Jean 15/1-8 parabole de la vigne et des sarments 29 avril 2018 repris er corrigé du 6 mai 2012

Posté par jeanbesset le 21 avril 2018

C’est moi qui suis la vraie vigne, et c’est mon Père qui est le vigneron. 2Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il porte encore plus de fruit. 3Vous, vous êtes déjà purs, à cause de la parole que je vous ai dite. 4Demeurez en moi, comme moi en vous. Tout comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure dans la vigne, vous non plus, si vous ne demeurez en moi. 5C’est moi qui suis la vigne ; vous, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, comme moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; hors de moi, en effet, vous ne pouvez rien faire. 6Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on ramasse les sarments, on les jette au feu et ils brûlent. 7Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et cela vous arrivera. 8Mon Père est glorifié en ceci : que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez mes disciples.  van-gogh

Avez-vous déjà vu une vigne avant et après qu’elle ait été taillée, cela mérite le déplacement.  Il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour  contempler le spectacle. Celui qui y assiste en promeneur  en a pour les yeux et pour les oreilles. Le pied de vigne qui tend ses branches dénudées vers le ciel gris du mois de mars se trouve  en très peu de temps réduit à très peu de choses : un moignon de bois tordu qui est le cep et quelques tiges de sarments mutilés qui porteront à l’automne les fruits dont on pressera le vin, signes de la vie que le Christ partage avec le monde. Les claquements secs et discrets du sécateur déchirent le silence comme autant  de petits cris de souffrance. Les sarments coupés devenus inutiles sont rassemblés en petits tas  qu’une flamme claire réduits en cendres. Dans l’air encore frais du printemps qui commence à peine s’entremêlent curieusement la vie qui va naître et la vie qui s’en va. Les sarments qui ne servent plus à rien disparaissent et la future récolte n’est encore qu’à l’état de promesses.

Nous avons là une image de l’Église. Elle n’est sans doute pas attractive, mais elle est porteuse de promesses. Le cep qui représente son corps n’a d’intérêt que parce que le Christ l’habite. Il ressemble à un vulgaire morceau de bois fiché en terre. Son aspect insignifiant n’a d’intérêt que pour le vigneron qui sous l’écorce racornie perçoit déjà la sève qui murmure. Les quelques rameaux graciles, judicieusement taillés figurent les membres de l’Église et portent en eux l’espérance de la récolte. A première vue, l’aspect de la vigne n’est guère engageant et n’offre rien d’attrayant. Telle est l’image que Jésus utilise pour exhorter toutes les églises qui vont naître au cours des siècles. Elles sont averties du fait que leur fidélité dépendra d’une taille appropriée pour que leurs fruits produisent le meilleur vin qui annoncera le royaume qui vient.  On croirait à évoquer cette image  entendre la voix de  Jean Calvin déclarant  que l’Église réformée est toujours à réformer, comme le vigneron qui chaque année doit tailler sa vigne pour la rendre féconde. Il la réduit pour la faire grandir.

Jésus nous a habitués à d’autres images pour dynamiser son Église. Il nous l’a décrite comme une graine qui pousse toute seule et  qui d’un seul coup se recouvre de feuillage tellement épais que les oiseaux peuvent s’abriter sous son ombre. Elle peut prendre l’aspect fragile d’une coque de noix livrée à la furie des flots que Jésus calme avec autorité et qui arrive sereinement au  port. Paul a utilisé l’image du sportif dans le stade qui court pour recevoir la palme du vainqueur. Par contre ici, c’est la seule fois dans l’Évangile qu’on  nous décrit  l’Église comme une plante que l’on mutile pour la rendre plus productive. Les coups de sécateurs sont perçus comme autant de souffrances nécessaires que le Seigneur nous imposerait pour obtenir le triomphe de son Église. Nous ne comprenons pas pourquoi Dieu lui imposerait régulièrement   une telle épreuve, comme s’il voulait par avance justifier les souffrances que le sort nous réserve d’une manière inexplicable.

Détrompez-vous, il n’y a pas ici une esquisse de la doctrine de la rédemption par la souffrance comme certains le souhaiteraient. Il nous faut revenir au texte et repérer comment Dieu s’y prend pour tailler la vigne.  En effet, il ne prend pas de sécateur et il ne la fait pas souffrir. C’est sa Parole qui produit les effets souhaités et c’est par elle  que les rameaux que nous sommes sont taillés.   C’est par le moyen de la Parole à laquelle nous avons cru que Dieu agit.  C’est grâce à elle que nous avons décidé de nous attacher au Christ. C’est elle qui guide les étapes de notre vie chrétienne, et si quelque chose est à retrancher ou à enlever de nos vies, c’est par elle que nous le repérons  et c’est librement que nous décidons de l’ enleVan Gogh 2ver. Ce n’est donc pas Dieu qui opère des  ablations douloureuses, mais c’est chacun de nous qui régule sa vie selon que la parole le pousse dans un sens ou dans un autre. C’est par fidélité à sa parole que  nous faisons les choix qui donnent du sens à notre vie. La Parole de Dieu est l’élément régulateur dont nous  devons nous servir pour purifier notre vie et rester fidèlement attachés au cep qui est le corps principal de l’Église et sous l’écorce duquel se dissimule le Christ lui-même.

 Je me suis plu à dépeindre le cep comme un morceau de bois sans grand intérêt. On ne le remarquerait pas si ses sarments ne se couvraient de feuilles, de vrilles et de pampres prometteurs de fruit et de joie. Le cep n’a de raison d’être que dans ses branches qui lui donnent la récompense de ses efforts. Ses efforts consistent à acheminer la sève jusqu’au plus lointain de ses rameaux. Il ne peut vivre sans les rameaux qui ne peuvent vivre sans lui. Le Christ ne peut être vraiment porteur de vie que si les fidèles sont porteurs de vie à leur tour.

 Chacun des fidèles que nous sommes est ici interrogé au sujet de lui-même et du témoignage que sa propre vie rend au Christ. Nous, sommes mis en face de nos responsabilités car c’est aux fruits que nous produisons que l’on reconnaîtra le Seigneur qui nous anime et que le Seigneur sera glorifié, et si le Seigneur est glorifié il le sera dans la joie. Notre existence n’a pas d’autre but que de mettre le Seigneur dans la joie, et il est comblé quand  l’ensemble de sa création évolue avec harmonie.

 .Nous avons compris que le Seigneur nous rend efficaces par l’esprit qu’il dépose en nous. C’est la sève qui monte du cep vers les sarments qui permet aux fruits de se gorger de vie avant de devenir le vin nouveau qui abreuve le monde. Si le fruit n’est pas bon et que le vin tourne à la piquette, que se passe-t-il ? Cela vient-il de ce que le cep est trop vieux et qu’il faut le changer, ou cela vient-il du fait que les sarments ont été mal taillés, sucent la sève et ne donnent pas de bon fruit ? D’une manière générale, de nos jours, on a tendance à croire que les idées forces qui animent la vie sur terre depuis 2 000 ans sont dépassées, que le cep est trop vieux et qu’il faut le changer. On prétend que le Christianisme a fait son temps  et  qu’ il doit faire place à de nouvelles spiritualités.

Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage, qui veut refuser l’Évangile prétend qu’il est illisible, qui voit la paille dans l’œil des autres ne perçoit sans doute pas la poutre qui est dans le sien. Comment donner du sens à sa vie si on est incapable de s’orienter soi-même ?van-gogh 3

L’Évangile que nous reconnaissons comme étant Parole de Dieu a été mis à notre disposition pour nous aider à nous remettre en cause, pour rejeter ce qui est nocif, pour refuser ce qui n’est pas porteur d’espérance. C’est ainsi qu’il nous est suggéré de trouver dans l’Écriture ce qui est pourvoyeur de fruit et de rejeter le reste. Si quelque chose ne va pas, c’est en nous qu’il faut le chercher et non pas dans le cep qui nous abreuve de sève

Le fruit que nous sommes sensés produire, le vin nouveau  qui abreuve le monde, c’est l’amour que nous avons en nous-mêmes et qui doit motiver toutes nos relations avec les autres. Si le monde manque d’amour aujourd’hui, et il manque d’amour, ce n’est pas la faute de Dieu qui nous prodigue aujourd’hui comme toujours le même évangile.

Si les choses vont mal c’est que les hommes ne savent plus aimer et quand les hommes ne sont plus capables de s’aimer les uns les autres, ils s’oppriment entre eux, ils violentent les plus faibles et les dépossèdent de leurs biens. C’est à cause du manque d’amour que la moitié du monde vit au détriment de l’autre moitié. C’est à cause du manque d’amour que ceux qui ne sont pas esclaves s’arrogent le droit d’opprimer les autres et de les rendre dépendants. Ce qu’il y a de consternant c’est que ceux-là ne s’aperçoivent même pas  de ce qu’ils font et sont portés à croire que le monde entier leur ressemble. Curieusement, l’Évangile a été prêché jusqu’aux extrémités du monde et l’amour n’a pas suivi. S’il faut à nouveau tailler la vigne, il faudra savoir quels rameaux doivent être taillés et à quelle hauteur ils doivent l’être. « Heureux ceux qui écoutent ma parole et qui la gardent dit le Seigneur. »

 

Illustrations :vignes vues par Van Gogh

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Jean 10/11-18 Le bon berger, dimanche 22 avril 2018

Posté par jeanbesset le 14 avril 2018

11 C’est moi qui suis le bon berger. Le bon berger se défait de sa vie pour ses moutons. 12 Quand il voit venir le loup, l’employé, celui qui n’est pas berger et pour qui il ne s’agit pas de ses propres moutons, s’enfuit en abandonnant les moutons. Et le loup s’en empare, il les disperse. 13 C’est un employé : il n’a pas le souci des moutons.

14 C’est moi qui suis le bon berger. Je connais mes moutons, et mes moutons me connaissent, 15 comme le Père me connaît et comme, moi, je connais le Père ; et je me défais de ma vie pour mes moutons.16 J’ai encore d’autres moutons qui ne sont pas de cet enclos ; ceux-là aussi, il faut que je les amène ; ils entendront ma voix, et ils deviendront un seul troupeau, un seul berger.

17 Si le Père m’aime, c’est parce que, moi, je me défais de ma vie pour la reprendre. 18 Personne ne me l’enlève, mais c’est moi qui m’en défais, de moi-même ; j’ai le pouvoir de m’en défaire et j’ai le pouvoir de la reprendre ; tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père.

 bon berger 1

Aucune échappatoire n’est possible pour les moutons. Ils sont malmenés par les bergers, menacés par les voleurs, convoités par les loups. Leur destin est réglé d’avance. Ce que l’Évangile ne dit pas mais que tout le monde sait, c’est qu’ils finiront mangés par les hommes pour les plus chanceux d’entre eux. Leur cause est entendue, on ne les élève que pour ça.

.Bien évidemment nous buttons sur ce premier constat, car ce récit a été écrit pour que nous nous identifiions aux moutons. Une question nous vient tout naturellement à l’esprit, c’est celle de savoir si on peut échapper à son destin ? Comment vivre alors que la mort nous menace et peut-on d’une manière ou d’une autre lui échapper?

