dans sa clôture,
pour qu’elle soit foulée aux pieds.
6 Je la réduirai en ruine :
elle ne sera plus taillée, ni sarclée ;
les ronces et les épines y croîtront.
Je donnerai mes ordres aux nuages,
afin qu’ils ne laissent plus tomber de pluie sur elle.
7 Or la vigne du SEIGNEUR (YHWH) des Armées,
c’est la maison d’Israël,
et les hommes de Juda,
c’est le plant qu’il chérissait.

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Matthieu 21/28-32 Parabole des deux fils – dimanche 3 octobre 2017

Posté par jeanbesset le 18 septembre 2017

 

28 Qu’en pensez-vous ? Un homme avait deux fils ; il s’adressa au premier et dit : Mon enfant, va travailler dans la vigne aujourd’hui.

29 Celui-ci répondit : « Je ne veux pas. » Plus tard, il fut pris de remords, et il y alla.

30 L’homme s’adressa alors au second et lui dit la même chose. Celui-ci répondit : « Bien sûr, maître. » Mais il n’y alla pas.

31 Lequel des deux a fait la volonté du père ? Ils répondirent : Le premier. Jésus leur dit : Amen, je vous le dis, les collecteurs des taxes et les prostituées vous devancent dans le royaume de Dieu.

32 Car Jean est venu à vous par la voie de la justice, et vous ne l’avez pas cru. Ce sont les collecteurs des taxes et les prostituées qui l’ont cru, et vous qui avez vu cela, vous n’avez pas eu de remords par la suite : vous ne l’avez pas cru davantage.

 Les  deux fils

La vie des humains est bien compliquée  et leurs comportements ne répondent pas  à une logique de valeur universelle.  L’histoire racontée ici par Jésus nous pose un défi en face duquel nous avons du mal à nous situer.   Nous n’avons pas toujours la même réaction, les uns et les autres face aux problèmes que nous pose la vie. Ici deux frères réagissent totalement différemment  face à la même situation. On ne sait pas pourquoi ils ont réagi comme ils l’ont fait.  Nous ne savons rien de l’un ou de l’autre ni de leur relation au père.  Celui-ci pourrait-être un brave homme soucieux de  gérer correctement son domaine, il pouvait être aussi un tyran domestique dont chaque fils aurait essayé de contourner les sautes d’humeur. L’un des garçons est  peut être infirme, malade ou trop jeunes pour  faire un tel travail tandis que l’autre  serait peut être un fieffé paresseux soucieux de ses intérêts. Je laisse à chacun de vous le soin de trouver des excuses pour  les déculpabiliser ou au contraire pour les enfoncer dans leur mensonge, car tous deux ont menti.

En fait, le problème n’est pas là et Jésus pointe ici du doigt la complexité de notre nature humaine car nous ne réagissons pas spontanément aux propositions de la vie.  Nous avons besoin de réfléchir  avant de répondre à une interpellation du destin et de décider la bonne attitude à  suivre.  Notre perception immédiate d’une proposition  n’est pas forcément celle que nous retiendrons par la suite, et c’est le cas des deux garçons dont la spontanéité est suspecte.

 Si tel  est notre comportement dans les affaires de la vie, qu’en est-il alors de notre relation à Dieu, car il semble que ce soit là le propos sous-jacent de cette petite histoire. Nous nous en servirons de prétexte pour nous interroger sur la manière dont nous communiquons avec Dieu.

 En fait Dieu ne semble pas nous parler en termes  clairs et précis  comme le suggère généralement  la Bible. En effet, tout au long des récits que nous rencontrons dans l’Écriture nous lisons cette formule : «  Dieu dit » et la personne concernée réagit  en fonction d’un ordre précis. Si Jonas décide de ne pas obéir  et de prendre un autre chemin que celui sur lequel Dieu l’envoie o si  Abraham au contraire suit son injonction à partir suivi de  sa femme et ses troupeaux, c’est que l’un et l’autre, sans que cela soit dit, ont forcément réfléchi avant de prendre une décision. Pourtant, le lecteur que nous sommes se sent perplexe et regrette naïvement , semble-t-il,cette époque bien heureuse où Dieu parlait bouche à bouche et cœur à cœur avec les hommes. Bien que nous pension que les grands témoins de Dieu  avaient un contact immédiat avec lui et savaient entendre sa parole sans questionnement, il n’en était pas ainsi !

