Luc 14: 25-33 porter sa croix dimanche 4 septembre 2016

Posté par jeanbesset le 26 août 2016

 Reprise du même sermon en 2010

De grandes foules faisaient route avec lui. Il se retourna et leur dit :

26 Si quelqu’un vient à moi et ne déteste pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27 Et quiconque ne porte pas sa croix pour venir à ma suite ne peut être mon disciple.PORTER SA CROIXjpg

28 En effet, lequel d’entre vous, s’il veut construire une tour, ne s’assied pas d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer, 29 de peur qu’après avoir posé les fondations, il ne soit pas capable d’achever, et que tous ceux qui le verront ne se moquent et ne disent : 30 « Cet homme a commencé à construire, et il n’a pas été capable d’achever. »

31 Ou bien quel roi, s’il part en guerre contre un autre roi, ne s’assied pas d’abord pour se demander s’il peut, avec dix mille hommes, affronter celui qui vient au-devant de lui avec vingt mille ? 32 Sinon, tandis que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander les conditions de paix. 33Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.

La tradition a rendu populaire une certaine image de Jésus que Théodore Botrel parmi tant d’autres a chanté dans le folklore breton. Jésus y est présenté comme le doux Sauveur à barbe blonde avec de grands yeux doux. Le cinéma américain a contribué pour sa part à vulgariser cette image. Les peintres classiques n’ont pas échappé à ce canon de beauté pour présenter le visage du Seigneur. Mais ce serait mal lire l’Évangile que de voir Jésus sous ce seul portrait. Le texte que nous avons lu nous présente un autre aspect de Jésus, plus rude, d’où la tendresse est absente. Le rôle de Jésus est de nous faire découvrir Dieu. Ici il le fait sans ménagement car le Dieu dont il est le témoin est différent de celui que Jésus lui-même nous a habitué à découvrir dans ses propos.porter sa croix 2

Qui est Dieu pour vous ? En quoi votre existence est-elle affectée par la réalité de Dieu ? Comment agit-il en vous ? Ces questions tant de fois répétées, tant de fois formulées nécessitent qu’on ose se les poser au moins une fois de temps en temps. Chacun y répondra mentalement et à sa façon. On pourra dire que Dieu est une force qui vient d’en haut et qui s’empare de nous, qui habite notre âme et notre esprit. On dira aussi que c’est une certitude rassurante selon laquelle notre vie serait ballottée au rythme des hasards dans une société globalisante. Nous dirons aussi que Dieu donne du sens à notre être. Nous nous garderons de vérifier si notre réponse est conforme à la théologie en vigueur dans notre église. Mais nous savons fondamentalement, que nous ne chercherions pas Dieu s’il ne nous avait déjà trouvés, et que c’est lui qui nous pousse à le chercher. Nous percevons intuitivement qu’il y a un lien entre lui et nous et nous croyons qu’il a quelque chose à voir avec notre existence dans ce monde.

Il est donc normal que nous cherchions Dieu, sans pour autant jamais le trouver complètement. Écoutez ce que dit le poète Kalil Gibran : « Contemplez le ruisseau, écoutez sa mélodie. Eternellement, il sera en quête de la mer, et bien que sa recherche n’ait pas de fin, il chante son mystère de crépuscule en crépuscule. Puissiez-vous chercher le Père comme le ruisseau cherche la mer » (1)

 porter sa croix 2

Nous savons que Dieu a laissé son empreinte en nous, c’est pourquoi Jésus nous aide à le trouver. Mais ce Dieu que Jésus nous aide à trouver est très différent de tout ce que l’on a dit, car il nous devient personnel. Dans le texte de ce matin Jésus s’implique dans notre recherche et nous provoque volontairement. Il ne s’encombre d’aucun a priori, et d’une manière surprenante il saute à pieds joints par-dessus les conventions. Il parle de haine alors que nous nous attendons à ce qu’il parle d’amour. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » nous plaisons-nous à répéter après lui et nous nous appuyons sur l’Evangile de Jean pour dire que Dieu est amour.

Aujourd’hui, ce n’est pas le cas Jésus recommande de haïr ses proches, son père, sa mère ses frères et ses sœurs sa femme et les autres. Il n’a aucune parole rassurante pour mettre un baume sur nos inquiétudes. Pour nous stimuler, il nous promet de porter notre croix, comme W. Churchill promettait à son peuple du sang,  des larmes et de la sueur. Il ouvre devant nous une perspective de souffrance et de mort.

Ainsi provoqués, nous allons pouvoir exercer notre sagacité. En fait, le jeu en vaut la chandelle. Jésus a l’intention de nous faire sortir des chemins battus. Il nous montre que Dieu n’a rien à voir avec les critères soigneusement recensés par les religions. Dieu pour lui ne se trouve pas dans un code de morale. Il est ailleurs que dans nos définitions théologiques. Dieu se situe avant tout dans une relation avec nous. Comme il a sacrifié sa divinité pour venir jusqu’à nous, il s’attend à ce que nous lui consacrions notre humanité.Porter sa croix 4

Il nous propose sagement de faire le bilan de notre foi en nous racontant cette parabole banale du roi qui compte ses hommes, puis qui compte les hommes de l’adversaire et qui négocie la paix en fonction de ses propres forces parce qu’il préfère se soumettre plutôt que de risquer un combat perdu d’avance. La paix dans ce contexte devient un accord de moindre mal, un « gentleman agreement » que l’on a du mal à fonder théologiquement. Or nos vies ressemblent la plupart du temps à ces côtes mal taillée où l’on essaye de donner à chacun sa part. Dieu y compris. Nous composons avec Dieu, avec les hommes, avec notre vertu, avec le temps, si bien que notre existence ne ressemble plus à rien si non à un « melting pot » sans goût ni grâce ni saveur ni prétention.

En quelques phrases, Jésus a mis à mal tout notre édifice spirituel, pour que nous nous efforcions de le reconstruire. Nous n’osons même pas continuer notre lecture de l’Évangile de peur d’être encore plus déstabilisés car ajoute Jésus, «quiconque ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple ». Il faut comprendre clairement que cela veut dire qu’on ne peut pas découvrir Dieu en vérité sans abandonner tous les préjugés et tous les acquis de la société. Le chercheur de Dieu doit donc aller à contre courant d’une société qui centralise tout sur l’homme. C’est ce que préconise un petit livre paru au Etats Unis et qui est devenu un « best seller »:  « étrangers dans la cité » de S.Hauerwas et W.H.Willimon

Jésus met notre manière de raisonner totalement en cause en nous rappelant qu’avec Dieu, c’est tout ou rien. Pas question de partager prudemment entre Dieu et le monde. Pas question de demander à Dieu de se charger de notre âme d’une part et de choisir de gérer nous-mêmes et à notre gré nos autres activités. Il nous rappelle ainsiporter sa croix 5 que Dieu est envahissant.

Jésus contemple alors la foule qui le suit comme un troupeau bêlant. Il nous décrit comme des moutons cherchant à être pris en charge par un bon berger. Ils cherchent seulement un confort spirituel auprès d’un maître à la mode qui paraît pour lors efficace. Jésus renonce à se laisser manipuler par eux, il n’est pas un gourou rassurant qui profiterait des avantages de ses dons de guérisseur et de prédicateur pour s’assurer une notoriété. Il provoque la foule dont nous faisons tous partie pour que chacun sorte de lui-même et assume le poids de la croix qu’il doit porter.

Vous voulez être rassurés sur l’avenir de votre âme, vous voulez une religion facile qui soit distincte des religions traditionnelles . Vous voulez échapper aux tourments de la vie et être les privilégiés de Dieu, vous ne voulez plus être malades et vous voulez manger tous les jours à votre faim ! Mais vous valez mieux que cela, vous n’êtes pas des moutons promis à l’abattoir. Vous avez en vous la capacité d’être des rebelles, de vivre une passion dévorante, cette passion peut se vivre avec Dieu, mais elle réclame une rupture.

Dans l’Écriture, la rupture est parfois féconde et créatrice, car elle demande à être habitée par un esprit inventif. La rupture c’est la distanciation nécessaire qu’il nous faut prendre par rapport aux conventions sociales qui nous enferment dans des catégories ou des préjugés. Il n’est donc pas étonnant que Jésus prenne la famille pour cible, parce qu’elle a un pouvoir contraignant et enfermant sur les individus. Pour que Dieu puisse s’emparer de nous il ne faut être retenu par aucun autre intérêt. C’est ainsi libérés et placés tout entier sous le charme de Dieu que nous pourrons devenir les conquérants d’un monde nouveau. De même que l’homme doit quitter son père et sa mère  s’il veut aimer sa femme, de même il faut mettre les exigences familiales au second degré de nos préoccupations pour laisser l’intuition de Dieu nous saisir et mettre nos vies à la disposition de Dieu.

 Porter sa croix 6

Combien parmi nous ne trouvent-ils pas leur existence fade et sans avenir ? Ils se sont généralement comportés comme le roi de la parabole racontée par Jésus. Ils ont recherché leurs intérêts, ils ont fait la part des choses, et ils ont donné une importance calculée à chacun, ils n’ont cependant pas négligé Dieu, mais ils lui ont seulement réservé une part. Ils ont ainsi construit une vie raisonnable faite de concessions, sans que le hasard et l’aventure n’y aient leur place. Dieu mérite mieux que nos petites dispositions de sagesse humaine, il réclame toute notre activité, tous nos soucis, toutes nos préoccupations, la totalité de nos personnes. Dieu réclame de devenir le partenaire de notre vie et de la partager en totalité.

Affranchis des contingences humaines, Dieu nous rend libres et responsables. Il se peut que cette joyeuse liberté déplaise aux hommes qui cherchent à nous la prendre en nous enlevant la vie. Ce fut le cas de Jésus et de bien d’autres après lui. Mais leur mort ne fut-elle pas un cri de liberté et une ouverture vers la délivrance. Leur vie était en Dieu et la vie en Dieu est sans limite puisqu’elle lui est toute consacrée et qu’elle débouche quand tout est accompli dans la plénitude éternelle de Dieu. sans limite de temps et d’espace.

1. Jésus fils de l’homme page 71. Albin Michel

 

 

Ces images existent sur plusieurs blogs, mais je n’ai pas réussi à en trouver l’auteur. Qu’il soit félicité pour son talent. Si un lecteur trouve son nom, je le remercie de me le communiquer.

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Luc 14 :1-14 choisur la bonne place – dimanche 28 août 2019

Posté par jeanbesset le 15 août 2016

 1Un jour de sabbat, il était venu manger chez l’un des chefs des pharisiens, et ceux-ci l’observaient. 2 Un hydropique était devant lui. 3 Jésus demanda aux spécialistes de la loi et aux pharisiens : Est-il permis ou non d’opérer une guérison pendant le sabbat ? 4 Ils gardèrent le silence. Alors il prit le malade, le guérit et le renvoya. 5 Puis il leur dit : Lequel de vous, si son fils ou son bœuf tombe dans un puits, ne l’en retirera pas aussitôt, le jour du sabbat ? 6 Et ils ne furent pas capables de répondre à cela.

.Choisir la dernière place

.7 Il adressa une parabole aux invités parce qu’il remarquait comment ceux-ci choisissaient les premières places ; il leur disait : 8 Lorsque tu es invité par quelqu’un à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’une personne plus considérée que toi n’ait été invitée, 9 et que celui qui vous a invités l’un et l’autre ne vienne te dire : « Cède-lui la place. » Tu aurais alors la honte d’aller t’installer à la dernière place. 10 Mais, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, afin qu’au moment où viendra celui qui t’a invité, il te dise : « Mon ami, monte plus haut ! » Alors ce sera pour toi un honneur devant tous ceux qui seront à table avec toi. 11 En effet, quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé.