Comme les moutons, nous sommes environnés de tous les dangers et fatalement, comme eux nous devons mourir. Les moutons subissent leur sort sans broncher. A la différence des moutons, les tenants de l’espèce humaine n’acceptent pas leur destin. Ils espèrent pouvoir y échapper, ils pensent même que Dieu y pourvoira. Et curieusement, tout en espérant que Dieu les délivrera de la mort, ils l’accusent en même temps de vouloir leur propre mort en raison d’un décret divin qui trouve son origine dans la nuit des temps et qui fait que la mort est perçue comme la conséquence d’une faute jamais définie.

Depuis que le monde est monde, nous en sommes toujours là et rien ne semble vouloir faire évoluer les choses. Tout en mettant notre confiance en Dieu nous nous soumettons, bien malgré nous à ce décret divin qui se résume assez bien dans l’affirmation selon laquelle « Dieu est celui qui fait mourir et qui fait vivre » (Deutéronome : 32-39). Nous  ne pouvons cependant nous empêcher d’intenter un procès à Dieu parce que nous refusons de subir le sort de toutes les autres créatures. Il y a en nous comme l’idée que si nous avons foi en Dieu, et que s’il s’est révélé à nous, c’est parce qu’il a l’intention de nous réserver un destin particulier qui ne prévoit pas la mort pour nous.  Apparemment il n’en est rien.

 En fait tous les croyants  pensent que notre vraie relation à Dieu passe par la manière dont il joue un rôle dans le mystère de notre mort, comme si notre seule relation à Dieu était réglée par elle. Et, c’est là que nous avons tout faux.

Cette longue méditation de Jésus sur le sort des moutons nous dit le contraire. Il fait intervenir  un mystérieux berger qui revendique ses droits sur les moutons. Il s’oppose alors aux bergers salariés qui ont habituellement la charge des troupeaux. Ces bergers salariés n’ont aucune conscience professionnelle à l’opposé du mystérieux berger qui se laisse tuer plutôt que de laisser les brebis se faire tuer par les voleurs ou les loups. Il paye de sa vie en s’opposant à la fatalité d’une mort programmée. Il se conduit comme si la mort ne faisait pas partie de l’ordre normal des choses. On ne comprend pas cependant pourquoi la mort du bon berger devrait avoir pour conséquence la survie du troupeau.

C’est alors que se produit comme un hiatus dans le texte. Il se passe comme un glissement, on oublie subitement les moutons et les bergers et on passe sans transition à la relation de Jésus avec Dieu et avec nous-mêmes. Dieu est présenté comme Père. C’est à cause de son amour que notre vie semble préservée. Dieu le Père intervient comme celui qui a le pouvoir de contrarier le destin. Ce pouvoir s’exerce par l’action de Jésus Christ.

Comment ce mystère peut-il alors avoir lieu ?  Tout se passe comme si Dieu s’opposait aux lois de la nature selon lesquelles tout ce qui vit est appelé à mourir avant d’être transformé à nouveau en une autre forme de vie pour mourir à son tour. Il en est ainsi des cycles incessants de la nature. Dieu dans ce passage se propose de casser ce cycle et de proposer que les individus que nous sommes  ne passe plus par la mort. bon berger 3

Ainsi ceux qui appartiendraient au domaine de Dieu pourraient continuer leur existence sans réellement connaître la mort. Mais quand  celle-ci se produit tout de même, ce ne sera pas la fin, car en Dieu la mort n’a plus sa place. Bien évidemment les événements de l’existence ne semblent pas aller dans ce sens et nous avons du mal à partager une telle analyse.

 Tout l’enseignement de Jésus, ses actions et ses miracles ont toujours plaidé la cause de la vie. Selon lui Dieu avait pour seul souci celui de préserver la vie à l’humanité. Là encore on n’a pas compris Jésus. Ses propos ont été considérés comme des blasphèmes contre Dieu. Il brossait le portrait d’un Dieu Père infiniment bon, toujours attentif à faire reculer l’échéance de la mort, et quand ce que nous appelons la mort survient, il propose une autre forme de vie.

Comme ses contemporains ne supportaient pas l’image de ce Dieu aimant qu’il nous proposait, ils ont provoqué la mort de Jésus pour le faire taire ! Mais c’est la vie qui l’a emporté sur la mort. Tué par la main des hommes il a conservé la vie par l’action de Dieu. Les évangiles en sont témoins, ils promettent à quiconque reconnaît que Dieu est le maître de la vie une vie semblable à celle de Jésus qui bien que mort persiste à vivre, car rien ce qui est en Dieu ne peut mourir.

. Tous ceux, donc,  qui vivent aujourd’hui pourront voir leur propre vie se prolonger dans une nouvelle réalité à l’image de celle que l’Ecriture a retenue de Jésus après sa mort. Mais la vision de Jésus va plus loin que la réalité que nous pouvons concevoir.  « J’ai d’autres brebis qui n’appartiennent pas à cette bergerie… » dit-il, comme pour dire que la vision de Dieu va plus loin que ce que nous pouvons concevoir.  Il n’y a donc  pas de réalité sur Dieu dans la mort, toute réalité le concernant est immergée dans la vie car il promet à tout son troupeau la vie en abondance.

Illustrations :Mosaïques de Ravenne

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Jean 20:19-31 – une autre approche de la résurrection – dimanche 8 avril 2018

Posté par jeanbesset le 30 mars 2018

 19 Le soir de ce même dimanche, les portes de la maison où les disciples se trouvaient [rassemblés] étaient fermées car ils avaient peur des chefs juifs; Jésus vint alors se présenter au milieu d’eux et leur dit: «Que la paix soit avec vous!»
20 Après avoir dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. 21 Jésus leur dit de nouveau: «Que la paix soit avec vous! Tout comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.»
22 Après ces paroles, il souffla sur eux et leur dit: «Recevez le Saint-Esprit! 23 Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.»
24 Thomas appelé Didyme, l’un des douze, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint.
25 Les autres disciples lui dirent donc: «Nous avons vu le Seigneur.» Mais il leur dit: «Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n’y mets pas mon doigt et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas.»

26 Huit jours après, les disciples de Jésus étaient de nouveau dans la maison et Thomas se trouvait avec eux. Jésus vint alors que les portes étaient fermées, se tint au milieu d’eux et dit: «Que la paix soit avec vous!»

27 Puis il dit à Thomas: «Avance ton doigt ici et regarde mes mains. Avance aussi ta main et mets-la dans mon côté. Ne sois pas incrédule, mais crois!»
28 Thomas lui répondit: «Mon Seigneur et mon Dieu!» Jésus lui dit: 29 «Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru!»Thomas 001

Grâce à ce texte, nous allons plonger au cœur du message chrétien et nous allons toucher du doigt la vérité de l’Evangile sans omettre les questions que cela peut nous poser. Mais avant d’aller plus loin nous allons-nous livrer à un petit quitz qui nous aidera à mieux nous situer en face de la multiplicité des propos que l’on tient à au sujet des religions contemporaines.  Demandons-nous honnêtement quel et le fondement de la religion chrétienne et en quoi consiste le message de Jésus ?

 Nous voilà tous en train de nous livrer à un débat intérieur et de nous demander ce qu’il y a de fondamental dans le message de Jésus pour ce monde. Bien évidemment  c’est  le message d’amour qui nous vient spontanément à l’esprit. Jésus ne résume-t-il pas son Evangile dans l’injonction à aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme nous-mêmes ? Pour  renforcer  ce message, ne dit-il pas aussi que Dieu lui-même est amour et que c’est à la manière dont nous nous aimerons les uns les autres que nous serons perçus comme des disciples de Jésus.

 Certes, l’amour est fondamental  dans les Ecritures, mais il n’est pas exclusif de l’enseignement de Jésus. Les prophètes avant lui en ont parlé et bien souvent les récits bibliques donnent à Dieu une attitude qui révèle le profond amour dont il fait état dans son comportement vis-à-vis des hommes. La Bible ne s’ouvre-t-elle pas sur un récit qui relate cette attitude d’amour de Dieu. Il nous est raconté en son tout début que Dieu intervint dans le cours de l’histoire de Caïn pour l’inciter à vivre après qu’il ait tué   son frère Abel. Dieu força alors Caïn à vivre  et le marqua même d’un signe pour qu’on ne le tue pas.  Toute la spécificité de Dieu est dans ce geste et c’est par amour que Dieu contraignit Caïn  à vivre.

 Si ce n’est donc pas l’amour qui est spécifique du message de Jésus, même si c’est  par lui qu’il rend compte de la réalité de Dieu, c’est le don de la vie, sans autre alternative  qui caractérise Jésus dont l’Évangile s’achève sur un long développement  introductif à  la résurrection qui est décrite comme le don suprême de la vie que Dieu nous réserve.

  PlusThomas 003 du quart  des Évangiles nous rapportent comment Jésus donne sa vie par amour afin que nous héritions de la vie  et que nous l’ayons en abondance. On a beaucoup glosé sur ces  textes dits de la passion, et on a préféré parler  plutôt du sacrifice que de la vie de Jésus, plutôt que de la vie que Dieu donne aux humains, car c’est  en les ouvrant à ce mystère qu’il les rend participants à la résurrection. La résurrection nous rend accessibles à la vie que Dieu propose de partager avec chacun de nous comme il le fit pour Jésus.

 Au matin de Pâques, la tombe était vide et aucun des 4 évangiles ne nous dit qu’il y ait eu un témoin à l’événement. Les gardes placés devant le tombeau dormaient, ses amis qui se terraient chez eux ne virent donc rien. Au petit matin, les femmes arrivèrent trop tard. Un peu plus tard, les deux disciples qui le croisèrent sur la route d’Emmaüs ne le reconnurent pas tant qu’il resta visible à leurs côtés  et Marie Madeleine le confondit avec le jardinier.  Personne ne put donc dire quoique ce soit de l’événement et pourtant, le bruit se répandit que Jésus  était vivant, et  ils crurent à cette réalité.  La joie fit place au doute, la sérénité devint foi, la résurrection devint vérité.

 La foi lentement prenait place dans leur conscience. Dieu silencieusement travaillait en eux pour accomplir  son œuvre  de conviction intérieure. Tous furent convaincus du fait que l’impossible s’était réalisé sans qu’ils puissent en dire quoi que ce soit. La mort était dépassée par Dieu pour que s’accomplisse le mystère de la résurrection dont personne n’avait rien vu et ne voyait toujours rien. L’impossible prenait valeur de vérité.

 De même que Dieu est invisible, de-même la vie nouvelle qu’il répand sur quiconque  reste invisible. Chacun découvrait alors que tout cela se passait au fond de lui-même et que Dieu y prenait place.  La vie nouvelle  s’installait en chacun d’eux et chacun devait désormais l’alimenter par les gestes d’amour que l’Esprit lui inspirait.

 Comme je pense avoir tout dit, je pourrais m’arrêter là. Mais,  je n’ai pas encore parlé de Thomas  et comme il est  l’acteur principal de ce récit vous n’y trouverez pas votre compte. Alors que beaucoup dans l’Église naissante était dans l’euphorie, les sceptiques dont Thomas faisait partie, étaient en recherche de la preuve matérielle que tout cela s’était réellement passé. Ils voulaient voir pour croire.  C’est encore aujourd’hui notre problème car nous aussi, nous voudrions rencontrer  des témoins crédibles pour croire vraiment. Dans l’Église naissante,  on dressa la liste des compagnons de Jésus qui étaient sensés l’avoir vu vivant et plus tard, au moment de la rédaction des Évangiles on rapporta les récits de leurs rencontres,  mais les plus marginaux dont Thomas qui n’avaient rien vu  jouaient  les frustrés, c’est pourquoi ce petit récit prit sa place dans l’Évangile pour donner de la place à ceux qui n’y trouvaient pas leur compte.

