Marc 2:1-12 Jésus absout des casseurs et les félicite dimanche 19 février 2012

Posté par jeanbesset le 28 janvier 2012

Le sermon du dimanche

Le but de ce blog est de proposer une lecture pertinente, ou impertinente des textes proposés par la liste de lectures de l’Eglise Réformée pour les méditer au culte du Dimanche. Nous proposerons de publier les sermons avec un décalage d’une semaine ou même deux, pour qu’ils puissent être travaillés par les lecteurs qui désirent s’en servir pour le culte du dimanche.

Le paralytique de Capharnaüm

1 Quelques jours après, il revint à Capharnaüm. On apprit qu’il était à la maison, 2  et il se rassembla un si grand nombre de gens qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte. Il leur disait la Parole. 3 On vient lui amener un paralytique porté par quatre hommes. 4  Comme ils ne pouvaient pas l’amener jusqu’à lui, à cause de la foule, ils découvrirent le toit en terrasse au-dessus de l’endroit où il se tenait et y firent une ouverture, par laquelle ils descendent le grabat où le paralytique était couché. 5  Voyant leur foi, Jésus dit au paralytique : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés.

6 Il y avait là quelques scribes, assis, qui tenaient ce raisonnement : 7 Pourquoi parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés, sinon un seul, Dieu ? 8  Jésus connut aussitôt, par son esprit, les raisonnements qu’ils tenaient ; il leur dit : Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? 9   Qu’est-ce qui est le plus facile, de dire au paralytique : « Tes péchés sont pardonnés », ou de dire : « Lève-toi, prends ton grabat et marche ! » 10  Eh bien, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a l’autorité pour pardonner les péchés sur l
a terre — il dit au paralytique : 11  Je te le dis, lève-toi, prends ton grabat et retourne chez toi. 12   L’homme se leva, prit aussitôt son grabat et sortit devant tout le monde, de sorte que, stupéfaits, tous glorifiaient Dieu en disant : Nous n’avons jamais rien vu de pareil.


L’Evangile est surprenant et il vient parfois nous déranger dans notre confort spirituel parce qu’il nous bouscule dans nos sécurités. Notre lecture des Ecritures est souvent conditionnée par nos habitudes, si bien que nous ne nous laissons pas facilement interpeller par elles, surtout si elles nous provoquent dans nos idées reçues. Les lecteurs assidus de la
Bible relisent avec plaisirs les passages auxquels ils sont le plus habitués parce qu’ils y trouvent confirmation des ancrages de leur foi.

Pourtant il arrive que sans y prendre garde, des événements nous appellent à porter un autre regard sur les textes que nous aimons et que nous interprétons alors d’une autre façon que celle à laquelle nous sommes habitués. Ils nous interpellent d’une manière inhabituelle et il nous faut faire un
effort pour se les réapproprier, tant ils deviennent nouveaux pour nous. Nous redécouvrons alors cette vérité selon laquelle la pratique des Evangiles nous invite continuellement à faire une relecture des textes. Nous découvrons aussi que ce n’est pas toujours un exercice confortable. Cela peut même parfois nous déstabiliser profondément et il nous faut faire un effort supplémentaire pour assumer cette nouveauté.

Le résultat est quelque fois décapant, mais il nous rapproche peut-être davantage du Seigneur. Le texte de ce jour est connu par la plupart d’entre nous. Nous avons pris l’habitude de nous émerveiller à cause de la foi de ces 4 inconnus qui font un exercice périlleux pour que leur malade soit guéri par Jésus.

Nous sommes-nous cependant posé toutes les questions nécessaires pour le recevoir? Peut être pas ! Car nous avons l’habitude de zapper sur les questions qui nous dérangent. Nous avons aussi des a priori de lecture quand Jésus est au centre de l’événement. Nous considérons que ce qu’il fait est forcément bien puisque c’est lui qui en est l’auteur. Pourtant aujourd’hui, nous allons oser une question impertinente et peut être deux comme si Jésus n’avait pas agi correctement.

Est-il normal que Jésus laisse casser sa maison sans protester, et si ce n’est pas la sienne, c’est en tout cas celle où il habite. Si c’est celle d’un de ses amis, la question n’en devient que plus incisive: Est-il normal de laisser casser la maison de ses amis et de féliciter les casseurs? Dans la Palestine du premier siècle, ce sont les voleurs qui cassent les structures de la maison pour y entrer. C’est l’Evangile lui-même qui le dit à un autre endroit.

Mais puisque Jésus n’éconduit pas ces gens, nous leur trouvons des excuses. Ils considéraient que l’état de leur malade les mettait en situation de priorité sur les autres. Mais y avait-il urgence pour un paralytique qui l’était déjà depuis longtemps? De toute façon, était-ce une raison suffisante pour se transformer en casseurs? Si leur attitude est considérée comme bonne dans le contexte de l’Evangile, pourquoi ne le serait-elle pas dans celui de notre société ? Pourquoi tous ceux qui s’estiment prioritaires n’exerceraient ils pas ce même droit ? Nous nous rendons bien vite compte que ce serait ingérable ! Est-ce ce type de société que préconisait Jésus ?

Tout lecteur raisonnable de l’Evangile pense que Jésus savait ce qu’il faisait. Pourtant la question que je posais tout à l’heure reste pertinente : Pourquoi Jésus laisse-t-il casser sa maison ? Il nous faut mettre notre matière grise en ébullition pour trouver une réponse en accord avec ce que nous savons de son Evangile.


Il y avait donc des gens qui ont cassé le toit de la maison où vivait Jésus parce qu’ils revendiquaient une priorité qui ne

 leur était pass concédée par les autres. Pire Jésus se trouvait assiégé dans sa propre demeure car la porte était bloquée par ceux qui voulant rentrer l’empêchaient de sortir. Jésus à l’intérieur de la Maison prêchait. On nous dit exactement qu’il « disait la Parole » La parole se trouvait enfermée avec Jésus dans la maison d’où il ne pouvait sortir. Pourquoi Jésus se laissait-il assiéger ? C’est là notre deuxième question.

A quoi pouvons-nous comparer cette maison à l’intérieur de laquelle se trouve enfermée la Parole. Si non à l’Eglise, ce lieu où on sait que la parole est efficace. Beaucoup se pressent pour profiter de son message, mais tous ne peuvent y accéder. Ceux qui sont à l’intérieur bloquent les issues. Ceux qui sont à l’intérieur n’accaparent-ils pas les bénéfices de la Parole à leur profit ? La Parole leur fait du bien, et ils en sont heureux. Ils ne réalisent pas qu’au-delà de la porte il y a des gens qui ont besoin de cette même Parole et qu’en bloquant les issues, Jésus ne peut aller vers les autres. Hors de la maison, il y a des solliciteurs de la Parole qui ne peuvent l’entendre et être guéris par elle. Ceux de l’intérieur ne comprennent pas que la Parole puisse être utile pour ceux du dehors.

Nous sommes en face d’une situation qui prend l’allure d’une parabole pour l’Eglise qui n’entend pas les besoins de ceux qui sont à l’extérieur de ses structures. Il nous faut comprendre que la parole que nous possédons peut faire du bien à d’autres qu’à nous, c’est donc à l’extérieur de nos structures qu’elle doit être proclamée

Le monde d’aujourd’hui est en quête de sens. Les valeurs de jadis n’ont plus cours, la société contemporaine les récuse. La parole confinée dans nos structures semble être obsolète. Pourtant devons entendre dans ce passage que si nous permettons à la Parole de sortir de nos murs et se répandre ailleurs que dans nos enceintes elle peut devenir un baume réconfortant pour ceux qui ne savent plus s’orienter.

Aujourd’hui, nos institutions d’Eglises ne peuvent montrer au monde que le visage de leurs désunions. Elles n’expriment pas par leurs querelles un dynamisme qui soit porteur de vie. Les médias remettent en cause notre message en critiquant les fondements de nos livres fondateurs. 

Face à la critique, ne savons opposer que des réponses floues et inintéressantes. Nous nions les faits ou nous nous engluons dans des réponses techniques alors que et c’est de vérité que les hommes ont besoin.

Quatre brancardiers aimeraient que l’infirme qu’ils portent soit guéri. Totalement paralysé, le malade n’a d’espoir que dans la Parole tenue captive dans la maison avec Jésus qui ne peut en sortir. Ils décident donc de casser la baraque, c’est à dire de faire une tentative d’appropriation des lieux qui privent Jésus et sa Parole de liberté. Leur méthode propre aux voleurs réussit. Jésus ne se soucie comme d’une guigne de l’état de la maison. Il semble même que ce trou dans le toit par lequel on descend l’infirme va permettre à un supplément d’air, venu d’en haut de pénétrer dans cette demeure où l’atmosphère confiné n’est plus respirable. Jésus se trouve donc libéré par ces intrus qui cassent sa maison

Jésus les salue et les félicite parce qu’ils ont eu l’audace de s’approprier la maison, par des méthodes sans doute contestables, mais rien pour eux n’était plus important que d’arriver à lui. Il approuve semble-t-il le fait que l’on supprime tout ce qui fait obstacle à la liberté de sa Parole, même si la méthode est surprenante.

Quant à nous, nous entendons dans ce texte confirmation que le salut est bien dans la Parole que nous avons reçue et qui demeure en nous. La vérité en laquelle nous espérons et qui est dans nos structures est bien la vérité qui doit guérir le monde. Mais nous devons écouter les rumeurs qui viennent du monde pour entendre ce qu’il espère et laisser la parole aller vers lui.

Il nous appartient aussi de savoir que l’avenir n’est pas dans les structures de nos églises dont nous sommes si jaloux. Elles peuvent être ébranlées et malmenées par le monde qui met en cause leur rigidité ou leur archaïsme, mais elles restent dépositaires d’une vérité dont le monde a besoin pour sa guérison. Il n’y a donc aucun danger pour notre avenir de laisser les gens du dehors contester nos structures et les mettre à mal. C’est de l’Evangile qu’ils ont besoin et en contestant les églises, quelles qu’elles soient, ils risquent seulement de libérer la Parole qui le guérira.

 

 

 

 

 

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Marc 1:40-45 Jésus guérit un lépreux – dimanche 12 février 2012

Posté par jeanbesset le 25 janvier 2012

40 Un lépreux vient à lui et, se mettant à genoux, il le supplie : Si tu le veux, tu peux me rendre pur. 41 Emu, il tendit la main, le toucha et dit : Je le veux, sois pur. 4 2Aussitôt la lèpre le quitta ; il était pur.43 Jésus, s’emportant contre lui, le chassa aussitôt 44 en disant : Garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre, et présente pour ta purification ce que Moïse a prescrit ; ce sera pour eux un témoignage. 45 Mais lui, une fois parti, se mit à proclamer la chose haut et fort et à répandre la Parole, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville. Il se tenait dehors, dans les lieux déserts, et on venait à lui de toutes parts.

Vous souvient-il du jour où vous avez réalisé que vous croyiez en Dieu ? Il n’est pas rare que nous fassions le point sur les événements qui ont marqué notre éveil à la foi, car nous ne sommes pas toujours satisfaits des suites que nous leur avons données. Ce ne fut certainement pas simple de découvrir que nous étions en contact avec une réalité nouvelle qu’on appelle Dieu. Nous avons découvert, qu’en nous, ou à côté de nous, nous ne saurions vraiment pas le dire, il y avait cette présence de Dieu qui nous était nécessaire et à qui nous donnions le visage de Jésus. Il n’est pas évident de découvrir que l’on croit en Dieu dans un monde qui l’ignore grandement et de ressentir que nous avons besoin de lui alors qu’autour de nous on s’en passe très bien.

Dans le secret de notre vie, il nous arrive donc de repenser aux étapes qui nous ont amenés à la foi. C’est une expérience que nous pouvons difficilement partager avec les autres, car chacun a son histoire et notre histoire ne ressemble à celle de personne. Il se peut que la foi ait brutalement jailli en nous au point de nous jeter à terre dans un moment d’intense émotion religieuse, comme ce fut le cas pour John Wesley (1). Pour d’autres ce fut une longue réflexion qui lentement a pris possession de leur esprit et qui a finalement mobilisé toute leur personne, si bien qu’ ils se trouvèrent implicitement mobilisés par un dynamisme nouveau. Il nous faut aussi rappeler l’expérience de ceux qui considèrent qu’ils ont été au bénéfice d’un miracle, c’est-à-dire d’une démarche particulière de Dieu dans leur direction.