Inviter les pauvresbanquet 1

12 Il disait aussi à celui qui l’avait invité : Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie pas tes amis, ni tes frères, ni les gens de ta parenté, ni des voisins riches, de peur qu’ils ne te rendent ton invitation et qu’ainsi tu sois payé de retour. 13 Mais lorsque tu donnes un banquet, invite des pauvres, des estropiés, des infirmes, des aveugles. 14 Heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont pas de quoi te payer de retour ! En effet, tu seras payé de retour à la résurrection des justes.

Il est des gens qui, forts de leurs expériences spirituelles se croient tout naturellement invités à occuper les premières places du banquet que  Jésus présidera à la fin des temps. Ils  racontent à qui veut l’entendre les merveilles que Dieu a faites pour eux. Ils ne se lassent pas de parler de leur conversion qui, selon eux relève du miracle permanent parce que leur vie a été changée et qu’ils ont réussi à améliorer leur situation sociale ou matérielle ou qu’ils ont été guéris de la maladie qui les accablait. En se donnant en exemple,  ils se proposent de guider sur les chemins de la foi ceux qui n’y sont pas encore parvenus. Ils ont déjà pris  place à la table et se sont approprié  les places d’honneur. Ils proposent leurs conseils aux  autres pour les aider à trouver les bonnes méthodes pour les imiter.

.Nous nous réjouissons avec eux de la manière dont Jésus a su toucher leur cœur et transformer leur vie, mais nous entendons aussi le maître leur suggérer qu’ils n’emploient pas la bonne méthode et que la modestie sied mieux aux croyants.  C’est ainsi qu’il les  invite à descendre vers le bas de la table car nul ne peut s’ériger en donneur de leçon si non le maître lui-même.banquet 2

 Sans s’en rendre compte et en croyant bien faire, ils se servent de Dieu pour se valoriser au détriment des autres. Ils ne savent toujours pas que le maître ne nous valorise pas par les honneurs mais qu’il s’intéresse plutôt à la manière dont chacun saura conduire sa vie pour que celle-ci plaise à Dieu. Or la vie qui plait à Dieu c’est celle de celui qui valorise les autres en s’effaçant lui-même.

.Pourtant, dans cette course à la meilleure place, nous en prenons tous pour notre grade, car nous estimons qu’il est nécessaire que notre vie de croyant soit reconnue par les autres car c’st ainsi que les autres comprendront l’action de Dieu en nous et qu’on évangélisera. Il est donc nécessaire que nous soyons distingués par des signes aux yeux des autres.

 Nombreux sont les croyants qui pensent que l’intervention de Dieu dans leur vie doit se manifester par des signes visibles sous forme de miracles. C’est ainsi que doit se révéler selon eux la faveur de Dieu, pensent-ils. Par ces signes, il sera clair pour eux et pour les autres  que Dieu agit en eux. Ces signes peuvent être  le rétablissement de leur santé ou l’amélioration de leur situation sociale ou tout autre avantage qui les distinguerait aux yeux de la société. Si cela ne se produisait pas, ils se sentiraient frustrés. Ils ne penseraient pas que Dieu serait à l’œuvre en eux. Ils se considéreraient alors comme trop pécheurs pour mériter l’attention du Seigneur. En se  culpabilisant  ainsi ils se mettent en dehors  du pardon de Dieu.

.Sans ces signes, visibles  parfois par eux seuls, ils  se mettraient à chercher ce qu’ils ont fait pour que soit barrée en eux l’action de Dieu. Nous savons qu’ils ont tort, mais comment leur faire comprendre que Dieu les aime et qu’il ne le montre pas forcément par les signes visibles? Comment leur faire comprendre que Jésus a renversé l’échelle des valeurs de la culpabilité et que tous les péchés, même les moins acceptables peuvent être pardonnés par l’effet de sa seule bonté ?

 S’ils  croient qu’ils ne peuvent  se sentir libérés que par des signes concrets, c’est qu’ils  n’osent pas  prendre l’évangile à la lettre et se croire pardonnés  sans que ça se voit, si bien qu’ils restent enfermés en eux-mêmes. Ils  ressassent une situation que Dieu ne demande qu’à améliorer pour peu qu’ils acceptent le pardon gratuit qui leur est déjà offert.

 En fait l’action de Dieu en nous,  avant d’être rendue visible aux yeux des autres doit d’abord opérer une transformation en nous-mêmes. Cette transformation est une transformation du cœur, si bien que tout se passe d’abord dans l’intimité de notre être. Cette transformation a pour première conséquence  de changer notre regard sur nous-mêmes.  Ce sont les autres qui prennent alors de la valeur à nos propres yeux. C’est eux qui doivent  mobiliser notre intérêt et qui motivent nos actions.  .

Notre intérêt personnel passe donc au deuxième plan, si bien que ce qui devient visible aux yeux des autres, c’est le souci que nous avons pour eux.  Nous ne cherchons plus à capter leur attention pour nous valoriser nous-mêmes, mais nous faiBanquet 3sons d’eux nos plus proches prochains et c’est pour leur mieux être que nous mobilisons nos actions.

Bien évidemment les choses ne vont pas de soi. Celui qui est  habité par Dieu et qui est poussé à l’action par lui, n’est pas tout naturellement accepté par les hommes comme  quelqu’un qui est animé par Dieu et transformé par lui. Au contraire, on conteste que ce soit Dieu qui inspire son action en faveur des autres.  On l’accuse de casser la société établie et de travailler plutôt contre Dieu.  Ce fut le cas de la plupart des esprits généreux qui inspirés par Dieu ont voulu changer la société en remettant de l’ordre et de la justice dans les affaires des hommes.  Le plus connu dans nos temps modernes est Martin Luther King, mais il y en a eu bien d’autres avant lui et il y en aura d’autres après lui et chaque jour de nouveaux  inspirés se dressent   parmi-nous et rares sont ceux  qui ont accès aux premières place de la société.
.

En fait, le problème n’est pas là. Jésus ne cherche pas à ce que nous soyons humiliés ou persécutés. Si c’était le cas, ce  serait même  une autre façon d’affirmer que le salut s’obtient par les œuvres.   A la différence des croyants dont je parlais tout à l’heure,  qui pensent que l’intervention de Dieu dans leur vie doit se manifester par des miracles visibles, Jésus nous propose de porter un autre regard sur nous-mêmes. Il ne veut pas que nous nous mettions dans la situation des assistés qui attendent qu’un prodige transforme leur vie. De tels  hommes seraient dans une situation de dépendance qui ne ferait pas d’eux des  hommes responsables mais des hommes sans caractère en attente de libération sans jamais y parvenir.

 Or Jésus veut faire de nous des hommes responsables, capables d’intervenir dans les affaires du monde pour le pousser à faire les bons choix  de société. Il veut que nous nous intéressions aux affaires de notre   prochain  pour l’aider à améliorer sa situation. Ce n’est pas en espérant ou en revendiquant une situation de notables que les choses évolueront, mais en nous mettant au service des gens qui ont besoin d’être aidés. C’est parce que nous aurons agi au niveau de la détresse des autres que nous serons reconnus par eux et que les miracles espérés pourront se produire. Ils se produisent rarement comme un don tombé du ciel mais comme le résultat de longs efforts menés patiemment par des hommes animés par Dieu au cœur même des difficultés de leurs semblables.banquet

N’oublions jamais que Dieu renforce nos âmes et fait de nous des fidèles aguerris, en nous invitant à devenir les serviteurs de nos semblables les plus malchanceux. Notre société ne reconnaît que rarement les mérites de ceux qui se font les serviteurs des autres, cependant c’est par leur action, souvent anonyme que les choses avancent. Jésus a une vision du monde radicalement différente de la nôtre. Il faut nous y faire.

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Luc 13:22-30 la porte étroite – dimanche 21 août 2016

Posté par jeanbesset le 8 août 2016

Luc 13: 22-30porte-étroite

22 Il traversait les villes et les villages, et il enseignait en faisant route vers Jérusalem. 23 Quelqu’un lui dit : Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens sauvés ? Il leur répondit : 24 Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. 25 Dès que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, et que, restés dehors, vous commencerez à frapper à la porte et à dire : « Seigneur, ouvre-nous ! », il vous répondra : « Vous, je ne sais pas d’où vous êtes. » 26 Alors vous commencerez à dire : « Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos grandes rues ! » 27 Et il vous répondra : « Vous, je ne sais pas d’où vous êtes ; éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice ! » 28 C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez chassés dehors. 29 On viendra de l’est et de l’ouest, du nord et du sud pour s’installer à table dans le royaume de Dieu. 30 Ainsi, il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.

 

Les portes du salut se fermeront-elles à tout jamais devant les pas de celui qui cherche à se sauver par lui-même, car ce n’est pas en accumulant des actes qui sont sensés plaire à Dieu que l’on gagne son salut ! Les bonnes actions et les dévotions font partie de toutes ces actions vides d’avenir si elles n’ont d’autre but que d’attirer l’attention de Dieu sur celui qui les commet. Depuis longtemps l’Ecclésiaste a attiré l’attention du lecteur biblique pour le mettre eporte étroite 6n garde contre la vanité des entreprises humaines qui ne visent qu’à valoriser leur auteur.

Ces réflexions blasées devraient aider le lecteur à comprendre ici les propos de Jésus qui semblent confirmer l’affirmation selon laquelle celui qui cherche à être sauvé par ses propres moyens ne fait qu’entreprendre une vaine poursuite du vent qui le mène à la vanité et non pas au salut. Sans doute faut-il que celui qui cherche le salut comprenne que ce n’est pas une chose qu’il peut acquérir mais c’est une chose qui lui est donnée sans qu’il cherche à s’en saisir. Encore faudra-t-il qu’il découvre ce que signifie « être sauvé » ! Quel danger le menace-t-il pour qu’il cherche à en être sauvegardé et contre lequel il devrait être protégé ? Où donc est le péril ?

Cette recherche est vide de sens si on ne dit pas ce que l’on redoute. Ainsi sommes-nous entourés de gens qui ont peur de quelque chose qu’ils n’arrivent pas à définir. Ce n’est pas un travers du Moyen Âge contre lequel la Réforme a essayé d’apporter des solutions, ce n’est pas un travers contemporain qui serait alimenté par l’angoisse d’un avenir incertain, cela existait déjà du temps de Jésus. Et Jésus essaye de répondre à cette préoccupation en dénonçant le mal fondé de leurs angoisses. Jésus a longuement dénoncé ces angoisses qui reposaient sur la crainte d’un jugement de Dieu. Il a voulu rassurer ceux qui au dernier jour redoutaient que les bons soient séparés des mauvais comme l’on sépare les brebis d’avec les boucs ou le blé de l’ivraie.

Si aujourd’hui la crainte du jugement s’est estompée, les hommes cherchent toujours à tirer inconsciemment profit de leurs bonnes actions si bien que quand un coup du sort les frappe, ils expriment leur incompréhension en disant qu’ils ne méritaient pas cela.

Bien que Jésus ait formulé des réponses claires, les humains ne semblent pas les entendre et cherchent inconsciemment à faire du bien pour que cela leur soit porté à crédit. Pourtant ils savent que les critères de Dieu ne sont pas les mêmes que les leurs. Jésus nous montre que pour Dieu tous les hommes entrent dans la même catégorie, car aucun ne serait capable de se tenir devant lui à cause de l’excellence de ses vertus. Cependant Dieu ne fait pas d’exception, il aime tous les hommes et propose à chacun d’entre eux de partager leur vie et de cheminer sur la même route qu’eux. Le salut n’est donc pas réservé au petit nombre des vertueux, mais il consiste à savoir que Dieu habite en nous et travaille notre esprit pour que nous nous impliquions dans un mode de vie qui lui convient.

D’emblée Jésus ouvre son propos en fermant toutes les possibilités aux hommes d’avoir accès au salut par eux-mêmes. S’il est dit dans les premiers versets que la porte est étroite pour atteindre Dieu, elle sera bien vite fermée complètement par la suite par le maître qui laisse dehors ceux qui se réclament de lui. Ceux qu’il laisse dehors lui rappellent pourtant en parlant à travers la porte fermée qu’ils ont mangé avec lui et qu’il a prêché la « bonne nouvelle » chez eux.