 Reprenez donc les textes avec un peu d’attention et vous verrez dans le comportement des patriarches ou des prophètes, même les plus grands que leur vie a été marquée par des moments d’incompréhension où ils n’ont pas compris ce que Dieu leur demandait,  comme ce fut le cas pour Abraham par exemple qui ne comprit pas que Dieu ne lui demandait pas de tuer son fils, mais de le lui consacrer. Le livre de Jérémie est rempli de remarques du prophète faisant état de son désarroi et de son incompréhension en face de ce qu’il comprenait de la volonté de Dieu.

 Par commodité, ceux  qui ont transmis les textes de la Bible ont évité de rapporter les états d’âme de ceux à qui Dieu parlait, ils n’ont pas rapporté la totalité de leurs réflexions  ou de leurs atermoiements, ils ont dit simplement : « Dieu leur parla ». Mais ce raccourci ne les dispensait pas  de tout le débat intérieur qu’ils ont eu pour comprendre ce que Dieu leur demandait.les deux fils 1 

 Quand Dieu parle, c’est d’abord un dialogue qui s’établit entre lui et nous. C’est par la voix d’un autre humain qu’il nous interpelle, c’est par un événement qui provoque une réaction en nous que nous croyons entendre un écho de  sa voix et nous y répondons par un questionnement  intérieur par lequel nous cherchons la bonne voix de Dieu. C’est par ce dialogue entre Dieu et nous, sans qu’aucune parole ne soit vraiment prononcée  que se fait la perception de la volonté divine. C’est par le dialogue avec les autres qu’il se prolonge, c’est par un éclairage avec les Ecritures qu’il se poursuit.

 Ainsi, quand Dieu parle, il fait appel à l’intelligence humaine pour se faire comprendre, et c’est par ce moyen qu’agit le Saint Esprit. En face de chaque situation nouvelle, notre intelligence se met en mouvement. Elle, pèse le pour et le contre et s’appuie sur l’expérience millénaire des nombreux témoins de Dieu que la Bible nous a transmise et dont Jésus a porté témoignage.  Leur foi en Dieu  nous a appris que Dieu agissait toujours par amour et  qu’il ne voulait que le mieux être des hommes. Son seul but est donc de vivre en harmonie avec eux. Toute nos intuitions intérieures qui n’iraient pas dans ce sens ne viendraient  donc  pas de Dieu et ne seraient pas le reflet de sa parole.

 Nous avons en effet, tendance à enfermer Dieu dans des schémas préétablis  en dehors desquels nous nous refusons généralement  à l’entendre. Les contemporains de Jésus étaient tellement   engoncés dans ces concepts qu’ils n’ont pas su reconnaître la parole de Dieu dans les propos de Jean Baptiste qui dénonçaient l’archaïsme de leurs pensées. En s’opposant à lui, ils   affirmaient  que Dieu ne pouvaient pas accueillir les pécheurs si bien que les incroyants, les gens sans éducation qui ne nourrissaient en eux aucun préjugé culturel étaient plus aptes que les croyants et les vrais pratiquants à entendre la parole de Dieu par sa bouche, à la comprendre et à la transmettre.

 Il est curieux de constater que c’est encore le cas dans les débats de société quand on oppose la parole de Dieu  aux propositions que suggèrent  les problèmes éthiques actuels, si bien que l’Église se faisant, risque de fermer ses portes à des hommes et  des femmes, non pas à cause de la parole de Dieu mais à cause de leur non-conformité à des traditions anciennes et respectables, mais  trop rigides pour accepter que Dieu adapte la bonne nouvelle de l’Évangile à l’évolutionLes deux fils 2 des mœurs.

 Dans son commentaire de la parabole qu’il a raconté sur les deux fils  Jésus a   dénoncé notre manière de penser selon laquelle les projets de Dieu seraient établis à l’avance d’une façon immuable et que ses décisions seraient arrêtée de toute éternité. Il nous apprend que Dieu actualise sa parole en fonction de chaque situation nouvelle que nous vivons. A chaque situation nouvelle il nous demande d’exercer notre sagacité pour que sa parole y prenne corps parfois en opposition avec les traditions si bien qu’il met  Moïse en porte à faux par rapport à Jean Baptiste