Beaucoup ont connu des moments semblables à ceux qui viennent d’être évoqués. Parfois ce furent d’autres expériences ou le mélange de plusieurs.

Pourtant, avec le temps, la foi semble s’user. A force d’habitude elle s’affadit. Comment pourrait-il en être autrement quand on vit dans une société où l’expression de la foi est sensée se faire discrète et où le nom de Dieu n’est jamais officiellement mentionné si bien qu’on finit par le tourner en dérision d’une odieuse façon, comme on le fait à Noël. Un tel état de fait se répercute dans nos églises au point qu’on peut se demander si leur avenir n’est pas menacé.

Comme toujours, c’est en se tournant vers la Bible et en interrogeant les Ecritures que l’on espère trouver la bonne réponse. On pense ainsi découvrir comment on peut se servir de notre propre expérience spirituelle pour aider les autres à découvrir en eux-mêmes la trace de Dieu qui y est déjà inscrite.

En fait de bonne réponse, le texte que nous avons lu nous dit surtout ce qu’il ne faut pas faire. Il nous apporte un contre enseignement, comme si Jésus, ayant dénoncé le côté négatif de notre spontanéité, confiait à notre seule sagacité le soin de trouver la bonne attitude.

Ici nous avons le récit d’un homme, qui du fait de sa maladie, se trouve exclu de la compagnie des humains à cause du risque de contagion. Cette exclusion, les hommes de son temps en ont fait un principe religieux, basé sur la règle du « pur et de l’impur ». Ce qui leur donne bonne conscience pour enfermer ces malheureux malades de la lèpre dans l’univers morbide de l’exclusion. Comment la foi pourrait-elle trouver son chemin dans une telle ambiance de mise à l’écart et de mort ?

Par l’intervention de Jésus, l’homme redevient apte à vivre en société. Il peut désormais rejoindre sa famille, trouver du travail, redevenir un homme normal et fréquenter à nouveau les lieux de culte. Même si Jésus ne veut pas qu’il parle de son aventure, celui-ci se met à en parler autour de lui au point que la renommée qui se répand empêche toute autre forme de ministère que celui de la guérison.

Jésus avait pour mission de parler de Dieu et de libérer les gens perturbés par l’angoisse que produit la séparation d’avec Dieu. Du fait de cette publicité malencontreuse, il se trouve réduit à la fonction de guérisseur, à tel point que son message en est altéré et que son ministère en devient impossible ! Que faut-il faire alors ? Ne pas parler de sa conversion ? Ne pas dire comment Jésus a transformé notre vie ? Jésus ne répond pas. Il nous renvoie à notre propre sagesse afin de découvrir comment s’y prendre.

Ici le malade guéri ne prend pas le temps d’analyser ce qui s’est passé en lui. Il ne se demande même pas par quel phénomène spirituel, médical ou psychologique sa guérison a pu se produire. Il ne va même pas faire constater son nouvel état aux prêtres qui seuls ont le pouvoir de lui permettre de rejoindre la société des humains. Il crie au miracle et attire l’attention sur lui. C’est ici que réside une partie du problème. En racontant à tout le monde le miracle au bénéfice duquel il a trouvé la guérison, il détourne l’attention vers lui et celui qui a opéré le miracle est réduit au rang de guérisseur et non plus de témoin de la puissance divine. C’est celui qui recouvre la santé qui devient intéressant, et les gens ne s’intéressent à Jésus que pour être guéris à leur tour.

Dans ce récit, il y a comme une confiscation de la gloire qui devrait revenir à Dieu et qui revient à l’homme guéri autour de qui se rassemblent les foules. Le but de Jésus n’était pas d’en arriver là. Par son geste il voulait signifier l’emprise de Dieu sur le mal et montrer qu’il était le maître de la vie. Peine perdue. C’est tout autre chose qui se produit.

C’est l’expérience qui amène le malade à la foi qui nous intéresse mais le malade ne manifeste aucunement une démarche de foi! Nous ne sommes pas plus avancés ! Nous avons seulement constatés que si on ne parlait pas de nos expériences religieuses notre foi risquait de s’affadir et d’altérer notre dynamisme, mais si par contre nous en parlions nous risquions de focaliser l’intérêt sur nous-mêmes au détriment de Dieu qui ne trouvera pas son compte dans notre égocentrisme.

En fait, ce n’est pas à cause de notre parole sur nous-mêmes que les gens se tourneront vers Dieu. Par contre c’est au contact de la puissance de vie qui est en nous que ceux qui nous approchent trouveront, peut être, le chemin de Dieu. C’est en effet ce chemin que Dieu empruntera pour venir vers eux. Ce n’est pas par notre parole humaine qui deviendrait tout à coup parole de Dieu que les hommes viendront à Dieu. Quelle prétention de notre part ! Mais c’est la vie que Dieu a éveillée en nous qui deviendra l’instrument par lequel Dieu pourra éclairer la vie des autres.

Ne dit-on pas que nous portons en nous la trace de Dieu ? Même les milieux scientifiques s’en mêlent aujourd’hui et prétendent que si on excite nos lobes frontaux d’une certaine manière, on pourra déclencher le phénomène de la foi puisque c’est là que serait le siège de la spiritualité. Les questions sur la spiritualité ou la recherche de Dieu sont des thèmes qui intéressent nos contemporains mais c’est l’atmosphère de nos églises qui les rebutent. Ce n’est pas notre message qui est mal perçu, c’est la manière dont nous le donnons qui a besoin de nouveauté.

Nous avons trop tendance à culpabiliser les hommes en leur disant ce qu’ils doivent faire alors qu’ils espèrent une marque de la tendresse de Dieu qui les rejoindrait dans la bousculade de leur vie. Nous n’avons pas de leçon à donner aux hommes, mais nous avons de la joie, de l’amour et de l’espérance à leur communiquer pour qu’ils puissent les intégrer dans leur vie aussi bancale soit-elle.

Jésus ne nous demande pas de faire le travail à sa place. Il ne nous demande pas davantage, de gérer le monde en son nom et de lui imposer nos lois et notre morale. Il nous demande par contre de rendre témoignage de l’espérance qu’il a mise en nous et de manifester de l’appétit pour la vie en la favorisant de toutes les manières possibles, car seule la vie est porteuse d’avenir.

(1) Réformateur anglais, fondateur de l’Eglise Méthodiste.

                                                                                                                                                                                                                                   img078 (2)

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Marc 1: 29-38 – la résurrection est au centre de l’oeuvre de Jésus – dimanche 5 février 2012

Posté par jeanbesset le 18 janvier 2012


Marc 1:29-38

Guérisons de malades et de démoniaques
29 En sortant de la synagogue, ils se rendirent, avec Jacques et Jean, chez Simon et André. 30 La belle-mère de Simon était couchée elle avait de la fièvre ; aussitôt on lui parle d’elle. 31 Il s’approcha et la fit lever en lui saisissant la main ; la fièvre la quitta, et elle se mit à les servir. 32 Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades et les démoniaques. 33 Toute la ville était rassemblée devant la porte. 34 Il guérit beaucoup de malades qui souffraient de divers maux et chassa beaucoup de démons ; il ne laissait pas les démons parler, parce qu’ils le connaissaient.
Proclamation en Galilée

35 Au matin, alors qu’il faisait encore très sombre, il se leva et sortit pour aller dans un lieu désert où il se mit à prier. 36 Simon et ceux qui étaient avec lui s’empressèrent de le rechercher. 37 Quand ils l’eurent trouvé, ils lui disent : Tous te cherchent. 38 Il leur répond : Allons ailleurs, dans les bourgades voisines, afin que là aussi je proclame le message ; car c’est pour cela que je suis sorti. 39 Et il se rendit dans toute la Galilée, proclamant le message dans leurs synagogues et chassant les démons.

 


On’a pas l’habitude de commencer un sermon en citant un autre texte de la Bible que » celui sur lequel on a l’intention de prêcher. C’est pourtant ce que je vais faire !  » Il ne sommeille ni ne dort celui qui garde Israël » dit le psaume 51. Ce psaume nous montre Dieu affairé à s’occuper de son peuple et toujours prêt à lui tendre une main secourable dans toutes les circonstances qui l’accablent, que ce soit le jour ou la nuit.

 

N’en déplaise à ce psaume, on ne voit pas beaucoup Dieu à l’œuvre en ce bas monde. Mais si on ne le voit pas par contre dans le récit que nous avons lu, nous constatons que Jésus prend la relève. Jésus dans ce texte remplit toutes les fonctions dévolues à Dieu dans le psaume. Il accomplit l’œuvre du Père.ue celui sur lequel on a l’intention de prêcher. C’est pourtant ce que je vais faire : « Il ne sommeille ni ne dort celui qui garde Israël ». dit le psaume 51. Ce psaume nous montre Dieu affairé à s’occuper de son peuple et toujours prêt à lui tendre une main secourable dans toutes les circonstances qui l’accablent que ce soit le jour ou la nuit.

Vous devinez facilement que je vais être amené à dire que si nous nous efforçons d’imiter Jésus nous allons devenir à notre tour proches de Dieu et nous serons élevés comme Jésus à la fonction d’enfants de Dieu. C’est ainsi que Jésus va nous associer à son propre destin et nous faire participer dès maintenant à sa résurrection. En effet sans qu’on s’en aperçoive, ce passage est placé sous le signe de la résurrection.

Il commence par le récit de la guérison de la belle-mère de Pierre. Elle est atteinte de fièvre, Jésus la guérit, il n’y a rien de spectaculaire dans cette guérison et on ne comprendrait pas pourquoi ce petit miracle serait rapporté si ce n’était pour faire ressortir un élément qui transparaît au travers des termes utilisés. Ce sont des mots qui sont habituellement réservés à la description de la résurrection. Il est dit qu’elle était couchée et non pas qu’elle était au lit. Elle était étendue, comme le sont les morts. Et il n’est pas dit qu’il la guérit, mais qu’il la fit se lever, et l’expression « faire se lever » désigne habituellement dans l’Evangile l’action de ressusciter !

Ce récit anodin de la guérison de cette femme est très connu, mais a part le fait que l’on s’en soit servi pour faire quelques plaisanteries désobligeantes, il n’a qu’un seul intérêt, celui de placer ce récit et celui des autres guérisons qui vont suivre sous le signe de la résurrection. Quand Jésus intervient dans l’existence de quelqu’un c’est pour le faire passer d’une situation de mort à une situation de vie, c’est cela la résurrection.Sans que les choses soient dites, il nous est donc donné de percevoir que toutes les relations que Jésus établit avec les humains sont placées dans cette dimension de la résurrection qui devient la réalité profonde de son ministère. La résurrection prend alors son sens véritable qui ne désigne pas seulement le fait de survivre à notre propre mort mais qui est le fait de vivre dès maintenant la réalité de la présence de Jésus à nos côtés. C’est cela qui est désormais l’aspect premier de la résurrection.  

Pour être ressuscité il faut être libéré de tout ce qui nous entraîne dans la mort. Nous avons ici toute une série d’actions libératrices de Jésus. Ces actions ont lieu en pleine nuit et la foule est nombreuse. Toute la ville est là, est-il dit, c’est dire que tout un chacun est concerné. La nuit n’est pas seulement l’absence de jour, c’est aussi l’absence d’espérance, la nuit signifie l’incapacité que l’on a de voir la situation à venir, la nuit n’est pas seulement physique, elle est spirituelle. Elle désigne cette situation qui fait que tous les fantasmes, tous les démons s’en donnent à cœur joie et se comportent comme si Dieu n’avait aucun pouvoir sur eux.