 C’est donc ici un récit  concernant  le plus  frustré des compagnons de Jésus qui a été rapporté. Il voulait le voir, il voulait le toucher, il voulait  la preuve sensible  d’un événement  dont il pourrait rendre compte.  Il voulait que ce qui allait marquer son âme  commence par être visible.  Pour dire les choses d’une manière plus triviale, il voulait que le sang sur les plaies de Jésus ne soit pas sec  plus de 10 jours après sa mort pour qu’il puisse le toucher de ses doigts. Il était à la recherche de Dieu dans le monde des morts vivants et cela  n’avait que peu de chances d’aboutir. C’est dans cet état d’esprit qu’il se trouvThomas 002e au moment où on rapporte la scène.

Mais quand enfin cela se passe, et que l’occasion s’offre à lui de le toucher, Jésus lui offrit son  corps meurtri et  il ne le toucha  pas. Il venait  de franchir le mur qui le séparait  de l’invisible pour s’approprier dans son âme la réalité à laquelle il ne croyait pas encore. La certitude que la vérité sur la résurrection ne se touche pas était en train de s’imposer à lui. La résurrection ne se voyait pas, elle était le résultat d’une démarche intérieure initiée en lui par Dieu. La foi ouvrait alors la porte à une vérité incroyable qui le concernait lui et les autres. La porte de la maison qui était fermée s’ouvrait alors sur une autre réalité toute intérieure.

 Tout ce qui est décrit ici comme visible n’était en réalité  visible que pour les yeux de la foi. Jésus devenu invisible aux yeux de ses amis prenait désormais une autre réalité pour leur foi et il les entraînait avec eux dans la vie qui commençait  pour eux à l’instant même où la résurrection devenait réalité pour eux.

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Luc 24/35-48 La Résurrection, dimanche 15 avril 2018

Posté par jeanbesset le 29 mars 2018

36 Ils parlaient encore quand [Jésus] lui-même se présenta au milieu d’eux et leur dit: «Que la paix soit avec vous!»

37 Saisis de frayeur et d’épouvante, ils croyaient voir un esprit, 38 mais il leur dit: «Pourquoi êtes-vous troublés et pourquoi de pareilles pensées surgissent-elles dans votre coeur? 39 Regardez mes mains et mes pieds: c’est bien moi. Touchez-moi et regardez: un esprit n’a ni chair ni os comme, vous le voyez bien, j’en ai.»
40 En disant cela, il leur montra ses mains et ses pieds.
41 Cependant, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et ils étaient dans l’étonnement. Alors il leur dit: «Avez-vous ici quelque chose à manger?» 42 Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé [et un rayon de miel].
43 Il en prit et mangea devant eux. 44 Puis il leur dit: «C’est ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous: il fallait que s’accomplisse tout ce qui est écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes.»
45 Alors il leur ouvrit l’intelligence afin qu’ils comprennent les Ecritures 46 et il leur dit: «Ainsi, il était écrit [- et il fallait que cela arrive -] que le Messie souffrirait et qu’il ressusciterait le troisième jour,47 et que la repentance et le pardon des péchés seraient prêchés en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem.
48 Vous êtes témoins de ces choses.

 Résurrection AA

Pour que nous puissions comprendre le mystère de la résurrection, il faut que Dieu s’en mêle, car tout ce  qui nous est révélé ici n’est pas une nouveauté, même si apparemment cela relève du  merveilleux et de l’incompréhensible. La lecture de tout ce que la Bible contient, pour celui qui cherche à la lire avec intelligence,  lui révèle que cela fait partie d’un plan préétabli par Dieu, qui irradie de l’être-même de Dieu. Tout au long des Ecritures, les témoins de Dieu en avaient l’intuition et l’ont révélé sans vraiment le comprendre. Déjà les prophètes avaient  annoncé la réalité d’une vie qui défiait la mort, mais il faudra la mort de Jésus pour la rendre évidente.

 Les écrivains bibliques avaient laissé entendre que le Dieu dont ils témoignaient n’était pas conforme à celui que les traditions avaient transmis à son sujet et que le vrai Dieu n’était pas celui à qui on se réfèrait généralement.  Il n’était pas vraiment celui autour duquel s’étaient organisées leurs  croyances. La religion dont  tous se réclamaient ne rendait pas vraiment compte de la vérité qui émanait de lui. La religion à laquelle se référaient la plupart des israélites de l’époque était basée sur le fait que le rapport avec Dieu était conditionné par la référence au péché. Toute la pratique du culte et l’expression de la foi avaient été établies  pour que par le rite et le sacrifice on puisse se libérer du péché et avoir accès à Dieu.

Or voici que le message ultime de Jésus est l’annonce de la disparition de la barrière du péché. Une telle nouvelle nécessitait que l’on voie désormais la réalité autrement. Si une telle  nouvelle était séduisante, elle remettait cependant en cause tout ce que l’on avait reçu du passé. Elle remettait en cause la religion établie depuis un millénaire, elle donnait à Dieu un autre visage qui rendait son approche différente. Le temple n’était plus lui-même nécessaire, les sacrifices non plus. Plus besoin de prêtres ni de clergé. C’est ce que les scribes et les pharisiens parmi ses contemporains avaient cru  entendre de l’enseignement de Jésus. Il remettait trop de choses en cause. Il fallait donc l’éliminer et le retirer du monde des vivants  pour que la foi en lui, si elle faisait école, ne détruise pas les fondements de la religion, voire même de la civilisation. Jésus était donc un danger réel pour la société d’alors

   Aujourd’hui encore nous restons sensibles à certains arguments qui lui ont été reprochés. Le péché garde sur nous une telle emprise que l’on a encore  du mal à admettre qu’il ne maintient plus de  barrière entre Dieu et nous.

 Le prodige, c’est qu’après la mort de Jésus ces mêmes arguments  avaient toujours cours. On prétendit que c’était lui-même, revenu des morts qui les tenaient. Une fois mort, il n’aurait pas cessé d’exister et n’avait pas changé de message. Ce n’était pas le fait de quelques visionnaires traumatisés par l’événement qui accréditaient ce message, c’était le message que tenaient maintenant tous ceux qui l’avaient accompagné après l’avoir lâchement laissé condamner et qui l’avaient laissé mourir sans protester ni tenter quoi que ce soit pour le délivrer.

 Ils découvraient que l’Esprit de Jésus était venu habiter  en eux,  pour affermir dans leur conscience  l’idée que ce que Jésus  disait de son vivant était non seulement  toujours vrai, mais que lui-même était toujours vivant. Certains même prétendirent l’avoir vu, pourtant   ses principaux amis, dans ces tout premiers temps après  sa mort  étaient restés terrés dans la maison où ils  se  cachaient, tremblant de peur et refusant de se montrer dans la rue.

 Il  y avait de quoi être bouleversé et ressentir de la peur tant  ils redoutaient  d’être arrêtés à la fois par la chasse à  l’homme qui les concernait  et par les nouvelles hallucinantes  qui courraient au sujet d’un retour à la vie du défunt  dont on répandait  le bruit sans pouvoir le démontrer.  Ils ressassaient sans doute les causes de sa mort en méditant sur le fait qu’ils n’avaient rien vu venir.  Ils avaient entendu  l’enseignement de Jésus sans en avoir saisi le sens profond.  Ils repensaient  à  ses miracles, ses paraboles, ses algarades avec les dignitaires religieux. Tout cela aurait du leur ouvrir les yeux.  Ceux qui l’avaient fait dans les premiers temps de son ministère l’ avaient quitté depuis longtemps, Jésus s’en été ouvert aux autres et leur avait suggéré de partir,  mais eux étaient restés, fidèlement  sans comprendre.

 Alors que maintenant ils commençaient à comprendre, ils se sentaient coupables de l’avoir  laissé seul. Si leur péché  dont ils étaient bien conscients, ne pouvait plus les séparer de Dieu,  que pouvaient-ils encore faire si non accepter que tout cela soit vrai?

 Dans ce récit que nous propose l’Évangile de Luc nous trouvons comme la synthèse de tous les événements qui se seraient produits au sujet des apparitions de Jésus dont les autres Évangiles ont fait état. Ce qui domine c’est la peur et l’incrédulité et sans doute, mais ce n’est pas dit le sentiment de culpabilité.  Les questions se bousculaient  dans leur fort intérieur alors qu’ils ressassaient tous ces événements. Comment avaient-ils pu passer à côté de la vérité sans comprendre ? Comment avaient-ils pu le laisser aller à la mort  tout   seul ? Deux solutions étaient alors possibles, celle de se suicider comme le fit Judas, ou celle croire ce qui était encore incroyable.  Il leur fallait croire que ce péché d’ignorance,   d’incrédulité  et de lâcheté qu’ils avaient commis était dépassé et désormais sans conséquence pour leur relation avec Dieu.  Ils étaient prêts alors à accueillir pleinement leur maître  dans leur vie.

 Le texte de l’Évangile de Luc se poursuit  alors en rapportant toutes les formes de récits  que les autres Évangiles ont donnés aux apparitions du ressuscité. Il mange, il parle, et surtout il confirme le pardon des péchés, le saint Esprit fera le reste. La joie qui désormais s’empare d’eux manifeste la naissance progressive de la foi. Plus rien ne pouvait  faire désormais d’obstacle à une nouvelle forme de relation avec Dieu. L’Éternité s’ouvrait à eux, la résurrection devenait effective, non pas seulement la résurrection de Jésus mais la leur.

 Si aujourd’hui, nous pouvons croire encore, que tout cela est vrai, c’est que Dieu ne cesse de travailler notre conscience pour que nous prenions en compte le fait que nous ne croyons pas par nous-mêmes, mais que c’est son esprit qui œuvre en nous  pour que nous croyons  en la vie nouvelle qu’il nous donne par la résurrection et qui nous rend ainsi participants à sa divinité.

Illustration Bartolomeo Suardi dit Bramantino

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Marc 16/1-8 la résurrection de Jésus et lanôtre – dimanche 1 er avril

Posté par jeanbesset le 22 mars 2018

La résurrection de Jésus

 1Quand le jour du sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé achetèrent des huiles parfumées pour aller embaumer le corps de Jésus. 2Très tôt le dimanche matin, au lever du soleil, elles se rendirent au tombeau. 3Elles se disaient l’une à l’autre : « Qui va rouler pour nous la pierre qui ferme l’entrée du tombeau ? » 4Mais quand elles regardèrent, elles virent que la pierre, qui était très grande, avait déjà été roulée de côté. 5Elles entrèrent alors dans le tombeau ; elles virent là un jeune homme, assis à droite, qui portait une robe blanche, et elles furent effrayées. 6Mais il leur dit : « Ne soyez pas effrayées ; vous cherchez Jésus de Nazareth, celui qu’on a cloué sur la croix ; il est revenu de la mort à la vie, il n’est pas ici. Regardez, voici l’endroit où on l’avait déposé. 7Allez maintenant dire ceci à ses disciples, y compris à Pierre : “Il va vous attendre en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.”  » 8Elles sortirent alors et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes de crainte. Et elles ne dirent rien à personne, parce qu’elles avaient peur. tombeau vide 10 1

 Il y aurait une certaine outrecuidance de la part d’un prédicateur à  vouloir donner un enseignement  sur la résurrection alors que chacun de nous a une idée personnelle sur la question et qu’il s’appuie sur des expériences spirituelles qui ne  se démontrent pas. Certains même pensent que le concept est dépassé et qu’il relèverait d’une  forme de pensée des premiers siècles de notre ère qui n’aurait plus cours aujourd’hui.  La science moderne semble nier la possibilité d’une telle réalité, quoi que le transhumanisme émette de nouvelles idées sur la question

 Nous nous contenterons pour notre part de recevoir ce texte de l’Évangile de Marc en essayant d’écouter ce qu’il cherche à  nous dire tout en exerçant un esprit critique à son égard.