Il nous faut reconnaître dans ces premiers visés tous les gens de la communauté de ceux qui ont suivi Jésus et qui n’ont toujours rien porte étroite 5compris bien qu’ils rompent le pain avec lui et partagent sa coupe. Ils ont beau communier régulièrement, ils ont beau écouter la prédication de l’Évangile, ils ont beau venir au culte le dimanche, ils continuent à ne rien comprendre. Ils se croient supérieurs aux autres parce qu’ils font partie des intimes du Seigneur. Ils ont tort. Leur compagnonnage avec le Seigneur ne les rend pas meilleurs que les autres et ne leur garantit en rien leur salut, puisque le salut ne correspond à aucun critère de vertu.

Jésus semble avoir ouvert ici la boîte de Pandore en mettant à mal tous les arguments de ceux qui se croient sauvés par leurs propres vertus. Il évoque dans cet enseignement qui paraît un peu décousu tous les personnages qui nous sont déjà rendus familiers par les paraboles qu’il a prononcées, même si elles sont citées après ce passage dans cet Évangile ou même si elles sont citées dans d’autres évangiles et pas dans celui-ci.

Il commence par parler de la porte étroite. Il fait peut être allusion à une des portes de Jérusalem qui était si étroite que l’on devait décharger les chameaux pour qu’ils puissent la franchir. Jésus s’est sans doute servi de cette particularité pour en tirer un enseignement selon lequel il était plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’ entrer dans le Royaume de Dieu. Il signifiait par là qu’aucune qualité humaine ne permettait de s’approprier le Royaume de Dieu, pas même la richesse grâce à laquelle on pouvait faire de nombreuses générosités et améliorer le sort des plus démunis.

En parlant de la porte fermée au nez des amis, ne fait-il pas allusion à la parabole des cinq vierges sages et des cinq vierges folles ? Les vierges folles qui n’ont pas d’huile ne pourront s’en procurer nulle part ni l’échanger avec leurs copines ? l’huile signifierait-elle la foi qui ne peut se monnayer en aucune façon ? Les bonnes grâces de Dieu ne s’achètent pas elle nous sont données dans une relation toute personnelle avec Dieu. Cette relation est toujours possible sauf au cas où la porte se ferme et où la vie s’arrête. A ce moment là nul ne peut dire la suite de l’histoire qui nous est suggérée par la parabole du pauvre Lazare et du riche inconscient. Ce dernier arrivé dans l’au-delà ne peut accéder à Dieu malgré sa bonne volonté, et c’est malgré lui qu’il voit Lazare en compagnie d’Abraham et des patriarches jouissant de la béatitude éternelle.

Bien évidemment ce n’est pas la fin de ces paraboles qu’il faut retenir comme enseignement, mais l’impossibilité d’acquérir par ses propres moyens les faveurs de Dieu. En faisant allusion d’une manière plus ou moins voilées à des paraboles déjà prononcées Jésus veut rappeler qu’il a de nombreuses fois prêché sur ce même type d’enseignement. Les hommes ont en effet du mal à comprendre que c’est Dieu lui-même qui vient à leur rencontre. C’est Dieu lui-mêmeporte étroite 4 qui multiplie les occasions pour que chacun d’entre nous réalise que c’est lui qui frappe à la porte de notre cœur et qui nous sollicite pour que nous lui ouvrions.

Les valeurs sont complètement renversées. Ce n’est pas l’homme qui cherche Dieu, c’est Dieu qui le cherche. Ce n’est pas l’homme qui trouve Dieu, c’est Dieu qui trouve l’homme. L’initiative n’appartient pas à l’homme mais à Dieu. Le salut est donc l’état de celui qui sait que Dieu l’a trouvé et qui a su répondre à cette situation. On ne gagne pas son salut, mais on découvre que l’on est sauvé.

Dans ce récit, Jésus ne ferme la porte à personne pour le priver de son salut, mais il ferme la porte à toutes les mauvaises idées qui nous passent par la tête et que nous croyons bonnes pour nous placer sur le chemin de Dieu. Ce n’est donc pas pour être sauvés que nous faisons de bonnes actions, c’est parce que nous savons que nous sommes visités par Dieu et qu’il nous inspire les bonnes actions que nous faisons. Nous pouvons d’ailleurs être visités par lui sans en avoir encore pris conscience. Nous sommes donc invités à voir les choses d’une toute autre manière. C’est pour cela que l’Évangile de Matthieu commence par les béatitudes qui proposent une lecture des événements de ce monde en contradiction totale avec la réalité apparente de nos sociétés :

 

« Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux, Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés, Heureux ceux qui sont doux car ils hériteront la terre, Heureux ceux qui on faim et soif de justice car ils seront rassasiés, Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde, Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu, Heureux ceux qui procurent la paix car ils seront appelés fils de Dieu, Heureux ceux qui sont persécutés, car le Royaume des cieux est à eux, Heureux serez vous lorsque l’on vous insultera, car votre récompense sera grande dans les cieux. »

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Luc 12:49-53 Voir l’avenir sans être hypocrite – dimanche 14 août 2016

Posté par jeanbesset le 26 juillet 2016

- Reprise du même sermon du dimanche 18 août 2013Christ bénissant beaulieu sur Dordogne 3

49 Je suis venu mettre un feu sur la terre ; comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! 50 J’ai un baptême à recevoir ; comme cela me pèse d’ici qu’il soit accompli !

51 Pensez-vous que je sois venu donner la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. 52 Car désormais cinq dans une maison seront divisés, trois contre deux et deux contre trois ; 53 père contre fils et fils contre père, mère contre fille et fille contre mère, belle-mère contre belle-fille et belle-fille contre belle-mère. 

54 Il disait encore aux foules : Quand vous voyez un nuage se lever à l’ouest, vous dites aussitôt : « La pluie vient. » Et cela arrive. 55 Et quand c’est le vent du sud qui souffle, vous dites : « Il va faire chaud. » Et cela arrive. 56 Hypocrites, vous savez apprécier l’aspect de la terre et du ciel ; comment pouvez-vous ne pas savoir apprécier ce temps-ci ?

57 Et pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? 58 Lorsque tu vas avec ton adversaire devant un chef, tâche en chemin de te dégager de lui, de peur qu’il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre à l’huissier, et que l’huissier ne te fasse mettre en prison. 59 Je te le dis, tu n’en sortiras pas que tu n’aies payé jusqu’au dernier lepte.Christ bénissant beaulieu sur Dordogne  4

(Pour ma part, je trouve plus de cohérence à ce texte si on le prolonge jusqu’au verset 59 plutôt que de le couper au verset 53 comme dans la liste de lectures proposées)

Quand les idées sont bonnes et pourraient donner naissance à l’espérance, elles sont rapidement combattues par de solides adversaires qui s’opposent à elles. Ils cherchent à les tourner en dérision et tentent  par tous les moyens à les ridiculiser. Ce fut en particulier  le sort qu’a connu  l’évangile de Jésus-Christ, qui à peine formulé s’est trouvé en but à la vindicte de nombreux  opposants qui n’ont eu de cesse que de provoquer la mort du maître. Ce phénomène se produit chaque fois que des idées nouvelles et généreuses sont formulées. Bien entendu, nous allons essayer de le comprendre.

Jésus, quant à lui, en  fut bien conscient. Il a  même prophétisé que si la nouveauté qu’il était en train d’enseigner avait quelques chances de porter des fruits elle susciterait en même temps des tensions chez les hommes qui la partageraient et provoqueraient des mouvements d’hostilité à leur égard. Leurs propres familles se diviseraient même à son sujet. Quand on sait ce qui s’en suivit, on aurait pu se demander si le jeu en valait la chandelle. Pourquoi a-t-il fallu que tant de haine et de dissensions se répandent  avant que l’évangile ne soit accepté ? On peut même se demander s’il a vraiment été accepté puisque les idées de respect réciproque, de tolérance et d’amour qu’il véhicule n’ont toujours pas triomphé.

Les chrétiens, pour ne  parler que de leur histoire, n’ont jamais cessé de se faire la guerre et de s’opposer entre eux.  Mais le phénomène ne concerne pas seulement le christianisme, il est partagé par bien d’autres religions.  Pourquoi donc les religions sont-elles à l’origine de tant de rivalités entre les hommes et apportent-elles tant de violence dans le monde alors que la plupart d’entre elles se réfèrent à un Dieu bienveillant qui propose aux hommes de vivre dans l’harmonie la concorde et la paix ?  La doctrine de la plupart des religions propose à l’humanité un projet de paix universelle et de tolérance entre les peuples. C’est à n’y rien comprendre.

Alors que ses discours avaient du succès, Jésus voyait  poindre l’orage à l’horizon. Il prophétisa alors   sa venue et parla des dégâts qui s’en suivront. Il voyait déjà les familles se diviser  au sujet de ses idées et leurs  membres se dresser les uns contre les autres. Plus loin Jésus a clairement  décrit l’ampleur que prendra  le phénomène  ainsi que les persécutions que connaîtront ses amis. On verra même les nations se dresser les unes contre les autres à cause de l’évangile.

En annonçant ainsi  ce qui va se passer, Jésus ouvre les hostilités en rendant les hommes responsables du phénomène. Il les accuse d’hypocrisie, car ils ne savent pas appliquer aux réalités spirituelles les comportements qu’ils sont capables de manifester par rapport aux simples prédictions météorologiques auxquels ils ne cessent de recourir.  Qu’un nuage apparaisse dans un coin du ciel, qu’un souffle de vent s’élève soudainement, et chacun   sait parfaitement  dire ce qui va se passer et en tirer les conséquences. Ce sera la pluie, l’orage ou la tempête. Les hommes exercent alors leur science pour s’en prémunir et protéger leurs récoltes et leurs biens.Christ bénissant beaulieu sur Dordogne 2

Alors que l’on sait réagir au mieux quand le tonnerre gronde dans le ciel, pourquoi n’applique-t-on pas la même méthode quand les foules  font retentir le tonnerre que provoque leur indignation  quand elles descendent dans les rues et réclament une autre forme de justice,  revendiquent le  droit d’avoir des idées qui n’ont   pas cours dans ce lieu  ou tout simplement l’égalité et le pain quotidien ? Pourquoi ceux qui réclament une vérité au nom de Dieu se voient-ils opposer une autre vérité qui se réclame elle-aussi du même Dieu ? Pourquoi Dieu lui-même reste-t-il enfermé dans son ciel sans départager les adversaires ? Il n’envoie pas non plus son feu du ciel sur personne.   Ce sont les hommes qui s’en chargent  à leur guise et en son nom.

La parole de Jésus se fait alors incisive. Hypocrites !  Chacun dans son camp se réclame d’une justice ou d’une philosophie qu’il a érigée au rang de parole de Dieu. Le nom de Dieu n’est pas toujours prononcé, mais on a élaboré des principes qui en tiennent lieu et  à cause des quels on se bat. « Si Dieu existe qu’il agisse disent les uns » et les autres de répondre : « on n’a pas besoin de lui, car notre Dieu, c’est notre bon droit »

Jésus face à la tourmente n’a qu’une parole à opposer aux hommes qui se battent pour leurs principes : hypocrites ! Il ne désigne pas plus un camp qu’un autre. Il désigne un état de fait. Dans tous les conflits, les hommes cherchent leur intérêt personnel, qu’il soit justifié ou pas. Ce qui rend leur attitude hypocrite, c’est  qu’ils sont capables de se mettre d’accord à propos des prévisions météorologiques et qu’ils ne le sont pas à propos des orientations qu’ils doivent donner à leur vie.

En fait, pour ce qui concerne la météo,   il s’agit du même intérêt pour tous, si bien qu’ils orientent  leurs actions dans le même sens. Il s’agit de protéger leurs champs, leurs maisons, leurs biens, leurs familles. Tous sont d’accord sur la manière de réagir

Par contre quand les intérêts sont divergents, c’est alors que le ciel s’embrase. Chacun sacralise sa cause en opposant des principes qui ne s’accordent pas entre eux. On est plutôt enclin à prendre fait et cause pour le plus démuni qui revendique son bon  droit contre le plus nanti qui le lui refuse.  Mais pour comprendre le phénomène il faut aller  plus loin, car chacun en sacralisant sa cause y a impliqué Dieu ou ce qui  prend pour lui la place de Dieu.