Dans la société antique, comme dans notre inconscient, la nuit est peuplée d’éléments hostiles aux hommes. Elle est perçue comme un moment où Dieu semble suspendre sa vigilance et laisse la place libre aux forces négatives. C’est dans ce monde redoutable pour l’homme où Dieu semble être absent que Jésus intervient, comme pour dire qu’il n’y a pas de domaine où la maladie et les forces hostiles aux hommes puissent avoir une place.. L’Evangile de Marc nous dit que Jésus est venu instaurer la résurrection dans le domaine de la mort et rétablir une relation avec Dieu qui paraissait interrompue.


Qui fait obstacle à ces relations? Ce sont bien entendu les démons et la maladie. Dans le contexte de l’Evangile, les démons ne sont pas personnalisés, ils sont mis au même rang que la maladie dont l’absence de guérison nous fait douter de Dieu. Nous traversons parfois des événements si terribles que notre raison ne peut les surmonter sans mettre Dieu en cause. Ils sont à mettre au rang des démons auxquels Jésus livre un combat sans merci.

Nous doutons de Dieu, quand nous avons le sentiment que le poids du destin est trop lourd et nous pensons alors que Dieu doit être impuissant pour avoir toléré quelque chose de si injuste. Pire, s’il n’est pas impuissant, c’est qu’il laisse faire ou qu’il n’a rien à faire d’une créature aussi insignifiante que nous. Ce sentiment d’indifférence ou de total abandon est insupportable car nous n’avons pas la force de faire face à notre destin tout seul. Nous nous sentons enfermés dans une nuit épaisse condamnés à subir un destin que nous ne maîtrisons pas.

 

C’est dans cette nuit épaisse que Jésus se tient. C’est là que les disciples le trouvent alors qu’il fait encore noir. Ils lui disent l’angoisse des hommes et Jésus répond qu’il est là pour les soulager. Jésus était sorti dans la nuit pour prier c’est dire que pendant que les hommes dormaient, Jésus lui, veillait.

 

Il donne ainsi une première réponse à nos angoisses. Quand nous avons peur, il est là et il prie, c’est sa manière à lui d’être efficace.

Jésus répond à ceux qui le cherchent et qui l’interpellent. Il leur dit: « allons ailleurs ». Cet « ailleurs » prend une très grande importance, car cet ailleurs n’est pas là où ils l’espèrent. Pour eux la présence efficace de Jésus serait de faire cesser immédiatement ce qui ne va pas. Ils attendent un miracle et un soulagement. Le miracle est de l’ordre du confort immédiat comme le ferait un médicament qui à peine administré supprimerait la douleur. La position de Jésus n’est pas tout à fait celle la. Elle est ailleurs.

Les hommes souhaitent qu’en intervenant il corrige les anomalies dont nous sommes victimes. Et ce n’est pas exactement ce qui se produit. Malgré nos prières, nos angoisses subsistent, les maladies perdurent et parfois nous emportent. Dieu ne veut pas passer son temps à corriger ce qui ne va pas dans le monde. Il se refuse à être le Dieu-Providence qui répond aux nécessités des hommes en manque. Jésus oriente leurs regards vers un ailleurs où ils n’ont pas encore tourné les yeux. Cet ailleurs, nous l’avons déjà désigné au commencement de ce propos, c’est l’événement de la résurrection.

La résurrection s’est manifestée au moment où Dieu, dans la personne de Jésus a accepté de faire retomber sur lui toutes les malédictions des hommes pour les porter et les assumer dans sa mort. Sa présence en nous implique donc la résurrection.

Grâce à elle nous dépassons nos propres souffrances, en sachant que Dieu a mis en nous assez d’énergie pour les surmonter et pour faire qu’elles ne soient plus des obstacles à notre foi et à notre espérance. La résurrection est puissance de Dieu en nous.

Dieu ne détruit pas, comme par l’effet d’une potion magique tous nos blocages mais il met assez d’énergie en nous pour que nous les dépassions car Dieu croit en l’homme et à sa capacité de dépassement. Il fait le pari que si nous lui faisons confiance nous surmonterons par nous-mêmes tous ce qui nous fait souffrir. Cela ne l’empêche cependant pas de mettre régulièrement sur notre route des signes effectifs de sa puissance. Il nous donne des repères et se permet de faire quand même des miracles. Ils agissent sur nous comme le pain et le vin de la cène qui ne nourrissent pas physiquement mais qui nous disent la présence réelle de Dieu dans notre existence.

Les illustrations proviennent de La Bible illustrée Par Edy Legrand

 

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Marc 1:21-28 l’autorité de Jésus – dimanche 29 janvier 2012

Posté par jeanbesset le 13 janvier 2012

 Le sermon du dimanche 

Le but de ce blog est de proposer une lecture pertinente, ou impertinente des textes proposés par la liste de lectures de l’Eglise Réformée pour les méditer au culte du Dimanche. Nous proposerons de publier les sermons avec un décalage d’une semaine ou même deux, pour qu’ils puissent être travaillés par les lecteurs qui désirent s’en servir pour le culte du dimanche. L’auteur souhaite pourvoir échanger avec ses lecteurs et partager leurs remarques dans un esprit fraternel.



21 Ils entrent dans Capharnaüm. S’étant rendu à la synagogue le jour du sabbat, il se mit à enseigner. 22 Ils étaient ébahis de son enseignement ; car il enseignait comme quelqu’un qui a de l’autorité, et non pas comme les scribes. 23 Il se trouvait justement dans leur synagogue un homme possédé d’un esprit impur, qui s’écria : 24 Pourquoi te mêles-tu de nos affaires, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu pour notre perte ? Je sais bien qui tu es : le Saint de Dieu ! 25 Jésus le rabroua, en disant : Tais-toi et sors de cet homme. 26 L’esprit impur sortit de lui en le secouant violemment et en poussant un grand cri. 27 Tous furent effrayés ; ils débattaient entre eux : Qu’est-ce donc ? Un enseignement nouveau, et quelle autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent ! 28 Et sa renommée se répandit aussitôt dans toute la Galilée.

Qui guérira tous ceux qui sont malades dans leur cœur, dans leur corps et dans leur âme ? Qui soignera notre société de ce mal mystérieux qui la ronge et qui fait perdre ses repères à chaque individu ? Qui pourra nous dire la vérité sur notre vie ? Nul ne sait vraiment dans quelle direction tourner les yeux, car tous sont inquiets pour eux-mêmes et leurs enfants?Toutes ces questions étaient déjà en gestation dans le cœur des gens qui croisèrent Jésus dans la synagogue de Capharnaüm où il avait pris ses habitudes.


Ils sont étonnés et surpris de l’autorité qui émane de lui. Un jour, il est bien reçu, le lendemain on ramasse des pierres pour lui faire un mauvais sort ou le précipiter en bas d’une falaise comme on voulut le faire dans la synagogue de Nazareth (1). Tout est confus pour ces gens en quête de vérité ! Une voix en rajoute à la confusion et s’élève pour lui demander quel rôle il joue et s’il n’a pas partie liée avec le démon. De qui cherche-il la perte ?Ne soyons pas surpris si cette mise en cause de Jésus se passe dans une synagogue, un lieu de prière car c’est dans la proximité de Dieu que les gens se divisent à son sujet.


N’accuse-t-on pas les religions de jeter la discorde dans le monde et d’être souvent la cause des guerres entre les peuples? On découvre ici que les agents destructeurs ont leur place dans la « maison de Dieu » si bien qu’on y rencontre plus de haine que d’amour. Ceci  se vérifie sans doute aussi dans nos églises mais se trouve est en totale opposition avec Jésus qui se plaisait à identifier Dieu à l’amour, si bien que la religion se met parfois à jouer un rôle contraire à celui pour le quel elle est faite car le but de la religion est de relier les hommes entre eux. C’est en tout cas ce que signifie le mot qui la désigne.


Ces remarques nous permettent de ne pas être trop étonnés si la contestation contre Jésus se produit dans ce lieu de prière et de méditation qu’est la synagogue. L’interpellation sort de la bouche d’un malade mental qui normalement n’ y avait pas sa place. Son intervention produit l’étonnement et la stupeur. Le malade, le possédé devrai-je dire pour rester dans le contexte, prononce une véritable confession de foi à l’envers en forme d’interrogation : « es-tu venu pour notre perte ? » La perte de qui ? De ceux qui ne sont pas normaux ou les gens qui par leur attitude perturbent les saintes assemblés ? Sans doute pas, mais cela pourrait bien être la perte des démons, de ces esprits malins qui s’opposent à Dieu, qui rendent les hommes malades et que Jésus se propose de détruire.


Beaucoup d’hommes sont malades, pas seulement de maladies mentales, mais aussi de maladies physiques et sociales. La société est malade avons-nous dit en commençant et Jésus, est venu pour soigner ceux qui souffrent, qui sont désorientés et qui désespèrent. Il n’est donc pas surprenant que l’interpellation contre  Jésus se produise dans la synagogue, car elle est sensée être le lieu où Dieu est le plus proche des hommes. C’est le lieu où l’on prie ou où on cherche le sens de la vie dans la tradition et les Ecritures. C’est donc ici que l’on peut découvrir quel est le rôle de Dieu dans les affaires du monde.


Si Jésus a quelque chose à voir avec Dieu, c’est bien dans ce lieu où on peut l’interpeler sur ces questions et où on est en droit d’espérer une réponse. L’Evangéliste Marc qui rapporte cet incident a déjà pris position. Il nous dit que Jésus s’adresse aux gens avec une autorité que les professionnels de la religion n’ont pas. Il accuse clairement les scribes et les pharisiens de manquer d’autorité personnelle. L’autorité qu’ils ont ne leur vient pas d’eux-mêmes, ils l’empruntent à la tradition ou à la Loi qu’ils sont sensés interpréter ; mais pour ce qui les concerne, en tant qu’individus, ils n’ont aucune autorité. Quant à Jésus qui ne cite pas forcément les Ecritures à tout bout de champ, il retire son autorité d’ailleurs, elle émane de lui et se manifeste comme une aura qui séduit. Il la reçoit directement de Dieu.


C’est vite dit. S’il ne parle pas sous l’autorité de l’Ecriture sa parole risque de prendre des allures inquiétantes. Tout ceux qui sont là ne sont pas des naïfs, ils savent exercer leur esprit critique et aimeraient pourvoir identifier en Jésus le messager de Dieu à coup sûr, mais quelle preuve ont-ils ? Cette question devient du même coup la nôtre. Ce serait aller un peu vite en besogne que de dire qu’elle lui vient du saint Esprit parce qu’on ne l’entend pas qu’on ne le sent pas et qu’il reste aussi insaisissable que Dieu.


Jésus sans répondre directement à cette question nous donne des éléments de réponses. Il est suffisamment explicite pour que notre esprit se mette au travail et trouve tout seul la solution. C’est dans le dialogue avec l’individu qui l’a interpelé que cela va se passer. Tout en lui donnant raison, Jésus réfute le qualificatif de Saint de Dieu, c’est-à-dire de Messie dont il le désigne. Jésus refuse qu’on l’enferme dans un personnage qui aurait la science infuse et la réponse à tout, du fait de sa proximité avec Dieu car, c’est cela que l’on attend de lui. On attend qu’il donne une parole forte et indiscutable, qu’il opère des miracles à la demande et que sa seule présence suffise à changer le monde. Jésus ne se situe pas dans ce rôle, sans quoi depuis deux mille ans on s’en serait aperçu. Jésus a été parfois enfermé dans ce personnage, mais il a toujours réussi à s’en sortir. Pourtant les clercs ont toujours cherché à l’y ramener.


Quantité de professionnels de la religion, croient que leur science ou leur intimité avec Dieu les rend compétents pour maintenir Jésus dans ce rôle « d’être exceptionnel » que lui-même récuse et d’y enfermer Dieu avec lui. Ce sont les titres glorieux que nous lui reconnaissons dans nos confessions de foi que les plus doctes parmi-nous tentent d’imposer aux autres. Ils se divisent entre eux à son sujet. Ils s’affrontent au nom de vérités qui sans être fausses ne sont pas forcément absolues. Ils créent des mouvements de division qui les opposent aux autres et les amènent à se séparer d’eux.


Quand pour leurs malheurs l’un de ces groupes dispose de l’oreille du pouvoir temporel, il n’est pas rare que celui-ci mette à son service le bras armé de ses soldats pour forcer la mains à ceux qui ne croient pas comme eux. C’est ainsi que les religions entrent en guerre et s’en prennent à la vie des hommes. Ne soyons donc pas surpris si Dieu reste à l’extérieur de ces combats.