 Nous savons que l’Evangile de Marc est le plus ancien des Évangiles et qu’il s’appuie donc sur  les plus anciens documents  qui nous soient parvenus concernant Jésus. Il s’achève sur le dernier verset que nous avons lu : « Elles ne dirent rien à personne parce qu’elles avaient  peur. » Les versets suivants ( 9 à 20) font partie d’une finale apocryphe rajoutée à l’Évangile au deuxième siècle pour lui donner une fin acceptable.

 L’Evangile s’achève donc sur le récit  de la peur qui s’empare des femmes après qu’elles aient découvert que le tombeau était vide et après qu’elles aient entendu l’ange  qui  leur parlait. Par un tel comportement elles manifestaient non seulement  leur désarroi mais l’incohérence de leur attitude depuis le début du récit.  L’intervention du messager divin, qui devait les rassurer ne fait que déclencher leur panique puisque elles s’enfuirent et ne dirent rien à personne. Mais elles ont bien du parler à un moment ou à un autre, puisque l’affaire a été connue après coup.  Le messager divin n’a donc pas été rassurant, comme il se  devrait,  mais au contraire, il n’a fait qu’augmenter leur inquiétude.

 Depuis le début  du récit, les femmes  manifestaient leur malaise. Il est dit qu’elles partirent au lever du soleil non sans avoir pris la précaution d’acheter des aromates. Mais qui pouvait bien en vendre si tôt le matin alors qu’il ne faisait pas encore jour ? Et d’où venaient-elles ? Peut-être de  Béthanie où elles auraient toutes passé la nuit chez Lazare et Marie avec les apôtres. Mais, c’est  à plusieurs kilomètres de Jérusalem, et le déplacement leur aurait pris beaucoup de temps ! On n’en sait finalement rien, et tout cela  semble flou et  n’est guère cohérent.  Etait-ce  une clause de style de la part du rédacteur pour nous faire comprendre  le grand malaise dans lequel elles étaient déjà ?  Tous ces détails ont été soigneusement étudiés, car le texte n’était pas le produit spontané d’un simple témoin. Il a été rédigé plus de vingt ans après l’événement et l’auteur a surement pris le temps de peser ses mots.

 Elles ont aussi oublié d’apporter avec elle un levier dont elles auraient du se munir pour  manœuvrer le rocher à l’entrée de la tombe et aucun homme fort et solide  ne les accompagnait pour opérer la manœuvre.  Pourquoi n’ont-elles pas mis les hommes de l’entourage de Jésus au courant de leurs intentions, car c’était non seulement une entreprise difficile qu’elles entreprenaient, mais aussi une opération dangereuse ? Elles envisageaient tout simplement d’ouvrir la tombe d’un proscrit, condamné à mort, sans aucune autorisation des autorités compétentes. Et nous savons que l’autorité romaine n’aurait pas été tendre si elles avaient été surprises  

 En abordant ce récit d’une manière plus  pointue, on découvre que l’auteur a plus cherché à créer une ambiance qu’une description précise de l’événement. Il prépare son lecteur à partager le choc spirituel qu’ont ressenti les femmes et à l’introduire dans le climat de doute et de stupéfaction que pourrait produire en lui le constat de la résurrection.

 Nous l’avons compris, le but du récit est d’en arriver à nous préparer à accepter  la réalité de la résurrection comme évidente. C’est maintenant le problème de la pierre trop lourde pour être manœuvrer qui se pose. En effet,  la pierre, comme  tout le reste, doit avoir, elle aussi une signification symbolique. Elle sépare non seulement le monde des morts de celui des vivants, mais elle signifie aussi que c’est Dieu lui-même qui a la possibilité de libérer le lieu de la mort et d’y introduire la vie qui prend l’aspect rassurant d’un personnage divin. Il n’a pas à proprement parler l’aspect d’un ange, mais plutôt celui d’un hutombeau vide 9main. Il n’émane de lui aucune  lumière, il ne présente aucun aspect remarquable qu’on serait enclin à attribuer à un personnage divin, pas d’auréole, encore moins d’ailes, juste une apparence blanche. On ne pourrait faire plus simple et plus rassurant et pourtant elles auront peur. 

 Ce personnage est porteur d’une parole. N’est-ce pas par la Parole que Dieu se caractérise dans les Ecritures ? Cette parole est un envoi. C’est en Galilée, dans leurs maisons qu’elles doivent retourner, là où elles vivent, c’est là qu’il y aura une suite, car ici, il n’y a plus rien à voir.

 Tout a été raconté pour signifier  que Dieu a pris possession du domaine de la mort et que les humains ne peuvent rien comprendre à ce mystère. Il n’y a aucun  argument qui puisse donner de la cohérence à tout  cela. La pierre présente à l’entrée de la tombe devient inutile puisqu’à l’intérieur de la tombe  il  n’y a rien, si non la certitude de la présence de Dieu. Il y a de quoi avoir peur, car  les témoins se sentent démunis devant tout cela. C’est même effrayant pour elles de constater que Dieu est si proche et que malgré tout il reste invisible. Comment dire cela aux autres ? Mieux vaut se taire sans quoi ils les prendraient pour des folles.

 L’Évangile s’arrête là et désormais on prendra pour des fous tous ceux qui parleront de résurrection, car il n’est pas dans la nature humaine de croire que Dieu maintienne la vie quand la mort s’est manifestée. Pourtant, si vous croyez en Dieu, si vous croyez qu’il est maître de la vie, comment pouvez-vous penser qu’il ne peut pas  vous garder en vie quand bien même vous seriez morts ?

 Quelle suite donner à tout cela maintenant ? Il n’y a plus qu’à renvoyer chacun vers sa Galilée d’origine, comme l’ange a invité les femmes à le faire. Nous sommes invités à aller vers ces lieux de vie où la vie suit son cours. C’est là que Dieu nous réserve à chacun des expérience spirituelles et personnelles où la vie viendra visiter notre âme, provoquer notre conscience et susciter en nous des mouvements de foi qui feront de nous des intimes de Dieu.

 La foi devient alors cette prise de conscience qui se produit en nous et qui nous amène à constater que plus rien ne nous sépare de Dieu ni dans ce temps, ni dans un autre. La pierre qui a été dressée entre Dieu et nous par tous les obstacles de  l’existence est définitivement roulée et Dieu nous envoie, au-delà de nous-mêmes accomplir notre destin d’homme ou de femme. Allez raconter cela à ceux qui ne croient  pas ! Ils vous prendront pour des fous, comme ce fut le cas pour l’apôtre Paul qui fut tourné en ridicule  quand il voulut en parler aux gens d’Athènes. Mais là est le prix du témoignage  que notre foi nous invite à rendre dans ce monde où nous vivons aux côtés de ceux qui ne croient pas.

 

 

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Marc 11/1-11 Les Rameaux. L’âne pourrait bien être nous-mêmes : dimanche 25 mars 2018

Posté par jeanbesset le 21 mars 2018

 

1 Alors qu’ils approchent de Jérusalem, vers Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers, il envoie deux de ses disciples 2 en leur disant : Allez au village qui est devant vous ; sitôt que vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est encore assis ; détachez-le et amenez-le. 3 Si quelqu’un vous dit : « Pourquoi faites-vous cela ? », répondez : « Le Seigneur en a besoin ; il le renverra ici tout de suite. » 4 Ils s’en allèrent et trouvèrent un ânon attaché dehors, près d’une porte, dans la rue ; ils le détachent. 5Quelques-uns de ceux qui étaient là se mirent à leur dire : Qu’est-ce que vous faites ? Pourquoi détachez-vous l’ânon ? 6 Ils leur répondirent comme Jésus l’avait dit, et on les laissa aller. 7 Ils amènent à Jésus l’ânon, sur lequel ils lancent leurs vêtements ; il s’assit dessus. 8 Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin, et d’autres des rameaux qu’ils avaient coupés dans la campagne. 9 Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! 10 Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre père ! Hosanna dans les lieux très hauts ! 11 Il entra à Jérusalem, dans le temple. Quand il eut tout regardé, comme il était déjà tard, il sortit vers Béthanie avec les Douze.

 Rameaux 2La vérité sur les choses qui concernent Dieu se situe toujours au-delà de ce que nous percevons par nos sens. Nous cherchons à repérer les manifestations de sa toute puissance dans les événements qui attestent de sa grandeur. Nous sommes à l’affût du moindre miracle, comme si c’était le seul élément capable de révéler la présence de Dieu, comme si Dieu n’était repérable que quand il se permettait lui-même de transgresser les lois de la nature qu’il est sensé avoir lui-même fixées. Certes la Bible nous a habitués à voir dans les événements qui y sont rapportés les preuves de la majesté divine, mais la réalité de Dieu se transmet le plus souvent par ce qui ne se voit pas.

En fait d’événement remarquable, c’est le récit d’une aventure pour le moins curieuse qu’il nous est donné de découvrir dans le passage que nous avons lu. Jésus n’y parle pas, mais les hommes crient. Le héros est un âne, un ânon plutôt ! La tradition chrétienne a trouvé dans ce non-événement matière à en faire une fête qu’elle célèbre chaque année en début de printemps. Ici pas de miracle, pas d’enseignement remarquable. Caracolant sur un petit âne qui peine à la montée, entouré d’une bande de braillards, Jésus s’adonne à une parodie dont on n’est pas très sûr d’en avoir décrypté le sens profond.

On a vu dans cet événement l’intronisation royale de Jésus. On a vu dans cette bousculade la volonté de Dieu de faire de Jésus le roi du monde. Il faut beaucoup d’imagination pour décrypter dans cet incident apparemment mineur le signe d’une vérité théologique majeure. Cette manifestation n’est, sans doute pas assez évidente pour que Jésus soit reconnu comme le successeur du grand roi David et qu’on lui donne le titre de Messie. Même si Jésus lui-même a voulu que les choses soient ainsi, il n’est pas sûr que nous soyons amenés à en tirer les bonnes conclusions.

Si Jésus est le successeur du roi David, s’il est le Messie et qu’il se présente pour nous comme notre roi, qu’est-ce que cela change d’ailleurs dans notre existence ? En quoi Jésus règne-t-il sur nous. Si cette question a tourmenté les croyants des premiers siècles, habitués à l’autorité des rois et au poids des traditions, en quoi peut-elle nous intéresser aujourd’hui, nous qui ne savons même plus ce que c’est qu’un roi ? Il y a sans doute un sens caché aux choses qu’il nous faut découvrir si nous voulons comprendre.