 Dieu œuvre toujours en fonction du bien des hommes, même  si les situations présentes ont évoluée par rapport au passé et que le mieux être des hommes prend un aspect nouveau. L’attitude des  deux frères de la parabole relève de cette problématique. Ils contestent par leur comportement l’ordre que leur donne leur père, et ils s’en  sortent, l’un et l’autre  par une dérobade qui les amène à confondre le oui et le non. Ils s’avèrent donc incapables d’être cohérents avec eux-mêmes. Le mensonge et la fausseté font partie de leur être intime. Cela les rend incapables d’être dans une relation de vérité avec leur père,  ni l’un ni l’autre ne pourrait se trouver en état d’entendre sa voix  et d’y répondre car ils ont utilisé le mensonge pour se tirer d’affaire si bien que Dieu ne pourrait trouver son compte.   En masquant leur réponse,  ils  portent atteinte à leur père, aussi incompréhensible soit-il  et ne peuvent  pas  dans ces conditions se trouver en accord avec Dieu ni avec les hommes..

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Matthieu 20/1-16 les ouvriers de la dernière heure – Dimanche 24 septembre 2017

Posté par jeanbesset le 15 septembre 2017

1 Voici en effet à quoi le règne des cieux est semblable : un maître de maison qui était sorti de bon matin embaucher des ouvriers pour sa vigne. 2 Il se mit d’accord avec les ouvriers pour un denier par jour et les envoya dans sa vigne. 3 Il sortit vers la troisième heure, en vit d’autres qui étaient sur la place sans rien faire 4 et leur dit : « Allez dans la vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste. » 5 Ils y allèrent.

Il  sortit encore vers la sixième, puis vers la neuvième heure, et il fit de même. 6 Vers la onzième heure il sortit encore, en trouva d’autres qui se tenaient là et leur dit : « Pourquoi êtes-vous restés ici toute la journée sans rien faire ? » 7 Ils lui répondirent : « C’est que personne ne nous a embauchés. — Allez dans la vigne, vous aussi », leur dit-il.

 8 Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Appelle les ouvriers et paie-leur leur salaire, en allant des derniers aux premiers. » 9 Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. 10 Les premiers vinrent ensuite, pensant recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. 11 En le recevant, ils se mirent à maugréer contre le maître de maison 12 et dirent : « Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons supporté le poids du jour et la chaleur ! »

13  Il répondit à l’un d’eux : « Mon ami, je ne te fais pas de tort ; ne t’es-tu pas mis d’accord avec moi pour un denier ? » 14 Prends ce qui est à toi et va-t’en. Je veux donner à celui qui est le dernier autant qu’à toi. 15 Ne m’est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux ? Ou bien verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon ? » 16 C’est ainsi que les derniers seront premiers et les premiers derniers.vigne rouge 2

On pourrait faire une boutade de mauvais goût en disant que Jésus préconise la formule selon laquelle dans le Royaume qu’il veut instaurer, le but à atteindre est de « travailler moins pour gagner plus » ! En fait, ce n’est pas cela que Jésus essaye de faire comprendre, mais c’est pourtant ainsi que ceux qui ont travaillé toute la journée sous le soleil comprendront l’attitude de Jésus vis à vis des ouvriers qui n’ont travaillé qu’une heure. Avec un tel patron, tous viendront le lendemain, en fin d’après midi pour ne travailler qu’ une heure dans l’espoir de gagner le salaire d’une journée. Évidemment avec une telle méthode l’entreprise ira droit à sa perte.

Mais trêve de plaisanteries, revenons au texte. Seule une petite partie des ouvriers de la parabole ont reçu le salaire qui correspondait vraiment à une journée complète de travail. Ceux qui ont travaillé le plus sont ceux qui ont été embauchés les premiers, ce sont sans aucun doute les plus grands physiquement, les plus forts, les plus qualifiés, les plus compétents, ceux qui sont en meilleure santé. Dans les heures qui suivent, ce sont ceux qui ont de moins en moins de capacité qu’on a du embaucher au fil des heures.

Dans la logique de ce récit se sont les ouvriers les moins compétents, qui ont le moins travaillé qui ont gagné le plus en fonction de leur travail. Mais nous l’avons compris, ils n’ont pas été payés en fonction de leur travail mais de leurs besoins. En effet, le salaire versé dans cette histoire est celui qui correspond à la somme nécessaire pour nourrir une famille pendant une journée.