Si maintenant je donnais une réponse personnelle au sujet de l’autorité de Jésus, puisque c’est la question de ce jour, il faudrait que je prenne place parmi ces sages qui se divisent au nom de leur vérité. Pour éviter cela, il nous faudra donc consentir à ce que Jésus se dépouille de tous ces titres dont nous l’honorons, d’oublier les zizanies que nous maintenons à son sujet et que nous prêtions attention à ceux à qui il adresse ses actions.

C’est dans la bouche même de Jésus répondant aux envoyés de Jean Baptiste que nous trouvons la première réponse : « les aveugles voient, les infirmes marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent., et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ( 2)

 

Jésus se présente comme le témoin de la puissance de vie qui habite chaque individu, il s’acharne à la restaurer quand elle est déficiente, menacée ou détruite. Il ne détient pas d’autre puissance apparente de la part de Dieu que celle de susciter la vie là où elle est en difficulté. Il encourage son Eglise à le suivre dans cette voie là. Qui pourrait le contester ? Celui qui cherche à aller plus loin, court alors un gros risque. De nombreuses questions sur Dieu, Jésus et la trinité restent en suspens. Si elles ne trouvent pas de réponses immédiates est-ce si grave ? L’important n’est-il pas de comprendre que nous devons donner priorité à la sauvegarde de la vie chez les autres quels qu’ils soient. Il y a encore beaucoup de travail.

(1) Luc 4
(2) Matthieu 11 :5

Les photos sont celles des restes d’une synagogue à Capharnaüm, date du cinquième siècle. Ce n’est donc pas la synagogue que Jésus fréquentait.

 

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Jonas : 3:1-10 Jonas à Ninive dimanche 22 janvier 2012

Posté par jeanbesset le 8 janvier 2012

Jonas 3 :1-10

1 La parole du SEIGNEUR parvint à Jonas une deuxième fois : 2 Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et fais-y la proclamation que je te dis ! 3 Alors Jonas se leva et alla à Ninive, selon la parole du SEIGNEUR. Or Ninive était une grande ville devant Dieu ; il fallait trois jours de marche pour en faire le tour. 4 Jonas commença par faire dans la ville une journée de marche. Il proclamait : Encore quarante jours, et Ninive est détruite ! 5 Les gens de Ninive mirent leur foi en Dieu ; ils proclamèrent un jeûne et se revêtirent d’un sac, depuis le plus grand jusqu’au plus petit d’entre eux. 
6 La nouvelle parvint au roi de Ninive ; il se leva de son trône, ôta son manteau, se couvrit d’un sac et s’assit sur la cendre. 7 Il fit crier dans Ninive : Par décision du roi et de ses grands, que les humains et les bêtes, le gros bétail et le petit bétail, ne goûtent de rien, ne paissent pas et ne boivent pas d’eau ! 8 Que les humains et les bêtes soient couverts d’un sac, qu’ils invoquent Dieu avec force, et que chacun revienne de sa voie mauvaise et de la violence de ses mains ! 9 Qui sait si Dieu ne reviendra pas, s’il ne renoncera pas, s’il ne reviendra pas de sa colère ardente, pour que nous ne disparaissions pas ? 10 Dieu vit qu’ils agissaient ainsi et qu’ils revenaient de leur voie mauvaise. Alors Dieu renonça au mal qu’il avait parlé de leur faire ; il ne le fit pas.


De tout temps, la littérature a utilisé l’art du conte pour dire ce qui se passe dans l’inconscient des hommes. La plupart du temps, on croit que ces récits sont destinés aux enfants, mais ce n’est généralement pas le cas. Les contes permettent de dire des vérités qui ne seraient pas accessibles autrement. Ils procèdent d’un savant mélange entre le rêve, le fantastique et la réalité.

Ainsi en est-il de l’histoire que la Bible a prêtée à Jonas qui a été réellement un prophète à l’époque du Roi Jéroboam II (1). En ce temps là, la puissance de Ninive défiait les civilisations du Croissant fertile. Plusieurs générations après, la ville fut détruite à son tour. Elle ne le fut pas sous le coup de la colère divine qui l’aurait anéantie telles Sodome et Gomorrhe pour la punir d’avoir détruit Samarie et le Royaume d’Israël, mais seulement par une puissance plus arrogante qu’elle : celle de l’orgueilleuse Babylone.

Plusieurs années après sa destruction on se posa la question de savoir si la ville de Ninive aurait pu échapper à son destin et subsister au désastre. Il est clair que Dieu n’ était pas responsable de sa destruction mais il aurait réussi à la sauver si on avait écouté ceux que Dieu avait envoyés.

Le récit pourrait commencer comme un conte : Il était une fois un petit prophète insignifiant du nom de Jonas. Il était connu dans le passé par seulement trois lignes qui lui étaient consacrées dans le livre des Rois. Dieu, dans sa grande sagesse, le choisit pour aller proposer la paix à la grande cité arrogante de Ninive. Le nom de Jonas qui signifie Colomb, l’y prédestinait. Mesurant l’ampleur de sa tâche notre héros s’enfuit. Il refusa tout net de jouer le rôle du Petit Poucet face à l’ogre qui n’aurait fait qu’une bouchée de lui.

Il se refusait à jouer le rôle du grain de sable qui bloquerait le rouage complexe d’une cité si bien organisée. Même s’il avait la conviction que Dieu le guiderait dans cette entreprise, il refusa tout net de se jeter tout cru dans la gueule du loup. Le projet était apparemment irréalisable. On n’a jamais vu, dans l’histoire de l’humanité qu’un tel revirement d’un état si puissant se soit produit. Même Dieu lui-même s’y serait cassé les dents.

On n’a jamais vu un lion manger de la paille en compagnie d’un bœuf, en dépit de ce qu’a pu en dire le prophète Esaïe.(2)
« Mais si, c’est possible diraient des enfants avides de merveilleux ! » Et la suite nous montrera qu’ils auraient raison. Dans l’histoire des contes on assiste à de tels revirements. La Mère-grand et le petit Chaperon rouge sont destinées à être mangées par le loup, tel était le sort des femmes de la société bourgeoise des siècles passés. Elles étaient soumises à leur mari, représenté par le loup, qui seul réglait la destinée de la famille. Le conte a évolué en même temps que la société, le petit Chaperons rouge, puis sa Grand-mère ne se laissent plus faire dans les versions modernes du conte. Elles conjuguent leurs efforts pour prendre le dessus sur le loup. Echappant au fauve grâce à l’imagination des narrateurs, elles préfigurent par leur action le revirement de la société moderne qui sans être parfaite est devenue plus juste envers les femmes.

Mais Jonas n’est plus un enfant. Il n’est pas un idéaliste non plus, il ne se sent pas la force de transformer l’histoire et prend la décision de lui tourner le dos. Pourtant le défit que Dieu lui pose et qu’il se refuse à relever, préfigure l’hypothèse qu’une société, même despotique et arrogante, peut changer par le seul effet de la prédication d’une autre vérité que la sienne et qui viendrait de Dieu.

Le récit de Jonas fait intervenir un personnage inhabituel dans les contes, mais indispensable pour la compréhension du récit. Il s’agit de Dieu. Dieu a foi en l’homme. Il croit que toutes les utopies généreuses peuvent se réaliser par l’action de ceux qui acceptent que Dieu soit leur source d’inspiration.

Reprenons le cours du récit. Nous découvrons que s’installe une parenté entre le récit de Jonas et le conte du Petit tailleur qui prétendait « en avoir tué sept d’un seul coup ». Il le fit même coudre sur sa ceinture. En l’entendant ainsi se vanter on se mit à croire qu’il s’agissait de géants, à l’image de celui qui terrorisait le peuple. Il ne s’agissait pas de géants, vous le savez bien, mais de mouches ! Victime de sa vantardise il fut contraint de s’attaquer à un vrai géant qu’il vainquit en mettant à profit son intelligence et son habileté comme le fit le petit David qui terrassa le géant Goliath.

Son destin rattrapa Jonas, nous le trouvons à son tour contraint de relever le défit afin de convertir le peuple de Ninive et son roi. Dans le cas contraire, ce serait la mort pour tous. Vous devinez son état d’âme. Il savait que la ville périrait à cause de sa couardise. Il fallait donc qu’il devienne ce grain de sable capable de paralyser la terrible machine à opprimer les peuples.

Si Dieu a adressé une telle vocation au plus modeste de ses prophètes, il n’a pas hésité à utiliser des moyens énormes pour le convaincre sans qu’il ne s’en aperçoive. Dieu ne ménage jamais sa peine quand il s’occupe de nous. Quand Jonas prend la décision de s’égarer sur le chemin de la fuite, Dieu rassemble les vents des quatre horizons qui se coalisent en un puissant ouragan pour engloutir le fuyard, non pas pour le punir mais pour le ramener à une juste raison. Dieu appelle ensuite du fond des océans un monstre marin capable de se saisir du rebelle et de l’avaler tout rond sans lui faire de mal comme ce fut le pas pour Pinocchio.

Jonas égaré dans les éléments et perdu dans sa tête ne sait pas que Dieu multiplie les efforts pour le ramener à la raison et lui permettre d’accomplir sa vocation d’homme de paix. C’est après de telles aventures qu’il se retrouve dans son rôle de prédicateur pour dénoncer les comportements mauvais de tout un peuple.

Le voila seul contre tous. Il s’attend à chaque instant à voir la milice royale se saisir de lui pour le séquestrer. Il entend même les portes des geôles grincer et se refermer sur lui pour l’enfermer dans l’oubli. Jean Baptiste en avait fait moins que lui quand on lui trancha la tête pour les beaux yeux d’une belle. Jérémie avant lui, et Esaïe aussi ont connu les affres du cachot.

Combien de prophètes semblables à Jonas n’ont -ils pas payé de leur vie, avant que celui-ci ne réussisse ? Cette fois la parole de Dieu a atteint son but. Tel David face à Goliath ou le petit poucet face à l’ogre, Jonas a réussi ! Mais combien d’échecs anonymes n’ont-ils pas précédé son succès? Combien de lettres les membres de l’A.C.A.T (3) n’écrivent-ils pas pour atteindre leur but ? Jonas représente ici l’espoir de toutes ces colombes de la paix que Dieu envoie par le monde pour défier des tyrans ou des idéologies redoutables. Elles défendent les causes de la justice et de la paix, partout où elles sont bafouées. L’histoire montre que Dieu n’est pas inactif quand il nous charge de mission et qu’il accomplit des miracles sans qu’on les voie.

Nous découvrons aussi qu’il n’y a aucun cœur, aussi dur soit-il, qui ne puisse être attendri. Si nous n’y croyons pas, Dieu lui, y croit. Dieu se permet d’opposer sa sagesse divine à toutes les situations oppressantes, car il croit que l’impossible est toujours possible.

Bien évidemment, l’histoire des peuples n’a pas retenu qu’un homme ait tenté de libérer Ninive de sa morgue et la ville fut détruite par une puissance plus orgueilleuse qu’elle. Mais cette histoire nous permet de comprendre que la fatalité n’est pas inscrite comme une règle de l’histoire et que la raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure. Elle ne résiste pas indéfiniment à la miséricorde divine quand les croyants s’en font les porteurs.