N’ayant plus de roi ici bas, nous nous plaisons à transférer la royauté de Jésus dans une autre réalité. Nous pensons habituellement que l’Evangile, à force de travailler intérieurement la conscience des peuples finira bien par provoquer une révolution lente qui instaurera une société plus juste, dans la quelle, tous les hommes devenus égaux ne rivaliseront plus entre eux. Comme personne n’y croit vraiment on a rejeté la réalisation d’une telle utopie à plus tard, dans un royaume céleste où Dieu règnera en maître sur un monde nouveau où les hommes ressuscités n’auront plus aucune réalité matérielle pour rivaliser entre eux et finiront par s’aimer par la force des choses. Y croyons-nous vraiment ? La question reste apparemment sans réponse.

Revenons alors à notre récit, essayons de mieux percevoir la pensée de Marc, l’auteur de cet évangile. Rejoignons le, trente ans avant la rédaction du récit que nous avons lu, au moment des faits. A cette époque, encore enfant, il arpentait les rues de Jérusalem à la suite de Jésus. Peut être était-il un de ces gamins qui cassaient des branches en vociférant. Certains détails de ses écrits laissent entendre que très jeune, il faisait sans doute partie de l’entourage de Jésus. Au lieu du récit officiel de l’événement que nous avons lu et qu’il aurait écrit trente ans après, imaginons ce qu’il aurait pu écrire sur un cahier d’écolier quelques jours après. Ce n’est évidemment qu’une pure fiction :

« Les événements qui se sont passés à ce moment là resteront gravés à tout jamais dans ma mémoire. Je n’étais encore qu’un enfant, mais je suivais ses disciples pas à pas. J’étais là le jour où le maître a traversé Jérusalem sur un petit âne. Ce ne fut pas un grand moment ; la police du Temple n’aurait jamais permis qu’on organise une procession à proximité du sanctuaire sans autorisation. Ce n’était pas un tout petit âne d’ailleurs, c’était une bête qui n’était pas adulte, mais capable de porter un homme, sur un court trajet. C’est sans doute pour cette raison que tout cela n’a pas duré longtemps et que la police n’en a rien su. Jésus qui ne disait rien, s’appuyait au passage sur les gens qui l’entouraient pour ne pas peser trop lourd sur l’animal. Ses disciples dont je m’étais écarté pour brandir moi aussi des branches de palmiers étaient gênés. Ils ne comprenaient pas que Jésus se laisse aller à un tel spectacle, mais les gamins dont j’étais prenaient beaucoup de plaisir à agiter leurs branches. L’âne aussi semblait participer à la fête. On aurait dit qu’il était fier de servir à quelque chose, comme si tout cela ne pouvait se faire sans lui, et moi aussi, j’étais content d’être là, même si je ne savais pas à quoi je servais, j’avais l’impression d’être utile. Puis très vite tout s’est arrêté on approchait du Temple et tout rentra dans l’ordre. »

Dans les récits relatant le même événement rapporté par les trois autres évangiles, le fait que l’animal soit un ânon pose problème car c’était un animal apparemment trop faible pour être monté. L’Evangile de Matthieu rajoute la présence de l’ânesse sa mère, ce qui rend les choses plus cohérentes, et conforme à la prophétie de Zacharie (9 :9). « dites à la fille de Sion, voici que ton roi vient, plein de douceur monté sur une ânesse, sur un ânon, le petit d’une bête de somme. » Quoi qu’il en soit c’est l’âne qui est au centre du récit et non pas Jésus. Jésus, quant à lui ne dit pas un mot, si bien que nous devrons faire fonctionner les cellules grises de notre cerveau si nous voulons comprendre. Une seule parole de Jésus nous a cependant été rapportée et, comme de juste, elle concerne l’âne : «Le Seigneur en a besoin » dit-il pour justifier son emprunt.

En fait sans cet âne cet épisode n’aurait aucun sens. L’âne était considéré comme la monture royale du roi David qui avait, dit-on, des régiments d’ânes et chevauchait lui-même un âne de guerre. Un animal grand, au sabot sûr, monture parfaite pour porter la guerre en montagne et conquérir Jérusalem comme ce fut le cas. Mais cet ânon dont il s’agit ici, n’était pas une monture de combat ni de parade, il était incapable de porter trop longtemps un homme, même sans arme. Pourtant ici c’est l’âne qui fait le roi. Sans âne, il ne serait pas possible de discerner un sens royal à cette fête. Sans âne il n’y aurait pas d’allusion au roi mythique de la tradition, sans âne pas de Messie, pas de symbole. Si ce sont les gens qui acclament, c’est l’âne qui donne du sens à l’événement.

Le glissement est alors facile à faire de l’âne au chrétien. Celui qui porte le roi, celui qui atteste que Jésus est le Messie, c’est le petit âne, et par extension, c’est le modeste serviteur que l’on ne remarque pas, c’est vous, c’est moi. L’âne désigne ici le chrétien de base, incapable de manifester quoi que ce soit par sa parole sur la messianité de Jésus, mais capable de le désigner comme celui qui règne sur lui par ses actes. C’est par l’action constante et persévérante Rameaux 1des chrétiens de base que Jésus est rendu manifeste à la face du monde et non pas par les sermons et les discours des clercs et des savants.

Ce récit fonctionne comme un encouragement muet de la part de Jésus en direction des plus modestes parmi nous. Toutes les petites actions en faveur des autres que nous pouvons faire, tous les petits témoignages que nous pouvons apporter sont autant de petits gestes qui manifestent la royauté de Jésus sur notre personne. Qui que nous soyons, comme le petit âne trop faible, Jésus a besoin de nous.

L’âne en avançant porte le Seigneur qu’il ne voit pas puisqu’il est sur son dos. Le croyant qui agit en faveur des plus petits que lui et qui témoigne de son amour pour Dieu ou pour les hommes ne voit pas forcément le Seigneur, mais comme l’âne il sait sa présence et cela lui suffit pour avancer. Cette collaboration anonyme avec Dieu donne tout son sens à notre vie. C’est cette présence de Dieu en nous qui nous permet de comprendre ce que nous sommes venus faire sur cette terre. Avec lui nous marchons dans la bonne direction, celle de l’éternité de la fraternité et de l’unité des hommes avec Dieu.

Que le Royaume de Dieu mette du temps à se réaliser, peu importe, ce ne doit pas être notre souci. Sans pour autant voir le maître, il nous suffit de sentir sa présence.

illustrations: ivoire/Constantinople 950/1000

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Jean 12/20-33 la foi agit en nous à partir de ce qui est invisible – dimanche 18 mar 2018

Posté par jeanbesset le 8 mars 2018


Ce sermon vous a déjà été proposé  pour le 15 mars 2012. J’y ai apporté quelques légères  corrections.tombeau

20 Il y avait quelques Grecs parmi les gens qui étaient montés pour adorer pendant la fête. 21 S‘étant approchés de Philippe, qui était de Bethsaïda, en Galilée, ils lui demandaient : Seigneur, nous voudrions voir Jésus. 22Philippe vient le dire à André ; André et Philippe viennent le dire à Jésus.

23 Jésus leur répond : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. 24 Amen, amen, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. 25 Celui qui tient à sa vie la perd, et celui qui déteste sa vie dans ce monde la gardera pour la vie éternelle. 26 Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive, et là où moi, je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un veut me servir, c’est le Père qui l’honorera.

Jésus parle de sa mort

27 Maintenant je suis troublé. Et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c’est pour cela que je suis venu en cette heure. 28 Père, glorifie ton nom ! Une voix vint donc du ciel : Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. 29 La foule qui se tenait là et qui avait entendu disait que c’était le tonnerre. D’autres disaient : Un ange lui a parlé. 30 Jésus reprit : Ce n’est pas à cause de moi que cette voix s’est fait entendre, mais à cause de vous. 31 C’est maintenant le jugement de ce monde ; c’est maintenant que le prince de ce monde sera chassé dehors. 32 Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi. 33 Il disait cela pour signifier de quelle mort il allait mourir.

 Il y a un art de voir qui ne relève pas du bon fonctionnement de nos yeux mais qui relève de notre âme. Il y a une faculté de sentir les choses qui ne relève pas de nos sens mais d’une perception intérieure de tout notre être qui nous met en contact avec des réalités que nous ne soupçonnons pas. La réalité de Dieu s’impose à nous sans qu’il soit nécessaire de voir quoi que ce soit ou d’entendre quelque chose. Les certitudes qui nous habitent ne viennent pas de ce que nous voyons, mais de ce que nous croyons.

Les mystères de l’âme humaine n’ont pas encore vraiment été explorés, car ils ne relèvent d’aucune investigation scientifique. Ils relèvent de l’expérience que chacun fait avec Dieu. Il ne faut pas entendre par le mot âme un principe surnaturel et éternel qui serait la partie noble de notre être en opposition à tout ce qui est matériel et sensible. Il faut comprendre par cette expression tout ce qui relève de notre vie intérieure et qui reste inaccessible aux techniques d’investigation des hommes.

Celui qui cherche Dieu pense souvent qu’il pourra le rencontrer au moyen de ses sens. Il se tient en alerte pour écouter afin d’entendre. Il lit les théologiens ou les philosophes et espère en s’appropriant leurs expériences trouver un contact avec le sacré. Il s’imprègne de musique à laquelle il se croit sensible et croit alors qu’il entendra peut être Dieu dans le jeu sublime des instruments et des interprètes. Il contemple le soleil qui se couche sur l’océan et croit comprendre par ce spectacle tout le mystère de la création et de la grandeur de Dieu ! En fait, il n’en est rien, cela ne relève que des techniques que l’expérience humaine a déjà éprouvées depuis longtemps. Elles nous prédisposent sans doute à une ouverture à Dieu, mais elles ne nous révèlent pas Dieu.

Un tel comportement rejoint celui de ces grecs qui dans notre passage veulent voir Jésus et que Jésus laissent sans réponse. Ils espèrent en le voyant se rapprocher de Dieu et Jésus les détourne de ce projet. Il ne se montre pas à eux car le fait de voir ou de ne pas voir n’éclairera en rien leur demande de foi. Sans doute font-ils une démarche louable, et ils s’y prennent bien. Ils s’adressent à Philippe, puis à André dont les noms révèlent qu’ils sont eux aussi, sans doute d’origine grecque. Ils viennent de Bethsaïda, de l’autre côté du lac qui est perçu comme une terre païenne. Ils considèrent que les deux disciples grecs sont les plus qualifiés pour les introduire en présence du Seigneur, mais Jésus ne permet pas à la démarche d’aboutir et nous restons, comme eux sur notre faim.

Les gens qui cherchent à développer leur spiritualité croient bien souvent qu’en essayant de voir, ils parviendront à croire. « Montre-nous le Père » dira un peu plus loin Thomas et Jésus le renverra à sa vie intérieure : « Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu n’as toujours pas compris ! » Ni Thomas, ni nous-mêmes n’avons compris que nos sens nous trahissent et nous entraînent à croire ce qui n’a pas lieu d’être. La foi n’est pas de l’ordre de ce qui se voit.