Une  telle conception provoque en nous, consciemment ou pas, le sentiment d’une injustice profonde, à savoir que le travail doit servir à nourrir la famille. Si le travail est insuffisant c’est la famille qui en pâtit. C’est inadmissible, mais ce n’est que « justice », sans quoi la société deviendrait ingérable. Pourtant on conçoit aisément que l’enfant du travailleur n’a pas à être privé de nourriture à cause de  la faiblesse de son Père. Seule une  société idéale constituée de gens sans aucun esprit de rivalité peut imaginer un tel principe 

Mais  le sort réservé à ceux qui ont le plus travaillé nous parait aussi vraiment injuste. Dieu serait-il injuste? La justice divine serait-elle en contradiction avec la justice humaine? Nous allons essayer d’y répondre. Pour le moment contentons-nous de constater que si cette situation nous parait injuste ici bas, sur terre, Jésus la propose pour nous dire qu’elle se rapproche au mieux de la justice qui serait de règle dans le Royaume. Ce qui paraît inapplicable ici bas, dans ce monde-ci, le serait plus tard, dans le monde futur. En attendant d’y être, il nous faudra réfléchir sur la conception du travail telle que l’Écriture nous la propose. Mais le Royaume dont Jésus parle concerne-t-il le futur ou est-il déjà une utopie à réaliser dès aujourd’hui?

Il nous faut d’abord tenir compte du fait que la Bible a été écrite sur une durée de mille ans d’histoire. En un millénaire d’histoire le peuple d’Israël est passé de l’état nomade, qui est perçu par les prophètes comme une période idéale, à un état sédentaire géré d’une manière féodale qui prendra diverses formes. C’était encore le cas à l’époque de Jésus où l’économie était aux mains des grands propriétaires qui possédaient la quasi-totalité de tout et  avaient à leur service des journaliers, c’est le cas de notre histoire.

A cela il faut encore ajouter une minorité de petits artisans, de petits commerçants et de pêcheurs qui formaient un groupe plus aisé. Nous sommes très loin d’une société comparable à la nôtre. Pourtant, c’est pour l’édification spirituelle de ce peuple, vivant d’une profonde injustice sociale que Jésus a donné son Évangile.

L’Écriture présente l’homme comme l’être le plus achevé de la Création. Il est destiné à y travailler pour faire progresser la nature afin qu’elle soit belle et qu’elle révèle la gloire de Dieu. Elle est aussi destinée à nourrir les hommes qui l’entretiennent. Dieu nous est-il dit « mit l’homme dans le jardin des origines pour qu’il l’entretienne et qu’il y travaille ». Le travail est donc lié à la mise en valeur de la création dont l’homme tirera sa subsistance, sa nourriture sera le produit de son travail et de la grâce de Dieu.

Ce travail de l’homme n’est pas limité dans la durée, ni à une période quelconque de la vie de l’homme. Pas question de vacances ou de retraite, qui l’une et l’autre pourraient être considérées comme une période de travail d’une autre manière. Le travail est lié à la vocation de l’homme devant Dieu. Il est semble-t-il, contre nature de priver l’homme de travail. Il est donc contraire à l’esprit de la création de contraindre l’homme à ne pas travailler. De même qu’il sera contraire à l’ordre de la création de contraindre l’homme à travailler dans un but qui n’est pas celui d’entretenir la création mais d’entretenir les privilèges d’une minorité.

Il est donc contraire à l’ordre de la création de contraindre l’homme à ne pas travailler puisque sa vie matérielle et sa subsistance en dépendent et que c’est ainsi que Dieu semble avoir prévu l’ordre des choses dans l’esprit de la création. Cette situation apparemment idyllique dans le jardin d’Éden n’a jamais existé. Elle est proposée comme un idéal à atteindre mais reste quand même irréalisable.

Après que l’homme et la femme se soient émancipés de la tutelle paternelle de Dieu et qu’ils aient été contraints  de quitter le jardin d’Éden, ils découvriront que le travail existe toujours, mais qu’il devient pénible et contraignant. La vocation de l’homme à travailler reste la règle. Le travail subsiste comme vocation du couple humain mais les textes insistent alors sur sa pénibilité. « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Telle sera désormais la règle. Ce sont la peine et la fatigue qui sont perçues comme une malédiction et non pas le travail. C’est la peine et la fatigue qui sont aliénantes, mais pas le travail qui lui, reste lié à la fonction première de l’homme.