(1)2 Rois 14 :25 (785-745)
(2) Esaïe 11 :7
(3) Association des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture

                                                                                                                                                                                                                                         

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Jean 1:35-42 – Viens et vois _ dimanche 15 janvier 2012

Posté par jeanbesset le 2 janvier 2012

La péricope proposée par a liste de lecture s’arrête au verset 42, mais il est plus cohérent de lire le texte jusqu’au verset 51
Les premiers disciples de Jésus

35 Le lendemain, Jean était de nouveau là, avec deux de ses disciples. 36 Quand il vit Jésus passer, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu ! » 37 Les deux disciples de Jean entendirent ces paroles, et ils suivirent Jésus. 38 Jésus se retourna, il vit qu’ils le suivaient et leur demanda : « Que cherchez-vous ? » Ils lui dirent : « Où demeures-tu, Rabbi ? » — Ce mot signifie « Maître ». — 39 Il leur répondit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc et virent où il demeurait, et ils passèrent le reste de ce jour avec lui. C’ était environ la dixième heure. ( 5 heures) 40 L’un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et avaient suivi Jésus, était André, le frère de Simon Pierre. 41 La première personne que rencontra André fut son frère Simon ; il lui dit : « Nous avons trouvé le Messie. » — Ce mot signifie « Christ ». — 42 Et il conduisit Simon auprès de Jésus. Jésus le regarda et dit : « Tu es Simon, le fils de Jean ; on t’appellera Céphas. » — Ce nom signifie « Pierre ». —

Philippe et Nathanaël

43 Le lendemain, Jésus décida de partir pour la Galilée. Il rencontra Philippe et lui dit : « Suis-moi ! » 44— Philippe était de Bethsaïda, la localité d’où provenaient aussi André et Pierre. — 45 Ensuite, Philippe rencontra Nathanaël et lui dit : « Nous avons trouvé celui dont Moïse a parlé dans le livre de la Loi et dont les prophètes aussi ont parlé. C’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth. » 46 Nathanaël lui dit : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » Philippe lui répondit : « Viens, et tu verras. » 47Quand Jésus vit Nathanaël s’approcher de lui, il dit à son sujet : « Voici un véritable Israélite ; il n’y a rien de faux en lui. » 48 Nathanaël lui demanda : « Comment me connais-tu ? » Jésus répondit : « Je t’ai vu quand tu étais sous le figuier, avant que Philippe t’appelle. » 49 Alors Nathanaël lui dit : « Maître, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël ! » 50 Jésus lui répondit : « Ainsi, tu crois en moi parce que je t’ai dit que je t’avais vu sous le figuier ? Tu verras de bien plus grandes choses que celle-ci ! » 51 Et il ajouta : « Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme ! »

                                                                                Nathanaël sous le figuier de James Tissot

Sur les rives du Jourdain, en plein désert de Judée, le printemps s’annonce déjà. Les, pèlerins s’apprêtent une fois encore à monter à Jérusalem pour la fête de Pâques. Dans ce pays meurtri par tant de vicissitudes, le rythme de l’habitude donne une illusion de paix. Tout recommence cette année là encore, comme l’année précédante et pourtant nul ne sait que le vin nouveau se prépare à couler. Dieu est en train de sceller une nouvelle alliance avec son peuple. Tout va commencer à Cana dans le récit qui fait suite à celui que nous venons de lire.

Pour lors c’est le soir du grand soir sans que personne ne s’en doute encore. Il ne s’agit pas de cet événement tant redouté qui annonce le moment où les forces populaires de jadis devaient inaugurer l’avènement d’une aire de prospérité et de bonheur pour les masses laborieuses de tous les pays. Ce ne sont pas les masses prolétaires qui vont agir ici agir ici, mais Dieu lui-même et sans violence. Nul ne le sait encore, mais les acteurs de l’événement le pressentent. Dans le soir qui va tomber la première phrase de l’Evangile est en train d’être prononcée: c’est une invitation à qui veut l’entendre : « Viens et vois; » Où aller? Que voir?

C’est la dixième heure, 5 heures de l’après- midi, le five o’clock britannique, l’heure où tout s’arrête dans les pays civilisés pour faire la pause et se préparer à la soirée. Dieu profite de ce temps de pause. Deux hommes viennent de quitter Jean le baptiste qui a annoncé violemment la venue d’un temps nouveau à coup d’immersions et de paroles retentissantes. Il a pointé le doigt en direction d’un inconnu à qui il a attribué prophétiquement la vocation d’être l’agneau du sacrifice.

L’annonce de la paix avec Dieu et de la réconciliation éternelle avec le Tout Puissant est donc accompagnée par l’ annonce prophétique d’une violence dont cet homme que personne ne connaît encore fera les frais. Il porte en lui la paix de Dieu, il est revêtu de « l’aura » du Messie, mais pour que cela se produise, il faudra que toutes les violences contenues, toutes les agressivités rentrées, tous les péchés ignorés se concentrent contre lui afin que par sa mort, il exorcise à tout jamais toutes les agressions commises contre Dieu et commises contre les hommes. C’est ce que nous rappelons à chaque culte quand nous vous annonçons l’absolution de vos péchés.

Avertis par Jean baptiste que l’espérance était devant eux, 2 hommes se mettent à suivre Jésus, et Jésus, sans qu’ils ne le sachent déjà, les a déjà pris en charge. Ils suivent Jésus, mais c’est Jésus qui les attire. Au contact de Jésus, c’est toujours ainsi que cela se passe, on le suit de son plein gré mais c’est cependant lui qui a provoqué notre mouvement à le suivre jusque dans son intimité. Le « chez moi » de Jésus devient leur chez eux, il les prend avec lui pour la nuit tant redoutée du désert jusqu’au lendemain où il décide de partir avec eux, chez eux vers Bethsaïda en Galilée.

Tout chrétien retrouve là sa propre histoire. Cet attrait irrésistible pour Jésus que l’on suit librement, cette sécurité qu’il nous prodigue dans notre nuit et cet itinéraire que l’on suit en sa compagnie jusque dans notre propre maison, dans nos occupations et dans notre travail , tout cela fait partie de l’histoire de chacun. Cette aventure de Jésus qui nous prend chez lui pour nous accompagner jusque chez nous est offerte à quiconque entend Jésus lui dire, comme aux deux hommes : » viens et vois. »

Cette aventure ne se limite pas à notre confort spirituel ou matériel. Nous sommes provoqués dans notre être profond, car Jésus ne s’accommode ni de la passivité ni de l’ordre établi. Il nous entraîne avec lui alors qu’il nous accompagne chez nous, et c’est lui qui gère notre aventure, même s’il nous laisse libres de nos actions. « Viens et vois » dit-il aux deux hommes, nous apprendront par la suite qu’ils sont André frère de Simon et peut être Jean dont l’Evangile porte le nom.

A peine se mettent-ils à partager la vie de Jésus, ou à peine Jésus a-t-il commencé à partager leur vie que la fébrilité les prend et ils se mettent à rassembler autour du maître les nouveaux venus. Ils sont comme eux venus au désert écouter Jean Baptiste, comme eux ils sont avides d’absolu et de nouveauté. A peine sont-ils en contact avec Jésus que quelque chose de nouveau se produit pour eux. C’est Simon dont Jésus change tout de suite le nom,: » tu t’appelleras Pierre », c’est Nathanaël oublié par l’histoire, qu’il projette au premier rang en révélant à tous sa droiture : »voici un juif dans lequel il n’y a pas de fraude. Rien n’échappe à Jésus. Il connaît la vérité de chacun, même si chacun fait des efforts pour la dissimuler. Par avance, au seuil d’une longue aventure avec Jésus, nous avons l’assurance qu’il nous connaît et que rien ne peut lui être caché. Même sous le figuier, n’avait-il pas repéré Nathanaël. N’a-t-il pas repéré toi qui es assis ici dans ce sanctuaire. Et à toi comme jadis il avait dit aux futurs apôtres: « Viens et vois ».

A celui qui a envie de se lover dans la sérénité de Dieu, à celui qui a envie de la douceur d’une existence calme et sans histoire, à celui qui désespère et qui voudrait comme Nicodème refaire machine arrière et revenir dans le sein de sa mère, Jésus dit : » viens et vois ». Décevant non? Deux verbes, d’action, deux invitations à faire quelque chose. La première peut paraître simple :
- Viens : c’est le verbe venir, il s’agit de se mettre en mouvement à la suite de Jésus qui prend la responsabilité de l’action où il nous entraîne. En toute sécurité, nous pouvons donc venir quand Jésus nous appelle, car il sait où il nous entraîne et nous pouvons avoir confiance, car nous savons que ce sera bon pour nous.
- Vois: du verbe voir. Ce verbe pose d’autres problèmes, car on ne voit pas d’une manière neutre, et personne ne peut voir pour nous. L’image que reçoivent nos yeux laisse une empreinte sur notre rétine et nous devons l’interpréter. Nous voyons non seulement avec nos yeux mais avec nos facultés d’interprétation, c’est à dire notre intelligence. C’est dans la manière dont nous interprétons l’image que se crée une émotion en nous. Cette émotion provoque notre action ou notre réaction.

Elle mobilise notre conscience et notre intelligence sans que personne d’autre que nous en prenne la décision ou l’initiative. En face de ce que nous voyons nous réagissons en fonction de notre sensibilité. Par le fait que Jésus nous invite à voir, il nous rend responsables des actions que nous décidons, ou ne décidons pas de faire.

Chaque jour, nous voyons tant de choses qui ne vont pas, qui ne correspondent pas avec ce que nous savons du désir de Dieu. Il y a tant d’images choquantes et violentes que nous ne savons pas où donner de l’action. Chaque dimanche les prières d’intercession dites au cours de nos cultes font état de ces images choquantes. Au lieu de nous apaiser, elles nous culpabilisent à cause de la médiocrité décourageantes des réponses que nous donnons ou à cause de la passivité affligeante de nos inactions. Ce qui se voit et notre impuissance à y remédier provoque en nous-mêmes des insatisfactions telles que nous les retournons contre Dieu lui-même : « si Dieu existait, il n’y aurait pas tant de violence  » ! Voila, c’est dit.

Il nous faut donc reprendre en compte les propos que je tenais en introduction à ce sermon en disant que Jésus, désigné par Jean Baptiste comme l’agneau de Dieu, d

Qui suis-je ? Un Pasteur Réformé à la retraite de tendance libérale qui vous offre chaque semaine une réflexion sur les textes du jour

rainait en lui toutes les violences que nous ressentons et dont nous éprouvons la culpabilité, vraie ou fausse. Par sa mort il nous libère de cette culpabilité parce qu’elle nous permet de contempler une autre réalité. Il nous demande alors de voir ce qui était déjà contenu verset de ce passage : « En vérité, en vérité je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges monter et descendre sur le fils de l’homme ».

Sa venue dans le monde n’a pas d’autre but que de nous le faire voir comme Dieu voudrait que nous le voyons. Quand nous aurons vu, nous comprendrons que la construction de ce monde idéal est possible pour celui qui croit. Nous ne devons plus rester dans l’aridité du désert sans espérance, où nous nous complaisons parfois pour nous engager résolument dans sa transformation radicale, même si les paroles humaines de ceux qui nous entourent nous disent que c’est impossible.

 

 

 

 

 

 

 

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Ephésiens 3:2-6 – Chrétiens et païens – Dimanche 8 janvier 2012

Posté par jeanbesset le 2 janvier 2012

1 A cause de cela, moi, Paul, le prisonnier de Jésus-Christ pour vous, les non-Juifs… 2 si du moins vous avez entendu parler de l’intendance de la grâce de Dieu qui m’a été accordée pour vous. 3 C’est par révélation que le mystère a été porté à ma connaissance, comme je viens de l’écrire en quelques mots. 4 En lisant cela, vous pouvez comprendre l’intelligence que j’ai du mystère du Christ. 5 Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des fils des hommes dans les autres générations comme il a été révélé maintenant par l’Esprit à ses saints apôtres et prophètes : 6 à savoir que les non-Juifs ont un même héritage, sont un même corps et participent à la même promesse, en Jésus-Christ, par la bonne nouvelle 7 dont je suis devenu ministre, selon le don de la grâce de Dieu qui m’a été accordée par l’opération de sa puissance.