Jésus fait dire à ces grecs qui cherchent à le voir, que si ils veulent comprendre quelque chose à son message, c’est dans ce qui ne se voit pas qu’ils le trouveront, car c’est dans la mort de Jésus que se tient tout le mystère de la vie en Dieu. Ce mystère oriente nos regards vers l’événement de Pâques qui contient en lui tout ce qu’il nous faut savoir pour comprendre Dieu.

Le récit de l’événement de Pâques occupe plus du quart de chaque évangile. Il s’achève sur  un non-événement, car la résurrection est un événement qui ne se voit pas. C’est un non-événement puisque le récit est présenté comme s’il n’avait pas eu lieu. Les gardes dormaient devant le tombeau et ne s’aperçurent de rien, les disciples qui se terraient dans leurs maisons n’étaient pas là, les femmes affairées dès le petit matin arrivèrent trop tard et ne découvrirent que le tombeau vide. Ce vide n’est pas le vide du néant sans quoi on aurait trouvé un corps pour attester qu’il était bien mort. L’absence du corps se constate, mais ne se voit pas, elle est beaucoup plus troublante que sa présence. S’il y a quelque chose à comprendre, ce n’est pas dans ce qu’il y a à voir que cela se situe, puisqu’il n’y a rien à voir.

MaisDieu 1 Ils ont bien vu le ressuscité par la suite ! Sans doute.  Mais dans un premier temps, quand ils l’ont vu ils n’ont pas cru que c’était lui. Marie Madeleine l’a pris pour le jardinier et les disciples d’Emmaüs ne réalisèrent que c’était lui qu’après son départ quand ils ne le voyaient plus. Bien sûr, plus tard, ils le verront tous, à l’exception de Thomas, mais ce sera trop tard car la réalité de la résurrection s’était déjà imposée à eux dans le non-événement qui constitue l’épisode du tombeau vide, car la résurrection elle aussi ne se voit pas. C’est à cause de cela que les peintres n’ont jamais pu en rendre vraiment compte.

Même une réalité aussi nécessaire à notre foi que la résurrection ne parvient pas à nous par les sens. Cette réalité parvient à nous par des itinéraires intérieurs qui nous bousculent. L’individu que nous sommes n’entre pas dans le mystère de Dieu par des moyens humains, c’est Dieu qui vient vers lui par des itinéraires divins. Cela n’est pas réservé à quelques initiés, cela est le fait de tout un chacun. Dieu se rend disponible à tous. Mais nous ne pourrons pas comprendre Dieu si nous occultons les manifestations de son esprit par toutes sortes d’artifices humains qui au lieu de le révéler risquent de lui barrer le chemin.

Nous devons prendre en compte qu’il existe en nous une autre dimension de l’individu qui n’est pas faite de chair et de sang mais qui est faite d’esprit et de sentiments, et c’est là que Dieu se plaît à venir habiter. C’est au niveau de ce qui est insaisissable en nous que Dieu révèle à chacun le mystère d’une vie qui nous dépasse et qui reste insaisissable par les sens. Cette vie dépasse ce qui est matériel et nous révèle qu’au delà de l’être physique que nous sommes il y a une réalité profonde que beaucoup ne soupçonnent même pas mais à qui Dieu confère une valeur d’éternité.

Jadis, dans une société aujourd’hui révolue, on disait de celui dont la vie intérieure était perceptible à l’extérieur qu’il était une belle âme. Cette réalité ne se voit pas mais elle se perçoit. Il en va de même pour la réalité de Dieu, il ne se voit pas mais il se perçoit et cette perception s’impose à nous comme une conviction. Celui qui prétend chercher Dieu et qui se plaint de ne pas le trouver se trompe car en fait Dieu est déjà installé en lui depuis longtemps cat  il n’attend pour se manifester que l’on se rende disponible.

Il attend que nous cessions de nous agiter et de tenter de faire des expériences spirituelles pour découvrir au fond de nous-mêmes ce Dieu qui est déjà au rendez-vous. C’est alors qu’il nous sera possible non pas de voir Dieu mais de le percevoir. Sa Parole, sans faire vibrer les ondes sonores deviendra clairement perceptible dans les Ecritures qui nous parlent de lui et où les propos de Jésus prennent du sens.Dieu invisible

Cette Parole retentit en nous comme un encouragement à vivre avec intensité la vie présente puisque cette vie s’enrichit déjà de l’éternité. Pour en arriver là il faudra que chacun prenne sur lui de considérer que la vraie vie en Dieu n’est perceptible que pour ceux qui acceptent d’orienter leur méditation vers ce lieu de mort qu’est la croix et ce lieu de vide qu’est le tombeau. La vérité sur Dieu se fera alors manifeste au fond de nous pour nous révéler que la mort est dépassée par la vie qui repose déjà en nous et que Dieu concrétise en nous par la foi.

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Jean 3/14-21 L’amur de Dieu pour le monde – dimanche 11 mars 2018

Posté par jeanbesset le 6 mars 2018

Jean 3 : 14 Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut, de même, que le Fils de l’homme soit élevé, 15 pour que quiconque croit ait en lui la vie éternelle.

16 Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que quiconque met sa foi en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.

17 Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé. 18 Celui qui met sa foi en lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas mis sa foi dans le nom du Fils unique de Dieu. 19 Et voici le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les humains ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. 20 Car quiconque pratique le mal déteste la lumière ; celui-là ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées ; 21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en Dieubig bang

Ce verset de Jean 3/16 fait partie des premiers versets qu’on apprenait par cœur dans mon enfance à l’École du Dimanche. C’est dire que tous ceux de ma génération le gardent en mémoire dans leurs souvenirs de jeunesse.  Pourtant, ce  sermon risque de vous surprendre. J’ai  déjà écrit un sermon à propos de ce texte, mais j’ai voulu le reprendre et le réécrire.  Je le propose  à votre réflexion afin de vous aider à vous situer dans le courant des rivalités entre créationnisme et évolutionnisme.

Pour peu que l’on fasse une pause de quelques instants pour contempler ce monde dans lequel nous vivons, nous finirons bien vite par découvrir qu’il est surprenant. Il est surprenant par sa beauté et par sa variété, il est surprenant par sa complexité aussi. Pour s’en rendre compte, il suffit de songer au nombre des espèces qui cohabitent sur notre terre ? Il est fantastique. Le monde de l’infiniment petit est aussi stupéfiant que le monde de l’infiniment grand. Le microscope le plus sophistiqué n’arrive pas à rendre compte des structures les plus secrètes de la matière. Le télescope le plus puissant ne parvient pas non plus à atteindre les limites des galaxies. Que l’on s’émerveille ou que l’on s’en étonne, on aura cependant du mal à répondre à la question : à quoi tout cela sert-il ?

Si cela est le fruit du hasard, on ne peut  qu’ en être  stupéfait. S’il y a un créateur à l’origine de tout cela on peut se demander quel intérêt il y trouve. Depuis toujours les êtres humains retournent ces questions sans vraiment trouver de réponse satisfaisante. Chose curieuse cependant, l’être humain est le seul, dans notre galaxie à pouvoir se poser de telles questions. Cette simple remarque change-t-elle quelque chose au problème ?

L’univers serait absurdeBig bang 1, s’il n’y avait personne pour prendre conscience de sa réalité. Mais une fois ce constat établi, peut-on aller plus loin ? Le monde est-il soumis au hasard d’une évolution complexe ou y a-t-il un être supérieur qui oriente son devenir ? L’harmonie de tout cet ensemble pourrait bien être alors liée au mélange des deux. L’observateur rationnel ne peut aller plus loin dans son constat. Mais sa pensée, toujours en mouvement le pousse alors à formuler des théories plus ou moins élaborées pour aller plus loin.

Pourtant, les lois de l’évolution le poussent à constater que le monde semble évoluer en s’appuyant sur le principe  selon lequel   la raison du plus fort est toujours la meilleure.  Il ne faut pas être fin clerc pour constater  que c’est généralement le dominant qui a raison du plus faible. Force est pour l’homme de réaliser qu’il utilise ce concept  dans nombre de ses comportements, mais il  réalise aussi qu’il est souvent  habité par un sentiment contraire.

Il a beau être faible et démuni, il a quand même réussi à prendre l’ascendant sur tout ce qui se meut sur terre.  Plus mystérieux encore, il réalise qu’il  est  entraîné par une force mystérieuse à s’intéresser à ses semblables et, chose encore plus étrange, à prendre partie pour ce qui est faible et à protéger ce qui est vulnérable. Il a vite fait de constater que ce sentiment qu’on peut appeler l’amour et qui préside  généralement aux règles de la reproduction va plus loin encore. Il ne s’attache pas seulement  aux autres pour donner libre cours à nos pulsions sexuelles, mais ce sentiment chez de nombreux individus va plus loin encore. Là est peut être la clé de l’énigme.

Comment peut-on éprouver de l’intérêt pour les autres, si ce n’est pour assouvir ses instincts? Si ce sentiment n’est pas naturel, il  vient forcément d’ailleurs. C’est en creusant ce mystère que les hommes découvrent  qu’il  existe une réalité, au-delà d’eux-mêmes qui ne se confond pas avec le monde, puisqu’elle leur inspire des sentimebig bang 3nts contraires aux règles de la survie des espèces. Il y a donc antagonisme entre cette réalité qu’ils découvrent peu à peu et les lois qui semblent présider à l’évolution du monde.

Dieu, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, ne se confond pas avec le monde, puisqu’il s’oppose à lui et semble vouloir le faire évoluer dans une direction qui ne lui serait pas naturel.

Depuis que les hommes ont développé leur capacité de penser, ils ont en même temps découvert qu’ils étaient confrontés à un sentiment qui ne leur était pas naturel. Ce sentiment  les pousse même à agir parfois dans une direction qui ne sert pas leurs propres intérêts mais les intérêts des autres. C’est à partir de ce constat que certains ont compris que leur présence donnait du sens à ce monde. Ils se sont alors demandé s’ils n’étaient pas des instruments que celui que nous appelons Dieu utiliserait  pour permettre une évolution  à ce monde  qui irait dans un sens qui ne serait pas prévu à l’origine.  Ne serait-ce pas par ce moyen  que Dieu manifesterait  son pouvoir créateur ?  Il donnerait ainsi un sens nouveau au monde grâce à ce sentiment  qui ne se manifesterait que chez l’homme  en vertu duquel il   aurait reçu vBig bang 4ocation de modifier les règles naturelles de l’évolution. Arrivés à ce constat, nous recevons de l’Évangile cette affirmation selon laquelle Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui, ne périsse pas mais reçoive la vie éternelle.

Il a fallu des siècles et des interventions multiples de Dieu dans le cœur des hommes, il a fallu beaucoup d’incompréhensions, des erreurs nombreuses, des échecs de toutes sortes pour que l’espèce humaine comprenne que la règle qui doit présider à l’évolution est liée au respect de la vie des autres.

Aujourd’hui, a-t-on vraiment compris cela ? Un simple regard sur nos sociétés nous laisse comprendre qu’il y a encore un long chemin à faire, car une telle idée ne fait toujours pas partie du mode de pensée de la majorité des humains ni même de la majorité des chrétiens. La logique, si non la vertu, semble nous dire que c’est dans ce sens qu’il faut aller sous peine de la disparition de notre espèce. En effet,  si  l’espèce humaine venait à disparaître, il n’y aurait plus personne pour penser le monde !