Ainsi la parabole, loin d’instaurer une injustice nous rappelle que le droit à la vie est lié au travail. Ainsi ce bref sondage dans les textes connus de l’ Écriture nous a rappelé que le travail est constitutif de la vocation de l’homme devant Dieu et de sa dignité. Celui qui ne peut pas travailler ne peut accomplir sa vocation d’homme. Celui qui disait que le chômage devait être déclaré hors la loi n’avait pas tort. En faisant cela, sans s’en rendre compte il retrouvait les fondements de la théologie biblique sur l’homme.

Mais en disant cela on se rend bien compte que sont aussi mises en cause toutes les aides allouées aux personnes qui ne travaillent pas, car le travail doit prendre le pas sur la charité. Les choses ne sont pas prévues par Dieu pour être autrement. Il ne semble pas bibliquement convenable que l’on puisse organiser une société où des catégories d’individus seraient prévues comme étant dispenséevigne rouge 3s de travail ou interdits de travail, car le travail est lié à la vie. Mais tout cela  cache une injustice.

Cette injustice est liée à l’interrogation finale sur laquelle s’achève la parabole : « ou vois-tu de mauvais œil que je sois bon ?» L’action du maître est perçue comme une injustice parce qu’il est « bon ». La bonté ne consiste pas à exercer la charité ni à être altruiste. C’est beaucoup plus profond que cela, c’est l’art de rétablir les hommes dans leur dignité de créature de Dieu. Ce qui est « bon », c’est donc ce qui est conforme à la volonté de Dieu.

Ce qui est vrai pour le travail est vrai aussi pour toutes les situations où l’homme perd sa dignité. Celui que les vicissitudes de la vie a privé de toit, celui qui est frustré, de quelle que manière que ce soit, même s’il est responsable de son mauvais sort, celui qui est  en prison, tous ceux qui sont privés de leur dignité ont donc priorité dans tout ce que nous entreprenons pour les aider à répondre  à leur vocation d’homme.

Illustrations: la vigne rouge de Vincent

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Matthieu 18/23-35 – le serviteur impitoyable – dimanche 17 septembre 2017 (reprise 2011)

Posté par jeanbesset le 9 septembre 2017

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Matthieu 18 :23-35 La parabole de l’esclave impitoyable: 23 C’est pourquoi il en va du règne des cieux comme d’un roi qui voulait faire rendre compte à ses esclaves. 24 Quand il commença à le faire, on lui en amena un qui devait dix mille talents. 25 Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu’on le vende, lui, sa femme, ses enfants et tout ce qu’il avait, afin de payer sa dette. 26 L’esclave tomba à ses pieds et se prosterna devant lui en disant : « Prends patience envers moi, et je te paierai tout ! » 27 Emu, le maître de cet esclave le laissa aller et lui remit la dette.


28 En sortant, cet esclave trouva un de ses compagnons d’esclavage qui lui devait cent deniers. Il le saisit et se mit à le serrer à la gorge en disant : « Paie ce que tu dois ! » 29 Son compagnon, tombé à ses pieds, le suppliait : « Prends patience envers moi, et je te paierai ! » 30 Mais lui ne voulait pas ; il alla le faire jeter en prison, jusqu’à ce qu’il ait payé ce qu’il devait. 31En voyant ce qui arrivait, ses compagnons furent profondément attristés ; ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé.


32 Alors le maître le fit appeler et lui dit : « Mauvais esclave, je t’avais remis toute ta dette, parce que tu m’en avais supplié ; 33 ne devais-tu pas avoir compassion de ton compagnon comme j’ai eu compassion de toi ? » 34 Et son maître, en colère, le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il ait payé tout ce qu’il devait. 35 C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur. serviteur impitoyable

Il nous arrive parfois de vivre dans un mode tellement injuste que nous avons l’impression que Dieu l’a oublié, ou pire même qu’il participe aux injustices dont nous sommes victimes. Cette parabole nous en donne une image réaliste. Il y est question d’un roi bienveillant qui pourrait bien être Dieu, cependant son comportement à la fin du récit  nous met singulièrement mal à l’aise.