C’est là maintenant qu’il faut chercher ce qu’il y a derrière le mot hypocrite  que Jésus a prononcé et qui se trouve tout au centre de ce récit, c’est dire l’intérêt que le texte lui porte.

En fait, tout a déjà été dit au sujet de Dieu car l’Évangile insiste en tout premier lieu sur le respect absolu que l’on doit avoir pour l’autre et  contre lequel nul ne doit exercer aucune violence.  Il réclame au contraire douceur et abnégation. Dieu n’a rien d’autre à ajouter.

Ce principe existe non seulement dans l’évangile mais il existe aussi dans la plupart des grands courants spirituels. On l’a même inscrit  en d’autres termes dans la Déclaration des Droits de l’Homme.

Tant que les hommes n’auront pas compris cela, ils ne s’en sortiront pas dit Jésus car ils  devront commencer par appliquer ce principe universellement reconnu. De tout temps les hommes ont voulu l’ignorer et les croyants qui ne le pratiquent pas trahissent l’évangile quelles que soient les bonnes raisons qu’ils utilisent pour se justifier

Les contemporains de Jésus, dont l’univers étaient limité au bassin de la Méditerranée ne le savaient pas, mais  ce principe était reconnu ailleurs par d’autres courants religieux que le leur. Tout se passe comme si, avant que les textes des grandes religions aient été écrits Dieu avait déjà établi ce principe et lui avait donné une portée universelle.

Il est donc hypocrite de s’opposer les uns aux autres par la violence, car Dieu a fait comprendre au monde  qu’il n’avait rien à voir avec  la violence que nous pratiquons pour régler nos conflits avec les autres. Les hommes n’hésitent  cependant  pas  à l’y impliquer  pour masquer leur incapacité à dépasser les situations conflictuelles  dans lesquelles ils se sont engagés.

Mais déjà des voix  s’élèvent pour contester ce qui vient d’être dit et accuser leur auteur de trahison car son propos sous-entendrait que toutes les religions se valent et que le message de Jésus n’est pas distinct de celui des autres religions. Voilà que la discorde est en train  de naître et que la violence  pointe à nouveau son nez. Pourtant il est clair que le principe de base énoncé par Jésus était déjà dans la Loi de Moïse et a pris place dans le message de bien d’autres penseurs que lui. Il se trouve donc que  ce principe est  revêtu d’une valeur universelle.

Ceci étant énoncé, il appartient à chacun de développer les critères de sa propre foi  à l’école du penseur qui lui parle le mieux, mais le  principe commun à tous est celui du respect absolu du prochain. Jésus en a fait son Évangile et l’a enseigné comme étant la volonté première de Dieu. Beaucoup d’autres religions se réclament de la même vérité. Allons-nous nous battre les uns contre les autres à cause de ça ?

Le Christ  bénissant le monde: Tympan de Eglise de Beaulieu sur Dordogne

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Luc 12:32-48 N’aie pas peur petit troupeau – dimanche 7 août 2016

Posté par jeanbesset le 19 juillet 2016

32 N’aie pas peur, petit troupeau ; car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume.

Un trésor dans les cieuxLampe allumée

33 Vendez vos biens et donnez-les par des actes de compassion. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où aucun voleur n’approche et où aucune mite ne ronge. 34 Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.

Paraboles sur la vigilance

35 Tenez-vous prêts, la ceinture aux reins et les lampes allumées. 36 Vous aussi, soyez semblables à ces hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin de lui ouvrir sitôt qu’il arrivera et frappera. 37 Heureux ces esclaves que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller ! Amen, je vous le dis, il se mettra à son tour en tenue de travail, il les installera à table et il viendra les servir. 38 Qu’il arrive à la deuxième ou à la troisième veille, s’il les trouve ainsi, heureux sont-ils !

39 Sachez-le bien, si le maître de maison savait à quelle heure le voleur doit venir, il ne laisserait pas fracturer sa maison. 40 Vous aussi, soyez prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne pensez pas. 

41 Pierre lui dit : Seigneur, est-ce à nous que tu adresses cette parabole, ou aussi à tous ? 42 Le Seigneur dit : Quel est donc l’intendant avisé et digne de confiance que le maître nommera responsable de ses gens, pour leur donner leur ration de blé en temps voulu ? 43 Heureux cet esclave, celui que son maître, à son arrivée, trouvera occupé de la sorte ! 44 En vérité, je vous le dis, il le nommera responsable de tous ses biens. 45 Mais si cet esclave se dit : « Mon maître tarde à venir », qu’il se mette à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, 46 le maître de cet esclave viendra le jour où il ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il le mettra en pièces et lui fera partager le sort des infidèles.

47 L’esclave qui aura connu la volonté de son maître, mais qui n’aura rien préparé ni fait en vue de cette volonté sera battu d’un grand nombre de coups. 48 En revanche, celui qui ne l’aura pas connue et aura fait des choses qui méritent un châtiment ne sera battu que de peu de coups. A quiconque il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé ; de celui à qui on a beaucoup confié, on exigera davantage.

L’idée selon laquelle l’homme serait seul dans le monde face au hasard des événements n’est pas nouvelle. Depuis bien longtemps elle a  fait partie des questions qui interpellent l’humanité en quête de réponse  aux questions posées par  l’évolution  déconcertante du monde. C’est ce que pensent  beaucoup d’incroyants qui  estiment marquer des points en oppositions aux croyants qui ne semblent pas avoir de réponses convaincantes.  On  prétend que l’approche du monde  par les croyants de jadis est devenue obsolète et que les défis auxquels on  était confronté ne trouvaient de réponse en Dieu que par de vaines prières. Aujourd’hui ce genre de problèmes semble dépassé  et ces mêmes défis n’espèrent  plus trouver de solution   que dans la sagesse humaine. C’est la science que l’on croit seule capable de solutionner les épidémies et on ne croit plus que Dieu puisse nourrir les affamés en envoyant une manne céleste.

 

Dans tous les domaines, les penseurs contemporains estiment que seul l’homme pourra apporter des  réponses cohérentes aux problèmes qui aujourd’hui restent encore sans réponse. C’est ce à quoi s’attachent les penseurs du transhumanisme, par exemple qui vont même jusqu’à  envisager de prolonger la durée de la vie humaine au-delà des limites du raisonnable. Si sur le plan technique, on peut les suivre dans cette utopie, aucune réponse humaine cependant ne donne de solutions  pour s’opposer à la folie des hommes quand elle se déchaîne et menace de mener le monde à sa ruine.

 

Ces idées selon lesquelles les hommes seraient seuls, confrontés à leur destin ne sont pas nouvelles et ne viennent pas du monde des incroyants. Depuis le haut Moyen Age les théologiens juifs de la kabbale ont  émis l’hypothèse selon laquelle Dieu  depuis la création se serait retiré du monde pour laisser aux  hommes le soin de le gérer.  Cette idée plus récemment a été reprise pas Spinoza et aujourd’hui par d’autres encore.

 

En lisant le passage de ce jour avec attention il semblerait que Jésus lui-même ouvre la voie à cette idée qu’il traite en forme de parabole. Il imagine le maître d’un domaine derrière lequel on pourrait voir se profiler le visage de Dieu, qui partirait en voyage, laissant ses serviteurs maîtres des lieux et responsables de la bonne marche de ses affaires. Il n’est pas très difficile d’y voir la réalité de notre monde. Si les serviteurs ont la liberté de faire ce qu’ils veulent, ils ont cependant reçu des consignes pour gérer correctement le domaine afin  que les choses se passent bien en l’absence du maître. Si la maison  doit être bien éclairée, c’est pour qu’aucun coin ne soit laissé dans l’ombre et qu’aucun espace ne soit négligé. Chacun devra être en vêtement de travail et devra mettre ses mains dans le cambouis pour que les moteurs bien huilés tournent normalement.chagall-croix-608x400

 

Libre à chacun maintenant de faire ce qui lui plait. Chacun peut suivre les consignes et faire ce à quoi le maître s’attend. Chacun peut s’approprier les clés du domaine et s’en prendre à son aise, il peut piller à son profit les réserves, opprimer et exploiter ceux qui ont la malchance d’avoir été placés sous ses ordres. Il nous suffira d’un faible effort de transposition pour imaginer notre monde dans lequel   les règles les plus fondamentales du vivre ensemble sont souvent bafouées

 

Jésus dans cette histoire prévoit un retour du maître et une reprise par lui des affaires de son domaine, les mauvais serviteurs seront punis et les  bons seront récompensés. Il faut bien que la morale soit sauve ! Mais réflexion faite, ce retour du maître  fait partie des suppléments  dont on n’a pas forcément besoin pour comprendre le texte. Il suffit d’imaginer que si ceux qui exploitent le domaine à leur profit continuent à le faire d’une manière injuste, tout cela finira par s’effondrer.  A force de casser la baraque, elle finira bien par s’écrouler, même si cela prend du temps. Est-ce là que nous en sommes ?

 

Mais Jésus n’est pas fou, il ne raconte pas  cette histoire pour laisser  les lecteurs gamberger. Jésus nous parle bien ici de la manière dont le monde doit être géré.  Dieu en créant les hommes n’en a pas fait des êtres irresponsables.  Ils  peuvent faire des erreurs, ils peuvent même être mauvais et commettre des abus, mais ils ne sont pas tous ainsi et s’ils ont des règles, c’est d’une part pour les respecter et pour les retrouver en cas de dérapage. Mais quelles sont ces règles ? Elles ont été données dans les premières phrases du récit dans des paroles rassurantes : « n’ayez pas peur ».   Il s’agit de ne pas avoir peur de gérer ce monde qui nous est confié car le succès de l’entreprise est déjà acquis.  Jésus qui nous parle au nom de Dieu nous garantit que nous sommes capables de mener à bien  la gestion du monde qui nous est confié, le succès de l’entreprise est déjà inscrit dans le programme : «  n’aie pas peur petit troupeau car il a plu à mon Père de vous donner le Royaume. »

 

Si donc Dieu a pris  ses distances par rapport à la gestion du monde, il ne nous a pas laissé sans la possibilité d’agir, il a mis en nous cette certitude que si nous respectons ses consignes tout se passera bien et les choses iront dans le bon sens.  Nous devons donc faire confiance à Dieu en sachant qu’il a fait les bons choix.

 

Bien évidemment, il ne relève pas de notre compétence d’empêcher ceux qui n’agissent pas comme il le faudrait d’en faire tout à leur guise, mais il est de notre responsabilité de témoigner par notre attitude  qu’ils ne suivent pas la bonne voie et ainsi de les pousser à se convertir à une autre manière de voir les choses. J’entends déjà les sceptiques qui doutent du succès d’une  telle attitude et qui pensent que tout va mal en regardant évoluer notre société.  Mais, en fait, nous ne sommes pas vraiment des acteurs d’un tel défi, nous sommes de simples agents du Saint Esprit. Nous lui ouvrons simplement la voie par notre présence  si bien que nous agissons de telle sorte que la fraternité, le partage et l’espérance deviennent  lentement les signes d’un changement d’attitude possible de beaucoup d’humains. C’est ce que Jésus nous demande de faire quand il nous demande de veiller.

 

La demande de Jésus contient deux injonctions. La première relève de la confiance en Dieu. Dieu  n’est pas irresponsable au point d’avoir laissé le monde se débrouiller  tout seul  sans lui donner la chance de réussir, et la deuxième consiste à être assez conscients de la responsabilité que Dieu nous donne à chacun et de la confiance qu’il nous fait pour que ça marche !