A la lumière de ce constat, l’Évangile nous laisse entendre que Dieu prend un gros risque en proposant une évolution de l’humanité en contradiction avec les règles du monde. Il se jette dans cette aventure sans avoir prévu de plan de sauvegarde en cas d’échec. C’est ce que veut signifier Jésus quand il dit que Dieu a donné son fils unique. Cela veut dire que Dieu s’est  investi tout entier dans ce programme d’amour et qu’il n’ a pas  prévu de solution de rechange. En disant cela Jésus rend compte de la confiance  que Dieu fait aux hommes.

Dieu croit en l’homme au point de tout lui sacrifier, y compris l’avenir du monde. C’est à croire même, qu’en cas d’échec de l’humanité à réaliser une évolution harmonieuse, Dieu lui-même en pâtirait au point de ne plus exister et de laisser le monde subir sa destiné.  La fin de l’humanité signifierait du même coup la fin de Dieu, en tout cas tel que nous le connaissons, et par voie de conséquence ce serait vraiment la fin du monde.

Tout cela nous amène à nous situer d’une façon nouvelle par rapport à la théologie traditionnelle qui place en l’homme l’origine de tous les maux et qui fait du péché la rupture entre Dieu et l’humanité. Il a donc fallu à Jésus une audace considérable pour prendre à rebours la théologie traditionnelle de son temps et de lancerbig bang 5 l’idée selon laquelle, Dieu ferait de l’homme son collaborateur pour donner du sens au monde. Selon cette approche, le péché ne serait plus ce qui entraînerait le monde à sa perte, le péché serait désormais ce qui empêche l’homme d’entrer dans le programme créateur dans lequel Dieu lui propose d’entrer.

Dieu inscrit l’homme dans un projet de vie auquel il doit s’associer pour que le monde soit sauvé. La condition essentielle pour que ce projet aboutisse est liée à l’amour que les hommes sauront se manifester les uns pour les autres. Dieu a fait le pari fou de croire que ce projet pourra se réaliser. C’est en tout cas une manière de comprendre comment la Bible associe l’homme  à  son action créatrice.

 

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Jean 2/13-25 Il parlait du temple de son corps – dimanche 4 mars 2018

Posté par jeanbesset le 17 février 2018

13 La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. 14 Il trouva dans le temple les vendeurs de bovins, de moutons et de colombes, ainsi que les changeurs, assis. 15 Il fit un fouet de cordes et les chassa tous hors du temple, avec les moutons et les bovins ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa les tables 16et dit aux vendeurs de colombes : Enlevez tout cela d’ici ! Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce ! 17 Ses disciples se souvinrent qu’il est écrit : La passion jalouse de ta maison me dévorera.

18 Les Juifs lui dirent : Quel signe nous montres-tu pour agir de la sorte ? 19 Jésus leur répondit : Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. 20 Les Juifs dirent : Il a fallu quarante-six ans pour construire ce sanctuaire, et toi, en trois jours, tu le relèveras ! 21 Mais le sanctuaire dont il parlait, lui, c’était son corps. 22 Quand donc il se fut réveillé d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’il disait cela ; ils crurent l’Écriture et la parole que Jésus avait dite.

23 Pendant qu’il était à Jérusalem, à la fête de la Pâque, beaucoup mirent leur foi en son nom, à la vue des signes qu’il produisait, 24 mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous 25 et parce qu’il n’avait pas besoin qu’on lui présente un témoignage sur l’homme : lui-même connaissait ce qui était dans l’homme. Temple  1

Encore un geste de la part de Jésus qui nous désoriente. On l’avait enfermé dans le cadre de la non-violence. Il s’en échappe. Il fait un geste de violence apparemment gratuit, même s’il ne s’en prend pas aux hommes, il s’en prend tout de même à leurs biens. Il prêchait dans le Temple et voilà qu’il dénie toute valeur à ce lieu. Pourtant, ce lieu, s’il avait subsisté serait sans doute aujourd’hui un des lieux les plus visités du monde.

Jésus en s’en prenant à un lieu de culte semble bien rigoriste! Ne savait-il pas que beaucoup de gens ont besoin de symboles et de réalités visibles pour construire leur spiritualité ? Nous sommes sensibles à tout ce qui est beau. Les belles liturgies qui séduisent nos sens favorisent notre élévation spirituelle. Nous pensons même qu’elles nous rapprochent du divin. Il en va de même pour les beaux monuments dont la valeur esthétique est aussi au service de l’édification de notre foi. D’un revers de main, ou plutôt d’un coup de fouet, Jésus pulvérise toutes ces vérités. Il les tient pour quantité négligeable. Il les considère même comme des éléments contraires à l’expression de la foi.

La grande question qui se dégage de tout cela c’est celle qui consiste à se demander pourquoi Jésus a commis le seul acte de violence de sa vie en s’en prenant au temple.

On a cherché à l’expliquer par l’aspect scandaleux que pouvait avoir le trafic de l’argent, mais ce trafic était rendu nécessaire par un souci de pureté, l’argent impur des Romains ne pouvait y avoir cours. On a pensé que les sacrifices avaient quelque chose de provoquant et de répugnant, mais cette pratique, bien ancrée dans les mœurs ne choque que nous, 20 siècles après. Le bâtiment du temple, avec sa majesté provocante aurait pu être à l’origine de sa contestation. Mais l’édification de ce bâtiment, considéré comme une merveille avait été construite avec le sang, les larmes et l’argent de tout un peuple. Jésus n’aurait certainement pas voulu  faire preuve d’indifférence à l’égard des sentiments de ses contemporains. Ce ne peut donc être à cause de tout cela que Jésus  voue  le temple à la ruine.

Il faut chercher plus loin encore. Nous sommes à l’approche de la fête de Pâques. Cette fête commémorait la libération du peuple juif jadis réduit en esclavage en Égypte. Les juifs perçoivent encore aujourd’hui, cette libération comme l’événement fondateur de leur peuple. Cette libération leur donne le sentiment d’exister. Chaque Israélite est invité à vivre cet événement d’une manière personnelle, comme s’il s’agissait de sa propre libération, comme si c’était une affaire personnelle entre Dieu et lui. On peut donc dire que c’est l’acte créateur par lequel Dieu a donné vie à son peuple, et par extension à chaque individu qui se réclame de lui.

Dès que l’on parle de création on pense immédiatement au tout premier chapitre de la Bible quand Dieu créa toute chose à partir du chaos initial et mit de l’ordre dans l’univers en désordre. C’est dans ce contexte spirituel et intellectuel qu’il faut situer la scène où Jésus bouscule le parvis du temple de Jérusalem et y met symboliquement le désordre.

Jésus restaure donc en quelque sorte le désordre primitif dans le lieu de la présence de Dieu pour que celui-ci puisse exercer à nouveau sa fonction de créateur. Ce geste signifie un retour aux origines, un retour au désordre, dans l’attente d’une nouvelle création. Jésus s’inscrit à la suite des prophètes qui depuis des générations se fatiguaient à dire au peuple élu que les fidèles ne se comportaient pas conformément à la volonté de Dieu. Jésus met le désordre dans le temple, ce lieu où les hommes avaient enfermé Dieu dans le Saint des saints afin de rendre à Dieu une nouvelle possibilité de recréer un peuple. A la différence des autres Évangiles qui situent cet événement à la fin de leur récit, celui de Jean, le situe au tout début du ministère de Jésus, comme un acte prophétique de la mission qu’il entendait accomplirTemple 2

Jésus s’en prend au temple parce que les célébrations qui y avaient lieu semblaient être en contradiction avec la volonté de Dieu, non pas dans la manière dont elles se déroulaient puisqu’elles étaient conformes à l’Écriture mais dans l’esprit avec lequel les fidèles y accomplissaient leurs devoirs religieux. J’utilise à dessein l’expression « devoirs religieux », car Jésus reprochaient aux hommes de valoriser les rites religieux au détriment de la foi. Jésus ne méprisait pas pour autant le temple, mais il s’en prennait à la manière d’y favoriser les attitudes de piété par les cérémonies qui s’y déroulent.

Le Temple, c’est le lieu du rite, et le rite c’est ce qui codifie la relation avec Dieu. Or pour Jésus, la relation avec Dieu ne doit justement pas être codifiée, cette relation doit être faite de sentiments partagés. Elle vient du cœur et n’a rien à voir avec les obligations quelles qu’elles soient. Dieu ne veut pas entrer dans le système où les hommes cherchent à l’enfermer. Or les rites, sont des procédés d’enfermement. Dieu ne veut donc pas être lié par des rites qui lui imposeraient de « sauver » ceux qui l’approchent d’une manière conventionnelle et de « pardonner » ceux qui ont accompli les rites, sans forcément l’aimer.

Cette manière de se comporter n’est pas propre aux contemporains de Jésus, toutes les générations de croyants la connaissent, car les hommes ont tendance à considérer qu’il suffit de satisfaire à quelques obligations pour plaire à Dieu et qu’il suffit de faire quelques actes de piété pour être en règle avec sa conscience.

Si Jésus radicalise sa position il n’innove pas pour autant. Les prophètes avant lui avaient mené le même combat.  » Je hais vos sacrifices » avait dit Esaïe et Jérémie affirmait que Dieu préférait la circoncision du cœur à celle de la chair. Ce qui pour Jésus est contraire à la volonté de Dieu, c’est que les hommes cherchent à acquérir une pureté formelle dont Dieu devrait s’accommoder. Dieu serait ainsi pris au piège de sa propre loi.

. Si Jésus bouscule tout et préconise un changement radical, ce n’est pas parce que Dieu a changé, ce n’est pas parce que le Dieu de l’ancien Testament serait différent de celui du nouveau, mais c’est pour que les hommes changent, car c’est chez les homTemple 3mes que le changement doit se produire.

Pour que ce changement qu’il préconise puisse avoir lieu, il propose de détruire le Temple de pierre et de construire celui de son corps. Ce que Jésus, et les prophètes avant lui reprochaient aux fidèles c’est qu’ils se dispensaient de relations personnelles avec Dieu. Ils n’avaient pas compris que Dieu voulait être en relation avec chacun d’entre eux, comme il veut être en relation avec chacun de nous. La relation se fait à partir de sentiments dont le plus fort est l’amour par lequel Dieu établit une relation permanente avec nous.

Nous comprenons alors pourquoi Jésus va faire du pardon le grand thème de son enseignement. Il proclame que le pardon est acquis d’une manière permanente à tous ceux qui croient. En effet, c’est pour se décharger du sentiment de culpabilité qui les accable que les hommes ont recours à des rites religieux. Le rite c’est l’acte facile à faire pour être sûr, croit-on, d’obtenir son pardon.  Mais Dieu ne veut pas de marchandage. Il veut une relation d’intimité dans la vérité, c’est pourquoi il proclame par la bouche de Jésus l’abrogation de tous les rites liés à l’acquisition du pardon. Plus de sacrifices, pas de pénitence, gratuité totale du pardon et du salut.

Mais, dira-t-on, Jésus en supprimant les rites du Temple, ne les a-t-il pas remplacés par d’autres rites que nous appelons les sacrements: la Sainte Cène et le Baptême?