Ce roi est bon, mais il est versatile.   Par contre, il intervient dans le cours d’une affaire qui ne le concerne pas directement et dans laquelle il n’est apparemment pas lésé, même s’il est conscient que le comportement de celui à qui il a fait du bien est décevant. En colère, il  donne  à personne aucune chance  de s’en sortir ni à celui dont le  comportement est  moralement contestable ni à celui qui en est victime. Il utilise son pouvoir pour imposer sa propre morale au détriment de l’élan de bonté qu’il a manifesté au début.

Ce qui nous dérange aussi, c’est le décalage qu’il y a entre les deux  dettes. La somme d’argent que le premier doit à son maître est 16 millions de fois supérieure à la somme qui est due par le deuxième personnage au premier (1). On a l’impression de se trouver dans le même rapport de force que le modeste citoyen que nous sommes quand il  n’arrive pas à  payer ses impôts  en comparaison à la dette de l’état face à  ses débiteurs.

A nos yeux, les responsables de la dette de l’état ne semblent pas inquiétés alors que le citoyen, lui ne peut échapper à l’impôt, sous peine d’une sanction passible de prison. Notre vie quotidienne ne nous laisse donc pas étrangers à la situation ici décrite par Jésus qui n’y voyait sans doute pas une telle actualisation.

Bien évidemment nous nous sentons très proches du  personnage qui doit une très faible somme par rapport à la somme demandée pour l’autre débiteur. On espère que le roi de la parabole va rétablir la situation et faire pencher le fléau de la balance de la justice au profit du  personnage qui a une faible dette. Mais il n’en est rien, ni dans la parabole, ni dans la réalité.

Quant à la réalité, sous savons que le modeste contribuable n’a aucune chance de s’en sortir sans payer au fisc tout ce qu’il lui doit. Il ne peut souhaiter l’intervention d’aucun roi, aussi puissant soit-il. Par contre le puissant débiteur semble devoir toujours s’en sortir. C’est ce qui contredit la parabole, à notre grande satisfaction. Cette discordance de situation nous amène à nous interroger sur la nature de ce roi.

serviteur impitoyable 4
Il fait preuve d’une immense bonté. Il sursoit à une dette monumentale que les théologiens nous ont habitué à reconnaître comme étant la nôtre. Nous nous plaisons à reconnaître que l’être humain que nous sommes, quel qu’il soit est passible de peine de mort à cause du poids de ses péchés. Il mériterait de périr dans les feux de l’enfer, si Dieu ne lui faisait grâce. Pécheurs sans excuse nous mériterions la mort éternelle si Dieu n’intervenait pas dans le cours des choses par un décret qui n’est explicable que par sa seule bonté.

Telle est l’explication que la théologie habituelle donne à notre situation de pécheur devant Dieu, toujours soucieux de nous manifester sa miséricorde. Par ailleurs nous pensons que non seulement Dieu est bon mais aussi qu’il est juste. Nous pensons qu’il ne laissera aucune injustice criante se produire sans qu’il n’intervienne. La première partie de la parabole va bien dans ce sens. Il punit à notre grande satisfaction le coupable qui s’est moqué de lui. Mais procède d’ une justice à deux vitesses. S’il accomplit une justice qui correspond à ce que nous souhaitons, malgré les réserves que nous avons déjà faites, nous nous demandons pourquoi il ne va pas plus loin.

S’il juge sévèrement celui qui ne mérite pas sa grâce, il n’intervient pas dans l’histoire du pauvre bougre victime du créancier sans scrupule. Pourquoi le roi suspend-il ici les effets de sa justice  et ne manifeste-t-il pas les effets de sa grâce?

Où nous entraîne donc cette histoire ? Comment la comprendre et qu’est-ce qu’elle veut dire ? Ne nous décrit-elle pas une situation insupportable dans laquelle les plus modestes sont enfermés dans une réalité inextricable d’où personne ne les secourt ? Bien que la perversité du puissant indélicat soit sanctionnée, le plus modeste reste soumis à sa dépendance, sans que rien ne vienne modifier le cours d’une telle fatalité. Cela n’a pas de sens et ne correspond pas à la réalité car nous constatons que les puissants échappent bien souvent aux sanctions et ne sont pas inquiétés à cause de leurs malversations, alors que le petit est sanctionné sans que rien ne viennent suspendre le cours des événements. C’est en tout cas l’impression qu’on en a.