 

Gens de peu de foi que nous sommes ! Avons-nous réalisé que nous regardons évoluer le monde par le mauvais côté de la lorgnette. Nous sommes attentifs à ce qui ne marche pas, nous regardons ce qui ne va pas en nous lamentant et en disant que Dieu nous abandonne. Nous disons même, sans  aucun moyen de comparaison, que les choses aggravent,  alors que le devoir de vigilance que Dieu nous a donné nous demande de voir les choses autrement.

 

Que nos yeux regardent d’abord les gens qui s’aiment, qui s’entraident au lieu de regarder ceux qui exploitent et humilient, voyons les associations qui se mobilisent au profit des autres et non ceux qui les humilient, découvrons chaque jour ce qui se fait de beau et de généreux et le monde changera de visage.  L’instrument principal qui nous est demandé d’utiliser pour  gérer notre vigilance avec optimisme, c’est la prière. C’est la dernière demande de Jésus. Par la prière nous restons en contact permanent  avec Dieu qui est dans le futur en devenir et qui  a prévu que les choses devaient évoluer dans le sens du mieux être des humains. La prière nous fait toujours prendre un pas d’avance sur nos contemporains, puisqu’elle nous met déjà en contact avec ce monde meilleur que Dieu a créé pour que par nos actions nous entraînions tous les hommes  du monde à nous y suivre.

 

«  N’aie donc pas peur petit troupeau puisqu’il a plu à notre Père de nous donner le Royaume. » Illustration Marc  Chagal

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Luc 12:13-21 le riche insensé dimanche 31 juillet 2016

Posté par jeanbesset le 18 juillet 2016

 

 Reprise du dimanche 1 août 2010

 Le riche insensé.

13 Quelqu’un de la foule lui dit : Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. 14 Il lui répondit : Qui a fait de moi votre juge ou votre arbitre ? 15 Puis il leur dit : Veillez à vous garder de toute avidité ; car même dans l’abondance, la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens. 16 Il leur dit une parabole : La terre d’un homme riche avait beaucoup rapporté. 17 Il raisonnait, se disant : Que vais-je faire ? car je n’ai pas assez de place pour recueillir mes récoltes. 18 Voici, dit-il, ce que je vais faire : je vais démolir mes granges, j’en construirai de plus grandes, j’y recueillerai tout mon blé et mes biens, 19 et alors je pourrai me dire : « Tu as beaucoup de biens en réserve, pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois et fais la fête. » 20 Mais Dieu lui dit : Homme déraisonnable, cette nuit même ton âme te sera reRiche insensé 1demandée ! Et ce que tu as préparé, à qui cela ira-t-il ? 21 Ainsi en est-il de celui qui amasse des trésors pour lui-même et qui n’est pas riche pour Dieu.

 La vie dans l’au-delà ne passionne pas généralement le lecteur de l’Évangile. En effet, les Ecritures n’entrouvrent qu’une porte mystérieuse sur un monde qui n’appartient qu’à Dieu. Dieu nous invitera à l’y rejoindre en temps voulu après avoir prononcé à notre égard un jugement que nous espérons favorable. C’est grâce à l’affirmation selon laquelle nous sommes sauvés par grâce que les réformateurs nous ont permis de regarder l’avenir avec optimisme.

 Cette histoire du riche insensé nous invite à porter un regard particulier sur nous-mêmes en insistant sur la valeur de notre responsabilité personnelle dans la gestion des affaires des hommes. Nous devons nous regarder sans complaisance, car nous sommes les mieux placés pour savoir comment nous avons répondu aux sollicitations de la vie et comment nous avons mis celle des autres en valeur. Ainsi allons-nous sans doute aller à contre sens des valeurs établies.

Ceci étant dit, je vous invite à partager le rêve que nous avons en commun avec le personnage central de cette parabole : celui de devenir riche. Qui n’a pas rêvé de se trouver riche soit par les hasards de l’histoire, soit par ceux de la naissance ? L’argent a un pouvoir fascinant sur les humains puisque sa recherche joue un rôle considérable dans le choix de carrière que nous faisons pour nous-mêmes ou pour nos enfants. Nous espérons avoir assez d’argent pour ne manquer de rien, et de ne pas en avoir trop pour ne pas en devenir dépendant ! Mais c’est un leurre ! Nous le savons bien, car l’argent appelle l’argent.

Les affaires financières que l’actualité étale sous nos yeux ne font qu’apporter de l’eau à notre moulin si bien que nous envions ceux qui ont beaucoup d’argent et nous méprisons ceux qui trichent. Pourtant nous avons tous joué à ce jeu de la tricherie en dissimulant à la douane par exemple, des objets qui auraient du être taxés et je ne parle pas de toutes les ruses que nous utilisons pour soustraire notre voiture en stationnement illicite, à la surveillance des agents de l’état préposés à nous sanctionner.

Mais le riche de la paraboriche insené 3le, même s’il n’est pas sympathique ne triche pas. Ce n’est pas là qu’il faut chercher le pointe du texte. En quoi cet homme est-il mis en cause par le regard que Jésus porte sur lui ? En s’attaquant à ce riche là, nous sentons bien que Jésus va nous mettre en cause pour une raison que nous ne soupçonnons pas encore. Détrompez-vous et soyez rassurés, ce n’est ni aux richesses de ce personnage ni aux vôtres que Jésus va s’en prendre, l’argent ne joue ici qu’un rôle secondaire. Ce qui est mis en cause c’est la valeur que nous donnons à la vie et de l’usage que nous en faisons.

Jésus ne reproche pas à cet homme d’avoir amassé de l’argent ! Il l’interroge sur ce qui a motivé son action en amassant une fortune ? Pourquoi a-t-il agi comme il l’a fait, et naturellement c’est à chacun de nous qu’il s’adresse? Qu’est ce qui a motivé son action ? Il a accumulé des biens plus que nécessaire ! Cela ne nous paraît pas moral, mais ce n’est pas le sujet de l’intervention de Jésus qui ne lui laisse même pas le temps de répondre et l’accable immédiatement par l’annonce de sa mort prochaine.

Cependant nous pouvons facilement répondre à la place du riche, parce que sa réponse sera aussi la nôtre. Il amasse des biens pour que ses enfants en profitent après lui, ils seront heureux d’avoir une vie plus facile que la sienne. Surtout par les temps qui courent nous sentons-nous autorisés à rajouter. Et puis, on pourrait en dire plus encore, nous pourrions suggérer qu’en amassant des biens, il fournit des emplois à ceux qui travaillent sur son domaine.

Tout cela est juste, mais c’est quand même lui, et lui seul qui reste au centre de ses préoccupations. Si ses enfants et ses ouvriers doivent lui être reconnaissants un jour, il est en droit de se réjouir à l’avance de cette fonction de bienfaiteur qu’il se reconnaît déjà à lui-même. Quoi qu’il puisse dire c’est son ego qui reste au centre de ses préoccupatiriche insensé 2ons ! Mais nous agissons tous ainsi, et moi qui vous tance tout le premier. Quel mal y a-t-il à cela ?

Avec une telle remarque vous devinez sans doute que mon propos n’est pas de vous reprocher de tirer vanité de vos biens et de vos bonnes intentions. Vous voilà rassurés pour un moment Il n’y a donc apparemment pas de mal à se mettre soi-même au centre de ses pensées. Ce n’est d’ailleurs pas sur ce point que Jésus exerce sa critique, il l’interpelle sur son âme, ce qui est inhabituel chez Jésus. L’âme est une notion difficile à apprécier, mais il semble qu’elle corresponde à l ‘élément vital qui est en nous et qui est lié au principe de la vie. C’est ce principe de vie qui intéresse Jésus et c’est sur ce point là que s’appuie son questionnement. Cet élément de vie qui est en nous, fonctionne pour Jésus comme un outil de contrôle. C’est lui qui provoquerait en nous un jugement de valeur sur la manière dont nous agissons.

C’est en nous interrogeant nous-mêmes sur notre âme que nous découvrons vraiment qui nous sommes. Nous semblons ignorer que ce principe de vie est à notre disposition pour orienter notre existence. Pourtant Jésus y insiste. En fait, nous nous comportons comme si à la fin des temps, Dieu devait prononcer un jugement sur nous et, en fonction de ce que nous avons dit au début de ce propos, ce jugement sera favorable ou non. Si le jugement est favorable, c’est un supplément de vie qui nous sera alloué, si non ce sera l’oubli éternel. Nous parions cependant que la grâce divine fera pencher la balance en notre faveur. En ce sens, la manière de penser des contemporains de Jésus, et la nôtre ressemble à celle des sociétés païennes de tous les temps selon les quelles, avec toutes les variantes possibles, une récompense finale attendrait les bons et un jugement sévère serait réservé aux autres.

La pensée de Jésus ne semble pas devoir cautionner cette manière simpliste de voir les choses. Il s’attache à porter son regard sur nos vies alors qu’elles ne sont pas encore terminées. Ce qui importe pour lui c’est le jugement que nous devrions priche insensé 5orter sur nous-mêmes avant que Dieu puisse porter un jugement final sur nous à la fin des temps. Il suggère donc, que nous apprécions notre conduite à chaque tournent de notre vie en fonction des décisions que nous avons prises ou que nous devons prendre.

En effet, nous savons intuitivement ce qu’il est bon ou qu’il est juste de faire. Nous connaissons bien la volonté de Dieu telle qu’elle nous parvient par les Ecritures. Nous sommes donc particulièrement habilités à porter un jugement sur nos actions. Jésus nous renvoie à nous-mêmes et à la façons dont nous savons prendre nos responsabilités pour que les forces de vies qui sont en nous soient mobilisées en fonction d’un plan de Dieu qu’il nous appartient de discerner. Jésus pense que le regard que Dieu porte sur nous s’attache à la manière dont nous savons exercer nos responsabilités.

Ainsi ce qui a le plus de valeur aux yeux de Dieu, c’est le jugement que nous portons sur nous-mêmes, sans tenir compte du jugement que peuvent porter les autres sur nos motivations ou sur nos égoïsmes. Il est tout à fait important que nous sachions apprécier de quelle valeur de vie nos actions sont chargées. Nous sommes, placés dans une situation de responsabilité par rapport à tous ceux que nous côtoyons et que nous appelons nos prochains.

La valeur de notre vie est appréciée par Dieu en fonction de nos capacités à gérer le potentiel de vie qui est en nous. Nous pouvons donc dire que le jugement qui a de la valeur aux yeux de Dieu c’est d’abord celui que nous portons sur nos capacités à stimuler toutes les formes de vie qui nous entourent. C’est elles qui donneront de la valeur à notre existence. Ce jugement que nous portons sur nous-mêmes nous amène donc à réviser à chaque instant notre manière de penser et d’agir.

Quant au reste, il y a fort à parier que le jugement de Dieu sur nous-mêmes sera moins sévère que le nôtre. Mais ce qui est important, c’est le jugement que nous portons sur nous-mêmes quand il nous reste encore du temps pour agir. Tout cela constitue le secret de notre vie et il n’appartient qu’à nous.

 

Illustrations: les riches heures du Duc de Berry 

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Luc 11: 1-13 : la prière dimanche 24 juillet 2016

Posté par jeanbesset le 7 juillet 2016

 Evangile de Luc: Chapitre 11:1-13prière 3

Jésus et la prière

1 Il priait un jour en un certain lieu. Lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean aussi l’a enseigné à ses disciples. 2 Il leur dit : Quand vous priez, dites :

Père, que ton nom soit reconnu pour sacré, que ton règne vienne ! 3 Donne-nous, chaque jour, notre pain pour ce jour ; 4 pardonne-nous nos péchés, car nous aussi, nous remettons sa dette à quiconque nous doit quelque chose ; et ne nous fais pas entrer dans l’épreuve.