Non, nos sacrements n’ont qu’une seule raison d’être, celle de rendre plus forte notre relation à Dieu. Ce sont des gestes que nous accomplissons pour être encore plus fortement en communion avec Dieu et avec les hommes. C’est quand on les célèbre que la prophétie de notre texte prend tout son sens : « il parlait du temple de son corps. » Amen

 

Les illustrations proviennent de la maquette de Alec Garrad , Américain de 78 ans qui a consacré trente années de sa vie pour la construire

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Genèse 22:1-18 Qui est Dieu? dimanche 25 février 2018

Posté par jeanbesset le 15 février 2018

22 Après cela, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit: «Abraham!» Celui-ci répondit: «Me voici!»

2 Dieu dit: «Prends ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac. Va-t’en au pays de Morija et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai.»
3 Abraham se leva de bon matin, sella son âne et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac. Il fendit du bois pour l’holocauste et partit pour aller à l’endroit que Dieu lui avait indiqué.

4 Le troisième jour, Abraham leva les yeux et vit l’endroit de loin. 5 Il dit à ses serviteurs: «Restez ici avec l’âne. Le jeune homme et moi, nous irons jusque là-bas pour adorer, puis nous reviendrons vers vous.»

6 Abraham prit le bois pour l’holocauste, le chargea sur son fils Isaac et porta lui-même le feu et le couteau. Ils marchèrent tous les deux ensemble.ligature 5
7 Alors Isaac s’adressa à son père Abraham en disant: «Mon père!» Il répondit: «Me voici, mon fils!» Isaac reprit: «Voici le feu et le bois, mais où se trouve l’agneau pour l’holocauste?» 8 Abraham répondit: «Mon fils, Dieu pourvoira lui-même à l’agneau pour l’holocauste.» Et ils continuèrent à marcher tous les deux ensemble.
9 Lorsqu’ils furent arrivés à l’endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham y construisit un autel et rangea le bois. Il attacha son fils Isaac et le mit sur l’autel par-dessus le bois.
10 Puis Abraham tendit la main et prit le couteau pour égorger son fils. 11 Alors l’ange de l’Eternel l’appela depuis le ciel et dit: «Abraham! Abraham!» Il répondit: «Me voici!» 12 L’ange dit: «Ne porte pas la main sur l’enfant et ne lui fais rien, car je sais maintenant que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusé ton fils unique.»
13 Abraham leva les yeux et vit [derrière lui] un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. 14 

Abraham donna à cet endroit le nom de Yahvé-Jiré. C’est pourquoi l’on dit aujourd’hui:

«A la montagne de l’Eternel il sera pourvu.15 L’ange de l’Eternel appela une deuxième fois Abraham depuis le ciel. 16 Il dit: «*Je le jure par moi-même – déclaration de l’Eternel -, parce que tu as fait cela et que tu n’as pas refusé ton fils unique,
17 je te bénirai et je multiplierai ta descendance: elle sera *aussi nombreuse que les étoiles du ciel, pareille au sable qui est au bord de la mer. De plus, ta descendance possédera les villes de ses ennemis.

18 *Toutes les nations de la terre seront bénies en ta descendance, parce que tu m’as obéi.»

 On a dit qu’Abraham était l’ami de Dieu, on a cité sa foi en exemple, on a même invité les croyants à l’imiter quand il a accepté, sans se rebeller, d’offrir à Dieu le sacrifice de son enfant que celui-ci lui demandait. Il avait ainsi accepté l’inacceptable annonçant par avance le sacrifice de Jésus que Dieu s’imposa à lui-même, pour sauver les hommes.  Mais a-t-on  l’obligation  d’accepter l’inacceptable sans réagir ?  Est-on obligé d’accepter une histoire aussi difficile à comprendre pour pénétrer le mystère de l’amour de Dieu ?Ligature 1

 Certes, les récits bibliques ont forcé le trait. On n’est même pas sûr de l’historicité des personnages. Quoi qu’il en soit on a pris l’habitude de considérer que ce récit devait  devenir exemplaire pour guider la foi de celui qui voulait servir  Dieu fidèlement. Mais de quelle foi  s’agit-il ici  et à quel Dieu s’adresse-t-elle?  Le personnage de Dieu  reste ici énigmatique. Il apparaît comme un Dieu qui doute. Il doute de celui qu’il a choisi pour être son ami, et il doute de sa propre capacité  à avoir fait le bon choix, puisque c’est la fidélité de son bien aimé qu’il met en cause en le mettant à l’épreuve d’une manière bien cruelle.

 Celui qui aurait un peu de bon sens ne devrait-il pas se mettre sur ces gardes face à un Dieu aussi peu sûr de lui-même ?  Nous pourrions alors penser qu’un récit qui prêterait une telle attitude à Dieu  serait une invitation  faite au croyant pour qu’il s’interroge sur la vraie nature de Dieu.  Loin de poser question à Abraham au sujet de sa foi, ce texte interroge le lecteur sur sa propre foi et l’invite à se demander en quel Dieu il croit.

 Une  telle approche  nous invite donc à nous interroger nous-mêmes sur notre manière de croire.  Nous garderons cette  question  pour guider notre réflexion alors que nous allons suivre Abraham sur le dur chemin qu’il a choisi d’emprunter par fidélité à son Dieu.  Avant de se mettre en marche avec son Fils, son âne et ses deux serviteurs, Abraham a du mentir à sa femme. En fait, il ne lui a rien dit, il est parti, ainsi équipé sans dire où il allait ni ce qu’il allait faire. Il à menti par omission, car à coup sûr Sarah se serait mise en travers d’un tel projet. Le  mensonge  venait de se   glisser sournoisement entre Dieu et sa créature, et comble de surprise, c’est pour plaire à Dieu qu’Abraham s’apprêtait  à déplaire à sa femme. Mais  nous le savons, le mensonge cache quelque chose de suspect, c’est pourquoi nous avons eu raison, dès le début  de mettre en cause le bien fondé de ce récit  qui établit  un voile  sur   la bonne relation de Dieu et d’Abraham. A mesure qu’Abraham va progresser, c’est le visage de Dieu qui va changer.

 Mais si ce premier mensonge n’est pas évident pour les puristes, Abraham en formule un second sans ambigüité et il le fait à l’intention de son propre fils qui l’interroge sur l’objet du sacrifice. « Dieu y pourvoira » lui dit-il, comme s’il ne savait pas que c’était l’enfant qui était l’objet du sacrifice. Abraham continue à monter  et si les pierres lui meurtrissent les pieds  il ne s’en  rend pas compte, tant le visage de Dieu lui devient odieux. Il ne peut plus supporter l’action que Dieu lui demande  de faire et le regard interrogateur de ses serviteurs lui devient insupportable, si bien qu’il leur demande de s’arrêter et de ne plus le suivre. Il ne supporte pas davantage la question de son fils à qui il ment  et pour se décharger de sa propre responsabilité, il renvoie la responsabilité sur Dieu en le mettant en cause : « C’est Dieu qui pourvoira au sacrifice ! »dit-il. Nous savons bien que Dieu acceptera la responsabilité du mensonge !  Dieu était en train de changer de visage !ligature 4

 Si j’ai moi-même rajouté la description des états d’âme d’Abraham, nous savons cependant que pour être crédible, il fallait bien qu’il les éprouve. Le chemin était  long, il a pris le temps  pendant ce parcours interminable de se questionner lui-même et de trouver des réponses qui ne lui convenaient pas. Il se disait qu’on ne devait  pas douter de Dieu, même s’il demandait l’impossible. Il se disait que les projets de Dieu sont toujours  bons, même si leur mise en œuvre s’apparentait  à la torture. Il se demandait également s’il avait bien compris le message de Dieu, et il en venait à douter de sa bonne relation avec lui. Toutes ces questions modifiaient pour lui, la nature de Dieu.

 Et puis, il se produisit un pseudo miracle: la voix de l’ange se fit entendre, et sa main arrêta le couteau, le bélier pris par les cornes dans un buisson servit de substitut au sacrifice, et Dieu accepta le substitut. Tout devint  plus clair pour Abraham, mais est-ce bien sûr ?  A quoi avait servi cette aventure ?  Dieu y trouvait-il son compte, à  moins que cela ne lui serve encore à modifier encore son apparence ?

 Certes le texte nous a appris que nous sommes sur le mont Morija, ce mont sur lequel plus tard on construira le temple.  S’appuyant sur ce récit et sur ce lieu, les écrivains bibliques ont retenu la règle de l’interdiction des sacrifices humains. Mais Abraham avait-il saisi que le visage de Dieu qu’il croyait connaître s’était effrité pour laisser place à un autre ?

  Trop fidèle a l’image de Dieu qu’il croyait immuable, il n’avait pas compris que Dieu lui demandait de  désobéir à ce Dieu là.  Il n’avait pas encore compris que Dieu n’était pas un Dieu versatile qui éprouve les hommes pour tester leur amour. Il n’avait sans doute pas encore  saisit que Dieu, avait déjà commencé à manifester aux hommes  son amour incompréhensible depuis les origines. Il avait contraint Caïn à vivre malgré son forfait par exemple, il avait suspendu les effets du déluge. Il s’était déjà fait connaître à Abraham sous d’autres traits quand il plaida pour la survie de Sodome.

  En effet, en priant pour la ville rebelle Abraham escomptait sauver Lot son neveu. Mais si tous avaient été sauvés, Lots aurait eu le même sort que les coupables, il aurait été sauvé comme eux, et peut-être aurait-il été considéré comme coupable. Abraham n’était sans doute pas encore prêt à accepter que justes et coupables bénéficient devant Dieu du même amour et de la même attention. Et nous, le sommes-nous ? C’est pour cela que  Dieu n’alla pas jusqu’au bout des concessions qu’il aurait pu faire. Mais Abraham avait déjà compris que Dieu était tout autre que ce que la tradition reconnaissait de lui.

 En graligature 3vissant la montagne en compagnie d’Isaac et portant avec lui tous les instruments traditionnels du culte que l’on consacre habituellement à toutes les divinités, Abraham était-il en train de méditer sur la vanité du sacrifice  qui lui était demandé, et peut être de tous les sacrifices. Sans doute sentait-il monter en lui la conscience de ce Dieu qui n’existe parmi-nous que pour le mieux être des hommes. Il n’avait pas encore découvert, mais il s’y préparait, que la présence de Dieu au milieu des hommes n’avait pas d’autre but que de les aider à vivre mieux, et que pour vivre mieux, le seul message possible  était celui de l’amour du prochain aussi fort que l’amour pour nous-mêmes.

  Quand, au commencement  Dieu  bouscula le chaos pour créer le monde,  c’est pour y introduire la notion d’altruisme qu’il le créa, car ce n’est  qu’  à ce prix  qu’il concevait l’avenir du monde.  C’est cela qu’Abraham était appelé à découvrir en méditant sur son aventure  qui le conduisit à épargner la vie de  son fils pour la plus grande satisfaction de Dieu, car tel est notre destin à tous : œuvrer pour que s’épanouisse  toute forme de vie que Dieu place devant nous.

 

 

 

 

 

 

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

12345...57
 

AEP Gresivaudan 4ieme 2007-08 |
Une Paroisse virtuelle en F... |
VIENS ECOUTE ET VOIS |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | A TOI DE VOIR ...
| la pagina di San Paolo Apos...
| De Heilige Koran ... makkel...