En fait l’image du roi de la parabole correspond à une image de Dieu qui serait conforme à celle nous imaginons : un Dieu bon et juste qui interviendrait dans le cours de l’histoire du monde pour  corriger des dérives dangereuses. Grâce à son intervention, les projets pervers échoueraient et le monde deviendrait acceptable. Dieu laisserait cependant aux hommes la responsabilité  de gérer au mieux les affaires ordinaires. C’est pour cela que le roi n’intervient pas dans le sort du petit débiteur. Dieu veillerait au grain seulement en cas de dépassement des limites tolérables. Une telle vision des choses correspond tout à fait avec ce qui nous est dit dans cette parabole.

C’est bien dans ce sens que va notre foi. Nous pensons que Dieu n’intervient qu’en cas de nécessité urgente, quand les hommes n’y peuvent plus rien. C’est parce que nous voyons les choses ainsi que nous formulons nos prières d’intercession à la fin du culte. Nous demandons à Dieu d’intervenir là où nous ne pouvons plus rien. Mais ce n’est pas cette image que Jésus a voulu nous donner de Dieu, c’est pourquoi il nous a proposé  cette parabole.

Si Dieu est bon, comme nous le croyons, c’est parce qu’il ne nous prive pas du souffle de son esprit qu’il répand sur nous tous, que nous soyons puissants ou misérables. Cependant, il ne se reconnaît pas le droit de s’immiscer à notre place dans le cours des choses. Il se refuse à forcer l’histoire à aller dans le sens où il le désire. C’est à cela que nous devons être attentifs. 

En fait si Dieu est bien à l’image du Dieu de miséricorde que nous voyons dans  la première partie de la parabole,  il cesse de l’être quand il devient conforme à la justice telle que nous la souhaitons. C’est nous-mêmes qui nous nous substituons à lui quand il punit le coupable, c’est alors que  le processus d’injustice s’empare de la situation et que le dernier personnage, petit débiteur  de l’autre, subit l’injustice de plein fouet. Mais cette injustice est en fait la nôtre, elle découle du fait que nous ne supportons pas  la justice du roi qui pardonne sans réserve. Le dernier personnage n’est donc pas victime de la colère et de l’injustice du roi, mais il est victime  notre propre injustice  parce que nous se supportons pas l’idée d’un pardon sans  rétribution.serviteur impitoyable 3

Pour bien comprendre, nous projetons sur Dieu  notre propre justice parce que nous refusons la sienne. C’est pour cela que l’attitude du roi devient incompréhensible. Il cesse d’être l’image du Dieu que Jésus voudrait nous transmettre quand nous ne supportons plus les effets de sa bonté sur les autres.

C’est ce qui se passe dans le monde où nous vivons quand nous  refusons de mettre en pratique les effets de la bonté de Dieu dans notre vie quotidienne. Le dernier personnage de la parabole n’est donc pas victime de la colère de Dieu, mais du refus que nous avons de sa trop grande bonté.

Pardon si ce propos vous choque mais il est dans la droite ligne de le logique de cette parabole qui nous oblige à tirer les conclusions, comme nous venons de le faire : Soi Dieu intervient toujours  en mêlant étroitement bonté et justice, soi il faut que nous révisions notre manière de voir les choses à son sujet et que nous considérions que sa bonté et sa justice ont des limites.

 Nous devons considérer que Dieu fait de nous des êtres responsables, qui sont sensés intervenir dans l’histoire des hommes  comme il est sensé le faire ici dans la première partie de la parabole en appliquant une justice conforme à la sienne et en parfait décalage avec la conception habituelle des hommes.

L’Esprit de Dieu agit en nous comme le feraient les phares qui guident les bateaux vers le port. Le pilote peut suivre les indications qu’ils lui donnent. Il peut aussi manœuvrer autrement si bon lui semble. Le résultat de sa manœuvre est placé sous sa responsabilité. Bien heureux celui qui sait faire une pause pour écouter la voix de Dieu qui l’habite, car Dieu ne laisse agir personne sans lui faire parvenir la voix de la sagesse.

Cette sagesse lui sera nécessaire pour se comporter avec ses frères et surmonter les situations d’injustice où ils se trouvent en donnant priorité au pardon car telle est la voix de la sagesse divine. C’est sur cette remarque que s’achève ce sermon, alors que c’est par là qu’il aurait du commencer. Comprenne qui pourra.

(1) J’ai fait approximativement le calcul

Les illustrations proviennent de l’évangéliaire de Reichnau XI eme siècle

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