5 Il leur dit encore : Qui d’entre vous aura un ami chez qui il se rendra au milieu de la nuit pour lui dire : « Mon ami, prête-moi trois pains, 6car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir. » 7 Si, de l’intérieur, l’autre lui répond : « Cesse de m’importuner ; la porte est déjà fermée, mes enfants et moi nous sommes au lit, je ne peux me lever pour te donner des pains », 8— je vous le dis, même s’il ne se lève pas pour les lui donner parce qu’il est son ami, il se lèvera à cause de son insistance effrontée et il lui donnera tout ce dont il a besoin. 9 Eh bien, moi, je vous dis : Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. 10 Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira. 11 Quel père parmi vous, si son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu d’un poisson ? 12 Ou bien, s’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? 13 Si donc vous, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il l’Esprit saint à ceux qui le lui demandent !

 
Comment rendre compte de tout ce qu’il y a en moi ? Je voudrais savoir prier pour dire des choses merveilleuses comme l’ont fait tous ces gens dont il m’arrive de lire les prières dans les livres. Il faut sans doute être quelqu’un d’exceptionnel pour réussir à dire toutes ces choses à Dieu ! Il paraît que le roi David a écrit des choses remarquables dans le livre des psaumes, mais il ne m’est pas possible de me comparer à lui. Quand je me laisse aller à dire quelques mots, je trouve que ce que je dis est tellement banal que je me tais aussitôt !

 Il m’arrive aussi d’avoir envie d’exprimer tout le poids que j’ai sur le cœur, c’est alors que je raconte ma vie, je dis les choses dans ma tête, et j’espère qu’un autre peut les entendre mais je ne sais pas très bien à qui cela s’adresse ? Est-ce à Dieu ou à moi-même ? Est-ce vraiment une prière ? Parfois, j’ai honte de ce que je pense et je n’ose pas le dire devant Dieu. J’aimerais  que, par une sorte de miracle ma vie soit transformée, mais au fond de moi, je sais que penser de telles choses consisterait à tendre un piège à Dieu. Tout ce que je sais, c’est que je ne sais pas vraiment prier, et je fais mienne la demande des disciples, « Seigneur apprends-nous à prier. »

 Il est curieux de constater que dans le texte même des évangiles, il n’y ait pas vraiment de prières. Il y a cette magnifique prière de Jésus à Gethsémani portant le monde entier devant Dieu avant d’être arrêté et crucifié, mais c’est une prière que Jésus a adressée à Dieu son Père et qu’en aucun cas nous ne pouvons imiter. Il y a aussi le Notre Père, et c’est tout.

Le Notre Père n’est pas seulement l’expression de tout ce que nous pouvons demander à Dieu, c’est plus que cela, le « Notre Père » est aussi une confession de foi qui nous invite à dire à Dieu tout ce que nous croyons sur lui. Il nous demande alors, quand nous prions le « Notre Père » de mettre en pratique tout ce que nous croyons à son sujet.

Cette version courte du « Notre Père » qui nous est donnée ici dans l’Évangile de Luc nous paraît un peu sèche, ce n’est pas celle que nous avons adoptée dans nos culte, mais celle de Matthieu qui est plus longue et peut être mieux construite ! Elle sert ici d’introduction à un développement sur la prière qui nous surprend. Pour dire les choses sans ambages les différentes remarques qui y sont rassemblées nous paraissent en dehors de nos soucis habituels. « Père que ton nom soit reconnu comme sacré, donne -nous notre pain de ce jour, pardonne-nous nos péché, car nous aussi nous remettons notre  dette à quiconque nous doit quelque chose et ne nous fais pas entrer dans l’épreuve. »  Face à ces demandes, il semblerait  que nos propres prières dont nous savons les faiblesses pourraient importuner Dieu qui les écouteraient avec condescendance, et il agirait envers nous comme nous le ferions poliment d’un ami qui nous importunerait à l’heure de notre sommeil. L’Évangéliste ose mettre dans la bouche de Jésus des paroles qui confondraient nos prières avec des gestes inconvenants tels celui d’un Père qui oserait nourrir ses enfants avec des pierres, des scorpions ou des serpents ! Si nos prières reçoivent un tel accueil auprès de Dieu, nous aurions raison de ne paPrière 4s les dire.

Il est sans doute tout à fait évident que ces remarques sont faites pour nous choquer et pour provoquer nos réactions. Elles ne sont pas faites pour nous empêcher de prier quel que soit le contenu de nos prière, mais pour nous dire que Dieu répond toujours en faisant descendre son saint Esprit sur celui qui prie. C’est le saint Esprit qui joue le plus grand rôle dans nos prières. Quel qu’ en soit le contenu, notre prière s’achève toujours par le don de l’Esprit qui donne sens à ce que nous n’avons pas toujours réussi à formuler. Mieux que nous-mêmes, il exprime ce que nous ressentons vraiment. Ce n’est plus nous alors qui prions c’est l’Esprit qui est venu en nous qui a formulé notre prière avec nos propres mots.

Quand nous avons compris cela, nous découvrons que toutes les objections que nos avons formulées au sujet de la prière deviennent caduques. Même les formules du « Notre Père » que nous avons trouvées un peu sèches s’éclairent d’un sens nouveau. C’est le saint Esprit qui révèle en nous les qualités de Père qui caractérisent Dieu. Nous nous adressons à lui comme à celui qui peut tout entendre et tout prendre en charge. C’est lui qui peut apaiser nos souffrances et porter avec nous nos révoltes . C’est lui qui redonne vie à nos espoirs déçus et qui transforme nos angoisses en pulsions de vie. Nous pouvons alors nous adresser à lui en lui disant « Notre père » et c’st un sérieux privilège.

Nous savons que toute notre existence se déroule sous le regard de Dieu, c’est pourquoi nous le remercions pour le pain qui nous nourrit chaque jour, ainsi que de tout ce qui alimente notre existence. Alors que nous faisons monter vers Dieu notre action de grâce pour le remercier de remplir notre vie de tout ce que nous avons besoin au quotidien, nous prenons conscience que tous les hommes ne peuvent pas formuler les mêmes remerciements. Il y a des gens sur cette terre qui n’ont pas de pain au quotidien ni d’actions de grâces à adresser à Dieu.

C’est encore le saint Esprit qui nous rappelle les nécessités des autres. Au moment même où nous formulons notre demande, il établit un lien entre nous, qui éprouvons de la reconnaissance et ceux qui ne peuvent plus prier parce que leur prière de demande de pain quotidien n’est pas ou n’est plus exaucées pour eux. Tant que leur prière restera sans réponse, pensez-vous que nous pouvons continuer à prier ? Ne pensez-vous pas que le péché dont priere 2nous demandons à être pardonné dans la suite du  » Notre Père  » n’est pas celui de laisser sans réponse la prière des affamés. Eux aussi, ils aspirent à pourvoir remercier Dieu à leur tour pour leur pain quotidien.

Tant que leur prière ne sera pas exaucée, notre prière propre  devrait s’arrêter là et la honte devrait nous empêcher de continuer. Cependant, le saint Esprit qui est le moteur de notre prière nous invite à continuer. Il nous enjoint à continuer, parce qu’en même temps que nous prions, il entreprend de nous transformer totalement en commençant par notre cœur de pierre qui s’amollit lentement. Il s’empare de notre apathie, rassemble notre énergie et nous pousse à désirer que quelque chose se passe en nous et autour de nous pour que le sort de ceux qui n’ont plus de pain s’améliore.

Dieu espère que l’action du saint Esprit finira par provoquer en nous des réactions telles qu’ elles proposeront les éléments de réponse dont Dieu a besoin pour exaucer la prière de ceux qui n’ont rien et qui manquent de tout. Sans cette action de l’Esprit saint, nous pourrions être tentés de baisser les bras et de nous replier sur nous-mêmes. Nous nous résignerions à considérer que rien ne changera dans ce monde et que les chanceux continueront à se réjouir de voir leur sort s’améliorer, tandis que le trop grand nombre des autres nous empêcherait de croire que quoi que ce soit ne pourra être changé en leur faveur. La tentation de manquer d’espérance nous guette, c’est pourquoi le saint Esprit ne cesse de souffler sur nous pour que jamais nous ne nous résignions à ce que nos prières ne soient pas exaucées. C’est là la dernière demande du Notre Père : délivre-nous de la tentation : celle  de manquer d’espérance.

Toute prière dite dans la foi est en même temps une confession de foi. Par elle nous disons à Dieu que nous croyons à son action sur le monde. Nous lui disons aussi que nous nous portons volontaires pour mettre à sa disposition toutes les possibilités qu’il y a en nous pour que par nos mains et nos actions, nos prières soient exaucées. Certes, cela prendra sans doute plus de temps que nous pouvons le penser, mais Dieu n’est-il pas maître du temps ?

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Luc 10:18-42 : Marthe et Marie – dimanche 17 juillet 2016

Posté par jeanbesset le 5 juillet 2016

38 Pendant qu’ils étaient en route, il entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut. 39 Sa sœur, appelée Marie, s’était assise aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole. Marthe et Marie 5

40 Marthe, qui s’affairait à beaucoup de tâches, survint et dit : Seigneur, tu ne te soucies pas de ce que ma sœur me laisse faire le travail toute seule ? Dis-lui donc de m’aider. 41 Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses. 42 Une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part : elle ne lui sera pas retirée./

D’habitude, ce sont les frères et non les sœurs  qui sont mis en opposition dans l’évangile, parce que la société de l’époque mettaient plus en avant les hommes que les femmes, pourtant ici, comme pour déroger à la règle, ce sont deux sœurs qui interrompent Jésus sur sa route. Elles lui ouvrent leur porte et le reçoivent. Ces deux femmes ont été rendues célèbres par l’Évangile de Jean qui les présente comme des amies  proches de Jésus qui rendit la vie à leur frère Lazare décédé. Marie a été identifiée à la femme qui renversa un vase de parfum aux pieds de Jésus. Ici, elles nous sont présentées par l’évangéliste Luc. Il est peu familier des coutumes d’Israël, et présente les deux sœurs comme des femmes plus représentatives  de la société grecque que de la société juive. Il donne à Marthe le rôle de chef de la  maisonnée,  ce qui n’aurait pas cours en terre d’Israël. 

Luc par le truchement de ces deux femmes va  aborder la situation des femmes dans L’Église telle qu’elle se posait à  la première génération du christianisme. Derrière le questionnement de Marthe qui s’inquiète de voir sa sœur aux pieds de Jésus écoutant avec avidité l’enseignement du maître, il faut  reconnaître le souci des premiers chrétiens qui devaient s’interroger de la place que prenaient les femmes dans le ministère de l’Église.  En effet, Lydie qui était chef d’entreprise par exemple,  devint aussi chef d’Eglise dans la ville de Philippe. D’autres femmes dont nous ne connaissons pas toujours les noms avaient sans doute commencé à occuper des postes importants. Était-ce raisonnable ?

En rapportant cet épisode de la vie de Jésus, Luc essaye sans doute de répondre  à cette question que l’actualité avait rendue brûlante. Ici, Marthe par son attitude  soutient la thèse selon laquelle les femmes doivent s’occuper d’autre chose que de théologie. Marie qui est mise en cause ici ne dit rien. La réponse de Jésus semble dire sans ambigüité que  Marie serait  à la bonne place et que l’étude de  la théologie relèverait vraiment de son ressort. Elle a donc vocation à prendre la place du maître quand il ne sera plus là. Mais Jésus répond-il vraiment à la question  au sujet de laquelle nous nous interrogeons? Comme nous allons le voir plus loin,  c’est  en fait à une autre question qu’il répond.Marthe et Marie 2

Une nouvelle question surgit alors. Jésus est-il en train d’établir une hiérarchie dans les fonctions que l’on exerce dans l’Église ? Que les femmes   aient leur place dans le ministère de l’enseignement, qu’elles puissent exercer celui de la parole, cela ne semble pas  poser vraiment de problème, même si on a mis des siècles à s’en apercevoir, mais y a-t-il supériorité du ministère de la parole sur les autres ministères ? C’est  ce que Jésus semble dire  et c’est l’enseignement que l’on a pris l’habitude de retenir de ce texte.