Si j’en crois l’apôtre Paul, païens et chrétiens, juifs et non juifs, croyants et incroyants ont une commune vocation qui leur vient de Dieu. L’Evangile de Jésus Christ les inscrit tous dans une même promesse. Mais est-il aussi facile de faire des distinctions significatives entre croyants et non croyants, chrétiens et païens. Le monde de pensée de nos contemporains est beaucoup plus confus que dans l’antiquité. Les uns se disent croyants, voire même pratiquants, mais quand ils formulent les caractéristiques de leur foi on n’y retrouve pas forcément la marque de l’espérance que Jésus Christ a voulu pour tous les hommes. Par contre cette espérance est parfois présente dans les propos de ceux qui se disent athées ou sans religion. Comment s’y retrouver ?On est sans doute en droit de se demander où est la différence entre le monde des chrétiens et celui des païens sans être sûr d’y arriver. Les Chrétiens croient qu’ils trouvent en Jésus Christ le fondement de leur foi et de leur espérance ! Mais que de propos désabusés dans leurs rangs. Pourtant, si en théorie on repère assez bien les Chrétiens, les Païens sont plus difficiles à définir. Il y a bien sûr ceux qui se réclament d’une autre foi ou d’une autre spiritualité que la nôtre et qui s’appuient sur des révélations différentes. Sont-ils pour autant à classer parmi les païens ? En tous cas ils s’en défendent.Il y a ceux qui disent croire en quelque chose, c’est une formule qui aujourd’hui fait tendance, sans savoir vraiment à quoi ils se réfèrent, mais ils se défendent de toute pratique religieuse. Sont-ils à classer parmi les païens ? Il y a aussi des gens qui se disent chrétiens et convaincus du salut en Jésus Christ mais qui mettent leur espérance dans leur fortune, dans leur parti politique, dans la technique, le savoir ou les sciences. Sont-ils encore chrétiens ou déjà païens ? Mais l’apôtre nous dit que tous sont les destinataires d’une même promesse.Sans doute, ce n’est pas en raisonnant ainsi que nous découvrirons quelle est la bonne nouvelle pour le monde des païens sans vraiment savoir ce qui les caractérise. La bonne nouvelle qui les concerne, nous concerne aussi et dépasse tous les clivages que nous pourrions inventer. Cette bonne nouvelle nous la découvrirons dans le fondement de notre foi. Ce qui est fondamental pour nous et ce qui est porteur d’espérance doit l’être également pour tous les hommes. C’est donc dans cette direction que nous allons essayer de chercher.En cette période de l’année, il est d’usage de formuler des vœux à l’intention des autres. Le vœu que tout le monde formule et sur lequel on insiste lourdement c’est celui de la bonne santé. Mais il me semble que ce souhait qui revient d’une manière récurrente cache une angoisse. Cette angoisse n’est pas seulement liée à la santé, elle est liée à l’espérance, ou plutôt au manque d’espérance que nous avons dans la vie. Nos contemporains, aujourd’hui, plus que jamais sont angoissés face à l’avenir et à la mort car ils ne savent pas ce qu’il y a derrière, ils ne savent plus ce que contient l’espérance chrétienne et faute de dire leur peur, ils la conjurent en imaginant qu’ils peuvent en faire reculer l’échéance en se maintenant en bonne santé.

Que les hommes soient inquiets, ce n’est pas nouveau. Cela semble même faire partie du fondement de la société humaine. Depuis que les hommes ont cherché à s’exprimer en décorant les murs de leurs cavernes, et en signant leurs œuvres de l’empreinte de leurs mains ils ont exprimés disent les spécialistes leurs angoisses métaphysiques. La relation avec les divinités les plus primitives est toute imprégnée d’angoisse. Depuis toujours le monde des humains a été habité par des divinités dont il fallait conjurer les sentiments hostiles pour vivre en bonne harmonie avec elles. Pourtant toute une partie du message biblique a contredit ces affirmations. Jésus a enseigné le contraire, et nous y reviendrons tout à l’heure. Mais l’enseignement de l’Eglise a été différent. La peur du jugement a hanté le haut Moyen Age, les Réformateurs n’ont pas levé l’angoisse, ils ont simplement déplacé le problème en insistant sur le poids du péché qui a éclipsé les promesses de la grâce. L’inquisition en a rajouté une couche en promettant l’enfer aux hérétiques, aux infidèles ou aux incroyants dont ils recevaient un avant goût dans les bûchers érigés à leur intention.

Pour conjurer les angoisses les hommes ont alors répondu par la rigidité de la morale, ou par des pratiques religieuses qui devenaient contraignantes sous prétextes d’être libératrices. Certes Jésus n’avait pas voulu cela, il était présenté comme un libérateur des angoisses, mais les hommes ont continué à cultiver la crainte comme par atavisme.

Le monde où nous vivons ne s’est pas forcément appuyé sur son enseignement. Pour exorciser ses peurs il a chassé Dieu de son univers mais la peur est restée. Nous continuons à nous donner l’illusion de croire que la science et la technique vont permettre de surmonter tous les obstacles mais force nous est donnée de constater que l’homme ne maîtrise pas l’avenir. Il s’affirme comme un technicien prodigieux, mais il ne maîtrise pas l’avenir. Cela ne rassure personne. Il se trouve impuissant devant des virus dont il ne sait pas contrôler les mutations. Il visite les astres lointains mais il est incapable de vérifier s’il ne les contamine pas par ses propres bactéries. Pour maintenir un confort chèrement acquis il compromet l’avenir de la planète si bien que l’humanité a toujours peur.

Si les dieux, qui n’en faisaient qu’à leur guise ont été remplacés aux commandes du monde par les hommes rien de pourtant fondamental n’a vraiment changé. Et pourtant tout doit changer affirmait Jésus.

Si vous ne changez pas disait-il à ceux qui étaient à ses côtés vous mourrez tous. C’est par ces mots qu’il commentait un événement de la vie quotidienne. Une tour venait de s’effondrer tel le toit d’un supermarché surchargé de neige. Malgré ses propos provoquants son discours était plein d’espérance parce qu’il était lié à la nécessité d’un changement profond dans la vie intérieure des hommes. Ce changement était l’œuvre de Dieu, ce même Dieu dont l’Ecriture rendait témoignage mais que les hommes méconnaissaient et continuent sans doute à méconnaître.

Il parlait d’un Dieu qui venait vers les hommes et qu’il reconnaissait comme son Père. Il prétendait qu’il donnait du sens à ce monde, malgré les apparences. Jésus faisait ainsi une relecture des Ecritures et grâce à elle il constatait que depuis Moïse, et même avant lui Dieu était venu vers les hommes comme celui qui habite les forces de vie du monde. Il soufflait sur les humains un esprit qui leur donnait de l’énergie. Dieu se servait du génie de chacun pour donner du sens à ses projets. Si Moïse n’avait pas été habité par ce souffle, si son peuple ne l’avait pas reçu comme porteur d’une grâce venue de Dieu, les Hébreux seraient encore tous en Egypte en train de casser des cailloux ou de faire des briques. Dieu vient ainsi donner de l’espérance à des hommes sur qui il envoie son esprit pour la réaliser !.

A la suite de Jésus, l’Evangile affirme que tous les hommes ont la possibilité de se placer sous le souffle de Dieu pour qu’il les habite et les transforme. Païens et incroyants, fidèles et pêcheurs, Dieu leur permet de se laisser porter par lui pour donner du sens à l’avenir qu’il veut que nous construisions avec lui. Nous reconnaissons l’esprit de Dieu dans la puissance de vie qu’il communique à tous. Jésus nous enseigne à le repérer dans les valeurs d’amour qu’il met en nous

Si vous croyez que l’esprit de Dieu vous remplit d’éternité sans que la mort ne vous atteigne, si vous croyez que Dieu vient habiter les projets de tous ceux qui se sentent responsables, si vous croyez que Jésus a balisé le chemin de l’espérance en défiant la mort , alors, vous cesserez de regarder votre propre vie avec inquiétude, vous cesserez d’avoir peur pour l’avenir du monde et vous goûterez de la résurrection avant même que la mort ne vous touche de son aile.

Cette espérance, offerte à tous vous est donnée, mais elle doit se construire jour après jour. On ne peut la vivre vraiment qu’en partageant l’intimité de Dieu dans la prière et l’écoute de la parole, mais ça, c’est un autre chapitre.

Les illustrations sont de Hélène Serre pour les épîtres de Paul

 

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Luc 2:16-21 – Naissance de Jésus – Dimanche 1 janvier 2012

Posté par jeanbesset le 2 janvier 2012

Luc 2 :16-21 15
Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres : « Allons donc jusqu’à Bethléem : il faut que nous voyions ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. » 16 Ils se dépêchèrent d’y aller et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche. 17 Quand ils le virent, ils racontèrent ce que l’ange leur avait dit au sujet de ce petit enfant. 18 Tous ceux qui entendirent les bergers furent étonnés de ce qu’ils leur disaient. 19 Quant à Marie, elle gardait tout cela dans sa mémoire et y réfléchissait profondément. 20 Puis les bergers prirent le chemin du retour. Ils célébraient la grandeur de Dieu et le louaient pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, car tout s’était passé comme l’ange le leur avait annoncé. 21 Le huitième jour après la naissance, le moment vint de circoncire l’enfant ; on lui donna le nom de Jésus, nom que l’ange avait indiqué avant que sa mère devienne enceinte.

Voici qu’une nouvelle année s’ouvre devant nous et nul ne sait ce qu’elle sera. Mais nous pouvons déjà dire qu’elle sera telle que nous l’avons préparée avec l’œuvre du hasard en plus. L’année qui s’ouvre portera en elle toutes les promesses que nous avons reçues dimanche dernier le jour de Noël. A Noël, nous avons proclamé, que Dieu avait fait irruption dans la société des hommes pour les accompagner sur le chemin de leur histoire. Une fois encore nous nous sommes réjouis du fait que Dieu n’habitait pas au ciel, qu’il n’était pas dans un au-delà lointain et inaccessible, mais qu’il était présent dans l’intimité quotidienne de chaque individu. Ainsi il bousculait chacun de nous dans sa vie ordinaire pour vivre avec lui une intimité parfois déroutante par laquelle il invitait chacun à prendre sa part dans la construction d’une société plus juste.Dieu engageait les hommes à édifier sur terre les prémices de ce Royaume que Jésus était venu annoncer. Nous avons tous entendu cet appel, nous en avons été émus et nous allons nous efforcer d’y répondre, si bien que l’année s’ouvre sous de bons auspices. Nous pouvons donc nous souhaiter à tous et à toutes une bonne année.En fait, avons-nous vraiment été sensibles à tout ce que je viens d’évoquer ? Comment nous situons-nous par rapport à ce qui vient d’être dit ? Nous avons plutôt été sensibles aux sirènes alarmistes annonçant une année de crise et d’immobilisme ? Une fois encore, pour étouffer les mauvaises nouvelles qui nous viennent de la société des hommes, nous avons plus tôt préférés nous occuper de l’aspect festif de Noël. C’est sans doute le souci des cadeaux à offrir qui a pris le dessus sur le souci de l’annonce de la « bonne nouvelle » de la venue de Dieu dans la société des hommes. Si nous sommes allés au Temple ou à l’Eglise ce jour là ce sont les chants de Noël qui nous ont sans doute attendris, plus que le sermon qui, à n’en pas douter, était peut-être plus culpabilisant que réconfortant.

Il y a un décalage entre le sens premier de Noël et la fête telle que nous la célébrons. Les prédicateurs le déplorent, mais n’y peuvent rien. Nous en avons fait une fête qui correspond davantage à nos souhaits qu’à ce que les évangélistes voudraient que nous comprenions. On a cultivé l’illusion que l’enfant-dieu descendu du ciel allait tout changer dans le monde. Et puisque ça ne se réalise pas, on a accolé à l’enfant Jésus un compagnon rondouillard qui est sensé accomplir tous les vœux que Dieu lui-même n’a jamais exhaussés. Ainsi corrigé par la légende, Noël devient accessible aux enfants de moins de 7 ans qui y croient encore. Pour les autres, ceux qui ont de 7 à 77 ans, c’est une autre histoire.

Aurait-on pu éviter ce dérapage ? Non seulement il n’était pas prévisible, mais les récits de Noël que nous lisons dans les Evangiles semblent avoir soigneusement été écrits pour éviter que ce cafouillage ne se produise.

Il ne vous a pas échappé, que le plus ancien des Evangiles, celui de Marc ne parle pas de la naissance de Jésus, celui de Jean, le plus récent, non plus. Quant à Matthieu et à Luc, ils ont raconté l’un et l’autre deux événements totalement différents concernant la naissance de Jésus. On a pris l’habitude de les harmoniser si bien qu’on ne sait plus très bien ce qui appartient à l’un ou à l’autre. A Luc appartient le récit de l’annonciation, de la visitation, des bergers, de l’enfant déposé dans la crèche. Pas de bœuf ni d’âne qui sont des ajouts très tardifs qui n’appartiennent pas à nos Evangiles. A Matthieu appartient le récit des Mages, le massacre des innocents, la fuite en Egypte. Pas de bergers, pas de crèche, pas d’anges dans nos campagnes.

Pourquoi raconter deux histoires qui n’ont rien de commun l’une avec l’autre ? Laquelle nous dit la vérité ? Sans doute est-il plus simple de penser qu’elles disent toutes les deux la vérité, mais que cette vérité n’est pas historique, elle est allégorique. Elles n’ont pas forcément été écrites pour que les grand-mères puissent émerveiller leurs petits enfants en les leur racontant. Elles contiennent une vérité théologique dont nous allons essayer de rendre compte.

En fait dès les tout débuts de l’Eglise, certains courants religieux avaient eu tendance à faire de Jésus un être céleste, un super archange qui n’avait d’humain que l’apparence. Selon cette tradition, il n’aurait pas souffert de la passion et ne serait pas vraiment mort. Il était urgent de rétablir la vérité sur l’humanité de Jésus. C’est ce à quoi se sont attachés les auteurs de l’Evangile de Luc.

La prétention royale de Jésus était-elle une légende ? Jésus était-il le Messie d’Israël issu de la ligné de David ? Il avait été ignoré par les juifs mais reconnu par les païens. Ce sont ces mêmes païens qui constituaient le noyau dur des Eglises dressées en terre païennes. Il n’est donc pas étonnant que l’Evangile Matthieu, rédigé sans doute en Asie Mineure se soit efforcé de rendre compte de cet héritage messianique de Jésus en racontant les récits de l’enfance tels qu’il les rapporte.

C’est l’Evangile de Luc qui nous interpelle ce matin. Il nous invite à la rencontre de Marie. Il en a fait l’héroïne de son récit de l’enfance, afin de nous rappeler que Jésus était bien un homme né d’une femme. Si les anges descendent du ciel au moment de sa naissance, ils se tiennent à distance et ne jouent aucun rôle dans le récit. Par contre, c’est le petit peuple des bergers qui vient à lui. Ce sont eux, les bergers et eux seulement qui forcent les portes de l’étable pour saluer l’enfant couché dans la mangeoire. L’événement ne raconte rien autre qu’une simple naissance en milieu populaire. Quant aux légions d’anges dont on a parlé, elles sont juste mentionnées, pour dire que Dieu est quand même concerné par cette histoire, mais son rôle sera pour plus tard.

En attendant, c’est une femme, dont les théologiens feront une image de l’Eglise qui remplit le premier rôle. Elle ne prononce pas un mot, mais elle a pris l’enfant en charge. Elle aura pour tâche de le faire grandir sans comprendre vraiment la portée de sa mission. Elle l’aimera de tout son cœur de mère et elle souffrira à cause de lui parce qu’elle ne comprendra pas pourquoi il la rejettera quand elle essayera d’intervenir dans sa vie pour le guider sur le chemin des hommes. « Il faut que je m’occupe des affaires de mon Père » dira-t-il à sa mère inquiète pour justifier une fugue d’enfance auprès des docteurs de la Loi. « Qui est ma mère ? » lui sera-t-il dit une autre fois alors qu’elle cherchait à le rencontrer pour trouver de la cohérence à son comportement inexplicable pour elle.

Pourtant Jésus ne rejettera personne, et surtout pas sa mère, mais il devait la remettre dans son rôle quand elle cherchait à lui dire ce qu’il devait faire. Ces paroles sont d’ailleurs adressées plus à l’Eglise naissante qu’à Marie elle-même. Fils d’homme au milieu des hommes, Jésus ne se laisse pas écarter de sa vocation, ni par sa mère, ni par son Eglise. Cette Eglise dont nous sommes, aurait tendance à chercher à enfermer Jésus dans le ciel où elle voudrait qu’il s’occupe de la survie des âmes et de leur résurrection.

Quant à nous les hommes nous nous attribuerions volontiers la tâche de gérer les choses à sa place, avec notre sagesse d’humains, comme Marie était tentée de le faire. Nous aimerions décider de ce qui est bon ou de ce qui est mauvais en contrôlant la vraie foi et en pourchassant les hérésies. L’Eglise s’est adonnée à cet exercice pendant de longs siècles au grand damne de l’Evangile et les hommes ont toujours du mal à comprendre qu’ils ne peuvent rien faire si Jésus n’est pas journellement présent à leurs côtés.

L’Evangile de l’enfance, tel que Luc nous le rapporte nous rappelle que Jésus ne veut pas quitter la terre et la société des hommes. Il tient à les éclairer par son esprit qu’il envoie sur eux pour les aider à corriger leurs initiatives malvenues au risque de leur faire de la peine quand ils se trompent en suivant leurs intuitions sans chercher à écouter ce que Dieu en pense.

L’Evangile de Noël n’est donc pas une belle histoire pour faire rêver les enfants, mais c’est une interpellation qui nous est adressée afin que le corps vivant du Christ, l’Eglise, se comporte conformément à ce que Jésus attend d’elle.

Illustrations : He Qi

 

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Jean 1:1-18 – Joyeux Noël – dimanche 25 décembre 2011

Posté par jeanbesset le 2 janvier 2012

Évangile de Jean 1 :1-18 1Au commencement de toutes choses, la Parole existait déjà ; celui qui est la Parole était avec Dieu, et il était Dieu. 2 Il était donc avec Dieu au commencement. 3 Dieu a fait toutes choses par lui ; rien n’a été fait sans lui ; 4 ce qui a été fait avait la vie en lui. Cette vie était la lumière des hommes. 5 La lumière brille dans l’obscurité, mais l’obscurité ne l’a pas reçue. 6 Dieu envoya son messager, un homme appelé Jean. 7 Il vint comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient grâce à lui. 8 Il n’était pas lui-même la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière. 9Cette lumière était la seule lumière véritable, celle qui vient dans le monde et qui éclaire tous les hommes.

10 Celui qui est la Parole était dans le monde. Dieu a fait le monde par lui, et pourtant le monde ne l’a pas reconnu. 11 Il est venu dans son propre pays, mais les siens ne l’ont pas accueilli. 12Cependant, certains l’ont reçu et ont cru en lui ; il leur a donné le droit de devenir enfants de Dieu. 13 Ils ne sont pas devenus enfants de Dieu par une naissance naturelle, par une volonté humaine ; c’est Dieu qui leur a donné une nouvelle vie.

14 Celui qui est la Parole est devenu un homme et il a vécu parmi nous, plein de grâce et de vérité. Nous avons vu sa gloire, la gloire que le Fils unique reçoit du Père. 15 Jean lui a rendu témoignage ; il s’est écrié : « C’est de lui que j’ai parlé quand j’ai dit : “Il vient après moi, mais il est plus important que moi, car il existait déjà avant moi.” » 16 Nous avons tous reçu notre part des richesses de sa grâce ; nous avons reçu une bénédiction après l’autre. 17 Dieu nous a donné la loi par Moïse ; mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. 18 Personne n’a jamais vu Dieu. Mais le Fils unique, qui est Dieu et demeure auprès du Père, lui seul l’a fait connaître.

Nous ne pouvons pas vivre un événement quel qu’il soit sans nous poser des questions à son sujet, c’est pourquoi nous nous interrogeons sur les contradictions qui nous habitent à propos de la fête de Noël. Tout nous invite à nous réjouir et au fond de nous-mêmes nous contestons le bien fondé de cette fête. Nous nous attristons parce que le religieux a fui cette manifestation et que la religiosité à pris sa place. Nous considérons que les lumières qui éclairent nos rues et nos magasins ne sont pas de la même nature que celles de l’étoile qui a guidé les mages vers Bethlehem. Nous nous interrogeons même sur la réalité de cette étoile dont les savants modernes contestent l’existence. Nos doutes accompagnent les mages et nous ne sommes pas sûrs de tout ce que l’on a écrit ou dit à leur sujet. En même temps, nous nous réjouissons aussi de voir les gens heureux et les enfants s’émerveiller.

Plaçons donc toutes nos interrogations sous le regard de Dieu qui vient à notre rencontre en ce jour de fête. Il détourne notre attention de ce qui se voit. Il nous invite à nous intéresser à autre chose qu’à ce qui frappe nos regards et notre sensibilité. Il nous demande d’écouter. Il s’agit d’écouter ce qui résonne au fond de chacun de nous, car il se peut que ce soit une parole qui vienne de Dieu.

Cette Parole ne s’entend pas vraiment, elle se ressent. Cette impression d’une présence extérieure à eux s’est très vite imposée aux humains. Dès que les premières communautés se sont constituées, Dieu est devenu présent au milieu des hommes. Il semblerait bien que ce phénomène soit lié à la parole.

En effet, l’humanité a commencé à exister en tant que société primitive quand les hommes se sont mis à échanger des paroles entre eux. C’est alors que la harde primitive a commencé à se distinguer des autres et s’est constituée en groupes humains distincts. Les humains se sont alors habillés, ils ont construit des habitations, et en même temps, un sentiment extérieur à eux s’est imposé à eux. Dieu déjà s’était approché d’eux. On a trouvé sa trace dans les sépultures et sur les peintures qu’ils ont laissées derrière eux. Dieu a trouvé sa place parmi les hommes dès qu’ils ont constitué leurs premières sociétés et qu’ils ont échangé leurs premières paroles. Dès lors Dieu et hommes feront cause commune.

Dieu était déjà présent au milieu de l’humanité dès ses premiers balbutiements. Mais de quel Dieu s’agissait-il? Certainement, nous ne le reconnaîtrions pas, il se confondait avec les esprits de la terre, le tonnerre ou le feu, mais peu importe, il était déjà présent dans une humanité qui se cherchait.

Il est curieux de constater que le récit de Noël nous parle aussi d’une humanité qui se cherche. Elle nous raconte l’histoire de mages cherchant leur roi en suivant le chemin des étoiles. L’homme moderne cherche aussi sa voie dans le bouleversement que lui impose le tumulte des nations. Il cherche vainement quelques fragments de spiritualité dans les échanges commerciaux. Comme il n’en trouve pas, il a l’impression que Dieu l’a abandonné. Comme les mages, nous cherchons aussi. Ils cherchaient un roi, et ils ne trouvèrent qu’un enfant et cet enfant était Dieu. Et nous qui allons-nous trouver ?

Que nos chercheurs modernes soient attentifs, le Dieu qu’ils cherchent les surprendra quand ils le trouveront. Dieu se laissera trouver, à coup sûr, car l’homme et Dieu ont une histoire commune puisqu’ils cheminent ensemble depuis les origines. La découverte de Dieu s’accompagne toujours d’une parole. Elle pousse toujours celui qui l’entend à aller plus loin.

On se souvient qu’Abraham entendit une voix qui l’enjoignit à partir, à quitter ses parents et son pays. Il partit et découvrit un avenir que Dieu devait construire avec lui. Moïse quant à lui, entendit la voix de « Celui qui est, qui était et qui vient ». Il lui parla d’une marche à travers le désert et d’un peuple qu’il devait guider vers la liberté. Les Mages à leur tour s’entendent dire, après avoir trouvé ce qu’ils cherchaient, qu’ils devaient repartir par un autre chemin. La parole en qui nous reconnaissons Dieu est toujours accompagnée d’une marche et d’un itinéraire à suivre.

C’est quand il comprend qu’il doit se mettre en mouvement que l’homme découvre que le Dieu qu’il cherche ne l’arrêtera pas dans sa course, mais le poussera en avant. L’humanité doit toujours partir à l’aventure et Dieu l’accompagnera toujours car c’est dans le mouvement que Dieu donne du sens à la vie.