Vue le caractère de Marthe  on comprend vite qu’elle n’était pas de nature à se laisser dominer, en tout cas pas par sa sœur qu’elle évincerait volontiers plutôt que de se laisser dominer par elle. Elle croit savoir que son service pour le Seigneur est indispensable à la bonne marche des affaires. Elle ne conçoit pas que le service de l’écoute passe avant celui de l’action. Le bavardage théologique passe pour elle au second plan. Tout se passe dans son esprit comme si tout avait déjà été dit depuis longtemps sur Dieu et sur la manière de le servir et qu’il n’y avait pas lieu d’en rajouter. Tout cela n’était que commentaires de rabbins, inutiles à la bonne marche des choses. En pensant ainsi elle se situe dans un courant de pensée classique. Pour elle ce qui compte, c’est l’efficacité, et elle s’y emploie.

Nous reconnaîtrons Marthe et Marie 3dans son comportement une attitude assez répandue dans beaucoup de nos églises et de nos paroisses qui cherchent à se rendre visibles par l’efficacité de leurs actions.  Elles cherchent plus à témoigner de leur foi par les œuvres qu’elles font plus que par leur approche spirituelle des événements. On  mobilise plus facilement les paroissiens d’une communauté  pour s’investir  dans les œuvres de la paroisse plutôt que pour fréquenter les études bibliques, si bien qu’il est de bon ton de considérer  que les gens les plus efficaces sont ceux qui agissent et non pas ceux  qui s’assoient pour méditer et réfléchir.

En lisant un peu vite ce passage on penserait facilement que Jésus prend ici le contrepied de Marthe et qu’il la désavoue. Marthe quant à elle ne s’en laisse pas conter et campe sur ses positions. Quant à Marie, elle ne se lève pas pour rejoindre sa sœur à sa demande, elle reste assise avec l’approbation du maître.

Jésus en fait, ne donne pas tort à Marthe, il lui reproche de s’inquiéter et de s’agiter pour beaucoup de choses. C’est son souci qui est l’objet de sa critique et non pas la tâche qu’elle accomplit. Marthe se met en souci parce que les choses ne prennent pas la tournure qu’elle souhaite. En bonne maîtresse de maison, elle croit savoir ce qui est bon pour son hôte et elle prie sa sœur d’adopter la même attitude qu’elle. Elle va même jusqu’à reprendre Jésus parce qu’il n’a pas eu les mêmes pensées qu’elle et qu’il ne se soumet pas à ses propres  conventions sociales auxquelles elle donne une portée universelle.

Or, Jésus n’est pas un hôte ordinaire. S’il est reçu par les deux sœurs, c’est parce qu’il est perçu par elles comme celui qui vient de la part de Dieu. Ce qu’il a  à leur dire est un message de la part de Dieu. Marthe ne se soucie pas de cette réalité, elle agit comme elle croit devoir agir, elle agit comme si elle savait mieux que le messager de Dieu ce qu’elle doit faire. Elle sait mieux que Jésus ce que Dieu lui demande et elle reproche à Jésus de ne pas avoir la même pensée sur Dieu qu’elle-même. Là est le problème. Elle reproche à Marie et à Jésus de débattre sur des questions théologiques qu’elle-même a  sans doute déjà résolues.  Elle ne  cherche pas à savoir ce que Dieu souhaite qu’elle fasse. Elle le sait déjà et mieux que lui. Elle n’imagine même pas  qu’elle doive se soucier de la volonté de Dieu avant de se mettre au travail pour lui. Pour Jésus Marthe ne se soucie pas  à bon escient et ne s’agite pas pour la bonne cause, parce qu’elle n’a pas pris soin de s’en soucier.

Il y a ici un bon enseignement pour l’Église qui ne prend toujours pas le temps de réfléchir à ce que Dieu souhaite qu’elle fasse avant d’agir. Si l’église avait pris cette peine elle aurait évité par le passé de se fourvoyer dans des situations contestables dont la liste serait trop longue pour qu’on la dresse  maintenant.

Si Marie reste assise aux pieds du maître, c’est pour recevoir de lui un enseignement qui déterminera par la suite ce qu’elle doit faire. Peut-être sera-t-elle invitée  à  rejoindre sa sœur et s’agitera-t-elle avec elle ? Mais avant de le faire, encore faut-il qu’elle sache ce que Dieu lui demande.Marthe et Marie 4

Le message pour l’Église devient alors clair. Peu importe que les femmes aient accès au ministère comme nous avons cru le discerner dans un premier temps. Ce qui semble nécessaire avant tout, c’est de savoir discerner la volonté de Dieu. C’est pourquoi il est nécessaire de s’assoir et de laisser du temps à la méditation afin de savoir ce que Dieu attend de nous.  Ensuite, quand nous aurons compris son message, il sera toujours temps de s’agiter pour faire sa volonté.

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Luc 10: 25-37 le bon Samaritain – dimanche 10 juillet 2016http://jeanbesset.e.j.f.unblog.fr/files/2016/07/le-bon-samaritain-a.n.-morot-221×300.jpg

Posté par jeanbesset le 1 juillet 2016

Luc 10 : 25-37 Le bon Samaritain

25 Un spécialiste de la loi se leva et lui dit, pour le mettre à l’épreuve : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? 26 Jésus lui dit : Qu’est-il écrit dans la Loi ? Comment lis-tu ? 27 Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain, comme toi-même. 28 Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras. 29 Mais lui voulut se justifier et dit à Jésus : Et qui est mon prochain ?  

 30 Jésus reprit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba aux mains de bandits qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s’en allèrent en le laissant à demi-mort. 31 Par hasard, un prêtre descendait par le même chemin ; il le vit et passa à distance. 32 Un lévite arriva de même à cet endroit ; il le vit et passa à distance. 33 Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui et fut ému lorsqu’il le vit. 34 Il s’approcha et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le plaça sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui. 35 Le lendemain, il sortit deux deniers, les donna à l’hôtelier et dit : « Prends soin de lui, et ce que tu dépenseras en plus, je te le paierai moi-même à mon retour. » 36 Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé aux mains des bandits ? 37 Il répondit : C’est celui qui a montré de la compassion envers lui. Jésus lui dit : Va, et toi aussi, fais de même.Le bon samaritain A.N. Morot

 

Qui est mon prochain ? Autrement dit : l’étranger peut-il être mon prochain ? Nous allons bientôt le savoir en grinçant des dents.

 

Qu’a-t-il  donc  pu passer dans la tête de Jésus  pour qu’il  raconte à des gens qui lui étaient déjà opposés cette histoire qui met en scène un étranger, voyageur solitaire en terre hostile et fait monter la colère contre lui. Pourtant dans ce texte admirablement bien construit, rien n’est laissé au hasard. Jésus met au centre de son propos un étranger bien imprudent car il se déplace seul dans un endroit où les bandits abondent. Il est d’autant plus en danger qu’il est riche. Il est non seulement riche et étranger, mais il est samaritain, c’est dire qu’il offense les coutumes religieuses du pays qu’il traverse par sa  propre pratique religieuse. Il a tout contre lui. Il est donc bien imprudent  de se déplacer ainsi dans ce lieu solitaire. On pourrait s’attendre à ce que dans un tel contexte  il lui soit arrivé un mauvais coup. C’est même ce qu’aurait pu  espérer l’auditeur juif de Jésus qu’il semble viser dans ce propos.  Mais ce ne sera pas le cas. L’auditeur juif sera bien dépité pour la grande joie des disciples, car Jésus en fera un héro. Mais ne riez pas trop vite.

Sous les traits de ce Samaritain généreux et débonnaire, n’est-ce pas Jésus lui-même qui trace le portrait d’un personnage qui lui ressemble, fortune en moins? Il nécessiterait sans doute quelques retouches pour être exact, mais si peu !  Jésus ne fait-il pas lui-même  figure de redresseur de tort  et de donneur de leçon. Lui, qui prétend enseigner les juifs n’est-il pas un demi-étranger ? Il vient de Galilée, une mauvaise terre habitée par des sangs-mêlés,  des juifs mâtinés de païens. Comment  se sent-il autorisé à donner des leçons de vertu à des juifs de pure souche  et en les offenser en tournant en dérision le clergé local qu’il ridiculise dans une histoire  hautement improbable ? 

Jésus, est un  en habile narrateur  et il sait dans quelle direction  il entraîne ses auditeurs, c’est pourquoi il attend prudemment que l’intrigue du récit soit vraiment nouée, pour introduire le Samaritain  sur les lieux du drame. Mais cette situation  du blessé, laissé  sur le carreau par deux membres du clergé, n’est pas très vraisemblable.  Pas plus vraisemblable d’ailleurs,  sera l’attitude de ce riche samaritain qui donne la bonne réponse à la question  posée à l’origine  «  Qui est mon prochain ? »

Tout sonne faux dans ce récit si on l’approfondit quelque peu. Les  auditeurs de Jésus l’ont sans doute bien compris. En effet il semblait évident que la route empruntée par  les 3 personnages  et qui traversait un lieu désert était mal fréquentée. Le blessé de l’histoire en a fait les frais. Mais le Samaritain qui  était vraisemblablement  riche car il la manière dont il débourse par la suite une forte somme le montre bien.  Il n’aurait sans doute pas couru l’imprudence de voyager seul si l’histoire était crédible. S’il  avait voyagé en groupe avec d’autres personnes, comme  la prudence le recommandait,  son geste  aurait perdu une partie de sa valeur, c’est pourquoi Jésus l’a campé dans une histoire  invraisemblable où en tant que voyageur solitaire et vulnérable il s’aventurait sans escorte.  Cependant la remarque faite au sujet du danger encouru par le Samaritain est valable aussi pour le prêtre et le lévite qui sont peut être critiquables, mais pas idiots. Par  mesure de prudence  et dans leur propre intérêt, ils auraient sans doute voyagés ensemble, en tout cas pas seuls.  Ils n’auraient sans doute pas eu l’imprudence de  s’aventurer seuls sur une route dangereuse. Dans ce cas, le regard de leurs  compagnons de route les auraient l’un et l’autre invités à la charité et ils n’auraient pas passés leur chemin. Mais le récit n’aurait d’intérêt que si le prêtre et le lévite ont un mauvais rôle. Mais pourquoi Jésus affiche-t-il une telle hostilité à l’égard des prêtres ? A qui cherche-t-il à plaire et qui est visé par un tel discours ? Patience !Le bon samaritain E Delacroix

En attendant, écoutons  les propos qui se murmurent, sans doute, dans le dos de Jésus et qu’il a sciemment provoqués. Ce n’est pas  dit d’une manière audible, car le narrateur  garde le dénouement pour la fin, mais chacun de nous peut facilement trouver des arguments pour alimenter la critique. « C’est bien connu, susurre-t-on, que  Jésus était  anticlérical et qu’il Il préconisait une autre forme de  religion, une religion sans clergé, sans scribes  sans docteurs de la loi, sans Loi et sans Temple. » C’est sans doute pour accréditer ces critiques qu’il introduit dans son récit deux religieux qu’il  accable en les mettant dans une situation improbable et particulièrement désobligeante.  Cette rumeur,  on l’entendra clairement plus tard lors du procès de Jésus au Sanhédrin, mais elle  avait déjà pris naissance en Galilée, souvenez-vous,  lors du fameux sermon à Nazareth à l’issue duquel il faillit se faire lyncher. La rumeur, comme toute rumeur a tendance à s’amplifier, c’est ce qui se passe sans doute,  alors que Jésus approchait  de Jérusalem. Les disciples n’en perdent pas une miette.

 Mais ce ne sont pas les seules critiques que l’on pourrait adresser à Jésus. On pourrait lui reprocher encore d’avoir mis en scène un aubergiste  qui accepte de faire crédit  à un étranger, ce que personne n’aurait fait et ne ferait encore, ni vous, ni moi. Ca ne tient pas ! Toute l’histoire est  construite sur des impossibilités, mais sa conclusion,  allons-nous la récuser aussi  puisqu’elle nous paraît invraisemblable et qu’elle est la conclusion d’un récit invraisemblable ?