Notre manière de célébrer Noël au vingt et unième siècle ne semble pas, quant à elle, nous orienter vers un lieu précis. Tout va dans tous les sens. On passe de la plus haute spiritualité à la plus grande prodigalité. C’est cela qui désoriente les croyants car ils participent aux deux mouvements à la fois. Comme personne dans leur entourage ne donne la même valeur aux choses, ils n’ont pas l’impression que tout cela ait du sens. Ils ont même le sentiment qu’ils trahissent Dieu en ne faisant pas ce qu’il faudrait faire. Mais que faudrait-il faire, pour entendre cette parole et faire ce qu’elle dit ?

Dieu n’a jamais demandé aux hommes de faire l’impossible. Il ne leur demande pas de se culpabiliser au point de se désespérer. C’est tout le contraire que répercute la Parole qui nous vient de Dieu. Elle parle d’espérance et de sauveur, et elle accompagne ces mots de visions pleines de promesses avec des bergers qui accordent leurs voix aux chorales célestes, avec des savants qui lisent dans les étoiles le bon chemin que doivent suivre les peuples s’ils se mettent à l’écoute de celui qui a choisi l’intimité de leur cœur pour leur révéler la route à suivre.

La voix de Dieu reste toujours fidèle à ce qu’elle a toujours dit, car Dieu ne se contredit pas. Il s’adresse à ce qu’il y a de meilleur en nous-mêmes, car c’est là qu’il a décidé de nous piquer au vif. Le meilleur de nous-mêmes, c’est cet esprit qui est en nous et qui nous pousse à ne pas nous soucier de nous-mêmes, mais plutôt de consacrer nos forces aux autres pour que leur vie soit plus belle. C’est ainsi qu’il nous faut chercher à écouter la voix de Dieu en nous, pour discerner les chemins de l’avenir, car l’avenir est plus dans l’épanouissement de la collectivité humaine que dans la survie de la société privilégiée qui est la nôtre.

Cette Parole s’adresse autant à nos émotions qu’à notre raison. Elle nous interpelle, mais elle ne prend pas pour nous les décisions. Si on l’écoute, elle deviendra une lumière pour éclairer les nations, elle éclairera tous les hommes et repoussera au loin les ténèbres qui obscurcissent notre vision de l’avenir. La balle est donc dans le camp des hommes. Il appartient aux nations de l’entendre et de mettre en pratique ce qu’elle leur dit.

La Bible a retenu cette leçon dans sa tradition millénaire. Elle a compris que la parole devient créatrice quand on pratique ce qu’elle suggère. Elle a placé dans ses premières pages l’histoire de la création. On y comprend que c’est la Parole de Dieu qui propose sa vocation à chaque élément de l’univers, et chaque élément de l’univers accepte la proposition qui lui est faite. Ainsi il est dit : « que la terre produise de l’herbe et la terre se couvrit de gazon… ». C’est comme si la terre décidait de son propre chef de produire de l’herbe, comme il lui est suggéré.

Pour que chacun découvre sa raison d’être sur cette terre, il faudra qu’il soit attentif à cette Parole jusqu’à ce qu’elle s’impose à lui comme une pulsion de vie bienfaisante qui oriente son existence à chaque tournent de son histoire. C’est alors que les décisions qu’il prendra pour orienter son chemin deviendront comme des contrats de partenariat avec Dieu.

 

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Luc 1:26-38 – Bien heureuse Marie – dimanche 18 décembre 2011

Posté par jeanbesset le 2 janvier 2012

Evangile de Luc 1/26-38

Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, chez une vierge fiancée à un homme du nom de joseph, de la maison de David; le nom de la vierge était Marie. Il entra chez elle et dit : je te salue toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi. Troublée par cette parole, elle se demandait ce que signifiait une telle salutation. L’ange lui dit : sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici, tu deviendras enceinte, tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du très Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. Il régnera sur la maison de Jacob éternellement et son règne n’aura pas de fin. Marie dit à l’ange : Comment cela se produira-t-il, puisque je ne connais pas d’homme? L’ange lui répondit : Le saint Esprit viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. Voici qu’Elisabeth ta parente a conçu, elle aussi un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car rien n’est impossible à Dieu. Marie dit : Voici la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon ta parole. Et l’ange s’éloigna d’elle.

Ce sermon a déjà été publié le 21 décembre 2011

Bien heureuse Marie! Nous la disons bien heureuse parce qu’elle a été choisie pour être la mère du Messie. Ce texte nous parle au plus profond de notre être et fait vibrer ce qu’il y a de meilleur en nous. il nous parle de cette jeune fille d’Israël dont la foi simple et naïve a été citée en exemple par tant de générations de fidèles que j’ai peur, en intervenant dans cette hagiographie d’égratigner des souvenirs qui vous sont chers. La tradition a brossé d’elle un tel portrait que l’Ecriture ne la reconnaît pas. On a tellement forcé le personnage qu’on a fini par faire d’elle la concurrente de son propre fils, l’initiatrice du saint Esprit, la mère de Dieu et la reine des cieux! Marie, que de folies en ton nom! Les hommes t’ont trahie en voulant faire de toi celle que tu n’es pas.

Marie, face a son destin a vécu une existence bien différente que celle que nous lui prêtons. Elle a une histoire tout à fait semblable à la nôtre. C’est à cause de ce destin, tellement proche de celui des petites gens que nous sommes et tellement merveilleux à la fois, qu’elle peut être pour nous un puissant relais sur le chemin de la foi. C’est à partir de cet instant que les hommes vont faire déraper l’ l’histoire. Ils vont s’extasier devant le merveilleux, ils ne vont plus voir que l’ange et oublier tout le reste. Mais en fait d’une bonne nouvelle, c’est plutôt une mauvaise nouvelle pour elle, c’est un avenir de fille mère qui lui est offert. Pour que ça ne se passe pas trop mal, il faudra encore une fois que l’ange ou que le destin sen mêle pour forcer la main à Joseph qui finira par endosser une paternité qui n’est peut être pas la sienne. Il nous appartient à nous seuls de voir dans cet incident les effets d’un miracle ou tout simplement le processus humain de la procréation.

L’enfant qu’elle porte en son sein ne sera pas facile à élever. En forçant volontairement le trait nous retrouvons en lui des comportements qui le rapprochent des jeunes de notre temps. Si je me contente de suivre le déroulement de sa vie dans l’Evangile de Luc qui fait suite au texte de la nativité, nous allons découvrir un enfant fugueur à douze ans dont le comportement consterne ses parents qui n’y comprennent rien. A l’âge adulte il déserte l’échoppe paternelle et laisse sa mère et ses frères sans ressource. N’est-ce pas pour cela que sa mère et ses frères essayeront de le rencontrer, mais il refusera de les recevoir. Il contestera même que Marie puisse être réellement sa mère! « Qui est ma mère qui sont mes frères si non ceux qui font la volonté de mon Père? » leur fait-il répondre.

En faisant cela, il savait ce qu’il faisait, mais elle, elle ne le savait pas et elle en souffrit certainement. On la retrouvera au pied de la croix, mais nulle part, dans cet évangile ni dans un autre, on nous fait part ni de ses états d’âme ni de sa vie intérieure. Le chemin de Marie fut sans histoire, exemplaire dans sa simplicité, tellement exemplaire que nul n’en a parlé.

C’est à cause de ce qu’on n’a pas dit que Marie est un personnage intéressant. Bien que mère du Messie, bien que choisie par Dieu pour faire vivre son fils dans la société des hommes, son humble parcours n’a provoqué aucun émoi particulier. Et pourtant, sa tâche, faite d’une humble fidélité a été, oh combien nécessaire, et indispensable! le même constat peut être fait pour Joseph. Sa fidélité exemplaire n’a pas nécessité qu’on la raconte.

Exemplaire avons-nous dit? Si cela ne l’avait pas été on en aurait parlé! Si Marie et Joseph avaient été de mauvais parents, s’ils avaient mal aimé leur fils, on en aurait parlé. S’ils l’avaient battu ou privé de nourriture, on en aurait parlé, s’ils l’avaient abandonné à son triste sort lors de sa fugue à Jérusalem, ça se saurait. Ils ont fait ce qu’ils devaient faire, et Jésus est devenu un homme en qui on a reconnu le Messie. A quoi bon s’émerveiller de ce que ses parents aient fait ce qu’ils devaient faire?

C’est alors que je me tourne vers vous et vous dis les mêmes choses. Je vous dis qu’en faisant normalement ce que vous faites vous êtes comparables à Marie. En essayant d’être fidèlement membres de l’Eglise comme vous le faites, vous édifiez le corps spirituel du Christ, puisque l’Eglise, c’est son corps. Vous agissez ainsi à la suite de Marie qui en nourrissant son fils contribuait à faire grandir son corps de chair. Pour nous, l’ange a le même message que pour Marie. Il nous dit, à nous aussi qu’une grâce nous a été faite, il nous dit que le Seigneur Dieu est avec nous et qu’il a besoin de nous pour édifier le corps spirituel du Christ, le fils de Marie. C’est dans cette société des hommes où nous sommes que Dieu a voulu s’incarner, il a voulu être partie prenante de ce que nous vivons chaque jour. Devant Dieu, ce n’est pas ce qui se voit qui a de l’importance, c’est ce qui arrive.

Ce qui arrive est fait de mille choses insignifiantes qui mises bout à bout font l’événement et écrivent l’histoire. Ce ne sont pas les puissants, ceux dont le nom fait la une des journaux qui font avancer le monde, en dépit des apparences, c’est la multitude des hommes et des femmes au milieu desquels Dieu habite qui dessinent l’avenir. Bien qu’ils tiennent en apparence le premier plan, ce ne sont ni Hérode, ni César Auguste qui ont marqué leur siècle, ce sont les peuples qui ont vécu, qui ont bougé, qui se sont révoltés, ce sont les esclaves qui ont construit les monuments qui subsistent encore et c’est au sein de ce peuple que Dieu a pris forme humaine en Jésus Christ.

Au risque de vous troubler, je dirai que ce ne sont pas les dirigeants du monde, ni les autorités politiques qui jouent le premier rôle, dans le conflit que nous connaissons ce sont les peuples qui descendent dans la rue, ce sont les indigents de tout bord, ce sont les peuples qui souffrent, qui n’arrive pas à se révolter et qui agonisent sous la botte. C’est au sein des peuples que Dieu prend visage humain. Aujourd’hui, comme demain Dieu accompagne chacune et chacun de ceux qui modestement, sans se faire remarquer participent à la grande aventure humaine commencée il y a 2 000 ans.

Cette aventure consiste à savoir que Dieu se tient parmi les hommes pour construire un monde nouveau, fait d’amour, de fraternité et d’espérance.

Quant à Dieu, il ne se contente pas d’être l’observateur céleste de nos bonnes œuvres. Il n’est pas au ciel où les hommes sont absents, il est au cœur de la mêlée de leur histoire. Il ne se tient pas plus du côté de ceux qui ont le pouvoir que de ceux qui le subissent. Il est au milieu des hommes d’où il bouleverse les enjeux de l’histoire en inspirant aux uns et aux autres des projets novateurs. Nous avons beau imaginer que les choses sont autrement, l’Evangile nous ramène toujours à redécouvrir cette proximité de Dieu qui se soucie plus du sort des opprimés que de sa gloire céleste.

Nous avons toujours du mal à admettre qu’il prend en charge l’intérêt de tous les hommes et en particulier de ceux que l’on a l’habitude de considérer comme les petits, les obscures, les sans grade. Pour lui, ce qui a de l’importance n’est pas forcément visible, car c’est caché au cœur de la vie du monde. Si les hommes ont fait de Marie, car il faut bien revenir à elle, ce que la tradition nous a rapporté, c’est que là encore les hommes ont refusé les contraintes de l’incarnation. Ils ont fait de la mère de Jésus la reine du ciel qui rassure par ses apparitions régulières. Les hommes la placent dans les lieux célestes aux côté de Dieu, mais Dieu n’y est pas! Le ciel où Dieu réside est au cœur de l’humanité. Tant que nous refuserons cette présence de Dieu au milieu de nous, nous continuerons à mettre Marie dans le ciel et à croire que Dieu intervient par des prodiges pour rassurer le monde. Il n’en est rien. C’est au cœur des hommes où il a fait sa résidence que Dieu sollicite leur collaboration pour construire un monde nouveau et fraternel qu’il se plaît à appeler son Royaume.

L’annonciation de Fra Angelico

 

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