En fait, il est bien plus facile pour tout auditeur de ce récit de le  décrédibiliser, plutôt que d’écouter ce qu’il dit. Si nous estimons que  l’histoire n’est pas crédible, c’est qu’aucun des auditeurs, ni vous ni moi n’est capable de se comporter comme devrait le faire celui qui  cherche vraiment à être  attentif à son prochain. Jésus pointe ici la  rudesse de notre cœur qui nous avons dénoncé tous les arguments qui rendent cette histoire impossible, et nous l’avons fait avec complaisance, parce que les arguments ultimes de Jésus nous gênent. Je parle  ici pour moi, bien entendu. Mais ce n’est pas fini.

Continuons. Portons notre attention sur ce samaritain qui ne tient compte ni de son temps, ni de son argent pour maintenir en vie le mourant.  Ce qui lui paraît plus essentiel que tout, même que ses soucis personnels, c’est que la vie du blessé soit préservée. Pour lui cette émotion qu’il ressent à la vue du blessé est plus forte que toutes les prescriptions de la religion, elle dépasse. Elle dépasse la rigidité de la loi écrite pour en faire la quintessence de la loi morale, celle à laquelle Jésus nous propose d’obéir d’instinct parce qu’elle provient d’une réaction du cœur. Mais la pointe du texte est peut être encore ailleurs

Jésus n’est pas un naïf. Au cours de ce voyage qui l’amène à Jérusalem, il a lui-même expérimenté la dureté des relations avec les étrangers et des Samaritains en particulier.  Il s’est trouvé lui, et  ses amis, en situation d’étranger rejeté  en traversant la Samarie. Lle bon samaritain 1 Henryk stefane récit nous en rapporte l’épisode quelques lignes plus haut.  Il fut agressé à l’entrée d’un village samaritain ( Lc 9/53ss). Sans doute sa petite troupe était-elle  en nombre suffisant pour que l’incident soit sans conséquence, mais il dut passer son chemin ! De là découle la nécessité de voyager en groupe. Cependant  la rancune s’était  installée au cœur de ses proches qui lui proposèrent quand même de faire descendre le feu du ciel sur les agresseurs.

Cette parabole ne serait-elle pas la leçon que donnerait Jésus à  ses propres amis à la suite de cet incident et ne s’adresserait aux juifs qu’après coup ? Ce serait donc ses amis qui seraient d’abord visés ici. En effet, la leçon porte mieux si on donne l’impression de s’adresser à d’autres qu’à ceux qui sont réellement visés. Jésus a bien compris  quel sort il aurait eu lui-même s’il avait voyagé en solitaire, mais cela fait partie des aléas de la vie.  Il est alors montré que la générosité de cœur n’a pas de frontières  et que ce n’est pas le fait d’être étranger qui rend les hommes différents les uns des autres.

 Il n’y a aucune frontière qui délimite le territoire où se trouve notre prochain,  les frontières sont construites par les hommes et non par Dieu  et c’est elles qui  fabriquent des étrangers.  Les frontières sont  des séparations de nature humaine  établies par les hommes pour des raisons économiques mais que Dieu n’a pas inventées pour  que les hommes établissent entre eux des différences d’ordre  morale raciales ou ethniques.

Illustrations  de A.N Morot, E. Delacroix, Henryk Stephan

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Luc 9:51-62 L’espérance dimanche 26 2016

Posté par jeanbesset le 9 juin 2016

L’Espérancelabourer 3

Comme arrivaient les jours où il allait être enlevé, il prit la ferme résolution de se rendre à Jérusalem 52 et il envoya devant lui des messagers. Ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains, afin de faire des préparatifs pour lui. 53 Mais on ne l’accueillit pas, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. 54 Quand ils virent cela, les disciples Jacques et Jean dirent : Seigneur, veux-tu que nous disions au feu de descendre du ciel pour les détruire ? 55 Il se tourna vers eux et les rabroua. 56 Et ils allèrent dans un autre village. 57 Pendant qu’ils étaient en chemin, quelqu’un lui dit : Je te suivrai partout où tu iras. 58Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où poser sa tête. 59 Il dit à un autre : Suis-moi. Celui-ci répondit : Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. 60 Il lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; toi, va-t’en annoncer le règne de Dieu. 61 Un autre dit : Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d’aller d’abord prendre congé de ceux de ma maison. 62 Jésus lui dit : Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas bon pour le royaume de Dieu.

 

« Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas bon pour le Royaume de Dieu »

 

C’est sans doute la seule fois dans l’Écriture que Jésus aborde un domaine qui relève de ses compétences professionnelles. Il parle en effet de ce qu’il connaît professionnellement. En tant que charpentier, il confectionnait la partie en bois des charrues et il savait qu’en appuyant plus fort sur un mancheron que sur l’autre on faisait dévier l’instrument. Ce mouvement provoquait un déséquilibre de la charrue qui traçait alors un sillon tordu. Le fait de se détourner pour regarder en arrière impliquait forcément une pression plus forte sur un mancheron que sur l’autre du fait du déhanchement que provoquait ce mouvement. Ainsi celui qui regarde en arrière en labourant est incapable de faire un travail correct et un sillon droit. Il doit donc rester l’œil fixé droit devant lui sur la lisière du champ pour faire du bon travail.

Or Jésus enseigne qu’on ne peut être utile pour le Royaume de Dieu que si on regarde en avant, car c’est l’avenir qui est important. C’est devant nous que se tient l’avenir à construire. Ce que l’on doit construire est forcément en face de nous. Ce qui est derrière est déjà passé et on ne peut plus rien faire pour le changer. Jésus se désolidarise ainsi de tous ces croyants qui croient bien faire et qui passent leur temps à se lamenter sur le passé, sur les fautes qu’ils ont commises et surtout sur celles que les autres ont commises. Ils insistent sur les conséquences qu’elles peuvent avoir, sur la nécessité du repentir et de changer de sentiments et d’attitude « Laissez au passé le soin du passé, » semble dire Jésus à ses disciples, « vous ne serez pas jugés sur la manière dont vous vous serez lamentés sur le passé, mais sur la manière dont vous allez participer à la construction de l’avenir »Labourer 1

Jésus n’ignore pas que le passé peut avoir de lourdes conséquences sur le comportement des individus. Il sait bien que le poids de la faute est parfois tel qu’on se refuse à pouvoir envisager de vivre normalement le futur. Il sait bien qu’il ne suffit pas de vouloir oublier le passé pour que cela se fasse. Il sait tout cela, c’est pourquoi il proclame très fermement le pardon de tous les péchés sans exception. Il prétend que Dieu se charge de notre passé pour nous permettre d’avancer vers l’avenir. Dieu se charge de gérer notre passé et nous rend responsables du futur que nous allons construire.

Pour ceux dont le passé est trop lourd à porter, c’est à dire pour la plupart des hommes, il leur propose d’opérer un transfert sur lui. Il décide donc d’assumer le poids de leurs fautes jusqu’à en mourir. Pour que les amis de Jésus puissent se sentir libérés de leur passé c’est lui qui le prend en charge et il en meurt, mais cela n’a vraiment d’effet que si on accepte de se déculpabiliser de son passé et de regarder vers l’avant. Ceux qui acceptent de relever ce défi doivent entreprendre de construire avec Jésus des œuvres qui sont porteuses de vie. Tel est le sens que Jésus dans son amour donne à sa mort. Il voulait qu’elle soit suffisamment exemplaire pour que nous puissions opérer sur elle nos transferts de responsabilité. La seule attitude qui nous est demandée c’est de croire que Dieu cautionne cet acte d’amour car ce transfert de notre culpabilité sur Jésus est pour lui la seule manière de libérer l’avenir, afin que le passé ne pèse plus sur nous. Celui qui n’accepte pas cela « n’est pas bon pour le Royaume de Dieu », car il ne pourra pleinement construire son avenir que s’il est libre d’exercer à nouveau sa faculté d’agir et d’aimer.

Quand nous saisissons les mancherons de la charrue pour tracer le sillon de la vie que Dieu nous propose, nous devons garder les regards fixés sur l’éternité qui se trouve à la l’orée du champ. L’avenir que nous construisons avec Dieu est porteur de la vie qu’il promet. Il a pour but l’amour du prochain et donc son mieux être. Ainsi nous sommes destinés à avancer sereinement à la rencontre d’un avenir heureux habité par Dieu.

Mais tout cela relève d’une utopie apparemment irréalisable, sommes-nous amenés à penser en regardant évoluer notre société. Chacun sait que les outils dont nous nous servons pour construire l’avenir sont le produit du passé. C’est avec des idées mille fois répétées et réactualisées que nous forgeons les idées nouvelles. Nous nous appuyons aussi sur des principes acquis, qui ont fait leurs preuves dans le passé pour entreprendre ce que nous construisons, si bien que nous puisons la nouveauté de nos entreprises sur le passé qui nous les a transmises..

De tout temps, les hommes ont construit le futur en rivalisant entre eux, si bien que les termes d’amour et de fraternité que nous empruntons à l’Évangile et que Jésus nous propose comme les éléments nouveaux pour édifier son Royaume semblent parfaitement obsolètes en matière de projets d’avenir. Ces termes ne semblent pas devoir être retenus par ceux qui font des projets sérieux. La compétitivité devient l’idée force pour entreprendre des projets porteurs.

Quand on se présente devant un employeur, comment ne pas faire valoir ses capacités à faire mieux que les autres ? Comment ne pas faire état de ce que l’on a réussi par le passé ? Notre vie entière est organisée en fonction des expériences que la vie nous a apprises et ce sont les expériences du passé qui nous apprennent à ne pas trébucher à nouveau. Tout cela est plein de bon sens et Jésus ne le contesterait sans doute pas, mais ce qu’il nous demande d’intégrer, c’est une autre manière de voir les choses que nous appelons l’espérance.labourrer 6

L’espérance nous demande de refuser de croire que l’avenir sera la répétition du passé avec ses mêmes échecs, ses mêmes contraintes, ses mêmes rivalités, et que les générations futures serons dominées de la même manière que celles du passé par les castes privilégiées de ceux qui sont plus chanceux et plus intelligents que les autres. L’espérance nous invite à croire que l’indifférence au sort des autres ne sera pas toujours la règle générale et que les méchants et les égoïstes ne seront pas toujours les plus nombreux.

L’espérance consiste à croire qu’à force de se déverser sur le monde, l’amour, tel que Jésus nous l’a enseigné, finira bien par triompher. L’espérance consiste à regarder tout ce qui se fait et tout ce qui s’entreprend avec optimisme parce qu’une partie des hommes qui les mettent en œuvre est habitée par l’esprit de Dieu et que cette puissance de Dieu qui est en eux finira par influencer ce sur quoi ils agissent.

Plus le nombre des humains augmente sur notre planète, plus le nombre de ceux qui sont habités par l’esprit de Dieu augmente, si bien que nous devons renoncer à croire à la fatalité selon laquelle le côté négatif des choses sera toujours plus efficace que le côté positif, car si cela était vrai, il y a longtemps que l’humanité aurait cessé d’exister.

Si Dieu ne se voit pas dans des actions qui sont sensées manifester sa toute puissance, la présence de Dieu se voit dans l’acharnement que l’humanité exerce sur elle-même pour résister à toutes les forces mauvaises qui ne réussissent pas à l’entraîner vers sa perte. ainsi, celui qui est habité par l’esprit que Dieu met lui en peut-il saisir vigoureusement les mancherons de la charrue.

Il sait que les expériences de son passé ne peuvent servir qu’à lui permettre de regarder l’avenir avec intérêt. Il sait aussi, qu’en dépit des apparences, Dieu agit au cœur de l’humanité, pour que chaque jour, des humains souvent invisibles et anonymes soient visités par son esprit et se mettent à faire ce qu’il souhaite qu’ils fassent. Dieu s’appuie sur des gens qui construisent leur avenir en mettant en pratique toutes les dimensions du Royaume dont Jésus a ébauché les contours dans son Évangile. Ils croient qu’il se réalisera un jour par les mains entreprenantes de tant d’hommes et de femmes dont nous sommes.

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